‹ Esther, tragédie, annotéeChapitre 29 sur 46 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

AMAN, ZABÈS.

ZARÈ&

Cest dono ici d'Esther le superbe jardin,

Et ce salon pompeux est le Heu du festin ?

Mais, tandis que la porte en est encor fermée,

Écoutez les conseils d^une épouse alarmée.

Au nom du sacré^ nœud qui me lie avec vous,

Dissimulez, seigneur, cet aveugle courroux ;

Éclaircissez ce n:ont où la tristesse est peinte :

Les rois craignent^ surtout le reproche et la plainte.

Seul entre tous les grands par la reine invité,

Bessentez^ donc aussi cette félicité.

Si le mal vous aigrit, que le bienfait vous touche.

Je l'ai cent fois appris de votre propre bouche :

Quiconque ne sait pas dévorer un afiront,

Ni de fausses couleurs se déguiser le front,

Loin de l'aspect des rois qu'u s'écarte, qu'à fuie.

Il est des contre-temps* qu'il faut qu'un sage essuie :

Souvent avec prudence un outrage enduré

Aux honneurs les plus hauts a servi de degré.

1 Sacré. Bu temps de Baoine, le mot ioeréf plao6 detant le substantif, ne produisait pas encore un effet désagréable. Aujourd'hu l'usage veut qu'on mette sacré aprôs son substantif.-— Gbov^eot.

3 Craignent— DweA ; dialike.

* Begtentez — Hâve a grateful sensé of.

* Gffn/r^-Cémjif-'PisappoiotiDent»

44 BSTHER.

AMAN

doulenr ! ô supplice aflfreux à la pensée !

O honte, qui jamais ne peut être emicée !

Un exécrable Juif, l'opprobre des humains, S'est donc vu de la pourpre habillé par mes mains ! Cest peu qu il ait sur moi remporté la victoire ; Malheureux, j'ai servi de héraut à sa gloire I Le traître ! il insultait à ma. confusion ; Et tout le peuple même, avec dérision Observant la rougeur qui couvrait mon visage. De ma chute certaine en tirait le présace.

Boi cruel, ce sont là les jeux où tu te^îais ! Tu ne m'as prodigué tes perfides bienfaits Que pour me feûre mieux sentir ta tyrannie^ Et m accabler enfin de plus d'ignominie.

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