ÉTAT FUTUR
Honneur à vous, monsieur I L'histoire des sciences inscrira cette remarquable appré^ ciation à côté de celle de Tilluslre Lagrange, le seul membre de Plnslitul de France qui, à l'époque de l'apparition de la loi suprême des mathématiques (1810), entrevît la portée infinie de cette loi , et formula ainsi son opinion dans un rapport devenu célèbre :
a Ce qui a fkappé yos commissaires dans le mémoire de l'auteur , c'est qu'il tire de sa formule toutes celles que l'on connaît pour le développement des fonctions (c'està-dire toutes les mathématiques modernes) y et qu'elles n'en sont que des cas particuliers, o
Toutefois, quelle que fût l'importance de ses travaux mathématiques, qui seuls sufBraient . à la gloire de plusieurs générations de savants, Wronski^ vous ne l'ignorez pas, monsieur^ Wronski ne considérait ces travaux que comme la garantie^ en quelque sorte matérielle, de la certitude absolue de ses princfpes philosophiques; car il avait compris qu'une phi«> losophie, pour se légitimer à l'époque présente, devait, avant tout, fonder péremptoirement les sciences. Cette tâche immense a été merveilleusement accomplie; et, certes, quand toute l'œuvre de Wronski aura vu le jour, on ne pourra comprendre qu'un seul homme ait pu l'accomplir dans le court espace d'un demi-siècle.
Parmi les nombreux manuscrits laissés par Wronski, il en est un qu'il m'a légué, et qui a pour titre: Philsophie absolue de la musique. Cet écrit, assez étendu, contient des vues nouvelles et fécondes qui , s'il plait à Dieu , ne seront perdues ni pour l'art , ni pour la science.
Déjà, en 1850, Wronski m'avait envoyé un extrait de cet ouvrage, extrait contenant la délimitation numérique de la vraie gamme diatonique. Or, comme cette question est à tordre du jour par suite de la récente publication du Testament musical du célèbre directeur du Conservatoire de Bruxelles, et, comme M. Félis, en proposant une théorie différente de la théorie fautive généralement admise par les physiciens, parait devoir contribuer à épaissir les ténèbres qui enveloppent cette grave question musicale, je crois qu'il est de mon devoir, dans l'intérêt de l'art et de la scfence , et afin d'épargner aux physiciens expérimentateurs de nouvelles et bien inutiles recherches ; bien inutiles, parce qa'un pareil résultat est absolument inaccessible à texpériencey je crois, dis-je, qu'il est de mon devoir de publier la lettre que Wronski m'écrivait en 1850 , en réponse à celle où je lui donnai communication de la loi créatrice des accords^ que je venais de découvrir récemment. Voici cette lettre:
A Monsieur le comte Camille Durulle, ancien élève de V Ecole polytechnique , à Metz.
Paris, le 3 janvier iSSO.
« Monsieur j
< X'ai reçu votre savante lettre du 27 décembre dernier; j'y ai admiré la genèse •ou la génération créatrice des accords musicaux. C'est un chef-d'œuvre qui voua fera beaucoup d'Lonneur.
» Je ne puis, dans ce moment, vous envoyer tout ce que je désire vous faire
parvenir. lemelM)rne à tows adresser, en attendant , un petit extrait de mon Apo-dietique pour tous faire connaître la vraie gamme diatonique tant cherchée inutilement, et qui doit maintenant tous serTir de base dans tous tos calculs acoustiques.
Voici cel extrait :
c L'absolue perfection philosophique des beaux-arts , comme celle des sciences, ne peut s'obtenir que par l'application de la loi de cbéation à la déduction de leurs principes fondamentaux; déduction qui constitue leur philosophie absolue et spéciale.
> Nous alléguerons ici la philosophie de la musique
» Un des grands résultats de cette décisÎTe philosophie est la détermination numérique et entièrement à priori de la Traie gamme diatonique^ qui sert de base i tous les autres résultats. — La Toici , en distinguant les semi-tons par des pa« renthèses :
do, (cfo), réj {ré) y mi y fa, (/â), sol, {sot) y la, {la), si, do
^ 16 8^ 72 4 3 la 2 32 l6 48 9 1
17 985 5" il?? 5Ï2785Ï72
> Il se trouTe ainsi, entièrement à priori y que les seuls nombres musi(îaux, dans la gamme diatonique , et par conséquent chromatique , sont les nombres premiers 1, 2, 3, 5, 17, et que les nombres 7, 11, 13 sont exclus de la musique; ce qui offre la belle analogie de cette génération absolue de la gamme aTcc celle du cercle, où, d'après le célèbre théorème de Gauss, les mêmes nombres sont, les uns admis, et les autres exclus, pour l'inscription des polygones réguliers. — Le théorème de Gauss est notoirement :
« étant le nombre des côtés du polygone, et n un nombre entier quelconque, pourTU que x soit un nombre premier.
> Les nombres x qui dépassent le nombre 17, serrent à la génération de la gamme enharmonique et des gammes supérieures qui ne sont pas encore connues, et qui peut-être ne seront jamais connues sur notre globe.
» Il se trouTe de plus que cette gamme absolue, telle qu'elle est engendrée à priori par la loi de création elle-même, off^re imnlédiatement des intervalles égaux ^ ou ne
* Daos la GaMetle mutiû(U& de Paris du 18 septembre i853 , M. Félis produit oomme argument viclorieQX coolre l'ioégalilé des toos de la gamme , ce ratsonnement du praticien Tiolooiste » « Que je jooe dans la gamme ^ut majeur ou dass celle de ri majeur, le ri, troisième corde de mou violoo, est à Tide, et moo premier doigt, fixé iovariablemeot à la même place, sur la même corde, pour faire le nti^ Boit que je ji»ne daus la gamme d*ti< ou dans celle de ri, produit toujours le même intervalle. Il est donc impossible que le ion ri-mi soit mineur dans la gamme d*ti<, et majeur daos celle de ri. » — Cette objeelioa serait sérieuse, en effet, s*U était possible de dislioguer, par Touîe, la différence qui
différant que d*un comma; ce qui exclut de la musique toute nécessité d*un tempérament quelconque, en tirant ainsi) pour moyenne des ces intervalles égaux formant le semi-ton, le nombre fy, et non f|, comme on Ta fait jusqu'à ce jour. Il se trouve par là même, comme un des premiers résultats pratiques , qu'en rejetant ainsi tout tempérament , les instruments à sons fixes, tels que les orgues, pianos, etc., doivent dorénavant être accoi^ dés d'après cette détermination absolue de la gamme, pour être propres à rendre, le mieux possible, toutes les nuances de la musique moderne, et surtout celles de ses progrès ultérieurs.
D Nota. La loi de création dout il s'agit ici commepriVicipede cette haute philosophie de la musique , est découverte par la philosophie absolue elle-même , formant le metsianisme; et elle a déjà présidé à la réforme définitive des sciences mathématiques et i celles des sciences historiques, comme on le voit dans l'ouvrage intitulé: Prodrome du messianisme,
B Signé y H. Wronski. »
Cette précieuse lettre, entièrement de la main de Wronski , est l'une des premières qu'il m'ait écrites (j'en possède près de cent), et ce n'est pas la moins intéressante. Vous jugerez sans doute, monsieur, qu'il est opportun de la publier, en ce moment surtout, où la .question de la gamme vient d'être agitée de nouveau par un professeur éminent, dont les opinons sont considérées comme des oracles par beaucoup d^artistes qui, absorbés par la pratique , n'ont ni le temps , ni même la volonté d'approfondir les questions fondamentales de leur art.
J'ai l'honneur d'être, monsieur, etc.
Le comte Camille DURUTTE ,
Bséeuteur tntinMUir* et H. >Vroiiai.
existe entre le ton majeur et le ton mineur des physiciens; or, cette distinction est absolament impossible par t'aadition de rhomme. Bien plus, c'est précisément cette partie de Poctave formant un inter- ▼alle entre deux tons dont les durées des vibrations sont dans le rapport de 81 à 80 , nommée comma vulgaire, que l'on a toujours considérée comme la limite de la distinction de tonalité, limite qui forme à peu près la cinquante-sixième partie de Toctave. Les Ions de la gamme sont donc tensibtemêni égaux, leur différence ne pouvant être perçue par l'audition de l'homme.
(iVoto de M. Darutte.)