‹ EstherChapitre 93 sur 146 · TE IL SCÈNE VII · texte numérisé non relu

TE IL SCÈNE VII

EiTHER.

Mes filles, -oulenez votre reine éperdue. Je me meurs.

Elle tombe évanouie.

ASSUÉRUS

Dieux puissants {quelle étrange pâleur 635 De son teint tout à coup efface la couleur? Esther, que craignez- vous ? Suis-je pas votre frère? Est-ce pour vous iju'e>t t'ait un ordre si sévère? Vivez. Le sceptre d'or, que vous tend cette main. Pour vous de ma clémence est un gage certain. o'j.i

Quelle voix salutaire ordonne que je vive, Et rappelle en mon sein mon âme fugitive?

ASSUÉRUS

Ne connaissez-vous ]>a> la voix de votre époux? Encore un coup vivez, et revenez à vous

ii3;. Suis-je pas. Dans Je? interroga- suérus se dit l'époux d'Esther. Ici. du

tions. Racine a quelquefois omis, avec reste. Racine n'a t'ait que traduire un

pas ou point, la négation ne. Cf. Mitliri- passage du Livre (TEsttu r X.\

date, u}68 : ftji. Salutaire : qui me sauve; voir 445-

Les cpeuvenUlsj - -•■ se méprendre? 842- Rappelle mon âme. Cf. Phédr

Et dans Leê Plaideurs (\\ 159, i!"Hii : Et que urs ie>-ent <1«- rappeler

«Suis-je pas iils de maître ? L'ai-je pas On reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.

dit? » Corneille avait lini par blâmer .

cette omission, et avait même corrigé Ld/"e est ici lf' *ou,ne V1,a.1- la V)c

les passages de son théâtre ou il se latina/iâna) -Fugitive: qui s échappe.

l'était permise. - Votre frère. Sainte- *&■ C0nnaMse**on*. avec le se

Reuve {Port-Royal, t. M. p. iî; . a vu reconnaître; voir 1-8. Cf. Plaideur

dans ce mot. employé au lieu d'époux, Kt quj t'aurait connu Jé.-uisé de la sorte ? une allusion à la situation de Louis XIV

vis-à-vis de Mm« de Haintenon, dont >'<\\. Encore un coup. On trouve dans

le mariage n'était pas déclaré publi- Racine plusieurs exemples de cette

quement. C'est invraisemblable, puis- locution familière, dont Corneille fait

que. quelques vers plu? bas 643), As- un usage fréquent

ESTHEK.

Seigneur, je n'ai jamais contemplé qu'avec crainte 045

L'auguste majesté sur votre front empreinte :

Jugez combien ce front irrité contre moi

Dans mon àme troublée a du jeter d'effroi.

Sur ce trône sacré qu'environne la foudre,

J'ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre. 65o

Hélas ! sans frissonner, quel cœur audacieux

Soutiendrait les éclairs qui partaient de vos yeux ?

Ainsi du Dieu vivant la colère étincelle....

ASSUEKUS.

O soleil! ù flambeaux de lumière immortelle !

Je me trouble moi-même, et sans frémissement 655

Je ne puis voir sa peine et son saisissement.

Calmez, Reine, calmez la frayeur qui vous presse.

Du cœur d'Assuérus souveraine maîtresse,

Eprouvez seulement son ardente amitié.

Faut-il de mes États vous donner la moitié ? 660

65o. Poudre : poussière ; voir 224.

652. Soutiendrait : y résisterait sans faiblir. Cf. Mithridate, 4i3 :

Quels assauts, quels combats j'ai tautôt soutenus ' — Zes éclairs. Cf. 719.

653. Etincelle. « Usquequo exardescet sicut ig-nis ira tua? Jusqu'à quand votre colère s'erubrasera-t-elle comme un feu?» (Psaumes. LXXXVIII, 47.)

654. O soleil !... Le culte des astres s'explique dans un pays où la pureté du ciel leur donne un éclat extraordinaire. Il avait été introduit chez les Iraniens par l'influence des Mages, à la fois prêtres et astrologues. Hérodote (I, i3i) dit que les Perses font des sacrifices au ciel, au soleil, à la lune, à la

terre, au feu, à l'eau et aux vents. Cf. 557, 676, 738-740.

657. Presse: gêner en serrant, au figuré : c'est-à-dire serrer le cœur, mettre dans l'angoisse ; cf. 681, t)55.

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