I. LE " MODERNISME
Un premier groupe d'errevirs constitue le Modernisme. Il a une hi^oire. Voici un demisiècle, pris de vertige devant les conquêtes de la pensée moderne, certains catholiques, insuffisamment conscients de la valeur transcendante de leur foi, tentèrent une adaptation qui était un abandon doâ;rinal : ce qui importe, pen-
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saient-ils, c'e§t de se r éconcilief avec le monde. Si donc quelque accommodement eét nécessaire, pour faire cadrer le dogme avec la raison, ou la morale avec la science, il faut y consentir. Tout évolue dans le monde : l'Église n'échappe pas à cette loi. Qu'elle s'y prête hardiment. Elle y trouvera son profit : ce qui importe, ce n'e§t pas la Lettre, c'e§t l'Esprit ; ce n'e§t pas l'héritage, c'est la " Vie " et le " Progrès ". Car être, c'e^ essentiellement " devenir ". Si l'Église veut vivre, qu'elle adapte son Dogme, son culte et sa discipline aux formes du présent.
Mais l'Église ne l'entendit pas ainsi. Et en condamnant si nettement cette déviation, elle se sauvait elle-même d'un naturalisme qui, en la privant de sa transcendance, lui ôtait du même coup toute raison d'être historique. Le Modernisme avait bien vu la face " humaine " de l'Église, mais il avait méconnu sa nature divine. Il n'avait vu que le *■ phénomène ".
Aveuglement inévitable qui guette encore, de nos jours, tous ceux qui, même sans s'en rendre compte, resteront influencés par le Naturalisme.
Est-ce par cette voie que l'Église reprendra sa place dans le monde ? Assurément non.
Dans la pensée, les catholiques ne devront donc
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jamais accepter un rejet systématique de tout ce qui eêt ancien, ni un engouement de principe pour " tout ce qui e§t nouveau ". D'abord parce que le Progressisme outrancier eêt à la fois naïf — au simple regard de la raison ou de l'expérience — et contradiâioire dans les termes :
qu'e§t-ce qu'un " modernisme " qui, au nom d'un progrès indéfini, canonise l'un de ses moments transitoires ? C'e§t un " fixisme " l En faisant de 1' " aduel " — comme tel — un absolu valable et une norme d'aétion, le Progressiste " fige " le devenir en l'une de ses Struâiures caduques. Ce qu'il appelle " aujourd'hui ", un autre, demain, l'appellera " hier ", et le condamnera pour cette seule raison. On reconnaît là l'impasse du Pragmatisme, et les courtes vues de l'Américanisme. Mais surtout, on voit combien l'Église a raison de maintenir, face à toutes les concessions et compromissions qui lui sont si souvent demandées par ce ** monde qui passe ", une intransigeance qui n'eSt pas chez elle une " attitude ", ou un réflexe prudent de survie, mais le simple corollaire d'un dogme, et le rayonnement tranquille de son être^.
I. "Le Chrigtianisme a eu en vue, du comtnencetnent à la fin, des principes fixes dans le cours de ses dévelop-
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Rappelons à ce sujet la belle afïkmation de saint Vincent de Lérins : " Garde le dépôt de la foi ^ " Mais qu'est-ce que ce dépôt ? C'est ce qui t'a été confié, et non ce qui a été trouvé par toi ; c'est ce que tu as reçu, non ce que tu as inventé. Ge n'eSt pas affaire d'invention personnelle, mais de doâ:rine; non d'usage privé, mais de tradition publique... Tu ne dois pas en être l'auteur, mais le gardien... Conserve donc intaâ; et sans souillure le talent de la foi catholique. Ce qui t'a été confié, c'eét cela que tu dois garder, puis livrer à ton tour. Tu as reçu de l'or, rends de l'ot, ne remplace pas impudemment l'or par le plomb... La vérité que tu as apprise, enseigne-la toi aussi; dis les choses d'une manière nouvelle sans dire pourtant des nouveautés ^, "
Dans la pratique, l'attitude du chrétien, face
pements, et c*e§t pour cela que, sans tien perdre de ce qui lui était propre, il a été capable de s'incorporer les doctrines qui lui étaient étrangères. Une pareille continuité de principes et un semblable pouvoir d'assimilation sont Tun et l'autre incompatibles avec l'idée de corruption... " (Newman, HiHoire du développement de la doctrine chrétienne^ ch. vr, seâ:. 11.)