‹ Essais poétiquesChapitre 52 sur 61 · L'ATTENTE · texte numérisé non relu

L'ATTENTE

Hâte donc tes pas ! Ne m'entends-tu pas ?

Femme fidèle, Quand, de nouveau Sur le rameau, Chante l'oiseau, Ma voix t'appelle.

Hâte donc tes pas !

Ne m'entends-tu pas ?

Femme fidèle.

Lorsque la fleur Ouvre son cœur Que noie un pleur Ma voix t'appelle.

Hâte donc tes pas !

Ne m'entends-tu pas ?

300 i/attente.

Femme fidèle, Assis pensif Dans mon esquif Pour toi tardif, Ma voix t'appelle.

Hâte donc tes pas !

Ne m'entends-tu pas ?

Femme fidèle, Quand le jour fuit Et que la nuit Eteint tout bruit, Ma voix t'appelle.

! b;f- ' » J oiroJ) o'c'i

Voici le gai jour de Tan,

Trêve de tristesse î Chaque âme prend son élan

Devers Tallégresse I Arrière I enfin la douleur !

En ce jour point de bonheur

Sans que ça paraisse !

Oh î gai !

Sans que ça paraisse î

L'enfant naïf et mutin

Que sa mère presse Sur son cœur pur et serein,

Fièrement se dresse :

« Oh ! voyez depuis un an « Comme j'ai grandi, maman,

« Sans que ça paraisse !

« Oh ! gai î

« Sans que ça paraisse î »

Le jeune amoureux Firmin,

Palpitant d'ivresse, Sur les lèvres de carmin

D'Anne sa maîtresse.

Vient tendrement déposer. En soupirant, un baiser.

Sans que ça paraisse î Oh! gai!

Sans que ça paraisse î

Tout le monde est radieux :

La sombre vieillesse Montre un visage joyeux

Gomme la jeunesse :

Mais cependant plus d'un cœur Est plongé dans la douleur

Sans que ça paraisse !

Oh ! gai I

Sans que ça paraisse !

On n'est pas doux qu'à demi

Envers qui nous blesse :

On reçoit un ennemi

Avec gentillesse ; Mais peut-être que demain .

On dira : « C'est un vilain ,

« Sans que ça paraisse !

« Oh 1 gai !

« Sans que ça paraisse ! »

Maintenant d'un vol léger,

Plein de hardiesse, Glissons-nous à l'étranger

Qui nous intéresse :

Soyons bon politiqueur ; Arborons toute couleur

Sans que ça paraisse I Oh ! gai !

Sans que ça paraisse !

Mais en partant saluons

Avec politesse Nos diplomates profonds

Qui, dans leur sagesse, Sauront donner au pays Autre tête, autres habits

Sans que ça paraisse !

Oh 1 gai !

Sans que ça paraisse !

Chez les Yankees, nos' voisins,

Où l'habile presse Fait mille héros divins

Pour une prouesse, Depuis trois ans, ô terreur !

On se tue avec fureur

Sans que ça paraisse !

Oh ! gai !

Sans que ça paraisse î

Le Polonais vétéran

Qui cède et s'affaisse Sous l'affreux joug d'un tyran

Que son sang engraisse, S'écrie encore à genoux :

a 0 France, secoure-nous

« Sans que ça paraisse I « Oh I gai î

« Sans que ça paraisse I »

Le chef de la nation,

Invoquant sans cesse La non-intervention,

Dit avec rudesse :

« Bah ! pourquoi se déranger ?

« UOurs du Nord peut le manger

« Sans que ça paraisse !

«Ohl gail

« Sans que ça paraisse 1 »

Ce même illustre mortel

Qui mène en liesse Sieur Victor Emmanuel,

A fait la promesse - ^' - De conduire, paraît-il, :

A Rome le roi Gentil

Sans que ça paraisse î Oh î gai!

Sans que ça paraisse 1

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