‹ Estampes et livres, 1872-1892Chapitre 1 sur 121 · VINGT ANS APRÈS · texte numérisé non relu

VINGT ANS APRÈS

— Vingt ans après.... ? Mais Vesi le titre d'un roman de Dumas. ... !

— Précisément; et c'est à dessein que nous l’inscrivons ici en é^i^raphe. Faites appel à

DOS muvenin. Quelle impremon fwrticulière aoez-vous ressentie qnouKJ , ajrrès avoir lu les Mousquetaires^ vous êtes })assé à Vingt ans après ?

— Une (jrande satisfaction de retrouver les vaillants hommes, leurs hrillants exploits, leurs (jrands coups d'épée. Mais en même temps quelque tristesse de les retrouver moins vifs , moins alertes : bref, de les retrouver avec la jeunesse en moins et viwjt ans en plus.

— De même : c'est un grand plaisir de qmsser de nouveau, après vingt ans d'iconophiUe et de hihliophilie, la revue de sa collection; mais une certaine mélancolie s'y mêle et tout justement parce que vingt ans se sont écoulés. Quels changements dans la compjagnie des mouscquetairesamateurs, de ces « Bibliophiles de 1875 »,

jeimes, ardents, joyeax, qui donnaient si rudement dans la mêlée, se ruant aux ventes comme à Vasscmt d’un bastion Saint-Gervais, rossant leurs adversaires comme de simples gardes du Cardinal; amoureux toujours robustes du Livre, passant de Rouquette à Morgand comme de Milady à Madame Bonacieux Aujourd’hui Athos est mort; Porthos a vendu sa bibliothèque, et même pl usieurs fois; Aramis, refroidi sur l’amour des livres, se confine dans son abbaye de Belleau (près Château-Thierry); quant à celui que nous 7i’ appjellerons -jjas prétentieusemeyit le d’ Ao'tagnan , -mais simplement le pdus jeune de la bande, -il a touché la quarantaine. . . /

Trêve de tristesse. Et arrêtons-nous court sur la pente mélancolique.

D’abord, parce que nous apcpartenons à cette 'nouvelle école d’amateurs, -pour lesquels le

collectionnisme est chose essentiellement gaie, et qv firent une heureuse révolution en substituant à V ancienne bibliophilie, savante d’apparence, morose, cachottière, jalouse, renfermée, — ennuyeuse, — une bibliophilie en dehors, vivante, remuante, exultante, amusante, communicative; (les politiciens diraient : « la Bibliophilie ouverte » ).

Ensuite, parce que ce ni est point un jour de grande revue que l’on voile de crêpte les tambours et que les musiqiies jouent des marches funèbres.

D’ailleurs, l’aspect général du champ) de manœuvres est pour provoquer chez nous un sentiment de satisfaction. Quels progrès accomplis deqyuis la dernière inspection générale , et quelles augmentations d’effectif 1 Aujourd’hui notre qjrogramrne de collectionneur est enfin rempli. Programme résolûment limité et bien

net : constituer une histoire de V Estampe Fram çaise prise dans trois de ses manifestations , le Portrait, le Sujet de Mœurs, la Vignette. Et voici nos trois corps d'armée bien près diètre au complet : — les poodraits, au nombre de plus de douze mille; — les estampes de V école française du XVIIP et les estampes originales du XIX" portées au chiffre de deux mille : le tout choisi avec la préoccupation constante, méticuleuse, intransigeante, delà, Belle Epreuve — les vignettes enfin, en états exceptionnels toujours, en dessins originaux souvent, donnant les formules successives de V illustration degmis deux siècles par des ouvrages -spécimens en nombre relativement restreint, mais d'une condition extraordinaire , et dans les reliures les plus. . . .

Ici, une certaine gêne. Lorsque nous cataloguions la bibliothèque Paillet, il nous était

permis (V entasser, en toute conviction, les admirations sur les éloges , de nous pâmer sur les volumes, de délirer sur leurs reliures. Nous catcdoguœnt nous -même nous sortîmes tenu, hélas ï à plus de sobriété, et à quelque modestie, au moins simulée. Point di épithètes , donc, et pour donner quelque agrément à notre description, avisons-nous cette fois-ci de la faire relever par Panel et par Dujardin de reproductions de reliures , — et qui plus est, de reliures modernes.

— Mais est-ce à dire qui U n'y ait jjoint , dans l’exécution du programme , des vides à constater, des lacunes à combler, des desiderata à signaler f

— Oui certes, il y en a, heureusement l Heureusement : parce que le complet est bien près de la satiété. Or, nous n’éprouvons encore

aucim symptôme de lassitude; la publication de ce nouveau catalogue n’est nullement le prodrome d’une liquidation prochaine et n’annonce point en nous cet esprit troublé et calculateur,

De la vente des livres funeste avant-coureur.

Le démon de l’achat nous tente toujours , comme aussi la. passion créatrice de la reliure.

— Alors cela pourrait mener avec le temps à un autre travail encore plus développé que celui-ci; et le Vingt ans après du collectionneur aurait, lui aussi, q^our suite, un catalogue gros comme Le Vicomte de Bragelonne f

— Que le Dieu des biblioqjJiiles vous entende l

PORTRAITS

XVI® ET XVir SIÈCLES.

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