‹ Estampes et livres, 1872-1892Chapitre 120 sur 121 · Le Même Ouvrage · texte numérisé non relu

Le Même Ouvrage

Avec TRENTE-QUATRE AUTOGRAPHES de bibliophiles : Duc d’Aumale, Eugène Paillet, Quentin-Bauchart, de Tinan, Portalis, L. Mercier, de Villeneuve, Ashbee, Hervey, Rodrigues, Giacornelli, Burty, Lapierre, etc.

Demi-reliure de Lemardeley, maroquin bleu , non rogné.

400. Estampes et Livres, 1872-1892, par Henri Beraldi. Gonquet, 1892, petit iii-4, avec quarante et une reproductions de reliures (*).

Le présent catalogue (Uzanne dirait : la présente autohliothécographié) ne .saurait être dans le même ton que les deux précédents. Les temps sont changés !

(') Ce catalogue a deux volumes annexes, soigneusement reliés, et dont la connaissance est interdite aux profanes :

1" Notes d’un Libraire , ou recueil des quittances des

La réunion de Mes Estampes et de Bibliothèque d'un Bibliophile forme comme une petite monographie de la bibliophilie dans un curieux moment de surexcitation, de hausse inouïe se produisant subitement sur le livre, lorsqu’entrèrent avec éclat dans le champ de manœuvres ces bibliophiles effervescents qui garderont dans l'histoire le nom de « bibliophiles de 1875 ». Quel entrain alors, dans le monde du livre, dans les causeries quotidiennes des quais et des passages, dans les réunions dominicales rue de Berlin ! Quelle activité, avec ces courses chez trente marchands , recommencées tous les jours, — et tous les jours fructueusement ! A la salle de vente, quels assauts ! chez Morgand , quelles affaires! Mais, — le propre des choses humaines étant de changer et de passer. — rapidement quelle raréfaction des livres anciens, épuisés, casés en des retraites d'oü ils ne sortent plus, — et, comme le disait déjà tout à l’heure la préface à' Estampes et Livres, que de disparitions ou de mises à la retraite dans le bataillon des bibliophiles, dans la compagnie des libraires et marchands d'estampes , dans la petite escouade des relieurs d’élite ! Telle s’éteint, étoile par étoile, la grande pièce d’un feu d’artifice. La dispersion de la bibliothèque Paillet marque la fin de cette période brillante et bruyante.

Mais si nous constatons aujourd’hui moins d’exubérance extérieure dans la vie bibliophile, .il s’en faut que la bibliophilie soit dans un moment de non-activité. Les

sommes que j’ai payées à Morgand depuis que j’ai la satisfaction d’être son client ; 1872-92, plaquette in-8. — Ce n’est qu’une plaquette, mais elle revient a un prix ! ! !

2“ Mémoires d’un Relieur, ou recueil des factures acquittées de Cuzin.

Il était jadis considéré comme un signe de prodigalité d’avoir (I une note chez son tailleur h. Eh bien, la note du tailleur, c’est de l’enfantillage à côté de la note de l’habilleur des livres ! Mais aussi quels habits! brodés et doubles! — Quel traitement ! triple dorure, et application de maroquin extra et inlus !

bibliophiles ne manquent point : ils ont seulement d’autres allures. Preuve certaine : toutes les fois qu'il se présente actuellement un morceau de premier ordre, exceptionnel, hors ligne, le prix en fût-il formidable, il a, non pas un acheteur, mais deux, quatre, dix preneurs! — Qui? — Ah, voilà ! Des hommes qui ne disent point leur nom et qu’on ne voit point. Mettant en pratique un mot célèbre, ils ont chargé leur fusil et attendent l’heure. Ils sont à l’affût, affamés et vigoureux , prêts à bondir sur la proie. Adversaires redoutables que ces inconnus surgissant tout à coup, tellement redoutables même, qu’on est à peu près certain de ne pas en venir à bout, en vente publique. En un mot, jamais les beaux livres ne se sont mieux vendus, ce ne sont donc pas les prix de la bibliophilie de 1875 que nous ne retrouvons point, — au contraire, ils sont dépassés — : c’est son agitation de surface.

Heureusement une nouvelle génération surgit , nombreuse, plus nombreuse que tout ce qu’on imagine. Le goût du livre de luxe n’a jamais été plus répandu : mais le livre de luxe ancien est trop rare et souvent trop cher, et ces néo-bibliophiles se rejettent sur le livre contemporain, qu’ils feront entrer dans la bibliophilie comme les bibliophiles de 1875 y ont fait entrer le livre du XVIID. Bien que je sois, en ce qui me concerne, plus essentiellement collectionneur des estampes et des livres d’autrefois, j’avoue que j’aime ces bibliophiles qui encouragent le livre d’aujourd’hui. Bibliophiles jeunes , bienveillants , gais, amis du neuf et de l’inédit, pas pédants, que quelques « grands bibliophiles » appellent peut-être , d’un ton un peu dédaigneux ; « conscrits », mais qui peuvent très bien riposter en appelant ces anciens peu indulgents : « grognards 1 ». Atout prendre, le rôle qu’ils jouent à l’égard du Livre de curiosité est capital , ils contribuent à la perpétuité de sa production , et loin d’abaisser la qualité du titre de bibliophile, ils la relèvent plutôt. Tant que le bibliophile n’e.st qu’un admirateur passif des livres d’autrefois, tant qu’il n’est qu’une variété du bibelotier, il n’est qu’un homme dont la manie peut prêter au persiflage : la

belle comédie , en somme , que nos passions pour un bouquin, nos frémissements devant un morceau convoité, nos angoisses dans l'attente d’une enchère, notre curiosité de savoir si, en fin de compte, tel vieux maroquin restera à X ou à Z, nos luttes devant le bureau du commissairepriseur, et toute cette batrachomyomachie de la salle de vente ! Le titre de bibliopliile ne devient intéressant, utile, sérieux, que s’il désigne un homme qui, dans la mesure de ses forces, soit un des facteurs actifs du maintien et du renouvellement de quatre arts : la typographie, l’illustration, la gravure, la reliure. On voit que ceux qui débutent aujourd’hui dans la carrière ont un beau rôle à jouer. Souhaitons-leur bonne réussite. Le bibliophile de 1875 est mort.... Vive le bibliophile de LKIO !

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