‹ Essais poétiques [microforme]Chapitre 74 sur 93 · MÉLANCOLIE · texte numérisé non relu

MÉLANCOLIE

Je vois passer, légère et palpitante, Comme une fleur que promène le vent, Une beauté dont l’œil trompeur enchante

Et dont le cœur vous trahit bien souvent ...….

Puis je chemine où le hasard me pousse, La tête basse et d’un pas indécis :

Et sous un ioit que recouvre la mousse, Quand je suis las, je cache mes soucis.

Et là debout devant une fenêtre Par où le jour ne peut qu’à peine entrer,

Plein d’amertume, oh ! je regrette d’être

Et je voudrais dans la poudre rentrer !

MÉLANCOLTE.

Coulez ! coulez ! Ô longs jours de tristesse ! Dans votre fuite emportez mes douleurs !

Coulez ! coulez avec plus de vitesse !

Assez longtemps j'ai répandu des pleurs !

Loin de Ia rive où j'ai laissé l'ivresse, Infortuné, je sèche dans l’ennui !

Je ne vois point de terme à ma détresse !

L'espoir, hélas ! ne m'offre plus d'appui !

Mon cœur souvent, à la brise qui passe, Confie, en vain, des plaintes, des souhaits ! Souvent mes yeux s’égarent dans l’espace Cherchant le ciel sous lequel je chantais !

MÉLANCOLHŸE.

La jeune fleur s’épanouit et tombe

Jouet futile emporté dans les champs ; Comme’ elle, moi, dès l’auhe je succombe, Et je dirai bientôt mes derniers chants !

A MADAME ED. RÉMILLARD

Sèche tes pleurs, heureuse mère :

Le jour où ton fruit gracieux Laissa cette pauvre terre, Tu donnas un ange aux cieux.

Contemplant sans cesse, en extase, Comme une fleur dans un beau vase Cette âme blanche en ce beau corps, Un ange veillait auprès d'elle,

Et gardien aimable et fidèle

Il ne la quitta pas alo:s!

Cette enfant tant chérie Sur ton cœur s’est flétrie Malgré l'effort de ton amour.

Dieu te l'avait donnée

Mais déjà couronnée Pour la fête de son séjour.

A MADAME ED. RÉMILLARD.

Déjà son aimable sourire Jetait dans un divin délire Ton cœur qui bénissait le ciel, Quand sa petite lèvre rose, Pareille à la fleur demi-close Sentait le baiser maternel.

Comme dans les vallées De silence voilées Le berger aperçoit souvent De Ia frèle pervenche La petite fleur blanche S'en aller au souffle du vent.

De mème une haleine mortelle Vint de la tige maternelle Détacher l’adorable enfant, Mais l’ange, chantant son cantique, Avec elle, au divin portique,

. Alors s’envola triomphant.

Sèche tes pleurs, heureuse mère :

Le jour où ton fruit gracieux Laissa cette pauvre terre,

. Tu donnas un ange aux Cieux.

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