‹ Essais sur la littérature allemandeChapitre 35 sur 55 · Conversât ions y 7 mars · texte numérisé non relu

Conversât ions y 7 mars

2. Literarische Productionen mir zu exlorqniren {Unlerhaltiw(fen mit Gœthe y 8 juin 1830).

pour ce qui est déjà fait ou commencé. » Goethe ayant voulu insérer, en 1824, dans la quatrième partie de Poésie et Vérité^ un plan de la suite de Faust, qu'il avait renoncé à exécuter, Eckermann l'en détourna, se mit à classer les fragments manuscrits, et détermina le poète, alors âgé de soixantequinze ans, à reprendre encore une fois son œuvre, pour la mener enfin à terme.

On ne saurait dire d'une manière précise, malgré l'abondance des renseignements que nous possédons sur Gœthe, quelles étaient alors les parties du second Faust déjà composées ou esquissées. C'étaient probablement les scènes du premier acte qui se reliaient directement à la Première partie, et celles du cinquième acte où l'idée du pari engagé avec Méphistophélès revient pour la dernière fois ; mais c'était surtout le commencement du troisième acte, c'est-à-dire de cet épisode d'Hélène qui forme comme une tragédie à part, et auquel Schiller s'était déjà intéressé. L'évocation d'Hélène constitue, avec le séjour de Faust à la cour, le contingent que la vieille légende a fourni au second Faust; mais ces deux éléments ont subi, comme le reste de la légende, une série de transformations, avant de se fixer dans l'esprit du poète et d'entrer dans le cadre élastique de sa vaste épopée.

Dès l'année 1800, Gœthe écrivait à Schiller : « Mon Hélène est réellement entrée en scène. Mais maintenant, ce que la situation de mon héroïne a de

beau me séduit tellement, que je serais affligé de n'en tirer qu'une fantasmagorie grotesque, et j'ai bien envie de construire sur ce qui est commencé une tragédie sérieuse. » Dès lors, Hélène n'est plus ce qu'elle était encore dans le premier plan de Gœthe, un simulacre trompeur tiré de l'enfer; c'est un type éternel, une essence qui ne meurt jamais, mais qui ne vit que pour l'artiste, capable de lui donner une forme dans son imagination. Méphistophélès n'a aucun pouvoir sur elle. C'est Faust luimême, armé d'une clef magique, qui descend jusqu'aux profondeurs obscures où l'être se confond avec le néant, pour la ramener à la lumière. Elle lui échappe une première fois, lorsqu'il la fait apparaître devant la cour de l'Empereur en compagnie de Paris, et qu'il est entraîné vers elle dans un mouvement de convoitise jalouse. Il faut, pour la retrouver, qu'il se transporte sur le sol de la Grèce, qu'il assiste à une Nuit de Walpurgis classique, qu'il voie défiler devant lui les formes multiples de la mythologie primitive des Grecs, symboles d'une civilisation à l'état de devenir et qui aspire ellemême à la réalisation de la beauté idéale. Pour compléter le tableau, deux philosophes, Thaïes et Anaxagore, viennent exposer leurs théories contraires sur l'origine du monde. Eckermann disait un jour à Gœthe : « Il fallait que l'antiquité vous fût bien présente pour que vous pussiez ressusciter avec tant de fraîcheur toutes ces figures, les em-

ployer et les manier avec tant d'aisance. » Gœthe répondit : « Si je ne m'étais occupé toute ma vie d'arts plastiques, cela ne m'aurait pas été possible. Le difficile, c'était de savoir se borner au milieu d'une telle abondance, et d'écarter toutes les figures qui n'étaient pas absolument en harmonie avec mon plan. C'est ainsi, par exemple, que je n'ai fait aucun usage ni du Minotaure, ni des Harpies, ni d'autres monstres encore*. » On ne voit pas bien pourquoi les Harpies et le Minotaure n'ont pas pu entrer dans le plan de Gœthe, aussi bien que les Pygmées, les Griffons et les Grues, et il semble que, dans l'organisation de ce défilé fantastique, l'érudition ait eu plus de part que le sens plastique.

C'est le centaure Chiron, le précepteur attitré des héros, qui met Faust sur la trace d'Hélène. Luimême l'a un jour portée sur son dos, lorsqu'elle fuyait devant des brigands. « Elle n'avait alors que sept ans, dit Faust. — Je vois, lui répond Chiron, que les philologues t'ont trompé, comme ils se trompent eux-mêmes. C'est une chose à part que la femme mythologique. Le poète la présente comme il veut. Elle n'a pas d'âge, est toujours mineure, et appétissante de figure. Jeune, on l'enlève; vieille, on la courtise encore. Bref, le temps n'enchaîne pas le poète. — Eh bien ! réplique Faust, qu'Hélène non plus ne soit pas enchaînée par le temps! Achille ne

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