‹ Esther (volume 2)Chapitre 43 sur 68 · ÉLISE, PARTIR DU CHŒCR · texte numérisé non relu

ÉLISE, PARTIR DU CHŒCR

ÉLISE

Que vous semble, mes sœurs, de l'état où nous sommes*? D'Esther, d'Aman, qui le 3 doit emporter? Est-ce Dieu, sont-ce les hommes, Dont les œuvres vont éclater ; Vous avez vu quelle ardente colère Allumait de ce roi le visage sévère.

UNE DES ISRAÉLITES

Des éclairs de ses yeux l'œil était ébloui \

UNE AUTRE

Et sa voix m'a paru comme un tonnerre horrible.

ÉLISE

Comment ce courroux si terrible En un moment s'est-il évanoui ?

UNE DES ISRAÉLITES chante.

Un moment a changé ce courage 5 inflexible :

1. Clartés, dans le sens de lumières. Ce mot ne s'emploie plus avec cette signification.

t. Ne pourrait-on pas souhaiter que ce vers fût moins familier?

3. C'était l'usage au xvn* siècle de séparer ainsi le régime du verbe, comme plus loin on lira : nous a'iait déceler. Le pronom le forme avec le verbe emporter une locution inséparable. Enfin vous Remportez (le Cid> act. I, se. m.)

4. Ce vers et les deux précédents rappellent ceux-ci de Virgile :

Totnqne ardentis» ab ore

Scintillœ absistuut; oculi? micat acribns ignis. (Lib. XII, 101.)

5. Tout le xviie siècle a employé ce mot daos le sens d'esprit, disposition du «VEur ; c'est un ressouvenir du latiu unimus, c'est l'acception primitive

Le lion rugissant est un agneau paisible.

Dieu, notre Dieu sans doute a versé dans son cœur

Cet esprit de douceur 1 .

le chœur chante.

Dieu, notre Dieu sans doute a versé dans son cœur

Cet esprit de douceur.

LA MÊME ISRAÉLITE chante.

Tel qu'un ruisseau docile - Obéit à la main qui détourne son cours, Et, laissant de ses eaux partager le secours,

Va rendre tout un champ fertile, Dieu, de nos volontés arbitre souverain, Le cœur des rois est ainsi dans ta main.

ÉLISE

Ah! que je crains, mes sœurs, les funestes nuages

Qui de ce prince obscurcissent les yeux ! Comme il est aveuglé du culte de ses dieux!

DNS ISRAÉLITE

Il n'atteste jamais que leurs noms odieux.

UNE AUTRE

Aux feux inanimés dont se parent les cieux Il rend de profanes hommages.

de ce mot, devenu plus tard synonyme de bravoure. Emilie, dans Cinna. net. I, se. n) dit en parlant des bienfaits d'Auguste :

Il m'en fait chaque jour sans changer mon courajrfi

L'air de votre visasre

Témoigne un déplaisir caché daD? le courage.

(Corseille, la Suivante, act. III, se. iv * Au moins que les travaux, Les dangers, les soins du voyage, Changent un peu votre courage. (La Fomaine, lib. IX, f. n.)

Au xviii» siècle, ce mot conservait encore ce sens : Je vous en dirais davantage Contre ce mal de la raison Que je hais d'un si bon courage. (Voltaire, Ep. à Dcsmahis.)

La prose l'employait de même : 77 calma les courages émus, dit Bossuet. (Or. fuhèb. du prince de Condé.)

1. « Convertitque Deus spiritam régis in mansuetudinem. » (Esther, ch. xv, v. li.)

2. Racine, dans ces vers, semble s'être souvenu de ce passage de Virgile (Géorg., lib. I) :

Ecce snpercilio clivo«i tramitis undam Elioit : îlla eadens raucum per levia murmnr Saxa ciet, seatebiisque areutia tempérât arva,

Les vers de Virgile n'ont-ils pas plus d'harmonie et de îrrâce que ceux du poêle français? Il est juste de faire observer que les ressources de la langue (raneaise n'égalent pas celles du latin. L'iustrument est moins facile à manier.

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