‹ Esther (volume 2)Chapitre 1 sur 68 · Esther · texte numérisé non relu

Esther

La disgrâce d'Aman, qui voulait profiter de son crédit auprès < Assuerus pour perdre le peuple juif: ou, en d'autres termes

i kfw f SaUV6S * ïl massacre g^éral par le dévouement d Estlier, et renvoyés libres de la Perse dans leur patrie • tel est le sujet de cette tragédie, qui, contrairement à l'usage ne contient que trois actes.

Acte I". Après un prologue où la Piété prononce l'éloge de Saint-Gyr et du roi, son fondateur, Esther entre sur la scène avec Elise son amie d'enfance. Depuis six mois, celle-ci pleurait danslaso litudesa compagne, qu'elle avait crue morte, lorsqu'un prophète lui apprit qu'au contraire Esther était devenue reine de la Perse, et que bientôt Israël servt délivré de la servitude Elle est donc venue. Esther lui raconte comment elle a succédé

1\}T^ ! h»V n!?I3,leS Juifs SOnt touJ°urs esclaves î car, sur les conseils de Mardochée, Esther a caché au roi son origine Pendant qu elle réunit les jeunes Israélites dont elle avait rempli son pa aïs, Mardochée arrive et lui apprend que, parles intrigues d Aman, les Juifs vont être égorgés dans dix jours, si la reine ne parvient a les sauver. Il faut qu'elle déclare au roi le mys ère de sa naissance. Esther, saisie d'abord d'effroi, annonce qu elle se dévouera pour son peuple ; elle bravera, le lendemain 1 ordre qui interdit, sous peine de mort, d'entrer chez le roi sans être appelé; et, attendant, elle implore la protection de son

mn ^«nttnf T^' laiSSant Sur la scène se^ jeunes compagnes qui ehanent leurs angoisses, et leur confiance en l'Éternel

crin»! i Le™tm est arrivé. Hydaspe, officier d' Assuerus

ualais ePta.W iT^8 Û'Aman> rintrodu,t sans ordre da"s 'ê palais et 1 avertit qu un sonore terrible a troublé le sommeil du

îir^erA'nlT'J0111' Se diStraire de funèbres Pensées- s* Mt ue lui rni^l f 8°,u Fegne- Aman ne cache P°int a ^daspe se blr Z malheure"x ! Insolence d'un Juif, qui seul

iu^ZT P°UVOir' Suffit P°ur empoisonner son pouvoir.

\ussi est-ce pour punir comme il le mérite, le dédain de Mar-

^uCrCt^rd?tct:?otne9Dtée- e° 1689> dcvaat le roi « »• P-tio d.

dochée, qu'il veut anéantir toute la race israélite.Mais dixjourg lui paraissent un trop long délai, il voudrait avancer l'heure du carnage. En ce moment le roi le fait appeler, et le consulte sur la façon dont il peut le mieux récompenser le mérite éclatant d'un de ses sujets. Aman, croyant parler pour lui, propose de parer de la pourpre et du diadème ce mortel, et de lé promener dans Suze sur un coursier du roi; le plus puissant des Perses tenant le cheval par la bride, ordonnerait au peuple de se prosterner devant ce nouveau favori. Assuérus l'approuve, lui annonce que l'homme qu'il veut ain^i récompenser est le iuiïMârdochée, et le charge lui-même de présideràtous ces honneurs. Les Juifs d'ailleurs n'en périront pas moins. Sur ces entrefaites, Esther se présente toute tremblante ; mais rassurée par la douceur du roi, elle lui exprime le désir de le recevoir ce jour même à sa table avec Aman. Assuérus accepte. La confiance renaît dans les jeunes Isra

Acte III. Les honneurs rendus à Mardochce ont effrayé Zarès, femme d'Aman ; eile voudrait déterminer son mari" à quitter la cour, lorsque Hydaspe vient le chercher pour le conduire chez la reine. Il y est à peine arrivé qn' Esther se jette aux genoux du roi, lui déclare qu'elle est Juive, nièce de Mardochée, et qu'Aman l'a trompé sur les sentiments de son oncle et de tous les Juifs. Assuérus, surpris et troublé, sortun instant pour réfléchir sans témoins. Eu rentrant, il trouve Aman aux pieds d' Esther, implorant son appui; cette vue excite sa colère ; il commande de faire périr le traître àTinstant. donne à Mardochée sesbiens. et déclare les Israélites libres. Le chœur termine la pièce en glorifiant Dieu.

La célèbre maison de Saint-Cyr ayant été principalement établie pour élever dans la piété un fort grand nombre de jeunes demoiselles rassemblées de tous les endroits du royaume, on n'y a rien oublié de tout ce qui pouvait contribuer à les rendre capables de servir Dieu dans les d::Tôrents états où il lui plaira de les appeler1. Mais en leur montrant les choses essentielles et nécessaires, on ne néglige pas de leur apprendre celles qui peuvent servira leur polir l'espnt et à leur former le jugement. On a imaginé pour cela plusieurs moyens, qui, sans les~détourner de leur travail et de leurs exercices ordinaires, les instruisent en lesdivertissant;on leur met, pourainsi dire. à profit leurs heures de récréation : on leur fait faire entre elles, sur leurs principaux

';!£ maison de Saint-Cyr. près de Versailles, fut fondée par Louis XIV en 1686, pour l'éducation de tbQ jeunes filles nobles appartenant à des familles pauvre». '

devoirs, des conversations ingénieuses qu'on leur a composées exprès, ou qu'elles-mêmes composent sur-le-champ ; on les fait parler sur les histoires qu'on leur alues, ou sur les importantes vérités qu'on leur a enseignées: on leur fait réciter par cœur et déclamer les plus beaux endroits des meilleurs poètes: et cela leur sert surtout à les défaire de quantités de mauvaises prononciations qu'elles pourraient avoir apportées de leurs provinces: on a soin aussi de faire apprendre à chanter a celles qui ont de la voix, et on ne leur laisse pas perdre un talent qui les peut amuser innocemment, et qu'elles peuvent employer un.jour a chanter les louanges de Dieu.

Mais la plupart des plus excellents vers de notre langue ayant été composés sur des matières fort profanes, et nos plus beaux airs étant sur des paroles extrêmement molles et efféminées, capables de faire des impressions dangereuses sur de jeunes esprits, les personnes illustres qui ont bien voulu prendre la principale direction de cette maison ont souhaité qu'il y eût quelque ouvrage qui, sans avoir tous ces défauts, pût produire une partie de ces bons effets. Elles me liront l'honneur de me communiquer leur dessein, et même de me demander si je ne pourrais pas faire sur quelque sujet de piété et de morale une espèce de poëme où le chant fût mêlé avec le récit, le tout lié par une action qui rendit la chose plus vive et moins capable d'ennuyer.

Je leur proposai le sujet &' Eslhcr, qui les frappa d'abord, cette histoire leur paraissant pleine de grandes leçons d'amour de Dieu, et de détachement du monde au milieu du monde même. Et je crus de mon côté que je trouverais assez de facilité à traiter ce sujet: d'autant plus qu'il me sembla que, sans altérer aucune des circonstances tant soit peu considérables de l'Écriture sainte, ce qui serait, à mon avis, une espèce de sacrilège, je pourrais remplir toute mon action avec les seules scènes que Dieu lui-même, pour ainsi dire, a préparées.

J'entrepris donc la chose : et je m'aperçu? qu'en travaillant sur le plan qu'on m'avait donné, j'exécutais en quelque sorte un dessein qui m'avait souvent passé dans L'esprit, qui était de lier, comme dans les anciennes tragédies grecques, le chœur et le chant avec l'action, et d'employer à chanter les louanges du vrai Dieu cette partie du chœur que les païens employaient à chanter les louanges de leurs fausses divinités. A dire vrai, je ne pensais guère que la chose dût être aussi publique qu'elle l'a été. Mais les grandes vérités de l'Écriture, et la manière sublime dont elles y sont énoncées, pour peu qu'on les présente, même inparfaitement, aux yeux des hommes, sont si propres à les frapper ; et d'ailleurs ces jeunes demoiselles ont déclamé et chanté cet ouvrage avec tant de grâce, tant de modestie et tant de piété, qu'il n'a pas été possible qu'il demeurât renfermédan-

le secret de leur maison : de sorte qu'un divertissement d'enfants est devenu le sujet de l'empressement de toute la cour, le roi lui-même, qui en avait été touché, n'ayant pu refuser à tout ce qu'il y a de plus de grands seigneurs de les y mener, et ayant eu la satisfaction de voir, par le plaisir qu'ils y ont pris, qu'on se peut aussi bien divertir aux choses de piété qu'à tous les spectacles profanes.

Au reste, quoique j'aie évité soigneusement de mêler le profane avec le sacré, j'ai cru néanmoins que je pouvais emprunter deux ou trois traits d'Hérodote, pourmieux peindre Assuérus: car j'ai suivi le sentiment de plusieurs savants interprètes de l'Écriture, qui tiennent que ce roi est le même que le fameux Darius, fils d'Hystaspe, dont parle cet historien. En effet, ils en rapportent quantité de preuves dont quelques-unes me paraissent des démonstrations. Mais je n'ai pas jugé à propos de croire ce même Hérodote sur parole, lorsqu'il dit que les Perses n'élevaient ni temples, ni autels, ni statues à leurs dieux, et qu'ils ne se servaient point de libations dans leurs sacrifices. Son témoignage est expressément détruit par l'Écriture, aussi bien que par Xénophon, beaucoup mieux instruit que lui des mœurs et des affaires de la Perse, et enfin par Quinte-Curce.

On peut dire que l'unité de lieu est observée dans cette pièce, en ce que toute l'action se passe dans le palais d'Assuérus. Cependant, comme on voulait rendre ce divertissement plus agréaule à des enfants, en jetant quelque variété dans les décorations, cela a été cause que je n'ai pas gardé cette unité avec la même rigueur que j'ai fait autrefois dans mes tragédies.

Je crois qu'il est bon d'avertir ici que bien qu'il y ait dans Esther des personnages d'hommes, ces personnages n'ont pas laissé d'être représentés par des filles avec toute la bienséance de leur sexe. La chose leur a été d'autant plus aisée, qu'anciennement les habits des Persans et des Juifs étaient de longues robes qui tombaient jusqu'à terre.

Je ne puis me résoudre à finir cette préface sans rendre à celui qui a fait la musique la justice qui lui est due, et sans confesser franchement que ses chants ont fait un des plus grands agréments de la pièce1. Tous les connaisseurs demeurent d'accord que depuis longtemps on n'a point entendu d'airs plus touchants ni plus convenables aux paroles. Quelques personnes ont trouvé la musique du dernier chœur un peu longue, quoique très-belle. Mais qu'aurait-on dit de ces jeunes Israélites qui avaient tant fait de vœux à Dieu pour être délivrées de l'horrible péril où elles étaient, si, ce péril étant passé, eltes lui en avaient rendu de médiocres actions de grâces ? Elles auraient directement péché contre la louable coutume de leur nation, où l'on ne recevait de Dieu aucun bienfait signalé, qu'on ne

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