Une série de portraits de ’V^oltaire, etc
Dans une demi-reliure de Purgold, en cuir de Russie, dos orné. Non rogné.
Le cuir de Russie est une médiocre matière première pour la reliure ; il se coupe avec facilité dans les charnières. De plus, il y a l’odeur. Mais ici elle a presque disparu, et nous tenons que c’est un bien. Un livre ne doit rien sentir, car ce qu’il peut nous offrir à subodorer n’a rien de suave : le cuir de Russie, c’est fatigant; certains maroquins du Levant sentent un peu le bouc, ce n’est pas à rechercher ; reste une troisième odeur, celle de la colle: pour le coup, c’est à éviter !
11 y a bien encore d’autres odeurs, mais celles-là de pure imagination ; encore une bonne invention du bon Janin, un jour qu’il avait besoin d’une quarantaine de lignes de copie sur la bibliophilie : allons, vite, les odeurs du livre! « Quelhonheur ! cet Homère, ce La Fontaine, il est de la » belle date, il a appartenu à quelque galant homme du » temps passé. C’est donc vrai ! mon livre appartenait à » Racine ! au grand Corneille !. l’odeur même ( ! ) , » UNE DOUCE ODEUR (!), SUAVE ET CHASTE (!!), PIEUSE OU » SAVANTE (!!!), s’exhale ENCORE DE CES PAGES NOBLEMENT » TOUCHÉES. »
Ceci n’est que le début : maintenant vous allez voir Janin emballé.
« D'autre part , vous et moi , mon jeune ami , nous » avons naturellement en grande horreur et dans le
» pLus profond mépris les bonnes gens vous disant : que » ce livre soit riche ou pauvre, entier ou déchiré, qu'il » sente l'œillet (?) ou le ghàillon , c'est toujours un » livre. 0 l' exécrable opinion ! la monstruosité misé- » rable! » ( 0 la belle apostrophe académique ! la belle émotion artificielle!). « Ça vous est égal, dites -vous, » Messieurs les lecteurs sans odorat, de tenir dans vos » MAINS MAL LAVÉES un bouquin TACHÉ DE LIE, OU LA PILLE » ERRANTE et LE LAQUAIS FANGEUX Ont laissé la troce » ineffaçable de leurs doigts malpropres et de leurs » TÊTES MAL PEIGNÉES? » (Quel gàchis !). « Ça vous est » égal de respirer, en lisant un livre, une odeur nauséA- » RONDE et de trouver à chaque page une AROMINARLE » EXHALAISON d'écurie OU DE MAUVAIS LIEU... » (Vilains gros mots hors de saison ici. Déclamation ridicule ; poncif.) « Il n'y a rien de beau et de bon, rien d' héroïque » et de grand dans un livre humilie, sali, plein de vile- » nies et dl immondices. » (.Je préfère l’expression célèbre de M. de Tinan : un livre qui a mille francs de graisse de trop ! — ) « et quiconque nous dira ce refrain bête : « ça » m'est égal », celui-là ne sait qias lire. » (Toujours cette idée horriblement vieux jeu, que les livres de curiosité .sont faits pour être lus ; ou tout au moins qu’un bibliophile doit poser pour l’homme qui lit. ) « Il n'a jamais lu » que des journaux de cabaret, des romans de cabinet de » lecture, ou l'histoire de Cartouche et de Mandrin.... » (Manqué, bon Janin! le « coup de la colère »! Maintenant voyons le trait de la fin ; prenez ici, s’il vous plaît, une voix à la Frédérick Lemaître : ) « Demandez-lui en même » temps si ça lui est égal de donner le bras à quelque » femme suspecte , » (Un cynique dirait : oui. Un bibliophile répondrait dans son étrange langage technique qu’il recherche les « jolis veaux », qu’il adore les « vieilles peaux » , mais qu’il a l’horreur des « graillons ! ») « qui » s'en va par la rue en traînant la savate, le jupon court » et le nez au vent ? T)emandez-lui .si ça lui est égal à » lui-même , de sortir dans la rue une tache à son habit » et des trous à ses bottes ! . » MÜ).
178. Œuvres de Racine. Didot, an IX, 3 vol. gd. in-fol., illustrations de Prud’hon, Gérard, Girodet, Peyron, Chaudet, Moitte, Serangeli et Taunay.
Édition magnifique, et caractéristique de l’illustration d’une époque. 11 faut donc la recueillir, malgré le discrédit relatif oü son format encombrant l'a fait tomber.
179. La Jérusalem délivrée , du Tasse. Bossange , Masson et Besson, an XI, 1803 , 2 vol. in-8, figures de Le Barbier.
Papier vélin. Figures avant la lettre et eaux-fortes.
Dans son ancienne reliure Empire, en maroquin rouge, doublée de tabis.
180. Répertoire du Théâtre François. Didot , 1803 et suiv. 23 vol. in-8, fig.
Papier vélin. Figures avant la lettre. — Reliure de Hozérian, maroquin rouge.
181. ŒUVRES DE MOLIÈRE. Par la Compagnie des libraires associés, 1804, 6 vol. in-8.
Dans une reliure de Simier, maroquin vert à grain long, dentelle des plats et dos genre Bozérian ; doublée de tabis blanc. Chiffre N.C. (Nicolas Corvisart).
Exemplaire de Corvisart, auquel il avait été donné par l’impératrice Joséphine, qui y avait fait placer TRENTE- TROIS AQUARELLES D’AUGUSTE GARNERAY, son professeur de dessin (plus tard, professeur de Marie-Louise et de la Duchesse de Berry, et dessinateur de costumes de théâtres). Ces petites miniatures, très fines, donnent une note Empire fort curieuse.
182. ATALA ; RENÉ , par Chateaubriand. Édition originale, chez Le Normant, 1805, in-12 avec six
figures de Garnier , gravées par Saint-Aubin et Chofiard.
Exemplaire en grand papier.
Figures avant la lettre avec la suite complète des