‹ Essais littéraires sur Shakespeare;Chapitre 87 sur 252 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

La chambre de Juliette. .

Juliette prie sa mère de permettre qu'on la laisse seule. Sa mère s'éloigne, et elle se dispose à prendre le breuvage. Une terreur secrète s'empare d'elle.

« (8) Quoi! si , après que je serai déposée dans le tombeau , j'allais me réveiller avant le temps où Roméo doit venîr me délivrer.... Effrayante situation! Ne peut-il pas se faire alors que je sois suffoquée sous cette voûte j dont la sombre entrée ne reçoit aucun aîr salutaire, et que j'y meure étouffée , avant que mon cher Roméo arrive ? ou , si je suis vivante , n est-il pas vraisemblable que Fhorrible

(8) IIow if, when I am laid into the tomb, I wake before the time ihat Romeo Gome to" redeem me? ihere's a fearful point!

Shall I not tben be stifled in the vault , To whose foui mouth no healthsome air breatbes in. And there die strangled ère my Romeo cornes ? Or, if I live , is it not very like, The horrible conceit t)f death and night, Together w^ith the terrer of the place, -^ As in a vault, an ancient réceptacle, Where, for thèse many hundred years, the bones Of ail my buried ancestors are pack*d; Wbere bloody Tybalt, yet but green in earth , Lies festVing in his shroud; where, as they say.

SUR SHÂRSPEARE. I id

idée de la mort et de là nuit, jointe à la terreur du lieu , sous cette voûte , anti^e réceptacle où depuis plusieurs siècles sont entassés les ossements de mes ancêtres qu'on y a tous ensevelis, où Tybalt tout sanglant encore, toutx récemment déposé dans la tombe , est à se corrompre dans son linceul ^ où Ton dit que les spectres viennent s^assembler à cei:taines heures de la nuit • • ^

Oh ! si j e m'*éveille ainsi , ne pourra- t-il pas arriver que ma tête s^égare , assiégée de ces hideuses terreurs î Ne puis- je pas , dans ma folie ^ aller jouer avec les restes de mes aïeux , et arracher de son linceul Tybalt tout défiguré ; ou , dans un accès de rage , saisissant un ossement d^un de mes ancêtres , m'en frapper comme d'un marteau , pour faire jaillir ma cervelle désespérée î — Oh ! regardez ! il me semble voir Tombre de mon cousin se lever pour chercher Roméo , qui a enfoncé dans son corps la

At some hoiirs in the nîght spirits resort; —

O î if I wake, shall I not be distraught, Environed witli ail thèse bideous fears ?

And madly play with my forefathers' joints?

And pluck ihe mangled Tybalt from bis sbroud? And , in this rage, witb spme great kinsman's hone. As witli a club , dasb ont my desperate braîns ? O, lookî melbinks, I see my cousin*s ghost Seeking ont Romeo, that did spit bis body Upon a rapier s point : — Stay , Tybalt , stay ! ^ Romeo, I come î this do I drink to thee.

1t6 essais littiêraires

pohite d'une ëpée. — Arrête, ïy bal t, arrête. — Romëo,

je viens-, c'est à toi que je bois cette liqueur. »

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