‹ Essais sur la littérature allemandeChapitre 12 sur 55 · Imprimée à part en 1803; deux parties · texte numérisé non relu

Imprimée à part en 1803; deux parties

logiques, les Propylées (1798-1800) et l'Art et T Antiquité (1816-1828).

Lorsque, arrivé au terme de cette longue carrière, on essaye d'en mesurer toute Tétendue et de Tembrasser d'un coup d'oeil, on est d'abord frappé de la quantité d'ouvrages qui en marquent, pour ainsi dire, les étapes. Une telle fécondité est déjà le signe d'un grand génie. Mais ce qui étonne davantage, c'est la diversité de ces ouvrages. On croirait à peine que Werther^ Faust^ Iphigénie^ Hermann et Dorothée^ pour ne citer que les chefs-d'œuvre, sont sortis de la même plume, sans parler de cette longue suite de poésies lyriques qui les accompagnent, depuis les chansons de la jeunesse jusqu'aux élégies romaines et aux ballades. Gœthe a eu, comme tout écrivain, sa période de formation, de maturité et de déclin ; mais sa maturité s'est prolongée au delà du terme ordinaire, et son déclin même n'a pas été sans force. De plus, il a toujours su découvrir la forme poétique qui pouvait s'approprier à chaque âge de sa vie, à chaque degré de son développement. Toujours aussi, il a trouvé les modèles qui lui convenaient. Il a subi tour à tour l'influence de Shakespeare, de Rousseau, d'Homère, des tragiques grecs, même des élégiaques latins, sans avoir jamais été ce qu'on appelle un imitateur. « Qu'y a-t-il de bon en nous, dit-il quelque part, si ce n'est la force et le goût de nous approprier les éléments du monde extérieur et de nous en servir pour un but élevé? »

C'est cette faculté d'assimilation, de transformation et de renouvellement, ce rare mélange d'esprit critique et de génie créateur, qui est la marque distinctive de Goethe, et c'est par là qu'il est le vrai représentant d'une littérature qui, venue la dernière dans riiistoire, n'a pu se constituer que par une combinaison ingénieuse de toutes celles qui l'avaient précédée.

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