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PREFACE
invitation à boire, à manger et à prendre des bains; car il n'est pas autre chose qu'une analyse historique et philosophique, fidèle, ne perdant jamais son objet de vue; — il n’est que la religion arrivée à la conscience d'elle-mènm, c’est-à-dire complètement désillusionnée.
J'ai dit que mon œuvre est une analyse historique et philosophique, pour la distinguer des analyses purement historiques du Christianisme que l'on a faites jusqu'ici. L'historien montre, par exemple comme Daumor, que l’eucharistie est un rite provenant des anciens sacrifices humains, et qu'autrefois le pain et le vin étaient remplacés par la chair et le sang de l'homme. Moi, au contraire, je ne prends l'eucharistie pour objet de mon examen que dans la signification sanctionnée par le Christianisme, et je suis ce principe que l’origine d'un dogme en tant que chrétien doit être cherchée dans le sens que lui donne la religion chrétienne, que ce dogme se retrouve ou non dans des religions différentes. L'historien peut aussi, comme Lutselberger, montrer que les récits des miracles du Christ sont remplis de contradictions, que ce sont des inventions faites après coup, que par conséquent le Christ n'est pas tel que la Bible nous le représente. Moi, au contraire, je ne m'inquiète pas de savoir quelle différence existe entre le Christ véritable, réel, et le Christ de la tradition; je prends le Christ religieux tel qu'il est, et je prouve que cet être surhumain n’est que le produit et l’objet de l’imagination de l'homme; je ne me demande pas si tel ou tel miracle peut arriver ou non; je fais voir seulement ce
PRÉFACE
qu’est le miracle, non pas à priori, mais par des exemples de miracles racontés dans la Bible comme des événements ordinaires, et je réponds par cela même à la . question de la possibilité, de la réalité ou môme de la nécessité du miracle, de telle sorte que je rends impossible le retour de pareilles questions. En voilà assez sur la différence qui me sépare des historiens hostiles au Christianisme. Pour ce qui est de mon rapport avec Strauss et Bruno Bauer, en compagnie desquels je suis toujours nommé, je ferai seulement remarquer que la différence de nos œuvres est déjà signalée par la différence de leur titre ou de leur objet. Bruno Bauer a pris pour objet de sa critique l’histoire évangélique ou plutôt la théologie biblique, Strauss la vie de Jésus, la doctrine de la foi chrétienne ou la théologie dogmatique; pour moi, j'étudie le Christianisme en général et comme conséquence la philosophie chrétienne ou la théologie. Mon objet principal est le Christianisme, la religion en tant qu’objet immédiat, essence immédiate de la nature humaine. L'érudition et la philosophie ne >. sont pour moi que les moyens de découvrir le trésor caché dans l’intelligence et dans le cœur de l'homme.