SCÈNE IV
assuérus, à Esther.
Oui, vos moindres discours ont des grâces secrètes. Une noble pudeur à tout ce que vous faites Donne un prix que n'ont point ni la pourpre, ni l'or. Quel climat renfermait un si rare trésor? Dans quel sein vertueux avez-vous pris naissance, 1020 Et quelle main si sage éleva votre enfance?
Mais dites promptement ce que vous demandez. Tous vos désirs, Esther, vous seront accordés ; Dussiez-vous, je l'ai dit, et veux bien le redire, Demander la moitié de ce puissant Empire. 1026
quelquefois employé en tête d'un vœu. 101S. N'ont point n/.., Voir 34;.
Cf. Malherbe (2;) : ~ j climat : quel pays ; voir 10.
Ain» tes honneurs florissants Qn t , ,.tlllnl(, qu'Assuérus
De jour en jour aillent croissants. y. " *"»■""*•» »"* i
n eut pas songe plus tôt a s informer de ioiô. Plus de mille. Le nombre mille ['origine d Esther. qui était sa femme est constamment employé dans la Bible depuis cinu ans Cf Qo pour désigner un grand nombre indéterminé. (A. Coqucrel.) ioa5. La moitié... Voir 660.
Je ne m'égare point dans ces vastes désirs. Mais puisqu'il faut enfin expliquer mes soupirs, Puisque mon foi lui-même à parler me convie,
Elle se jette aux pieds du Roi.
J'ose vous implorer, et pour ma propre vie, ' Et pour les tristes jours d'un peuple infortuné, io3o
Qu'à périr avec moi vous avez condamné.
assuérus, la relevant.
A périr! Vous! Quel peuple? Et quel est ce mystère?
amax, tout bas.
Je tremble.
Esther, Seigneur, eut un Juif pour son père. De vos ordres sanglants vous savez la rigueur.
AMAN
Ah Dieux !
ASSUÉRUS
Ah ! de quel eoup nie percez- vous le cœur ? io35 Vous la fille d'un Juif? Hé quoi? tout ce que j'aime, Cette Esther, rinnoeence et la sagesse même, Que je croyais du Ciel les plus chères amours, Dans cette source impure aurait puise ses jours ? Malheureux !
10:26. Vastes: démesures, énormes; cf. par la mesure : « Le Cardinal le prit
1117 et La Fontaine (Fables, XI, 8) : pour son intendant»; car on peut
Quittez le long espoir et les vastes pensées, n'avoir pas de fille ou pas d'intendant,
io33. Pour son père. L'emploi du pos- tandis <ïu'on a toujours un père,
sessii' est inutile. Il se justifie mieux in'ÎS. Les plus chères amours. Racine
au v. 1120. et, dans cette autre phrase, l'ait toujours amour du féminin au plu-
où d'ailleurs Racine n'était pas gêné riel, souvent aussi au singulier.