‹ Essor ou déclin de l'Eglise [microform]Chapitre 28 sur 85 · I. G. Kurth, 0. c, p · texte numérisé non relu

I. G. Kurth, 0. c, p

Le myftère de l'Ëglise 63

Renaissance. L'Église va-t-elle périr ? De bons esprits se le demandent : le Christianisme n'at-il pas trouvé sa réalisation parfaite en cette société qu'anime jusque dans ses moindres institutions l'esprit de l'Église, et que le Pape et l'Empereur gouvernent en commun ? Que peut donner à ce présent comblé un avenir incertain ? Où donc eSl l'ordre chrétien, s'il n'eél pas dans la Chrétienté ^ ? Depuis Cons-

I. Cette confusion entre " Église " et " chrétienté ", ou entre " Christianisme " et " chrétienté **, eSt à J'origine de tous les malaises historiques. C'eSt aussi la source d'une grave illusion. Celle-ci, de nos jours, on Ta fait remarquer, prend une double forme. L'une consiste à croire que le Christianisme a autrefois réussi, parce qu'il est parvenu à pénétrer des peuples, totalement et officiellement. D'où la nostalgie de beaucoup de chrétiens pour un passé auquel ils voudraient faire " retour ". Historiquement discutable (on sait les intrusions réciproques des deux pouvoirs, dont la querelle des Investitures n'eSt qu'un épisode plus aigu et les périls, nullement imaginaires, qu'entraînent, pour la foi et la loyauté des fidèles, des prote6tions trop officielles), cette illusion repose, en outre, sur une conception fixiSte de la culture et de l'Église, dont l'origine e§t toujours la méconnaissance de l'Église, ** dans le temps ", c'eSt-à-dire de son développement constant et nécessaire,

La seconde illusion ne contredit la première qu'en apparence : eUe consiste à croire que l*È.glise a échoué, parce que son œuvre humaine eSt sans cesse à recommencer, n'aboutit jamais à un ordre Stable et définitif. Alors,

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tantin, c'eêt, sans doute, la tentation la plus grave, pour l'Église. Mais celle-ci le comprend et s'en dégage à temps : l'Occident s'émancipe; mais le corps du Christ va s'accroître. Le Nouveau Monde e§t baptisé. Voici l'ÉgHse missionnaire, voici les chrétientés indigènes. L'Église e§t partout, et pourtant n'a rien perdu de son dogme, ni de son unité : le grain de sénevé eât devenu un arbrisseau. Et c'e§t enfin le monde moderne. Le scientisme, le laïcisme, le racisme, conjuguent leurs attaques pour détruire du dehors et saper du dedans le Corps mystique du ChriSt. Les années passent, les doctrines pâlissent, se remplacent; les adversaires s'usent ou désarment. L'un d'eux s'écroule avec fracas. L'Église demeure.

c'est le découragement. Au fond. Terreur eSt toujours la même : elle confond TÉglise avec ses formes passagères. Or ** la tâche de l'Église, dit excellemment M. Gilson, n'eât pas de conserver le monde tel qu'il e§t, même s'il e§t devenu chrétien, mais de le conserver chrétien tel qu'il ne cesse jamais de devenir autre ". Bref, ** l'Église n'a pas pour tâche d'empêcher ce monde de passer, mais de sanctifier un monde qui passe " (id.).

L'éGLISE ET LES CIVILISATIONS.

A quoi l'Église doit-elle ses triomphes successifs ?

Aux éliminations qu'elle a su consentir :

croître, c'e^ mourir partiellement. EUe a su quitter en temps voulu et sans regrets tout ce qui ne lui était qu'un " vêtement ". Comme le " levain dans la pâte ^ ", l'Église s'eSt intimement mêlée aux peuples et aux époques de rHi§toire *; mais, " sel qui ne s'aflFadit pas • ", elle ne s'e§l jamais liée à leur de§lin. Les Strudhires se succèdent, les temps se renouvellent " comme ime tente de berger ". A aucun moment, elles ne coïncident avec ** l'Église totale " : celle-ci les dépasse et les déborde, sans mesure. EUe n'e§t elle-même jamais satis-

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