SCÈNE PREMIÈRE
Appartement , dans le palais.
Edouard iv , se sentant défaillir , fait promettre au marquis Hastings de vivre en bonne intelligence avec les frères de sa femme. Richard, qui survient dans rinstant de cette réconciliation , en témoigne xxne satisfaction hypocrite , et promet de se réconcilier lui-m^me avec ceux qui pourraient nourrir quelque ressentiment contre lui. La reine , pour consacrer par un acte de clémence ce jour qui termine les dissentions de la cour, demande à Edouard la liberté du duc de Clarence, son frère.
(( (1) Quoi ! madame , s'écrie Glocester , avec une douleur feinte , « suis-je donc venu vous offrir ici mon amitié pour me
(i) Why, madam, hâve I offerd love for this, To be so flouted in this royal présence ?
voir ainsi bafoué , en présence du roi ? Qui ne sait que ce cher prince est mort (tous tressaillent )?C'' est T outrager que de plaisanter ainsi sui' son cadavre. »
La consternation universelle produit un effet admirable. Les coups de théâtre les plus terribles sont ceux qu'amène une seule parole.
Le roi avait révoqué Tordre. Mais Glocester avait pris ses mesures pour le faire exécuter secrètement. Edouard s'indigne et se désespère. Dans ce moment , lord Stanley vient lui demander la grâce d'un de ses serviteurs , qui a commis un meurtre. Cette circonstance amène un très beau mouvement, et arrache au roi un discours plein de véhémence et de pathétique.
a (2) Ma bouche aura prononcé Tarrét de mort de mon frère , et Ton veut que cette même bouche prononce le pardon d'un vil serviteur ! Mon frère n'*avait tué personne -, son crime ne fut qu'une pensée *, et cependant sa punition a été une mort cruelle. Qui dé vous ma sollicité pour lui ? Qui , dans ma colère , s'est j été à mes pieds et m'a engagé à réfléchir î Qui m'a parlé des liens
Who knows not, that the gentle duke is dead?
(They ail slart.) You do him in jury lo scorn his corse.
(2) Hâve I a longue to doom my brother s death ,
And shall that longue give pardon to a slave ? flfe
My brother kill'd no man , his fauh was thought , And yet his punishment was bitter dcath. Who sued to me for him ? who , in my wrath , Knccrd at my feet, and badc me be advis'd?
SUR SIIAKSPEARE. 527
fraternels î Qui m'a parlé de notre aflfection? Qui m'a rappelé comment le pauvre malheureux avait abandonné le puissant Warwick , et avait combattu pour moi ? Qui m'a rappelé que, dans les champs de Tweksbury, lorsqu'Oxford m'avait terrassé , il me sauva la vie, en disant. Cher frère j vwez j et soyez roi ? Qui mia rappelé comment, lorsque, couchés tous deux sur la terre , nous étions presque morts de froid , il m'enveloppa de sgs propres vêtements , et s'exposa , nu et sans force , au froid pénétrant de la nuit (b) î Hélas i ma fureur brutale avait criminellement' arraché de mon esprit tous ces souvenirs , et pas un de vous n'a eu la générosité de les ramener dans ma pensée ! Mais , lorsqu'un de vos palefreniers , de vos valets de pied , a commis un meurtre dans l'ivresse , et détruit la précieuse image de notre bîen-aimé rédemp teur , vous voilà aussitôt à mes genous , réclamant un
Who spoke of brotherhood? who spoke of love?
Who told me , how ihe poor soûl did forsake
The mighty Warwick , and did fight for me ?
Who told me, in the field al Tewksbury,
When Oxford had me do wn , he rescued me ,
And said , dear brother , live , and be a king ?
Who told me, when we both lay in the field,
Frozen almost to death, how he did lap me
Even in his garments; and did give himself.
Ail thin and naked, to the numb-cold night?
Ail this from my remembrance brutish wrath '
Sinfully pluck*d, and not a man of y ou
nSd 50 much grâce to put it in my mhid.
But, when your carters, or your waiting-vassals ,
Hâve donc a drunken slaughter, and defac*d
The precious image of our dear Redeemer,
You straight arc on your knccs for pardon , pardon;
pardon , uo pardon que , moi , je vous accorde par une injustice égale à la vôtre. — Mais , pour mon frère, personne n'a élevé la voix -, ni moi non plus , ingrat , je ne me suis rien dit à moi-même en faveur de ce pauvre malheureux- — Les plus fiers d'entre vous ont été ses obligés pendaijt sa vie y et pas un de vous n'aurait pri5 la parole pour le défendre ! — O Dieu ! je crains Lien que ta justice ne venge ce qrime sur moi , sur vous, sur les miens et sur les vôtres ! n
Le roi sort , accompagné de la reine ; et , demeuré avec une partie de là cour, Iç fourbe Glocester détourne avec art les soupçons sur ses ennemis.
« (3) Voilà le fruit d'un aveugle emportement! — M^avez-vous pas remarqué comme cette coupaMfe famille de la reine a pâli à la nouvelle de la mort de Clarence? Oh ! Ils n'ont cessé de la solliciter auprès du roi. Dieu en tirera vengeance ! »
Andl , unjuslly loo , must grant it you : — But for my brother , not a man would speak , — Nor I (ungracious) speak unto myself , For him , poor soûl. — The proudest of you ail Hâve been beholden to him in his life ; Yet none of you would once plead for his life. — O God î I fear, thy justice will take hold On me, and you, and mine ^ and y ours, for this.
(3) This is the fruit of rashness î — mark*d you not , How that the guilty kindred of the queen Look*d pale , when they did hear of Glarence's death ? O '. they did urge it stiU unto the king :
God wiU revenge it.
SUR SHAKSPEARE. SsQ