ACTE I, SCENE [V. Il
Quand, pour te faire un peuple agréable à tes yeux,
Il plut à ton amour de choisir nos aïeux.
Même tu leur promis de ta bouche sacrée
Une postérité d'éternelle durée.
Hélas ! Ce peuple ingrat a méprisé ta loi; 2.55
La nation chérie a violé sa foi ;
Elle a répudié son Époux et son Père,
Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère :
Maintenant elle sert sous un maître étranger.
Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger. 260
Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes,
Imputent à leurs Dieux le bonheur de leurs armes,
Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel
Abolisse ton nom, ton peuple et ton autel.
Ainsi donc un perfide, après tant de miracles, 265
Pourrait anéantir la foi de tes oracles,
Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons,
Le Saint que tu promets, et que nous attendons 7^
Non, non, ne souffre pas que ces peuples faroudnes,
Ivres de notre sang, ferment les seules bouches 2^0
256. Sa foi: ses engagements ; cf. 1102. 25g. Elle sert: elle est esclave (c'est
Pour d'autres emplois de ce mot, voir le sens étymologique (latin seivire).
2O6, 3;5; Prologue. 64. 260. On la veut égorger. Sur la place
„ „. .,, .. , ... du pronom, voir xS.
25?. Répudie. Ln homme pouvait re- 2(jl Superbes: orgueilleux: voir 28.
pudier son épouse, en la renvoyant Insaltant a nos /a,.„,e,.. insulter aux
raiTUt certaines lormes prescrites par larmes au malheur, a la misère, a la
la loi, mais une femme ne répudiait confusion a la ruine, etc, c'est en tirer
pas son époux, encore moins son père. avantage outrageusement ; cf. 85o.
L expression, ainsi prise au ligure dans 2fc t terit „ [,,urs dl,lix . leur ,.„
le sens de rejeter, n'en est que plus attritmentle mérite et la gloire,
énergique. ^ La foi : Va vérité, la réalité: cf.
258. Adultère: par lequel elle se ren- n;o; voir, d'autre part, 256.
dait coupable de violer la loi qu'elle 268. Le Saint le Messie ou Christ,
devait à son Dieu, à son époux. promis aux Juifs dans l'Ancien Testa-
KSTHKR.
Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits; Et confonds tous ces Dieux qui ne furent jamais. Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles, Cïu sais combien je hais leurs fêtes criminelles"?] Et que je mets au rang des profanations Leur table, leurs festins et leurs libations; Que même cette pompe où je suis condamnée, Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée, Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés, Seule, et dans le secret, je le foule à mes pieds; Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre, Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre. J'attendais le moment marqué dans ton arrêt, Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt.
nient. — Que nous attendons. « Racine commet une inexactitude, attendu qu'à l'époque d'Est her tous les Juifsoroyaient que !<■ Messie était venu et qu'il s'était personnifié dans Cyrus. Mais Esther est bien plutôt une chrétienne qu'une juive par les sentiments et le caractère. » (J. Wogue.) Noir 1067.
272. Confonds : réduis au néant ; voir a35. — Ne farent jamais. Voir 228. Quoique n'existant pas, ces dieux seront confondus en la personne de leurs adorateurs. 0 Nous savons que les idoles ne sont rien dans le inonde, et qu'il n'y a nul autre Dieu que le seul Dieu. » (I Corinthiens, VIII. 4.)
•i-\. Combien... et que. Ces deux propositions complétives n'ont pas la même construction ; la phrase n'en est pas moins très régulière. Cf. 533-534-
276. Leur table.... leurs libations. On faisait a. table une libation en versant quelques gouttes de vin pur en l'honneur d'une divinité. Voir Préface de Racine, p. 9, notes 4 et 5. Non seulement ces libations, faites à des dieux
étrangers, étaient pour Eslher des profanations, mais encore la table et les festins du roi. car naturellement on n'y observait pas les rites prescrits par la réligioniuive.Voir Livre d'Esther, XV. 17.
277. OS. L'adverbe relatif où est alors d'un usage très général pour auquel, à laquelle, etc. Cf. 854, 1182; Préface, p. i. note 4