A NOTRE-DAME DE LA GARDE
On voit pâlir des nuits la brillante courrière. Chaque étoile à son tour éteindre sa luniière,
Et s'obscurcir le firmament.
De rapides éclairs bientôt sillonnent l'onde; La mer tressaille au bruit de la foudre qui gronde ;
Le pilote est sans mouvement.
Les vents sont mutinés, et la tempête affreuse Pousse près du vaisseau la vague limoneuse.
On lutte en vain contre les flots.
L'art humain, pour les vaincre , a de trop faibles armes , 11 faut (jue la prière accompagne les larmes ;
Priez donc , priez , matelots 1
Les yeux noyés de pleurs et l'âme recueillie , Ils tombent à genoux s'écriant : u O Mari(^!
Viens sauver le pauvre marin, il ne craint plus la mort quand ton œil le regarde, ("ommande en souveraine , 6 Vierge de la Garde I
Car ton pouvoir est souTerain. »
Marie au bord des cieux se penche. A son oreille Vient retentir Técho de leur foi sans pareille.
Elle parle; on voit tout changer.
L ouragan fuit sa voix et son divin sourire; La mer redevient calme; et le frôle navire
Vogue loin , bien loin du danger.
A rasi)ect de ton ciel , 6 superbe Provence! Du mousse le cœur bat de joie et despérance ;
Chacun partage son transport; Et comme à son retour la gentille hirondelle, En se mirant dans Teau, la fend du bout de l'aile,
Le beau navire arrive au port.
Pauvre marin 1 il vole au sein de sa famille; Il presse sur son cœur une épouse, une fille;
Et , l'œil encor mouillé de pleurs , « Des matelots , dit-il, remercions la Mère. « Sa main , sa sainte main m'a préservé naguère
« De la mort et de ses horreurs. »
A son vœu le marin n'est jamais infidèle, Il va s'agenouiller dans la sainte chapelle
A l'aspect si majestueux.
Il i»rie, il chante une hymne à la Vierge puissante; La hrise a murmuré sa prière touchante ;
L'écho des mers l'emporte aux cieux.