EXEMPLAIRE DE DE MONTMORENCY-LUXEMBOURG
la provenance, rare, d'une femme bibliophile; — ces éléments réunis font de cet exemplaire ce qu’on appelle « un grand livre ».
5. Tanzaï et Néadarnê, par Crébillon fils, 1740, 2 vol. in-12 . figures.
Grand papier. — Avec la figure de l'Araignée.
Très fine reliure de Dero.me, en maroquin rouge, doublée de tabis.
11 est d’usage, dans les catalogues, de donner d’une façon ferme , pour les volumes en reliure du XVlll® siècle, le nom d’une de ces deux familles de relieurs : l’adeloup ou Derome. L’attribution se fait d’après certains caractères généraux, ou d’après certains ornements, fers, pajiiers de garde [larticuliers. jNIais ce n’est qu’une attribution et non une certitude.
Voici, par exemple, cette reliure de Tanzaï et Néadarnê . Ici, pas de doute : chaque volume porte à l’intérieur l'étiquette de J. A. Derome. Mais avant d’avoir vu ces étiquettes et à ne juger que sur l’aspect du travail, les bibliophiles et les libraires les plus experts l'attribuent invariablement, et d’une manière formelle, à Padeloup !
Il n’y a aucune honte à se tromper de cela. Tirons môme de ce petit fait une importante conclusion et un enseignement (dont nous avons fait notre profit) : c’est que, pour un bibliophile, aimer la reliure est bien ; avoiiTa prétention de la connaître impeccablement (i) est de la suffisance. Passe encore pour l’ornementation : les amateurs y ont même, généralement, meilleur et plus sùr goût que les (*)
(*) Qu’est-ce, d'ailleurs, je vous prie, qu’un bibliophile qui a la rejiutation d’être « impeccable » ’? — Un savant, un professeur, un compassé? — Mauvaise affaire. Combien je proférerais la réputation d’être non pas impeccablement, mais frénétiquement bibliophile !
relieurs, sans comparaison. Mais pour la reliure proprement dite, pour le corps d'ouvrage, il y a peu déjugés infaillibles, même dans ceux qui par profession passent leur vie à manipuler le livre ; bibliothécaires, libraires, voire relieurs. 11 y a bien un certain aspect d’ensemble, une forme particulièrement bien venue, une homogénéité de battage, une densité de bloc, une solidité d'eiidossage, etc., que vous appréciez, comme vous jugez d'un homme jiar son apparence en disant qu'il a « un bon coffre ». Mais l’homme au bon coffre peut avoir une tare cachée que l’œil des médecins ne sait pas découvrir et qui ne se révèle qu’à l’autopsie. Ainsi le livre: pour parler infailliblement de la qualité de la couture, de la ficelle, du fil, des cartons, de la couvrure, de la parure, il faudrait préalablement le disséquer, le « casser »! Mais un amateur n’a pas un besoin si absolu que cela de vaticiner sur ce que Marins Michel appelle « les que.stions de jatte à colle ». Et ne pas avoir de prétentions sur l’article est d’autant mieux que ces prétentions ne seraient pas admises par les frères et amis bibliophiles. Pour en revenir à la comparaison médicale : chaque fois que vous citez à un médecin l’opinion d’un autre médecin , il vous répond en disant que ce confrère est « un âne »; — de même, demandez à un bibliophile si un autre bibliophile connaît la reliure, il vous répondra : « Lui! mais il n’y entend rien du tout ! »
6. ŒUVRES DE MOLIÈRE, Amsterdam, 1741, 4 vol. in-12, figures de Boucher réduites par Punt.
Rare exemplaire de première date.
Les figures en premier tirage. (Sans les tailles horizontales sous l’entablement de la porte dans la figure du Dépit amoureux).
Dans une reliure de Derome, veau fauve, filets.
Sur la garde , la mention manuscrite Collationné complet le i5 septembre 1792 , J. J. de Bure fils aîné.
7. DON QUICHOTTE, par Cervantès (et Nouvelles). Aiiisterdain , 1741 , 8 vol. in-12 , figures de Coypel gravées par Folkema et Fokke.
Superbe exemplaire en reliure de Padkloup, maroquin bleu doublé de tabis. Figures de premier tirage.
8. Le Temple de Gnide, par Montesquieu. Paris, Huart, 1742, pet.iii-8, figures attribuées à de Sève.
Reliure ancienne en maroquin rouge.
Petit volume intéressant, et rare dans cette condition.
9. ŒUVRES DE VIRGILE. Quillau , 1743 , 4 vol. in-8 ; figures de Gochiii , gravées par Cochin père.
L'exemplaire est accompagné d'un album contenant les DIX-HUIT DESSINS ORIGINAUX DE COCHIN , à la mine de plomb, bien autrement fins et gracieux que leurs gravures, et parfaitement conservés. ( Collection Morel- VlNDÉ.)
10. ŒUVRES DE LA FONTAINE. David, 1743- 1744 ; 6 vol. in-12, figures.
Ce n'est un livre à figures que bien juste. En tout un portrait , un frontispice , et douze fleurons de titre ou vignettes !
Mais les six volumes sont dans une reliure de Paoeloup (chaque volume est marqué de son étiquette) en maroquin citron, d’une entière fraîcheur.
Dès lors l’ouvrage devient un de ces bibelots précieux que Morgand désigne par ce cri d’admiration : c’est un bonbon ! C’est plus qu'un livre, c'est une reliure !
Et l'objet peut affronter les regards du hiblio])hile de la
vieille roche. Pour ce biljliophile « pur », la reliure est tout. A ses yeux, l’amour du livre ne constitue qu’un .symptôme absolument primitif. La vignette est un accident secondaire. Avec la reliure seulement on est tout à fait pénétré par la bibliophilie : on devient bibliophile confirmé et « très précieux » : on l’est jusqu’aux os.
11 ne s'agit, bien entendu, que de reliure ancienne. Le biblioi)hile de la vieille roche, ou du vieux jeu, ne connaissait pas la reliure moderne. 11 se contentait de parler sans cesse et uniquement de la reliure du Seizième, en prenant des airs de suj)ériorité , comme un homme qui aurait seul la conq)réhension d’un art suprême dont la beauté serait fermée au vulgaire. Mais le type tend à disparaître. On s’est aperçu qu’en réalité, il n’y a pas grande malice à admirer les décors des reliures de la Renaissance , attendu que ce sont des chefs - d’œuvre indiscutables, sauf quelques exceptions. Or, se pâmer sur les chefs-d’œuvre universellement admis ne constitue pas une preuve de transcendance : c’est le pont aux ânes. Le premier vagissement du bibliophile qui vient de naître est : « Ah! le Seizième ! » (Regardez, enfants ! vous n'y toucherez guère : il n’en circule jdus que des bribes ; les grandes séries sont dans les Musées).
Maintenant, si l’on est un bibliophile aussi érudit que fin , et de force à publier le livre d’Ernest Bauchart sur La Bibliothèque des Valois, c’est une autre affaire !
11. Contes de La Fontaine, Amsterdam, 1743 (‘), 2 vol. iii-8, vignettes de Cochin.
Reliure de Guzin, maroquin citron.
Bon exemplaire, reliure très acceptable. Mais qu’est-ce (*)
(*) Le- premier en date de mes exemplaires des Contes de La Fontaine est le suivant, que je ne fais pas entrer dans le catalogue parce qu’il est antérieur à mon point de départ de 1718.
Contes de La Fontaine . édition de 1685 avec figures de
([ue cela? Hélas! Que ne peut-on avoir la suite complète des vignettes en tirage hors texte ! D’une façon plus générale ; qu il serait intéressant d’avoir, en épreuves d’artiste, toute la série des illustrations de la première manière de Gochin ! Cet infortuné Cochin est victimé dans les collections ; il est lojn d’y être représenté par des spécimens aussi favorables que les autres vignettistes, du moins en ce qui concerne son début où il était si spirituel et où il faisait œuvre de précurseur. Mais aussi , voilà ce que c’est que d’avoir disséminé des vignettes ravissantes dans des mécaniques de Deidier, des architectures de Blondel, et autres volumes qui ne sont que des bouquins !
12. ViRGiLii Opéra, Coustelier, 1745, 3 vol. in-12, figures de Cochin.
Reuure ancienne (Padeloup ? ou simplement Anguerrand?) en maroquin bleu, filets à froid.
13. MŒURS ET USAGES DES TURCS, parGuer; Paris, 1746, 2 vol. in-4, figures de Boucher.
Exemplaire du Duc de la Valliére.
Dans sa reliure ancienne en maroquin citron.