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lect, qui discerne, dans les éléments représentatifs fournis par les sens, ceux qui sont essentiels et ceux qui sont accidentels, abstrait les premiers et par conséquent élimine les seconds. Il possède ainsi deux concepts : le premier susceptible de représenter dans son extension tous les hommes, puisque sa compréhension contient tous les caractères de l'essence d'homme, de l'humanité, et le second susceptible de représenter dans son extension tous les vertébrés, puisque sa compréhension contient tous les caractères de l'essence de vertébré, de la vertébréité. Mais ce rapport que la scolastique appelait « objectif » entre le sujet et le prédicat ne suffît pas à donner à la proposition une portée, une signification réelle, ce rapport pourrait n'être qu'idéal, la copule est ne marque encore que la liaison logique, pour ainsi dire, de la vertébréité à l'humanité, c'est une sorte de jugement hypothétique qui pourrait se formuler ainsi : si l'homme existe, il est vertébré, il ne porte que sur l'essence ; pour qu'il ait le sens complet que nous y joignons, il faut y ajouter une affirmation d'existence : oui, Vhomme est çertébré, ou : l'homme vertébré existe. Cette troisième opération est l'œuvre de rintellect informé de l'existence des êtres par lintermédiaire des sens ou de quelque raisonnement appuyé sur des données sensibles, car c'est par les sens que l'intellect appréhende les existences. Cette appréhension, quand elle est directe, est un acte indivisible. 11 n'y a non plus que simplicité et indivisibilité dans le discernement intellectuel par où l'essence est aperçue et la notion constituée; des trois opérations c'est donc la seconde seule, celle qui constitue le jugement, où se trouve un discours mental,
affirmation ou négation, affirmation et composition négation et division. C'est aussi bien là, et là seulement, que peut se glisser Terreur. L'erreur si elle ctait possible dans les intuitions immédiates de 1 intellect ou dans les appréhensions directes des sens, rendrait immédiatement suspectes les sources mêmes de la connaissance : pour que la connaissance soit pure, Il faut que les données premières ne puissent subir une altération quelconque, car si les données fournies par le contact immédiat de l'être avec l'organe de la connaissance pouvaient être fausses c est qu'alors l'organe de la connaissance pourrait être faux lui-même. Et on tomberait ainsi dans le plus irrémédiable scepticisme. Si Terreur existe, ce n est pas dans les actes intuitifs qu'il en faut chercher la cause, mais dans les opérations discursives m intellectu componente et dividente. Et comme ces opérations, puisque ce sont des opérations durant lesquelles l'être passe par des états successifs, ont besoin de 1 exercice de la faculté qui produit les mouvements internes de l'être et fait se succéder les états avec continuité c'est-à-dire de la volonté, ce sera cette dernière faculté qui sera la cause véritable de nos erreurs. C'est à la volonté, et non pas à 1 entendement, que l'erreur est imputable. Par lui-même l'entendement est la faculté du vrai, il va vers l'être et ne s en éloigne que si une autre force trouble sa vue et ui inspire de prononcer des jugements, d'énoncer des propositions que de lui-même il n'aurait jamais énoncées.
Mais cette théorie savante et subtile où se trouve combiné tout le meilleur d'Aristote et de Platon n empêche pas de subsister le problème et comme le
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scandale de l'erreur. Car qu'importe, en vérité, que ce soit en 1 homme telle ou telle faculté à laquelle il faille imputer Terreur? C'est l'homme tout entier qui se trompe quand on se trompe, et si Tesprit ne peut se tromper, comment donc peut-il se faire qu'il soit dupe de la volonté? Aussi les néo-pyrrhoniens du XVI* siècle, les Charron, les Sanchez et les Montaigne ne se firent pas faute de demander aux dogmatiques quelle caution ils pouvaient fournir de rinfaillibilité de l'esprit. C'est l'évidence qui nous assure que nous disons la vérité, répétaient les commentateurs de Coïmbre et Suarez à leur suite ; mais cette évidence, leur répliquaient les sceptiques, ne fait que produire la certitude ; or, l'erreur se rencontre même dans la certitude, par conséquent même avec l'évidence. Il y a donc une vraie et une fausse évidence, et quelle évidence nous permettra de discerner entre la fausse et
la vraie ?
C'est à ce moment que parut Descartes. Il voulut avant tout asseoir sur des bases irréfragables le fondement du savoir. Pour cela il ne consentit pas à séparer la certitude de la vérité. Quand l'esprit est certain, il est dans le vrai : nulle autre cause que la vérité ne saurait produire cet état de certitude. Donc il n'y a pas de certitude de l'erreur. C'est à tort que l'on appelle certain un état de l'esprit qui ne mérite pas ce nom. Il n'y a pas deux sortes de certitudes, l'une trompeuse, illégitime, l'autre légitime. II n'y en a qu une, c'est la légitime, dans laquelle et par laquelle nous nous trouvons dans le vrai. Pour que cette certitude soit reconnue sans contestation possible, il faut : V qu'elle ait un motif qui lui donne l'être ; 2® qu'elle ait des caractères faciles à discerner
qui la fassent reconnaître. Ces caractères sont au nombre de deux qui sont, en allant du dehors au dedans : 1» l'impossibilité du doute — Est certain tout ce en quoi on ne peut imaginer aucune raison de douter ; 2° la clarté et la distinction des idées. Ce dernier caractère n'est pas seulement un critère, ou une marque de l'existence de la certitude, il constitue aussi un motif d'être certain. Car la clarté et la distinction des idées produisent la certitude en même temps qu'elles la font voir, ou plutôt elles ne la font voir que parce qu'elles la produisent. Il y a deux cas où la clarté et la distinction peuvent atteindre jusqu'à l'être même, jusqu'à l'existence réelle, et donner lieu à des propositions catégoriques, c'est : V le cas de l'existence personnelle appréhendée directement dans la liaison claire et distincte de la pensée avec l'être, ce qui s'exprime par cette sorte d'enthymème : je pense, donc je suis ^ ; et 2^ le cas de l'existence de l'être parfait, car ici l'existence est comprise dans l'essence « en môme façon qu'il est compris en celle d'un triangle que ses trois angles sont égaux à deux droits, ou en celle d'une sphère que toutes ses parties sont également distantes de son centre, ou même encore plus évidemment^ ».
Dans tous les autres cas, la clarté et la distinction des idées ne peuvent produire que cette sorte de certitude et de vérité que l'on peut appeler logique ou formelle et qui, comme nous l'avons remarqué plus haut, ne donne lieu qu'à des propositions hypo-
1. J'ai montré ailleurs que cet apparent enthymcme n'en est pas un, que le Cogito, ergo sum ne fait que développer une analyse. — Les prétendues contradictions de Descartes in Revue philosophique, mai juin 4883.