‹ Essais poétiquesChapitre 15 sur 61 · LE CHANT DES VOLTIGEURS CANADIENS · texte numérisé non relu

LE CHANT DES VOLTIGEURS CANADIENS

Les sillons de nos plaines, Nos bois et nos ruisseaux, Pour leurs phalanges vaines, Deviendront des tombeaux î

Guerre aux desseins perfides De nos fiers ennemis !

Montrons-nous intrépides Puis au devoir soumis.

Devenus plus terribles A l'heure du danger Ah ! soyons invincibles, Et sachons nous venger î

Ecoutez le tonnerre De nos boulets d'airain :

De notre chant de guerre C'est le joyeux refrain.

Au bruit de la mitraille Voyez-nous accourir; Venez à la bataille Nous voir vaincre ou mourir !

Quoi ! nous serions esclàveé D'un vil peuple étranger !

Non ! brisons les entraves Dont il veut nous charger !

L'assistance divine Ne nous manquera pas :

En main la carabine.

Vite ! doublons le pas !

Il est nuit... Il fait froid.,. Sur raiigle des toitures

Le veut siffle de plus en plus ; Et, sous l'acier poli des rapides voitures,

La neige rend des sons aigus.

Le poêle, plein de feu, résonne comme un cuivre.

La lune, de ses réseaux d'or, Fait scintiller, au loin, le grand linceul de givre...

La ville ne dort pas encor !

Hâtez-vous, jeunes gens, car l'heure qui s'envole

Ne passera plus devant vous !

Allez danser au bal, si le bal vous console

Mieux qu'une prière à genoux.

Allez ! soyez hardis ! une vierge ingénue

Vous laissera sa blanche main ; Le voile tombera de son épaule nue :

Allez !... On peut mourir demain !

Allez à vos festins, à vos pompeuses fêtes,

Vous dont la paupière est sans pleurs !

Pour semer sur vos pas, pour couronner vos têtes, L'automne a réservé des fleurs !

Et la vie est si courte, il faut que l'on jouisse Des biens qu'apporte chaque jour !

Il faut avant que tout passe et s'évanouisse. S'enivrer de joie et d'amour !

Allez ! n'arrêtez point au seuil de la chaumière

Où gémit un frère indigent.

Entrez dans les salons où des flots de lumière

Ruissellent des lustres d'argent.

Ecoutez les propos, les refrains d'allégresse,

Les orchestres mélodieux, C'est plus doux que les cris d'une sombre détresse

C'est moins triste et moins odieux !

Et qu'importe, après tout, qu'un iriisêrable envie

Et vos plaisirs et vos hollneurs ?

Qu'importe un malheureux dont la pénible vie

N'a ni doux rêves, ni bonheurs ?

Détournez vos regards, et gardez votre joie :

Trouvez quelques plaisirs nouveaux :

Chantez ! riez ! dansez ! en beaux habits de soie,

Sur le couvercle des tombeaux !

Vous n'avez jamais vu, tout près de votre porte,

La pâle faim venir s'asseoir ; Et les ris et les jeux que l'aube vous apporte

Ne s'en vont, point avec le soir.

Jamais, pendant l'hiver, dans l'âtre plein de cendre,

Le feu n'a cessé d'ondoyer ; Jamais, pour votre lit, Dieu ne vous a fait prendre

Tja. pierre de votre foyer !

Riches, coiinaissez-vons le taudis de In ville

Où se cache la pauvreté ?

Avez-vous, en entrant, vu fuir la jeune fille

Honteuse de sa nudité ?

Avez-vous vu l'enfant à la bouche livide

Qui ne mange point au réveil ?

Oh î vous ne savez pas combien il est avide

Du pain qu'il voit dans son sommeil !.

Donnez donc à l'enfant l'obole qu'il réclamé.

Pour qu'il ne meure pas de faim !

Donnez un peu de bois à tout foyer sans flamme

A l'orpheline un peu de pain !

Relevez, sans aigreur, une femme qui tombe.

Et le bon Dieu vous bénira ; Et puis si les heureux évitent votre tombe,

Le pauvre la visitera.

Page 1