LÉGITIMITÉ DES TACHES DE LA TERRE
Qu'il suffise ici de rappeler brièvement que, sans " Incarnation ", il n'y a plus d'Église et qu'à vouloir nier la vie de l'homme " selon la chair ", on finit par détruire le spirituel luimême, et par tomber dans le Protestantisme.
Car s'il e§t vrai que l'ÉgHse e§t le royaume des âmes, que sa fin eét absolument surnaturelle, et que, par là, elle ne poursuit pas direffcement le bonheur et la civilisation d'ici-bas, elle s'en occupe, en revanche, d'un autre point de vue : parce que l'homme e§t corps et âme, mortel et immortel, eUe se soucie de tout ce qui, en lui, sert d'assise naturelle au surnaturel. Car " la grâce ne détruit pas la nature " : elle l'élève et la perfectionne ". Et par ailleurs, messagère et " inélrument conjoint " du Christ Rédempteur dont elle eSt la vivante incarnation ^, elle se doit
I. *' Le Sauveur agit en Dieu, mais aussi en homme... Re§té homjne, il continue d'agir comme un homme agit, pas uniquement comme Dieu agit. Il se sert, de nos jours, non seulement de sa toute-puissance divine, ou d'énergies
Essor ou déclin de l'Églùe 148
d'étendre à tout le créé le bienfait du renouvellement. Le Christ n'e§t pas venu pour excommunier le monde, mais pour le baptiser dans son sang. Dès lors, le chrétien a non seulement le droit, mais le devoir d' " achever " la création, et de travailler à la cité d'ici-bas. " Le Temporel est une réalité blessée qu'il faut aimer d'un amour rédempteur ^. "
l'optimisme chrétien.
Comme nous sommes loin. Nos Très Chers Frères, de ce faux portrait de chrétien qu'on se plaît à décrire : méfiant et désarmé à l'égard du
purement spirituelles, mais encore de toutes les ressources... de la nature, laquelle... e§t sa création. Toute l'humanité, c'eét-à-dire tout l'humain, peut être, doit être utilisé par le Christ. Toute l'aâivité noblement humaine doit devenir " sacramentale ", c'eSt-à-dire porteuse d'efficacité surnaturelle. " (L. de Coninck, 0. e., p. 686.) I. " Aimer les créatures de Dieu, l'eifort humain, les joies humaines, c'eSt non seulement permis ,c'e§t commandé : il faut le faire pour ressembler au Christ et accomplir son devoir... Le chrétien aime le temporel comme quelque chose qxii doit l'aider à rejoindre son Dieu... Le Christianisme dès lors condamne avec énergie non pas l'amour, mais l'idolâtrie du temporel. " (J. Mouroux, ILe Sens chrétien de l'homme, p. 16.)
JLes conditions de l'essor 14a
présent, inutile à la société ^, C'eSl au contraire sur nos œuvres, eiFeâives, réelles, que le Christ nous jugera : " J'avais faim... et vous m'avez nourri; j'étais en prison et vous m'avez visité \ " La voie qui vous eét tracée par l'Église n'eât pas différente : c'eSt un authentique engagement. " Croître, et posséder la terre ^ ", par votre travail et vos découvertes, pour en faire l'offrande, ensuite, au Créateur, qu'y a-t-il de plus religieux ? " C'eSt le Créateur de toutes choses qui a mis au cœur de l'homme l'irrésiâtible aspiration à trouver, même sur cette terre, le bonheur convenable et le catholicisme approuve tous les justes efforts de la vraie civilisation et du progrès bien compris pour la perfeâion et le développement de l'humanité *. " " Ce serait mal interpréter nos paroles contre le matérialisme, précise pareillement Sa Sainteté Pie XII que d'en déduire une condamnation du progrès
1. " Le chrétien n'eSt pas un lâche qui craint d'étreindre la vie, ni un faible qui redoute d'affronter la joie, ni un vaincu. Il e§t un homme lucide et décidé qui sait que tout doit être purifié, la nature, le travail, Tamour, la personne elle- même, et qu'avec le Christ il eât capable de tout purifier. " (J. Mouroux, 0. c, p. 21.)