ŒUVRES DE BOILEAU. Crapelet
1798, in-4, figures de Monsiau.
Exemplaire en papier vélin.
Les figures en triples épreuves : avec la lettre, — avant LA lettre, — EAUX-FORTES.
Et les DESSINS ORIGINAUX DE MONSIAU, plus.
le dessin du portrait, par Forty. (De la collection Morel- VlNDÉ.)
Reliure de A. Cuzin, en maroquin rouge doublé de vieux rouge, grecque intérieure. ChilFre HB.
161. ŒUVRES DE DIDEROT. Desray et Deterville, 1798, 15 vol. in-8.
Papier vélin.
Portrait de Diderot et figures de Le Barbier pour La Religieuse, avant la lettre et eaux-fortes.
Riche reliure de Bozérian, dos et plats ornés, doublée de tabis.
162. FAUBLAS , par Louvet ; an VI , 4 vol. in-8, figures par divers. — Exemplaire contenant LES VINCxT-SEPT DESSINS ORIGINAUX DE MARILLIER, MONSIAU, GÉRARD , Demarne, Dutertre, etc.
Papier vélin.
Figures avant la lettre , et quatorze figures doubles avec différences.
La série des dessins originaux est des plus intéressantes; il est curieux notamment de voir la différence de facture des divers dessinateurs qui ont concouru à la même illustration. Quatre des dessins qui ont été gravés ne se trouvent pas dans cette série, mais par une compensation curieuse, il s'y trouve quatre dessins inédits qui n’ont pas été gravés, parce que l’éditeur les a évidemment refusés pour les faire recommencer en demandant que les sujets fussent traités autrement.
La suite des dessins fut offerte vers 1872 à plusieurs marchands d’estampes qui n’osèrent point se risquer; elle finit par aller à la librairie Fontaine oü elle fut acquise par Ernest Quentin-Bauchart. Mais ce bibliophile n’avait pas la passion des illustrations et, dans sa bibliothèque.
le petit carton renfermant les dessins du Fauhlas n’était point d’un intérêt capital : il ne devait pas y rester. Moyennant une petite combinazione comme les bibliophiles savent en pratiquer, il passa en la possession d’Eugène Paillet. Ce fut celui-ci qui créa le livre précieux, l’exemplaire unique. 11 fit glomiser les dessins, se procura par une autre petite combinazione le texte en papier vélin broché qui appartenait au fameux Hankey, avec les figures doubles, et envoya le tout chez Trautz qui lui rendit assez vite les volumes reliés et doublés. Mais le livre avait à peine pris position sur les rayons de la bibliothèque Paillet que le manuscrit des Contes de La Fontaine avec dessins de Fragonard tombait sur le marché comme une bombe. L'abandon du Faublas devint immédiatement le pivot d’une nouvelle combinazione qui mit le célèbre bibliophile en possession des Contes. Pour Faublas, il alla passer quelque temps dans la bibliothèque d’un des nombreux « barons Alfred » dont Morgand dispose.
Devenu plus tard acquéreur du manuscrit des Contes, je fus pris de l’envie dévorante de faire un coup d’éclat en réunissant ce que Paillet avait dispersé, et de posséder à la fois le La Fontaine aux F’ragonard et le Faublas aux dessins originaux. Ici, point de combinazione : je déposai simplement mon secret dans le sein de Morgand : avant un an le désir s’était réalisé !
Notre ami Bauchart, dans son langage pittoresque, avait imaginé de « marier » des livres entre eux : il appelait ainsi réunir dans sa bibliothèque deux ouvrages également précieux ; il effectuait par exemple le mariage d’un Marot d’août 1532 avec une Louise Labé de 1555 ; et ainsi de suite. Dans cette donnée, la réunion dans la même bibliothèque du Faublas et des Liaisons dangereuses aux des.sins originaux, c’est, si mariage il y a, un grand mariage (merci, Morgand ! ). Et mieux, la réunion à ce couple de celui que forment le La Fontaine aux dessins de Fragonard et La Pucelle aux dessins de Moreau , c’est , pour parler comme Bauchart , un beau ménage à quatre ! C’est
aussi ce que l'on pourrait appeler un quadrilatère bibliophilique : une forte position qui brave les attaques.
C'est égal ! Quelle singulière composition, nos bibliothèques de bibliophiles ! Des opuscules du XVlir qu'on ne lit pas, des plaquettes , des héroïdes, des chansons, des nouvelles sans intérêt, des poésies sans consistance; des Dorât, des Imbert, des Pezay, des Baculard d’Arnaud ; pour brocher sur le tout , des Faublas et des Liaisons (lamfereiises , et neuf fois les Contes de La Fontaine, et six fois La Pucelle ! Et ce n'est probablement pas la fin ! Voilà pour déconcerter les professeurs de bibliophilie qui ont rédigé des programmes tout faits de bibliothèque , sous forme de conseils aux débutants. Ces savants se préoccupent avant tout de faire entrer dans une recette aussi compliquée que jadis celle de la thériaque , et d’équilibrer en proportions judicieuses tous les livres dont l’honnête homme est censé faire sa lecture. Ils formulent une ordonnance : Homère, telles éditions ; Virgile, telles; Horace, telles ; incunables , tant ; aides , tant ; elzévirs , tant ; et encore tant d’Eve, tant de Le Gascon, etc. C’est un vrai menu complet. .. dont la réalisation coûterait d’ailleurs dans les quatre ou cinq millions. Mais ils n'ont pas prévu qu’une nouvelle couche d’amateurs trouverait une autre donnée et collectionnerait le livre, non pas par noms d’auteurs, mais par noms d’illustrateurs : Eisen, tant, Cochin, tant. Moreau, Marillier, tant. Jamais ils ne se seraient avisés de conseiller les neuf Contes et les six Pacelles !
Est-ce la faute des collectionneurs si les livres légers ont été les plus illustrés, — avec Télémaque \ ( Télémaque est une circonstance atténuante : j’en ai six). — Quant aux traités de bibliophilie , les bibliophiles n’en ont cure. Comme il y a deux espèces de militaires, les Bonaparte et les Jornini, les uns qui gagnent des batailles et les autres qui les professent, il y a aussi, du grand au petit, en matière de bibliophilie, deux classes d'hommes : ceux qui pratiquent le livre et ceux qui écrivent sur. Ces der-
niers, peu utiles. On n’apjirend pas la bibliophilie comme on apprend les mathématiques. La bibliophilie est affaire de milieu, d’entraînement, d'amour, de pose, de pas.sion, de spéculation , de goût , de maniaquerie , d'instinct , d’expérience, de ressources , de tempérament. De tempérament plus encore que de ressources, car il s’en faut, heureusement, que la réputation d’un bibliophile soit en proportion directe de ses facultés matérielles d’absorption.
A tous les manuels qui ont la prétention d’enseigner la bibliophilie en vingt leçons, je préfère, pour mon amusement, trente lignes de Bonnaffé et de sa piquante philosophie du collectionnisme, — et pour mon instruction, un quart-d’heure de conversation avec les bibliophiles pratiquants (j’entends ceux qui ont de l'entrain) , ou avec les libraires comme Conquet , ou Morgand , ou Edouard Rahir, ce jeune lieutenant, ce Labiénus du grand Morgand, auquel nous prédisions naguère un brillant avenir et qui est rapidement devenu d’une force peu commune, connaissant la matière bibliographique à faire quinauds tous les libraires de France et de Navarre.
163. DON QUICHOTTE , traduit par Florian. Deterville (Didüt), an VII, 3 vol. in-8.
L'exemplaire contient la suite des figures de Lefèvre et Le Barbier avec et avant la lettre , et eaux-fortes.
Demi-reliure, dos orné, non rogné. (Gapé).
164. VOYAGE SENTIMENTAL, par Sterne. Didot, an VII , 2 vol. en un , gd . in-4 , papier vélin , figures de Monsiau.
Figures avant la lettre.
Avec toutes les eaux-fortes.
Demi-reliure de Purgold, maroquin bleu, à dos plat orné. Non rogné.
Exemplaire de Labédoyère, (dans lequel les eauxfortes ont été placées, Labédoyère ne les possédait pas).
165. Robinson Crusoê, par Daniel de Foë. Veuve Panckoucke, an VIII, 3 vol. in-S, fig. de Stothard.
Papier vélin, figures avant la lettre Reliure de Thouvenin, maroquin noir, dos et plats dorés à la Bozérian.