‹ Esther, tragédie, annotéeChapitre 13 sur 46 · ACTE I. — SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I. — SCÈNE IV

Elle a répudié son époux et son père,' Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère : Maintenant elle sert sous un maître étranger. Mais c'est peu d'être esclave, on la veut égorger : Nos superbes vainqueurs, insultant à nos larmes,* Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes. Et veulent aujourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom, ton peuple, et ton autel.

Ainsi donc un perfide, après tant de miracles, Pourrait anéantir la foi de tes oracles, Bavirâit aux mortels le plus cher de tes dons. Le saint que tu promets, et que nous attendons ? Non, non, ne souffre pas que ces peuples farouches, Ivres de notre sang, ferment les seules bouches Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfaits. Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais. Pour moi, que tu retiens parmi ces infidèles. Tu sais combien je hais leurs fêtes criminelles. Et que je mets au rang des profanations Leur table, leurs festins, et leurs libations ; Que même cette pompe oii je suis condamnée, Ce bandeau^ dont il faut que je paraisse ornée Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés, Seule et dans le secret je le foule à mes pieds ; Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre, Et n'ai de goût qu'aux pleurs que tu me vois répandre. J'attendais le moment marqué dans ton arrêt, Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt : Ce moment est venu ; ma prompte obéissance Va d'un roi redoutable affronter la présence. C'est pour toi que je marche : accompagne mes pas Devant ce fier lion qui ne te connaît pas ;

1 Répudier ton époux et son père : manière énergique d'exprimer que la nation jaive a renoncé à son Dieu. Cette hardiesse est d'autant plus heureuse, que Sion est toujours présentée, dans l'Écriture, comme l'épouse que Dieu avait choisie. — GBOFPaoT.

^ Insultant à nos larmes — Mocking our tears.

3 Ce bandeau— Diadème dont les anciens rois Gênaient leur fîront.

Ifi , ESTHER.

Commande en me voyant que son courroux s^apaise^ Et prête à mes discours un charme qui lui plaise. Les orages, les vents, les cieux, te sont soumis : Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.

SciiNE V.

(Toute celte scènt est chantée,)

LE OHŒUR.

UNI ISRAÉLITE, SeuU.

Pleurons et gémissons, mes fidèles compagnes ; A nos sanglots donnons un libre cours :

Levons les yeux vers les saintes montagnes D'où Tinnocence attend tout son secours.

mortelles alarmes !

Tout Israël périt. Pleurez, mes tristes yeux : Il ne fut jamais sous les cieux Un si juste sujet de larmes.

TOUT LE CHŒUR

O mortelles alarmes I

UNE AUTRE ISRAÉLITE

N'était-ce pas assez qu'un vainqueur odieux De l'auguste Sion eût détruit tous les charmes, Et traîné ses enfants captifs en mille lieux ?

TOUT LE CHŒUR

mortelles alarmes !

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