‹ Esther, tragedie, tiree de l'Ecriture SainteChapitre 39 sur 93 · M. DCC. L XXX VU · texte numérisé non relu

M. DCC. L XXX VU

PRÉFACE

or T le monde sait que le Royaume de Juda étoit composé des deux tribus de Juda et de Benjamin , et que les dix autres tribus qui se révoltèrent contre Roboam , cômposoient le Royaume d’Israël. Comme les Rois de Juda étoient de la maison de David , et qu’ils avoient dans Icut partage la ville et le Temple de Jérusalem j tout ce qu’il y avoit de Prêtres et de Lévites se retirèrent auprès d’eux , et leur demeurèrent toujours attachés j car depuis que le Temple de Salomon fut bâti , il n’étoit plus permis de sacrifier ailleurs î et tous ces autres Autels qu’on élevoit à Dieu sur des montagnes , appellées par cette raison dans l’Ecriture les hauts lieux , ne lui étoient point agréables. Ainsi le culte légitime ne subsistoit plus que dans Juda. I.es dix tribus y excepté ' un très-petit nombre de personnes , étoient ou idolâtres > ou schismatiques.

Au reste , ces Prêtres et ces Lévites fâisoicnt

ij 'préface.

eux- mêmes une tribu fort nombreuse. Ils furc|it partagés en diverses classes pour servir, tour-àtour , dans le Temple , d’un jour de Sabbath à l’autre. Les Prêtres étoient de la famille d’Aaron î et il n’y avoit que ceux de cette famille , lesquels pussent exercer la sacrificature. Les Lévites leur étoient subordonnés , et avoient soin » entr’ autres choses , du chant, de la préparation des victimes et de la garde du Temple. Ce nom dé Lévirç ne laisse pas d’être donné quelquefois indifféremment à tous ceux de la tribu. Ceux qui étoient en semaine avoient , ainsi que le Gran;l- Prêtre , leur logement dans les portiques ou galeries dont le Temple étoit environné , et qui faisoient partie du Temple même. Tout l’édifice s’appelloit en général /e /iru saint ; mais on appcloit plus particuliérement de ce nom cette partie intérieure du Temple où étoit le Chandelier d'or, l’Autel des parfums, et les Tables des Pains de proposition i et cette partie étoit encore distinguée du Saint des Saints où étoit l’Arche , et où le Grand-Prêtre seul avoit droit d’entrer une fois l’année. C’étoit une tradition assez constante que la montagne sur laquelle le

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Temple fut bâti , ctoit la même montagne où Abraham avoir autrefois offert en sacrifice son fils Isaac.

J’ai cru devoir expliquer ici ces particularités , afin que ceux à qui l’Histoire de l’Ancien Testament ne sera pas assez présente n’en soient point arrêtés en lisant cette Tragédie. Elle a pour sujet Joas reconnu et mis sur le trône , et j'aurois dû , dans les réglés , l’intituler Joas > mais la plupart du monde n’en ayant entendu parler que sous le Bom d'Athalie , je n’ai pas jugé à propos de la leur présenter sous un autre titre,, puisque d’ailleurs Athalie y joue un personnage si considérable , et que c’est sa mort qui termine la Picce. Voici une partie des principaux événemens qui devancèrent cette grande action.

Joram , Roi de Juda , fils de Josaphat , et le septième Roi de la race de David , épousa Athaiie , fille d’Achab et de Jésabel , qui régnoient en Israël, fameux l’un et l’autre, mais principalement Jésabel , par leurs sanglantes persécutions contre les Prophètes. Athalie , non moins impie que sa mere , entraîna bientôt le Roi son inui dans l’idolâtrie» et fit même consttuii^

îv r R É F A C E.

dans Jérusalem un Temple à Baal , qui étoit td Dieu du pays de Tyr et de Sidon , oh Jésabel avoir pris naissance. Joram , après avoir vu périr , par les mains des Arabes et des Philistins , tous les Princes ses enfans , à la réserve d’Okosias , mourut lui même misérablement d’une longue maladie , qui lui consuma les entrailles.

Sa mort funeste n’empêcha pas Okosias d*imîter son impiété et celle d’Athalie sa merc j mais ce Prince , après avoir régné seulement un an , étant allé rendre visite au Roi d’Israël , frere d’Athalie , fut- enveloppé dans la ruine de la maison d’Achab , et tué par l’ordre de Jéhu , que Dieu avoir fait sacrer par ses Prophètes , pour régner sur Israël , et pour être le ministre de ses vengeances. Jéhu eictermina toute la postérité d’Achab , et fit jetter par les fenêtres Jésabel , qui , selon la prédiction d’Elie , fut mangée des chiens , dans la vigne de ce même Naboth , qu’elle avoir fait mourir autrefois, pour s’emparer de son héritage. Athalie , ayant appris à Jérusalem tous ces massacres , entreprit, de son côté , d’éteindre entièrement la race royale de David , ^u faisant n»ourii tous les enfans d’Okosias ,

P R É F A C Ei t

3 mais, heureusement, Josabet, soeut d’Okosias et fille de Joram j mais d’une autre mere qu’Athalie , étant arrivée lorsqu’on égorgeoit les Princes, ses neveux , elle trouva moyen de dérober du milieu des morts le petit Joas , en-* cote à la mamelle , et le confia, avec sa Nourrice* au Grand-Prêtre , son mari , qui les cacha tous deux dans le Temple , ou l’enfant fut élevé secrètement, jusqu’au jour qu’il fut proclamé Roi de Juda. L’Histoire des Rois dit que ce fut U septième année d’après i mais le Texte Grec de Paralipomenes , que Sévere Sulpice a suivi, dit que ce fut la huitième. C’est ce qui m’a autorisé à donner à ce Prince neuf à dix ans , pour le mettre déjà en état de répondre aux questions qu’on lui fait.

Je crois ne lui aVoir rien fait dire qui soit audessus de la portée d’un enfant de cet âge » qui a de l’esprit et de la mémoire 5 mais quand j ’aurois été un peu au-delà , il faut considérer que c’est ici un enfant tout ei^traordinaire , élevé dans le .Temple, pat un Grand- Prêtre, qui, le regardant comme l’unique espérance de sa nation, l’avoit instruit , de bonne heure , dans tous les devoirs

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de la Religion ot de la royauté. Il n*en étoit pas" de même des enfans des Juifs que de la plupart' des nôtres. On leur apprenoit les saintes Lettres , non>seulcment dès qu’ils avoient atteint l’usage de la raison , mais , pour me servit de l’expression de Saint -Paul , dès la mamelle. Chaque Juif étoit obligé d’écrire une fois en sa vie» de sa propre main , le volume de la loi tout entier. Les Rois croient même obligés de l’écrire deux fois ,• et il leur étoit enjoint de l’avoir continuellement devant les yeux. Je puis dite ici que la Francevoit en la personne d’un Prince de huit ans et demi (i ) , qui fait aujourd’hui ses plus chcres délices» un exemple illustre de ce que peut dans un enfant un heuteux naturel » aide d’une excellente éducation» et que si j’avoL-> donné au petit Joas, la même vivacité et le même discernement qui brille dans les reparties de ce jeune Prince , on m’auroit accusé » avec raison , d’avoir péché contre les règles de la v raisemblance.

L’âge de Zacharie , fils du Grand-Prêtre , n’étant point marqué , on peut lui supposer , si l’on veut , deux ou trois ans ce plus qu’à Joas. >

<i) Le Duc de Bourgogne.

J’ai

PRÉFACE. vij

J’ai suivi l’explication de plusieurs Commentateurs fort habiles qui prouvent , par le taxte même de l’Ecriture , que tous ces soldats à qui Joïada ou Joad , comme il est appelé dans Josephs , fit prendre les armes consacrées à Dieu pat David, étoient autant de Prêtres et de Lévites , aussi-bien que les cinq Centeniers qui les commandoient. En eiJ'et , disent ces interprétés , tout devoir être saint dans une si sainte action , et aucun profane n’y devoir être employé. Il s’y agis» soit , non-seulement de conserver le sceptre dans la maison de David , mais encore de conserver à ce grand Roi cette suite de descendans , dont devoir naître le Messie ; car ce Messie y tant de fois promis comme fils d' ydbrakam , devait aussi être fils de David et de tous les Rois dejuda. De-là vient que l'illustre et savant Prélat, (i) de qui j’ai emprunté ces paroles , appelle Joas le précieux reste de la maison de David. Josephe en parle dans les mêmes termes ; et l’Ecriture dit expressément que Dieu n’exterinina pas toute la famille de Jolam , voulant conserver à David la lampe qu’il

(I) Bossuet , Bveque de Meaux.

TÜ; PRÉFACE

lui avoit promise. Or cette lampe , qu’étoît-cc autre chose que la lumière qui devoir être un /our révélée aux nations ?

L’Histoire ne spécifie point le jour où Joas fut proclamé. Quelques interprètes veulent que ce fut un jour de fête. J’ai choisi celle de la Pentecôte, qui étoit l’une des trois grandes fêtes des Juifs. On y célébroit la mémoire de la publication de la loi sur le Mont de Sinaï , et on y offroit aussi à Dieu les premiers pains de la nouvelle moisson j ce qui faisoit qu’on la nommoit encore liféce des Prémices, J’ai songé que ces circonstances me fourniroient quelque variété pour les chants du Chœur.

Ce Chœur est composé de jeunes filles de la tribu de Lévi , et je mets à leur tête une fille ^ue je donne pour sœur à Zacharie. C’est elle qui introduit le Chœur chez sa mere. Elle chante avec lui , porte la parole pour lui et fait enfin les fonctions de ce personnage des anciens Chœurs qu’on appeloit le Coriphée. J’ai aussi essayé d’imiter des Anciens cette continuité d’action , qui fait que leur Théâtre ne demeure jamais vuide ; les iacervalics des actes n’étant marqués que par

PRÉFACE. à

des hymnes et par des moralités du Choeur , qui ont rapport à ce qui se passe.

On me trouveia , peut-être , un peu hardi d’avoir osé mettre sur la scene un Prophète inspiré de Dieu , et qui prédit l’avenir j mais j’ai eu la précaution de ne mettre dans sa bouche que des expressions tirées des Prophètes mêmes. Quoique l’Ecriture ne dise pas , en termes exprès , que Joïada ait eu l’esprit de prophétie , comme elle le dit de son hls , elle le représente comme un homme tout plein de l’Esprit de Dieu i et, d’ailleurs, ne paroît-il pas par l’Evangile qu’il a pu prophétiser en qualité de souverain Pontife ? Je suppose donc qu’il voit en esprit le funeste chan- - gement de Joas , qui , après trente années d’un régné fort pieux , s’abandonna aux mauvais conseils des flatteurs, et se souilla du meurtre dt Zacharie , fils et successeur de ce Grand-Prêtre* Ce meurtre, commis dans le Temple , fut une des principales causes de la colere de Dieu contre les Juifs, et de tous les malheurs qui leur arrivèrent dans la suite. On prétend même que depuis ce jour 'là les réponses de Dieu cessèrent entièrement dans le sanctuaire. C’est ce qui m’a donné

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lieu défaire prédire tout de suite à Joad et la des> truction du Temple, et la ruine de Jérusalem. Mais comme les Prophètes joignent d’ordinaire les consolations aux menaces , et que , d’ailleurs , il s’agit de mettre sur le trône un des ancêtres du Ktessie, j’ai pris occasion de faire entrevoir la venue de ce consolateur , apres lequel tous les anciens Justes soupiroienr.

Cette scene , qui est une espece d’épisode , amene très -naturellement la musique , par la coutume qu’avoient plusieurs Prophètes d’entrer dans leurs saints transports au son des instrumens ; témoin cette troupe de Prophètes qui vinrent au-devant de Saul avec des harpes et des lyres , qu’on portoit devant eux j et témoin Elisée lui-même , qui , étant consulté sur Favenir par le Roi de Juda et par le Roi d’Israël , dit, comme fait ici Joad , ^^dducite mihi psaltcm. Ajoutez à cela que cette prophétie sert à augmenter le trouble de la Piece , par la consternation et par les difSérens mouvemens oit elle jette le Chœur Cl les principaux Acteurs.

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