‹ Essais poétiquesChapitre 54 sur 61 · A UNE JEUNE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

A UNE JEUNE RELIGIEUSE

Jeune Vierge douce et candide, Jeune vierge, tu l'a quitté Ce monde enchanteur et perfide, Ce temple de l'iniquité,

Avant d'avoir penché la tête Sous le lourd fardeau des ennuis Avant d'avoir maudit la fête Qui trouble la paix de nos nuits !

Tu l'as fui comme la colombe Fuit l'aspect d'un cruel vautour.

Ou comme lorsque la nuit tombe L'enfant fuit une vieille tour.

Vierge, ne verse point de larmes, Vierge, chante et réjouis-toi.

Le monde n'a que de faux charmes ; On est esclave sous sa loi.

308 A UNE JEUNE KELIGIEUSE.

Et pour une heure d'allégresse Quelles angoisses 1 quels soupirs I Et toujours la pâle tristesse Suit de près les futils plaisirs.

La petite rose sauvage Qui croît dans le sombre vallon Fleurit sans redouter l'orage Ni le souffle de l'aquilon.

Tranquille au fond de sa retraite Elle exhale son doux encens.

Et le zéphire à la pauvrette Murmure d'amoureux accents.

Au pied de l'autel de Marie, Humble comme cette humble tleur, Tu vas de ton âme attendrie Répandre la constante ardeur.

Et tes vœux brûlants, tes prières, Monteront au parvis des cieux Gomme le baume des bruyères, Et comme l'encens des saints lieux !

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