SCENE VIII
TROUPE DE GARDES , ASSUÉRUS , ESTHER , ÉLISE , THAMAR , UNE PARTIS DU CHŒUR,
E s T H 1 R > aux jeunes Israélites.
filles, soutcnei votre Reine éperdue.
Je me meurs !
( Elle tomoe évanouie. )
' Assvi&RVS, à part.
Dieux puissans ! quelle étrange p&leux De son teint, tout-à«coup, ef^ce la couleur!.,,
( A Esiher, )
Esther , que craigne%-vous ? suis- je pas votre frere? Est- ce pour vous qu’est fait un ordre si sévere?
( Lui présentant son sceptre, )
Vivcx !... Le sceptre d’or , que vous tend cette main> Pour vous de ma clémence est un gage certain.
E s T H £ R , reprenant ses esprits,
■Quelle voix salutaire ordonne que je vive.
Et rappelle en mon sein mon ame fugitive?
Assuérus.
Ke connoissez-vous pas la voix de votre époux ? Encore un coup , vivez, et revenez à vous!
Esther,
Seigneur, je n’ai jamais contemplé qu’avec crainte L’auguste majesté sur votre front empreinte.
Jugez combien ce front , irrité contre moi ,
Dans mon ame troublée a dû jeter d’efltroi!
Sur ce trône sacré qu’environne là foudre ,
J’ai cru vous voir tout prêt à me réduire en poudre. Hélas ! sans frissonner quel cœur audacieux Soutiendroit les éclairs qui partoient de vos yeux i Ainsi^u Dieu vivant la colère étincelle A s s U é R V s.
O Soleil ! O flambeau de lumière immortelle !...
( A j'art )
Je me trouble moi-même , et sans frémissement ïc ne puis voit sa peine et son saisissement,,,.
( A Eslhfr. )
Calmez , Keine , calmez la frayeur qui vous presse» Du coeur d’Assuérus souveraine maîtresse»
Eprouvez seulement son ardente amitié.
Eauc-il de mes Etats vous donner la moitié f
Ih ! SC peut-il qn*un Roi , craint de la terre entière». Devant qui tout fléchir et baise la poussière»
Jette sur son esclave un regard si serein»
fit m*offre sur son coeur un pouvoir souverain!
AssuiRos.
Croyez-moi , chere Esther , ce sceptre , cet Empire.
Et CCS profonds respects que la terreur inspire A leur pompeux éclat mêlent peu de douceur »
Et fatiguent souvent leur triste possesseur.
Je ne trouve qu’en vous je ne sais quelle grâce Qui me charme toujours et jamais ne me lasse.
De l’aimable vertu doux et puissans attraits !
Tout respire en Esther l’innocence et la paix*
Du chagrin le plus noir elle écarte les ombres.
Et fait des jours sereins de mes jours les plus sombrét.. . Que dis-je f sur ce trône assis auprès de vous»
Des astres ennemis je crains moins le courroux»
Et crois que votre front prête à mon diadème Un éclat qui le rend respectable aux Dieux même.
Osez donc me répondre , et ne me cachez pat Quel sujet important conduit ici vos pas.
Quel intérêt , quels soins vous agitent» vous pressent?- Je vois qu’en m’écoutant vos yeux.au Ciel s’adressent»
Dij
Parlez : de vos désirs le succès est certain ,
Si ce succès dc‘pend d’une mortelle main.
O bonté , qui m’assure autant qu’elle m’honore 5...
Un intérêt pressant veut que je vous implore*
J’attends ou mon malheur ou ma félicité;
Et tout dépend , Seigneur , de votre volonté.
Un mot de votre bouche , en terminant mes peines. Peut rendre Esther heureuse entre toutes les Reines. Assoiîrus.
Ah 1 que vous enflammez mon désir curieux!
Esther.'
Seigneur, si j’ai trouvé grâce devant vos yeux,
Si jamais à mes voeux vous fûtes favorable.
Permettez, avant tout , qu’Esther puisse à sa table Recevoir aujourd’hui son souverain Seigneur,
Et qu’Ainan soit admis à cet excès d’honneur.
J’oserai devant lui rompre ce grand silence.
Et j’ai pour m’expliquer besoin de sa présence. Assuérus.
Dans quelle inquiétude, Esther, vous me jettez! Toutefois , qu’il soit fait comme vous souhaitez....
{ A sa suite. )
Vous, que l’on cherche Aman, et qu’on lui fasse en« tendre
Qu’ia»ité chez la Reine il ait soin de s’y rendre.
( La suite sort, \