‹ Estampes et livres, 1872-1892Chapitre 110 sur 121 · MANON LESCAUT, par l’abbé Prévost · texte numérisé non relu

MANON LESCAUT, par l’abbé Prévost

Launette, 1885, illustrations de Maurice Leloir. Un vol. gd. in-4 et un album in-8.

C’est l’exemplaire qu’avait formé pour lui l’éditeur Launette. 11 est en papier du Japon avec la suite des planches avec remarques, les eaux-fortes, et les états

INTERMÉDUIRES.

11 contient la série des VINGT -HUIT DESSINS ORIGINAUX DE MAURICE LELOIR pour les encadrements de liages. Plus , quatre dessins choisis dans la série des têtes de pages. ( On sait que les nombreux dessins de Maurice Leloir pour Manon Lescaut ont été dispersés. II ne se trouva aucun libraire ou amateur pour donner de la collection complète huit mille francs. Vendus un par un, en vente publique, en 1890, ils produisirent SOIXANTE .MII.LE FRANCS ! Quelques jours après, ceux de Le Riant pour Les Chouans de Balzac, vendus dans les mêmes conditions, produisirent plus de vingt mille francs. Voilà donc les dessins originaux d’illustrations d’aujourd’hui portés dès maintenant aux plus grands prix connus en bibliophilie. Ceci fait la cinquième grande poussée qui se produit depuis vingt ans. Dans ma carrière d’amateur, relativement courte, j'ai pu voir surgir en fait de livres et d’estampes cinq nouvelles couches successives de matière collectionnable, et s’établir cinq paroxysmes de prix : — sur l’école française du XVIIP siècle ; — sur l’école anglaise ; — sur les romantiques ; — sur les iaiionais : — sur le XIX^)

Pour ne pas épaissir inutilement le volume, on n’y a pas joint les épreuves des bois tirées hors du texte : épreuves qui n’otfrent pas de qualité particulière. Mais elles ont été remplacées avantageusement par la collection complète des fumés, sur papier de Chine, reliée à jiart en un volume gd. in-8. (Je dis bien fumés : épreuves tirées à la main par frottis, — et non épreuves hors texte, tirées à la presse).

Reliure de Marius Michel, maroquin vert doublé de fauve. Remarquable panneau de mosaïque intérieure ,

représentant des passiflores qui courent autour d’un ruban rouge. (Rei)roduction ci-jointe en chromotypie).

Une petite remarque en passant. Dans tous les livres que j’ai fait relier, les épreuves terminées sont toujours placées les premières, en regard du texte, et les eauxfortes, derrière les épreuves terminées.

Tout se plaide, disent les avocats. De même, en bibliophilie , tout se discute. Et nous nous trouvons ici en présence d’une question presque aussi grosse que celle de savoir si l’on doit manger les œufs à la coque par le petit bout ou par le gros bout. Doit-on placer, dans les volumes, les eaux-fortes derrière les épreuves terminées, ou les épreuves terminées derrière les eaux-fortes? Pour être grave, c’est grave : la physionomie du livre en dépend.

Sur cette matière palpitante, nous sommes résolument de l'avis que les états inachevés doivent nécessairement être placés derrière l’état terminé.

D'abord les éditeurs et amateurs du XVIIP et du commencement du X1X“ en usaient ainsi. C’est un précédent. Mais ceci n’est encore rien.

Le grand et décisif argument , c’est que la gravure terminée est la seule qui fasse régulièrement partie intégrante du livre ; elle fait corps avec lui, et l’on ne peut l’en détacher. Les états inachevés ne sont que des horsd’œuvre ; ils doivent donc tenir le second plan.

La gravure terminée, comme vigueur de ton, est indiquée pour faire face à l’impression. Les états inachevés, avec leurs parties claires ou même non entamées et réservées en blanc, font mal vis-à-vis d’une page de texte. C’est un contre-sens typographique de les placer ainsi.

On objectera qu’il semble rationnel de regarder les épreuves dans l’ordre successif des états et des travaux, en commençant par l’ébauche pour finir par l’épreuve absolument définitive. Eh bien , c’est une erreur. Et il y a une raison de coquetterie iconophile qui doit faire faire tout le contraire. Lorsque vous venez de voir une gravure terminée, et que tournant la page, vous apercevez l'eau-

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Tout se plaide, disent les avocats, Ue même, en bibliophilie, tout se discute, fit nous nous trouvons ici en présence d’une nuestion pre-sque nu.ssi grosse que ceRe de savoir si l'oa doit manger les œufs à la coque par le petit bout ou parle gros bout. Doit-on placer, dans les volumes, les eaux-fortes derrière les épreuves terminéc.s, ou les épreuves tervuiijéiîs dernoie ic.s -'au.i ■üif-te;: '? l-n.nr grave, c'est gravi.' : la piiy.tifuvemie du livre en dépend.

Sur cette matière palpitante, nous sommes résolument de I avis que les ébits inac.bevés doivent nécessairement être piacés derrièi’c l’état terminé.

D'abord les éditeurs et amateur?, du XYIID et du commenceinent du XiX« en usaient ainsi. G’ést un précédent.

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Le grand et décisif argument , c'est que la gravure terminée est la seule qui fasse régulièrement partie intégrante du livre ; elle fait corps avec lui, et l'on ne peut l’en détaclier. Les états inacbevés ne sont que des 'Uorsd’œuvre ; iis doivent donc tenir le .second plan.

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MANON LESCAUT, i885.

RELIURE DOUBLÉE DE MARIUS MICHEL (iNTÉRIELk).

forte, vous éprouvez une surprise agréable, une impression piquante en découvrant cette modulation de la gravure sur un ton nouveau et inattendu, en pénétrant pour ainsi dire dans l’intimité de l’estampe. ( Un ardent bibliophile de 1875 disait que les épreuves d’eaux - fortes étaient comme la gravure vue en déshabillé .) Que si vous commencez par l’eau-forte, il n’y a plus d’im])révu, et l’épreuve complète ne vous fait aucune impression nouvelle, elle est déflorée : bien plus, il v a désillusion , les états définitifs paraissent lourds, vus après les claires eaux-fortes. Quand vous voyez une vignette terminée, vous ne pouvez jamais prévoir quelle en sera l’eau-forte. En voyant une eauforte , vous pouvez prévoir à coup sûr quel sera l’aspect du terminé : l’effet est escompté. C’est une raison de pur dilettantisme, mais qui a sa valeur !

354 CONTES DE LA FONTAINE. Jouaust. 1885, 2 vol. in -8, figures d’Edouard de Beaumont gravées à l’eau-forte parBoilviu.

Grand papier de Hollande.

Figures avant la lettre et eaux-fortes.

Reliure de A. Cuzin, maroquin orange doublé de bleu.

On regrette, en voyant les inquantes illustrations de Beaumont, qu’il y en ait si peu. Dix vignettes pour les Contes de La Fontaine ! C’est le strict minimum !

Signalons un défaut dans l’impression de ces volumes : l’inégalité de ton dans le tirage. Les pages sont, les unes d’une impression vigoureuse et noire , les autres d’un tirage faible et pâle. C’est à éviter.

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