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LA PETITE MENDIANTE

Louise avait quinze ans. Sa lèvre était pâlie, Et dans son jeune cœur l'amertume régnait ; Et dans ses grands yeux bleus pleins de mélancolie, Gomme dans un miroir, son âme se peignait.

Sa taille était légère ainsi qu'un tendre saule. Ses cheveux ondoyants, son air doux et rêveur ; Une écharpe de lin cachait mal son épaule, Et déjà ses pieds nus méprisaient la douleur,

Elle allait mendiant : et pieuse et naïve. Quand au seuil d'un heureux un refus l'accueillaitj Etouffant sa douleur elle chantait, plaintive, Ces douloureux refrains que l'écho recueillait :

« Sous ma misère je succombe !

J'ai faim et ma voix faible tombe !.

J'aurai pour asile demain

La tombe

Oh ! donnez un morceau de pain..,

J'ai faim !

186 LA PKTITE MENDIANTE.

Je connus un jour l'opulence, Et je secourus l'indigence ; Jamais je fis au malheureux

D'offense, Et j'invoquai souvent pour eux

Les rieux.

Dans son nid, parmi le feuillage, Le jeune oiseau gaiement ramage :

Pour se nourrir il a le grain

Sauvage, Et moi je demande du pain

En vain !

Dieu garde la fleur éphémère En sa grande bonté j'espère :

Il est toujours de l'orphelin

Le père.

Et dans le ciel à son chagrin

Un jour des plus affreux que l'hiver nous apporte Elle chantait au seuil d'un avare cruel ; Le riche, en blasphémant, lui refusa sa porte. Mais alors le bon Dieu la fit entrer au ciel.

Regarde, ô saint Patron, regarde.

Agenouillé dans le saint lieu, Ce jeune peuple qui craint Dieu Et qui se confie à ta garde !

Veille sur lui.

Sois son appui :

Et de sa prière naïve De sa foi confiante et vive

A l'Eternel Porte le tribut solennel.

Que des accords nouveaux, sous les voûtes sacrées. Comme un écho du ciel, résonnent en ce jour ! Que nos fleuves, nos J)ois, nos plaines diaprées Chantent au saint Patron un cantique d'amour J

Que nos accents s'unissent Aux gazouillements des oiseaux.

Aux feuillages qui bruissent, Aux doux murmures des ruisseaux î

Qu'ils soient une prière

Qui monte vers les cieux

Pareille à la lumière

D'un matin radieux !

Glorieux protecteur de nos rives paisibles, Heureux ou malheureux nous recourons à toi : Remplis nos cœurs d'amour, rends nos bras invincibles. Fais briller sur nos pas le flambeau de la Foi î

Chantez vieillards pieux dont la course s'achève ! Jeune homme plein d'espoir, dis un chant de bonheur ! 0 fils du Saint-Laurent, votre concert s'élève, Comme un parfum béni, jusqu'aux pieds du Seigneur !

Paisible laboureur venu de ta prairie,

A genoux dans le Temple en priant tu diras :

« 0 ma religion, ô ma chère patrie,

« J'ai pour t'aimer un cœur, pour te défendre un bras ! »

Amis, si la victoire, A fait nos pères immortels.

C'est qu'au sein de la gloire Ils priaient au pied des autels.

Ah ! marchons sur les traces De nos nobles aïeux.

Ils ont cédé leurs places

A des fils dignes d'eux !

Seigneur, verse toujours dans nos riantes plaines. Ta céleste rosée et tes douces faveurs ! Que l'humble paysan voit ses granges bien pleines. Que le pauvre à son pain trouve plus de saveurs !

Regarde ! ô saint Patron, regarde, Agenouillé dans le saint lieu, Ce jeune peuple qui craint Dieu Et qui se confie à sa garde !

Veille sur lui,

Sois son appui :

De sa foi confiante et vive, Et de sa prière naïve

A l'Eternel Porte le tribut solennel.

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