‹ Essais poétiques [microforme]Chapitre 7 sur 93 · PU · texte numérisé non relu

PU

me taire,

ÉVANGÉELIN'E,

« Car nous somms en paix ; et pourquoi l'Angleterre’ « Ainsi nous ferait-elle éprouver sa colère ?» | —(« Nom de Dieu !» s’écria le bouillant forgeron,

Qui parfois décochait un sonore juron,

« Faut-il donc regarder toujours en toute chose, « Le pourquoi, le comment ? Il n’est rien que l’on n'ose! « L’injustice est partout et personne n’a tort :

«Tout le droit maintenant appartient au plus fort. » Sans paraître observer la chaleur de Basile Leblanc continua d’une voix fort tranquille : «Î’homme est injuste, mais le bon Dieu ne l’est pas: « La justice triomphe à son tour ici-bas.

« Et pour preuve je vais vous redire une histoire

« Qui ne s’efface point de ma vieille mémoire :

« Elle me consolait de mon destin fatal

« Lorsque j'étais captif au fort de Port Royal.

«Un vieillard aimait bien cette histoire touchante :

« À ceux que maltraitait quelque langue méchante «D'une voix tout émue il allait la conter : «Je voudrais comme lui pouvoir la répéter :

— « Sous le ciel africain, dans une ville antique «On voyait autrefois, sur la place publique, «Une haute colonne au piédestal d’airain «Qu'avait fait élever un puissant souverain, «£t sur cette colonne une statue en pierre,

« F'gurait la justice impartiale et fière ; «Uxe large balance, un glaive menaçant

‘ Etaient ses attributs, et disaient au passant

« Que dans cette, cité la suprême justice

« De l’opprimé toujours était la protectrice.

« Cependant la balance, au fond de.ses plateaux,

« Voyait chaque printemps, bien des petits oiseaux « Bâtir leurs nids moelleux en chantant et sans craindre à Le glaive flamboyant qui semblait les atteindre. « Mais petit à petit se corrompit la loi :

« Aux misères du pauvre on n’ajouta plus foi,

« Et le faible, sans cesse en butte à l'ironie,

« Dut subir du plus fort la lâche tyrannie.

«On afficha le vice, et chaque tribunal

« Outragea! l'innocence et protégea le mal.

«Un jour il arriva que certaine duchesse

« Perdit. un collier neuf d'une grande richesse :

« N'ayant pu le trouver elle voulut, du moins,

« Venger avec éclat et sa perte et ses soins.

« Elle accusa de vol, en face de la ville,

« Une pauvre orpheline, une pieuse fille,

« Qui depuis de longs jours la servait humblement. « Le procès, pour la forme, eut lieu bien promptement, « Et le juge pervers condamna la servante

« À mourir au gibet d’une mort infamante.

«Autour de l’échafaud on vit les curieux,

« Pressés, impatients, inonder tous les lieux.

« La jeune fille vint, calme mais abattue,

« Subir son triste sort au pied de la statue.

« Le bourreau la saisit Au moment solennel

« Où son âme montait vers le Juge Eternel,

« Un orage mugit; l’impitoyable foudre « Ebranle la colonne et la réduit en poudre,

UX, «Et la balance tombe avec un sourd fracas ; seaux «Or dans un des plateaux qui se brisent en bas Is craindre Æ « On voit un nid brillant... c'était un nid de pie 1dre. «Dans lequel s'enlaçait avec coquetterie

« Parmi les brins de foin, le collier précieux !...…….

« C'est ainsi qu'éclata la Justice des cieux ! »

Quand le père Leblanc eut fini son histoire Basile ne dit mot mais ne parut rien croire ;

Il n’en conclua point qu’on n'avait désormais

Nul motif d’avoir peur des navires anglais.

Il voulait répliquer et manquait de langage.

Ses pensers demeuraient empreints sur son visage, Uomme sur une vitre, on voit dans les hivers,

La vapeur se geler sous mille aspects divers.

Alors Evangéline, à la braise de l’âtre, S'empresse d'allumer la lampe au pied d’albâtre, Et tout l'appartement luisant de propreté

Se remplit aussitôt d’une vive clarté.

Ensuite elle s’en vient déposer sur la table

Un pot d’étain rempli d'un cidre délectable,

Tandis que le notaire, étalant son papier,

Ecrit d’une main prompte, et sans rien oublier

Les noms des contractants, la date et puis leur âge, La dot qu'Evangéline apporte en mariage

Et tous les divers points sans en oublier un.

Et quand tout fut écrit comme voulait chacun, Et qu’au bas du contrat en lisible écriture

Les témoins eurent mis chacun sa signature,

Le vieux fermier tira sa bourse de chamois

Puis offrit au notaire au moins deux ou trois fois En bel et bon argent le prix de son ouvrage.

Le notaire charmé, forma, selon l'usage,

Des vœux pour le bonheur du couple fiancé; Puis il prit sur la table après s'être avancé,

Le large pot d’étain où fermentait la bière, Remplit, d’un air joyeux, la coupe tout entière, Et but à la santé des gens de la maison.

Chacun prit à son tour l’écumeuse boisson.

Du cidre sur sa lèvre il essuya l’écume ;

TI prit son large feutre ; il prit sa longue plume, Son rouleau de papier et donna le bonscir.

Les amis qui restaient vinrent alors s'asseoir

En cercle devant l’âtre où pétillaient les flammes. Evangéline prit le damier et les dames

Qu'elle alla présenter aux paisibles vieillards.

La lutte commença. Leurs anxieux regards Voyaient avec plaisir les pions dresser un siège, Et les dames tomber dans un perfide piége.

Cependant l’un et l’autre ils s'amusaient beaucoup

D'une manœuvre heureuse ou d’un malheureux coup:

Les fiancés assis dans la fenètre ouverte Ecoutaient sur la rive expirer l’onde verte.

Heureux et souriants ils se parlaient d'amour,

En regardant les flots qui chantaient tour à tour, :

Et les rubans de feu sur l’'écume des vagues ; La lune qui veillait, et les bruines vagues

Qui trainaient mollément leurs robes sur les prés; Et les étoiles d’or dans les cieux empourprés. à

Ainsi passait le soir dans la joie et l'ivresse, Et le temps paraissait redoubler de vitesse.

Tout à coup l’on ouït, dans le beffroi voisin, La cloche qui vibrait sous le marteau d’airain. On entendit neuf coups; elle sonnaït neuf heures; j'était le couvre-feu de toutes les demeures.

Basile et son ami se serrèrent la main

Et se dirent adieu pour jusqu’au lendemain.

Bien des mots de douceur, bien de tendres paroles, Paroles d'amitié charmantes et frivoles, S'échangèrent tout bas entre les deux amants,

Et de leurs cœurs émus calmèrent les tourments.

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Nul bruit dans la maison ne se fit plus entendre : Les charbons du foyer furent mis sous la cendre. Après quelques instants le vieux et bon fermier Fit du bruit de ses pas retentir l'escalier.

Tenant dans sa main blanche une lampe de verre

Sa fille Le suivit gracieuse et légère

Aïnsi qu’une gazelle aux lisières des bois.

Une douce lueur éclaira les parois

Quand la vierge monta les degrés de la rampe ;

Ce n’était point alors sa radieuse lampe, vi

Mais son regard serein qui versait la clarté.

Elle entra dans sa chambre. Un châssis, d'un côté, Y laissait du soleil pénétrer la lumière.

Une chaise et le lit de la jeune fermière,

Une table, une image, une croix seulement,

Voilà ce qu’on voyait dans cet appartement.

Mais on trouvait, au fond, dans un vieux garde-robe, Des pièces de flanelle et d’étoffe à la mode.

Ouvrage ingénieux, tissu fin et parfait,

Que son habile main au métier avait fait,

Et qu'elle allait offrir pour dot en mariage,

Parce qu’il ferait voir la femme de ménage

Mieux que ne le feraient les plus riches troupeaux. Elle éteignit sa lampe. Inondant Les carreaux

Les reflets argentés de la paisible lune

Dormaient sur le tapis tissé de laine brune ;

Et le sein de la vierge agité par l'espoir,

Au pouvoir merveilleux du bel astre du soir

Obéit doucement comme l’onde et la nue.

Quand son voile glissa de son épaule nue ;

Quand de son fin soulier sortit son beau pied blanc; Quand ses longs cheveux noirs tombèrent sur son flanc, Qu'elle parut charmante ! Et, dans sa rèverie,

Elle s’imagina qu'au bord de la prairie,

Amoureux et rusé, Gabriel son amant,

En silence épiait le fortuné moment

Où, devant les rideaux de l'étroite fenêtre,

Il pourrait voir son ombre un instant apparaitre.

Or l'ombre d'un nu?ge effleura les cloisons

Que la Iune éclairait de ses moelleux rayons.

D'une grande noirceur la chambre fut remplie : Un sentiment de crainte et de mélancolie

Saisit Evangéline. Elle eut comme un remords, Entr'ouvrit sa fenêtre et regarda dehors.

La lune s’échappait, souriante et volage,

Des plis mystérieux d’un vagabond nuage.

Une étoile aux cils d’or la suivait dans le ciel. De mème qu’autrefois le petit Ismael

Suivait Agar sa mère en sa lointaine marche, Après qu’elle eut quitté le toit du Patriarche.

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de-robe,

eaux.

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