F. -J. LEMAIRE
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L’association des médicaments est un vaste sujet qui embrasse presque toute la thérapeutique et la pharmacie. La question de savoir s’il est utile de faire cette association est sans contredit un des points les plus difficiles à résoudre que peuvent présenter ces deux sciences. Aussi, dans la crainte qu’on ne voie un peu trop de prétention de ma part, en prenant pour sujet de thèse une question qui ne peut être résolue que par une longue expérience, j’éprouve le besoin de dire comment j’ai été conduit à la traiter.
J’avais depuis assez longtemps l'intention de présenter pour ma thèse un travail sur le mode d’action du mercure dans la salivation mercurielle. Il me fallait répéter un assez grand nombre d’expériences sur les animaux pour confirmer ou infirmer les résultats auxquels j’étais parvenu dans des expériences déjà faites, lorsque des circonstances indépendantes de ma volonté m’obligèrent de présenter ce travail dans un bref délai. Comme il m’aurait été impossible de le terminer pour la fin de cette année scolaire, je fus forcé de l’abandonner provisoirement, me proposant de le compléter plus tard. N’ayant pas le temps nécessaire pour traiter le sujet démon choix, j’en demandai un le mois dernier à la Faculté, et j’ai reçu celui rjue je présente aujourd’hui.
Cette question, que je n’ai trouvée traitée nulle part, m’a présenté de nombreuses difficultés. Abandonné à mes faibles forces, n’ayant pas une iongue expérience, indispensable pour juger complètement cette question toute pratique, je
ne me dissimule pas que bien des lacunes existeront dans ce travail; mais j’espère qu'on voudra bien tenir compte des obstacles que j’ai eu à surmonter, et du peu de temps dont j’ai pu disposer pour les vaincre.
S’il m’a été impossible de résoudre tous les points de cet important sujet, je réclamerai une bienveillante attention pour deux questions qui me paraissent nouvelles, et que j’ai rapportées au sujet de cette thèse. Je les considère comme étant d’une grande importance pratique. Elles ont pour but de démontrer: 1° que deux médicaments qui peuvent former par leur réunion une combinaison insoluble, ou être en partie décomposés, peuvent produire les mêmes effets que la substance principale donnée pure; 2° qu’un médicament naturel organique produit des effets thérapeutiques differents, suivant qu’on le donne tel que la nature nous le fournit, ou qu’on l'administre privé de quelques-uns de ses principes constituants.
Voici le plan que j’ai adopté dans la rédaction de ce travail. Je commence par examiner les idées qui ont dirigé les auteurs dans l’association des médicaments, et les objections qu’on a faites a cette association ; ensuite je recherche: 1° s’il est utile d’associer les médicaments pour obtenir des composés nouveaux dont les effets thérapeutiques n’ont pas encore été étudiés; 2° si on doit, toujours tenir compte de la décomposition chimique qui peut résulter du mélange, pour obtenir les effets thérapeutiques; 3° s’il est utile d’associer des médicaments du même genre pour augmenter leur
action ; j’établis après qu’il est utile d’associer les médicaments: 4° pour obtenir, en les combinant chimiquement, des composés qui jouissant de propriétés nouvelles et différentes de celles de leurs composants; 5° pour les rendre le moins désagréables possible aux malades ; G° pour prévenir certains effets qui empêcheraient la substance principalede remplir l’indication qu'on a on vue; 7° pour obtenir des composés qui produisent des effets qu’on ne peut pas toit-
jours déterminer en employant des médicaments simples ; 8° pour mettre à nu un des principes des composants ; 9° pour favoriser leur* absorption ; 10° enfin pour leur conservation.
Dans un dernier chapitre, j’examine la question des associations naturelles dont j’ai déjà parlé.
Avant de passer outre , il est important que j’établisse l’acception que je donnerai ici au mot association . Prise dans son acception la plus étendue, l’association des médicaments peut, je pense, être définie : l’union de deux , ou un plus grand nombre de substances médicamenteuses simples ou composées, minérales ou organiques, définies chimiquement ou non, quel que soit d’ailleurs le moyen employé pour l’eL fectuer.
Cette acception est bien vaste , comme on le voit, puisqu’elle comprend P union de tous les médicaments, depuis les substances chimiques les mieux définies, jusqu’aux mélanges les plus complexes où l’analyse chimique n’a pas encore pénétré. Ainsi, je me représente la matière médicale telle qu’elle existe aujourd’hui ; je prends deux, ou un plus grand nombre des médicaments qu’elle renferme, je les unis par un moyen quelconque, et le composé qui en résulte est pour moi une association de médicaments.
Idées qui ont dirigé les auteurs dans I association des médicaments ; objections quon a faites à cette associa lion.
L’utilité de l’association des médicaments a été différemment interprétée par Ses auteurs qui s’en sont occupés. Tantôt, entassant pêle-mêle les substances médicamenteuses, ils espéraient obtenir un composé précieux qui possédât des vertus extraordinaires, que, selon eux, un médicament plus simple ne pouvait, jamais avoir; tantôt, invoquant le secours
de la chimie, ils composaient dans les laboratoires des médicaments nouveaux sur lesquels ils fondaient de grandes espérances ; tantôt , guidés par des idées particulières sur les propriétés des médicaments , ils faisaient leurs préparations plus ou moins compliquées avec des substances dont chacune, dans leur opinion, avait une utilité. Pendant longtemps on crut que les substances médicinales étaient douées de propriétés curatives absolues et positives, qu’elles jouissaient du privilège de détruire, par une force occulte , des maladies déterminées. Leur action sur nos organes n’était considérée que comme un accessoire jamais uiile, et presque toujours nuisible ; aussi cherchait-on à prévenir ces derniers effets, à empêcher qu’ils n’aient lieu. D’après ces idées , les ingrédients qui entraient comme base dans ces composés attiraient après eux plusieurs autres substances qui devenaient les auxiliaires ou les correctifs de la première. Quelques-uns ajoutèrent que certains médicaments parcouraient les routes du corps humain trop rapidement 5 d’autres étaient accusés de trop de lenteur.' Les premiers avaient besoin d’être modérés, retenus; les autres, au contraire, demandaient à être excités. On supposa même que chaque médicament avait son poste, où, abandonné à luimême , il devait opérer. Alors on se persuada qu'il fallait ajouter, dans certaines circonstances , une matière capable de diriger le médicament pour l’empêcher de s’égarer, etc.
Il était impossible qu’avec des idées aussi bizarres , les médicaments qu'on employait ne fussent pas des préparations compliquées. Aussi , toutes les anciennes pharmacopées ressemblent-elles à de vrais grimoires, et plusieurs des préparations qu’elles renferment peuvent être à juste titre considérées, ainsi qu’un médecin célèbre l’a dit, comme une boutique entière d' apothicaire contenue dans un pot de faïence (Bauderon, Pharm. comment . sur laurea alexandrina , t. 1, § 5). Enfin, à côté de ces assemblages de dro gués de toutes espèces, on trouve un assez grand nombre de
préparations moins compliquées , où il mest pas toujours facile de reconnaître les idées qui ont dirigé les auteurs dans leur confection.
Lorsque la pharmacie prit une forme régulière , lorsque les progrès de le chimie vinrent éclairer ses préparations , surtout depuis que le génie de Lavoisier vint lui donner une impulsion nouvelle, on reconnut dans un grand nombre de ces préparations des substances dont les propriétés étaient neutralisées au point de vue chimique. Alors on proposa une modification de ces formules, et plus tard on ne se contenta plus de vouloir les améliorer : on demanda qu’elles fussent rayées de la matière médicale, pour n’employer que des médicaments simples; par conséquent on combattit l’utilité de l’association des médicaments.
Un homme célèbre , Fourcroy , attaqua vigoureusement la polypharmacie. « Le mélange et la confusion dans les médicaments, dit-il, est un des plus grands obstacles que la médecine ait à surmonter pour son avancement. Tant qu’on fera usage des remèdes composés de la pharmacie galénique, on ne pourra jamais rien savoir sur leurs véritables propriétés. « Plus loin il ajoute: « Si l’on ne renonce à ce luxe dangereux, la science restera dans l’état où elle est ; accablée de prétendues richesses , elle ne pourra en faire aucun usage. Au lieu d’électuaires fameux, de décoctions composées, d’opiats précieux, de pilules multipliées, une matière minérale, végétale ou animale en substance, des sels dont la nature est bien connue , quelques préparations chimiques simples , voilà ce qui doit constituer la matière médicale » (Fourcroy, De /’ Art de connaître et d'employer les médicaments y t. 1 , pag. 446).
Cette opinion est aujourd’hui assez répandue; cependant , comme elle n’a pas l’assentiment général , ie me permettrai d’examiner si les arguments qu’on a fait valoir sont à l’abri de toute objection.
Lorsqu’un médicament composé a produit un bon effet ,
disent ces auteurs, il est impossible de savoir à quelle substance , parmi celles qui entrent dans sa composition , on doit rapporter celte propriété. Donc il est nécessaire de n'employer que des médicaments isolés pour pouvoir apprécier leur mode d’action. On peut voir dans ces arguments deux grandes questions , l'une théorique, l'autre pratique, Je commencerai par examiner la question théorique.
A. Est-il possible de déterminer le mode dé action d'un
médicament simple?
Sous le nom de médicament simple, il est probable que ces auteurs comprennent, comme on le fait généralement, non-seulement les corps simples des chimistes , mais encore les différents composés chimiques, les substances végétales , et les matières animales naturelles qui composent la matière médicale.
Dans toute science d’observation, l’esprit inquiet et curieux veut se rendre compte des phénomènes qu’il observe, et il cherche des explications qui le satisfassent. Mais, en thérapeutique , on est arrêté à chaque instant lorsqu’on veut hasarder des explications.
Le mode d’action de nos médicaments les plus simples est un mystère qu’on a voulu pénétrer depuis bien des siècles , sans qu’on y soit jamais parvenu. En effet, malgré les théories nombreuses qui ont été données, nous ne savons pas comment agit le mercure sur le principe morbifique de la syphilis, et nous ne pouvons pas déterminer davantage le mode d’action de l’iode sur celui des scrofules. Nous voyons que ces médicaments guérissent ces affections en produisant certains phénomènes physiologiques , mais voilà tout; nous ne pouvons pas pénétrer plus loin. Si on ne peut pas apprécier l’action d’un médicament* simple au point de vue chimique, quel embarras n’éprouvera-t-on pas
pour expliquer celle d’une substance végétale isolée que le chimiste considère comme un médicament composé? Comment, en effet, démêler le mode d’action des dix substances qu’Hornemann a trouvées dans la composition de la rhubarbe? La difficulté est certainement aussi grande que pour expliquer le mode d’action de la thériaque , qui est le médicament le plus complexe que possède aujourd’hui la matière médicale. Nous ne pouvons ici faire qu’une chose , comme avec les corps simples, constater le résultat. Dans ces substances, l’action est toujours mixte, bien que spéciale; de part et d’autre les effets sont un, et, sous ce rapport , il ne me répugnerait pas de considérer les préparations composées comme des médicaments simples. Par exemple, le diaseordium produit des effets qui sont un , comme la rhubarbe en détermine qu’on ne saurait rapporter à d’autres substances. Si , de l’action des médicaments, nous ne pouvons qu’apprécier le résultat , il sera certainement aussi facile de le faire pour un médicament composé que pour une substance simple. Aussi, l’objection théorique ne me paraît pas bien sérieuse. Examinons maintenant la question pratique,
B. Les médicaments simples connus jusqu à ce jour . peuvent ils , employés isolément , suffire ci la thérapeutique ?
Je répondrai non, parce que, comme je le dirai plus loin, dans un grand nombre de circonstances, et pour des motifs différents, ont est obligé d'associer des médicaments simples pour produire les effets qu’ou désire obtenir. D’un autre côté, il est un certain nombre de médicaments complexes qu’on ne saurait rayer de la matière médicale , parce que leurs bons effets ont été constatés par trop de grands praticiens pour qu’on ne leur accorde pas de confiance. D’ailleurs, ils réussissent dans certains cas ou des médica-
ments simples auxquels on attribue des propriétés analogues ne peuvent le faire. Par exemple, la thériaque, le diascordium, les pilules de cynoglosse, le sirop de chicorée composé, ne peuvent être remplacés dans tous les cas par les substances simples que possède aujourd’hui la matière médicale. Ainsi, l’objection puisée dans la pratique ne me paraît pas plus sérieuse que la précédente.
Cependant, il faut en convenir, la polypharmacie, telle que la pratiquaient les anciens, a quelque chose que l’esprit repousse. L’assemblage de drogues de toute espèce qu’on rencontre dans un grand nombre de formules de la pharmacie galénique peut être considéré comme un vain fatras et un échafaudage qui semblent plutôt surcharger l’art que servir l’humanité !
L’opinion des auteurs qui pensent que le meilleur moyen de faire avancer la thérapeutique est de simplifier les médicaments paraît très-rationnelle. La théorie des sciences physiques indique cette marche; mais, d’apres ce que j’ai dit précédemment sur l’action des médicaments , il serait peut-être permis de croire que cette nouvelle manière de procéder ne conduirait pas aux résultats que ces auteurs avaient espérés.
La nature , que l’art cherche si souvent à imiter, paraît avoir résolu cette question. En effet, lorsqu’on examine un instant la composition chimique d’un certain nombre de substances organiques, on est frappé par la diversité et par le nombre des principes qu'elle a réunis dansune seulesubstance. On voit que partout où elle a placé des principes énergiques, elle n’a pas voulu que ces matières fussent isolées. Partout, en effet , elle a associé au principe particulièrement agissant tantôt des substances plus douces pour tempérer son action • tantôt elle les a unis à des matières qui ont une certaine activité par elles-mêmes ; et qui, réunies au principe actif, en font un composé qui jouit de propriétés différentes de ses composants ; tantôt, enfin, dans certains cas, tous les prin-
cipes constituants isolés sont, pour ainsi dire , inertes , tandis que plusieurs réunis peuvent produire des médicaments dont Faction est des plus énergiques. Il semble qu’elle ait voulu donner à un médicament réputé simple toutes les propriétés d’un médicament composé le mieux préparé.
Si je ne m’abuse, je crois qu’on trouve, dans ces exemples puisés dans la nature, un tableau fidèle de l’association des médicaments.
En résumé , je crois que les attaques virulentes des auteurs quj ont combattu l’association des médicaments sont fondées touchant un grand nombre de préparations complexes nées du charlatanisme et de l’empirisme ; mais je pense qu’ils sont allés trop loin en voulant faire disparaître toutes les préparations compliquées de la matière médicale. Si l’empirisme a été périlleux , si ses conquêtes ont coûté cher à l’humanité, je crois qu’on aurait tort de vouloir en repousser le fruit.
L’idée de n’employer que des médicaments simples est certainement très-philosophique ; mais je crois que la pratique, dans Fétat actuel de la science, ne peut pas l’admettre absolument. Si , un jour , la pharmacie s’enrichit de substances simples qui puissent remplacer les médicaments composés dont les propriétés ont été sanctionnées par l’expérience, alors seulement on pourra n’employer que des médicaments simples ; mais , quand on réfléchit que nos médicaments les plus héroïques ne peuvent pas toujours produire les effets qu’on désire en obtenir lorsqu’on les administre isolément, tandis que, associés à d’autres substances , ils remplissent parfaitement l’indication qu’on a en vue, on craint que cette simplification de la matière médicale ne se réalise jamais. L’association des médicaments , d’après ce que j’ai dit précédemment , paraît être une loi de la nature que la pratique de tous les jours semble sanctionner *
1° Est-il utile (ï associer les médicaments pour obtenir des composés nouveaux dont les effets thérapeutiques n’ont pas encore été étudiés .
Si les médicaments simples et composés que possède la matière médicale pouvaient suffire aux besoins de la médecine, cette association pourrait être hautement blâmée, car elle peut conduire aux résultats les plus funestes. Les auteurs qui ont combattu l’association des médicaments auraient pu puiser leurs objections dans cette grave question, et ils en auraient trouvé de très -sérieuses à lui faire. En effet, il est des médicaments qui, isolément, peuvent être employés à d’assez fortes doses , tandis que , réunis , ils peuvent donner naissance à des poisons redoutables , et malheureusement ces réactions ne peuvent pas toujours être prévues. Les annales de la science renferment des exemples bien déplorables de ce genre d’association. Avant l’empoisonnement qui eut lieu en Allemagne, à la suite de l'administration d’un mélange de calomel et de sel ammoniac, on ignorait l’action chimique que ces deux corps ont l’un sur l’autre; on croyait, d’après l’ordre d’affinités , qu'aucun phénomène chimique ne pouvait résulter du mélange : on n’avait pas encore découvert cette nouvelle source de sublimé corrosif qui se forme sous l'influence du sel ammoniac et sous celles d’autres chlorures alcalins , comme M. Mialhe l’a si bien démontré depuis. Tout récemment encore, on a eu à déplorer, à Montpellier, un empoisonnement causé par une association de calomel à l’eau de laurier-cerise; on igïiorait aussi que, dans cette circonstance, deux poisons des plus redoutables prennent naissance.
J’ignore quelles raisons thérapeutiques ont dirigé le praticien qui a associé le chlorhydrate d’ammoniac au protochlorure de mercure ; mais , dans le composé qui détermina rempoîionnement de la malheureuse enfant de Montpellier,
l’eau de laurier-cerise avait été associée pour rendre le médicament plus agréable. Pour qu’on puisse approuver remploi de composés nouveaux , il faut que les médicaments connus ne puissent pas remplir l’indication qu'on a en vue.
Il est probable que , dans les cas précédents , on aurait pu produire les effets qu’on désirait obtenir , si on avait employé les médicaments simples ou composés que possède la matière médicale ; c’est au moins ce qu’il est permis de conclure pour le déplorable fait de Montpellier, où l’eau de laurier-cerise avait été ajoutée pour flatter le goût du malade. Ce n’est par sur de semblables futilités que doit être basé l’emploi d’un composé nouveau, c’est sur l’indication thérapeutique. Je blâmerais aussi le praticien qui se laisserait diriger dans cette association par les idées polypharmaques qui ont régné dans les siècles qui ont précédé le nôtre: alors un médecin eût été taxé d’ignorance, et sa préparation eût été mal composée , si , dans le médicament qu’il administrait, il n’avait réuni cinq ou six espèces de substances. Il existe des maladies pour la guérison desquelles l’art est impuissant: dans de semblables circonstances, l’expérimentation est en quelque sorte un devoir, et, en agissant ainsi , il n’est pas impossible qu’on parvienne un jour à trouver des médicaments pour les guérir.
Yoici comment je comprends Futilité de ce genre d’association. Lorsque les médicaments connus, simples ou composés , préparés et administrés suivant toutes les règles de l’art, n'auront pas rempli l’indication que l’on avait en vue, alors commencera pour moi Futilité de cette association; les composés que j’emploierais seraient, dans tous les cas, le plus simples possible, et, pour leur administration, je suivrais religieusement les excellents préceptes que M. Chomel a donnés pour l’expérimentation des médicaments.
Je sais bien qu’en reconnaissant Futilité de cette association je fais de Fempirisme , et ce qui m’engage h le faire dans ces circonstances, c’est que les agents les plus héroï-
ques que possède la matière médicale n’ont pas une autre origine. Bordeu , dans ses Recherches sur V histoire de la médecine , semble faire allusion à ces agents, lorsqu’il dit, en parlant de la médecine empirique : « Elle a rendu de grands et importants services à l’humanité; elle n’a cessé et ne cessera sans doute jamais d’avoir de zélés défenseurs, même au milieu des sectes de médecins qui lui semblent les plus opposés » (Bordeu, Œuvr. compL , t. II, p, 551). La thérapeutique demeurerait à peu près stationnaire si tout expériment était interdit. C’est un devoir, pour tout homme qui cultive une science , de faire ce qui dépend de lui pour en reculer les bornes; et, quand cette science a pour but la guérison, des maladies et la conservation de la santé, ce devoir devient encore plus impérieux et plus sacré (Chomel, EL de path. gén ., 3e édil,, p. 596).
L’action chimique qui peut résulter du mélange des substances médicamenteuses est une question capitale qui domine entièrement l’association des médicaments. Comme ici je ne dois m’occuper que de son utilité , je n’entrerai pas dans les détails de ce sujet, qui appartient à l’art de formuler ; cependant je vais examiner un point de cette question, qui , selon moi , a bien son importance : je veux parler des composés insolubles qui peuvent résulter des mélanges. Comme plus loin je dirai qu’il est utile d’associer des médicaments dans de semblables circonstances , je vais examiner la question suivante.
2° Est-il utile d'associer des médicaments qui peuvent
former par leur union un composé insoluble , ou être en