ESTHER, ÉLISE
Est-cb toi , chcrc Élise?... O jour trois fois heureux! Que bdni soit le Ciel qui te rend à mes vœux ,
Toi qui, de Benjamin, comme moi, descendue.
Eus de mes premiers ans la compagne assidue.
Et qui , d’un m6mc joug souffrant l’oppression, M’aidois à soupirer les malheurs de Sion.
Combien ce tems encore est cher à ma mémoire!..* Mais, toi , de ton Esther ignorois-tu la gloire?
Depuis plus de six mois que je te fais chercher.
Quel climat , quel désert a donc pu te cacher ?
Élise.
Au bruit de votre mort justement éplorée,
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Du reste des humains je vivois séparée,.
Et de mes tristes jours n’attendois que la 6n,
Quand , tout à coup. Madame, un Prophète divin: et C’est pleufer trop long-tems une mort qui t’abuse, »> Leve-toi , m’a-t-il dit; prends ton chemin vers Suze, » Là , tu verras d’Esther la pompe et les honneurs ,
» Et sur le trône assis le sujet de tes pleurs.
Kassure , ajouta-t-il , tes tribus alarmées....
» Sion , le jour approche où le Dieu des armée»
3? Va de son bras puissant faire éclater l’appui,
» Et le cri de son peuple est monté jusqu’à lui. >>
Il dit; et moi, de joie et d’horreur pénétrée.
Je cours. De ce Palais j’ai su trouver l’entrée....
O spectacle ! 6 triomphe admirable à mes yetix 1’
Digne en effet du bras qui sauva nos ayeux !
Le fier Assuérus couronne sa captive ,
Et le Persan superbe est aux pieds d’une Juive !
Par quels secrets ressorts , par quel enchaînement Le Ciel a-t-il conduit ce grand événement î E s T H E R.
Pcut-8tre on t’a conté la fameuse disgrâce De l’alticrc Vasthi dont j’occupe la place,
Lorsque le Roi, contre elle enflammé de dépit»,
La chassa de son trône , ainsi que de son lit.
Mais il ne put si-tôt en bantnr la pensée.
Vasthi régna long-tems dans son ame offensée.
Dans scs nombreux États il fallut donc chercher Quelque nouvel objet qui l’cn pût détacher.
De l’Inde à l’Hellcspont ses esclaves coururent.
Les filles de i’Egj’ptc 1 Suze contparurent,
TïlAGÉDIE.
Celles même du Parthe et du Scythe indompté,
Y briguèrent le sceptre offert i la beauté.
On m’élevoit alors solitaire et cachée ,
Sous. les yeux vigilans du sage Mardochée.
Tu sais combien je dois à ses heureux secours.
La mort m’avoit ravi les auteurs de mes jours; Mais lui , voyant en moi la fille de son frere.
Me tint lieu , chere Élise , et de perc et de mere.
Du triste état des Juifs jour et nuit agité ,
Il me tira du sein de mon obscurité;
Et , sur mes foibics mains fondant leur délivrance.
Il me fit d’un Hmpire accc{^ter l’espérance.
A ses desseins secrets tremblante j’obéis.
7e vins; mais je cachai ma race et mon pays.
Qui pourroit cependant t’exprimer les cabales Que formoit en ces lieux ce peuple de rivales.
Qui toutes, disputant .un si grand intérêt.
Des yeux 4’Assuérus attendoient leur arrêt ?
Chacune avoit sa brigue et de puissant suffrages. L’une d’un sang fameux vantoit les avantages. I/autre, pour se parer de superbes atours,
Des plus adroites mains emprunfoic le secours;
Et moi , pour toute brigue et pour tout artifice.
De mes larmes au Ciel j’offrois le sacrifice.
Enfin on m’annonça l’ordre d’Assuérus.
Devant ce fier Monarque, Élise, je parus.
Dieu tient le coeur des Rois entre scs mains puissantes Il fait que tout prospéré aux âmes innocentes. Tandis qu’en scs projets l’orgueilleux est trompé.
De mes foibles attraits le Roi parut frappé.
lO
Il m’observa long-tcms dans un sombre silence.
Et le Ciel t qui pour moi fit pencher la balance ,
Dans ce tems-là , sans doute, agissoit sur son coeur. Enfin , avec des yeux où régnoit la douceur : ce Soyex Reine , »> dit- il ; et , dès ce moment même , De sa main sut mon front posa son diadème.
Pour mieux faire éclater sa joie et son amour.
Il combla de présent tous les Grands de sa Cour $
Et même ses bienfaits , dans toutes scs Provinces , Invitèrent le peuple aux noces de leurs Princes. Hélas ! durant ces jours de joie et de festins ,
Quelle étoit , en secret, ma honte et mes chagrins! et Esther , disois-je , Esther dans la pourpre est assise , n La moitié de la terre à son sceptre est soumise , n Et de Jérusalem l’herbe cache les murs!
» Sion, repaire affreux de reptiles impurs,
y-i Voit de son Temple saint les pierres dispersées,
»> Et du Dieu d’Isracl les fêtes sont cessées ! »»
ÉLISE
N’avex-vous point au Roi confié vos ennuis!
Esther.
Le Roi , jusqu’à ce jour , ignore qui je suis. -
Celui par qui le Ciel règle ma destinée
Sur ce secret encor tient ma langue enchaînée.
ÉLISE
Mardochée?... Eh! peut- il approcher de ces lieux è Esther.
Son amitié pour moi le rend ingénieux.
Absent , je le consulte ; et ses réponses sages Four venir jusqu’à moi trouvent mille passages.
Un pere a moins de soin du salue de son fils.
Déjà même , déjà , par ses secrets avis,
J*ai découvert au Roi les sanglantes pratiques Que formoient contre lui deux ingrats domestiques. Cependant, mon amour pour notre nation A rempli ce Palais de filles de Sion. '
Jeunes et tendres fleurs , par le sort agitées ,
Sous un Ciel étranger comme moi transplantées.
Dans un lieu séparé de profanes témoins,
Je mets à les former mon étude et mes soins ;
Et c*est-là que fuyant l’orgueil du diadème ,
Lasse de vains honneurs , et me cherchant moi-même, Aux pieds de l’Eternel je viens m’humilier,
Et goûter le plaisir de me faire oublier;
Mais à tous les Persans je cache leurs familles ,
( Appelant, )
Il faut les appeler.... Venez , venez mes filles, Compagnes autrefois de ma captivité ,
De l’antique Jacob jeune postérité 1
xt
E s T H E R , SCENE II.
tE CHŒUR, ESTHER, ÉLISE, Une Israélite, chantant derrière le The'atre,
M A sœur , quelle voix nous appelle ?
Une autre.
J’en reconnois les agréables sons.
C’est la Reine.
Toutes ceux.
Courons, messœurs, obéissons,
La Reine nous appelle.
Allons , rangeons-nous auprès d’elle.
Tout le Cnoruif, entrant sur la Scene par plusieuTJ endroits différens.
La Reine nous appelle.
Allons, rangeons-nous auprès d’elle.
Elise, à Esiher.
Ciel ! quel nombreux essaim d’innocentes beautés S’ofFre à mes yeux en foule , et sort de tous côtés ! Quelle aimable pudeur sur leur visage est peinte!..*
( Aux Israélites, )
Prospérex , cher espoir d’une nation sainte !
Puissent jusques aa Ciel vos soupirs innocens Monter comme l’odeur d’un agréable encens !
Que Dieu jette sur vous des regards pacifiques!
ESTItlR,
E S T II £ R , aux Israélius.
Mes fîües, chantez-Dous quelqu'un de ccs cantiques Où vos voix , si souvent, se mêlant à mes pleurs. De la triste Sion célèbrent les malheurs.
Une Israélite, chantant .
Déplorable Sion , qu’ai-tii fait de ta gloire?
Tout l’univers admiroit ta splendeur.
Tu n’es plus que poussière; et de cette grandeur 11 ne nous restcplus que la triste mémoire!...
Sion , jusques au Ciel élevée autrefois ,
Jusqu’aux Enfers maintenant abaissée!
Puissé-je demeurer sans voix Si dans mes chants ta douleur retracée Jusqu’au dernier soupir n’occupe ma pensée!
Tout le Chœur.
O rives du Jourdain! ô champs aimés des Cieux! Sacrés monts , fertiles vallées ,
Par cent miracles signalées ,
Du doux pays de nos ayeux Serons-nous toujours exilées ?
Une Israélite.
Quand verrai-je , ô Sion ! relever tes remparts,
£c de tes tours les magnifiques faîtes?
Quand verrai- je , de toutes parts ,
Tes peuples, enchantant, accourir à tes fêtes?
Tout le Chœur.
O rives du Jourdain ! ô champs aimés des deux !
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Sacrés monts , fertiles vallées.
Par cenc miracles signalées ,
Du doux pays de nos ayeux Serons-nous toujours exilées?