‹ Esther (volume 2)Chapitre 35 sur 68 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Et que dans les tourments ils laissèrent la vie ; Mais ce sujet sélé qui, d'un œil si subtil, Sut de leur noir complot développer le fil, Qui me montra sur moi leur main déjà levée, Enfin par qui la Perse avec moi fut sauvée, Quel honneur pour sa foi, quel prix a-t-il reçu1 ?

ASAPH

On lui promit beaucoup : c'est tout ce que j'ai su.

ASSUÉRUS

0 d'un si grand service oubli trop condamnable 1

Des embarras du trône effet inévitable !

De soins tumultueux un prince environné

Vers de nouveaux objets est sans cesse entraîné;

L'avenir l'inquiète, et le présent le frappe :

Mais, plus prompt que l'éclair, le passé nous échappe;

Et de tant de mortels, à toute heure empressés

A nous faire valoir leurs soins intéressés.

Il ne s'en trouve point qui, touchés d'un vrai zèle,

Prennent à notre gloire un intérêt fidèle,

Du mérite oublié nous fassent souvenir,

Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut punir.

Ah ! que plutôt l'injure échappe à ma vengeance,

Qu'un si rare bienfait à ma reconnaissance !

Et qui voudrait jamais s'exposer pour son roi?

Ce mortel qui montra tant de zèle pour moi

Vit-il encore?

ASAPH

D voit l'astre qui vous éclaire *.

ASSUÉRUS

Et que n'a-t-il plus tôt demandé son salaire? Quel pays reculé le cache à mes bienfaits ?

ASAPH

Assis le plus souvent aux portes du palais,

i. • Quod quum audisset rex ait: Quid pro hac fide hon-oris ac praemii Murdochseus consecutus est? Dixerunt ei servi illius ac ministri : nihil omnino mercedis accepit. » [Esther, ch. vi, v. 3.)

t. Périphrase pompeuse, élégance inutile que ne justifient ni la majesté d'Assuérus, ni le respect d'Aaaph. llacine tombe bien rarement dans ce défaut. Ses imitateurs eurent moins de goût, et ils finirent par rendre le style tragique d'une enflure intolérable. — « Toutes les fois, dit Voltaire, qu'un mot présente une image, ou basse, ou dégoûtante, ou comique, ennoblissez-la par des images accessoires ; mais aussi ne vous piquez pas de vouloir ajouter une grandeur vaine à ce qui est important par soi-même. Si vou3 voulez exprimer que le roi vient, dites : le roi vient, et n'imitea pas le poète qui, trouvant ces mots trop communs, dit: Ce grand roi roule ici ses pas imjtérieux. •

Sans se plaindre de vous ni de sa destinée, Il y traîne *, seigneur, sa vie infortunée.

ASSUÉRUS

Et je dois d'autant moins oublier la vertu. Qu'elle même s'oublie. Il se nomme, dis-tu?

A SAP H

Mardochée est le nom qne je viens de vous lire.

ASSUÉRUS

Et son pays?

ASAPH

Seigneur, puisqu'il faut vous le dire, C'est un de ces captifs à périr destinés, Des rives du Jourdain sur l'Euphrate amenés.

ASSUÉRUS

Il est donc Juif? 0 ciel, sur le point que la vie1

Par mes propres sujets m'allait être ravie,

Un Juif rend par ses soins leurs efforts impuissants î

Un Juif m'a préservé du glaive des Persans !

Mais puisqu'il m'a sauvé, quel qu'il soit, il n'importe.

Holàl quelqu'un 8.

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