L . au-desqus de la chute Saint-Antoine
Après une marche lente mais sans ‘accidents, la caravane arriva:
| sur les bords de, cette rivière le 22 juillet, à un endroit près de l'em-
bouchure de la rivière des Sakes. Il fut difficile de. traverser le
: Mississipi qui était très haut, De là, la caravane suivit la rirageuche
.. dela rivière jusqu’à la chute Saint-Antoine où elle‘arriva le;29 juil- | let, ‘Mgr Provedcher se rendit, le même soir, à Saint- Paul"où il dit’
- là sainte messe, le lendemain, 30 juillet, Le 2 août, arriva MSaint- Paul un bateau à vapeur qui devait repartir le même jour bour- Saint-Louis. Cette heureuse coïncidence fournit à Mgr Provencher
LL l'occasion ‘de hâter son voyage: il fut heureux d’en -profiter. ‘ Le -
bateau arriva à Dubuque le 4 août ; il devait s'arrêter, là, quelqués-
. jours. Cette ville était le siège épiscopal de Mgr Loïns. C'était là . .
que Mgr Provencher espérait rencontrer les religieuses ; il avait hâte de connaître le résultat des démarches qui avaient été faites à Lyon.
‘l'année précédente: Il se fit conduire à l'évêché où Mgr Loras le. -
reçut avec la plus grande -cordialité et toute la politesse : française, mais il eut la douleur de lui annoncer. que la supérieure générale des. ‘ sœurs de Saint-Joseph, à Lyon, avait donné une réponse négative . à'sa demande de trois religieuses pour la rivière Rouge. C'était un. . .grand-désappointement pour Mgr Provencher, qui arrivait avec une pleine. confiance qu ‘il avait trouvé, dans cette communauté, ce qu'il cherchait depuis si longtemps. “
Mgr Loras arrivait du concile de Baltimore : : il avait amené | avec * lui cinq “religieuses d’un Ordre enseignant et il en attendait qua-
-torze - autres. Ce bon évêque offrit à Mgr Provencher de lui en
céder trois ; malheureusement elles se parlaïènt pas un mot de français : c'était un grand inconvénient pour la rivière Rouge; néan- . moins celui-ci répondit qu'il les accépterait dans le cas'où il n’en ‘pourrait troùver ailleurs parlant français" Mgr Provencher: “reprit.
le bateau, le 9 août, en route pour Saint-Louis. Il arriva dévant. : | cette ville le 13 au soir, trop turd pour débarquer. Le lendemain, il :
se fit conduire à l'archevêché, d'où l'a archevêque et son A, coadjüteur"
n étaient absents.
- À sépt milles de la ville, lés sœurs de Saint-J oseph avaient ün éta-
blissement florissant. L'évêque de Saint“Boniface“voulut le visiter. | : ©
| "ét profiter de l'occasion pour faire une noüvelle tentative auprès de cette communauté, qui Ti parainéait bien convenir è 'ses is.
d’avoir des institutri ices, elles ne purent ‘accéder Ë sa demande et il : dut songer désormais à frapper ‘ailleurs. Il écrivit, sur le champ, .
aux gens de sa caravane de ne-pas attendre plus longtemps et de repartir pour Saint- Boniface aussitôt qu’il seraiént prêts.
Tous ces échecs entraient dans les desseins de la Providence pour
conduire ‘ce digne évêque à la porte de la communauté, que Dieu.
voulait à la.rivière Rouge. Avant de laisser Saint-Louis, Mgr Pro- : vencher visita la ville ‘et ses nombreux établissements religieux : ?
l'université des jésuites, les asiles, les hôpitaux, Je couvent des reli-
gieuses du Sacré-Cœur. La vue dé toutes ces institutions floris- - santes faisait-sur le pauvre évêque missionnaire l'effot . d’urie table. :
“chargée de mets délicieux devant un affamé qui ne pour rait y toucher.
Comblé de politesses, il quitta la ville, le 22 août! en compagniede : ”
plusieurs RR. PP. jésuites qui: se rendaient à Cinéinriati pour l'ou-
verture des classes de leur collège. ‘ -
En passant à Louisville, dans le Kentucky, Mgr Provencher : |
s’arrêta-un moment pour saluer Mgr Flaget à qui; il avait ‘demandé Lo des amantes de la Croix. .Ignorant quelle communauté la Provi--
dence lui destinait, il/ne voulut passer à la porte d'aucun. .couvent u
sans aller lui-même présenter humblement sa demande. L'évêque
de Québec lui avait dit de stimuler les Sœurs du Kentucky. © Les
amantes de la Croix avaient une maison à à Louisville, il alla comme.
on le lui avait recommandé,exposer le bien que des r eligieuses avaient à faire dans ses missions et l'embarras dans lequel il était pour trou
ver des institutrices. "Ces Sœurs lui répondirent . qu’elles étaient
trop peu nombreuses pour ‘aller forider une mission à une pareille,
distance. ‘ Monseigneur quitta Louisville le 24 août pour Cincinnati, où il
arriva le °8. Il y avait, dans cette ville, une communauté de reli- UT
} gieuses: originaires de la Belgique et dont la maison-mère était à - Namur. On lui -conseilla de: s'adresser à cette communauté. : La
supérieure accueillit bien la demande de Mgr Provencher; toute-" fois elle lui dit qu’elle n'avait pas, dans la maison, assez de sujets pour lui en donner immédiatement, mais qué, si Sa Grandeur le dé-"
sirait, on pouvait écrire à Namur, où, assurément on ne lui refuse- .
rait pas des religieuses pour sa mission.
Mer pe pouvait donner une Pen définitive avant d'arriver au
Canada ; il prit tous les renseignements nécessaires pour savoir où
Ê "adresser en cas de besoin, et promit à la supérieure de lui donner
ane réponse aussitôt qu'il serait rendu à Montréal. :
- 18 ! ‘ u >" in
‘n quitta Cincinnati en * diligence. voyageañt jour et nuit, et il arrive à Montréal lè.9 septembro au matin. :
&° Ne voulant,pas de religieuses cloîtrées, il ne pouvait s'adresser qu'aux deux communautés des sœurs : Grises et de’ la Congrégation. C'était sur celle-ci qu'il avait jeté les yeux ne $achant pas que les ‘sœurs Grises se chargeaient de l'éducation. :
Mgr Bourget, évêque de Montréal, à qui il s'adressa comme supérieur de ces communautés, lui indique les sœurs Grises comme plus propres à remplir ses vues. : Mgr Provencher se réjouit de la pers- ‘ pective de.trouver ce qu'il cherchait dans une communauté dont il connaissait tout.le mérite. Ce fut Mer ‘Bourget qui traita d’abord avec la communauté du projet de cet établissement lointain ; l'évêé- . ‘de Saint-Boniface attendit à Montréal le résultat des premières entrevues.
-Le’ 12 octobre, il écrivit à l'é évêque de Québec: |
“ Mes affaires avéc les sœurs Grises sont en-bon chemin. Ces bonnes filles demandent que j'assure à leurs Sœurs un petit revenu . pour acheter leurs habillements, corhptant sur les ressources du pays .
pour leur nourritüre. Elles se .contenteraient d’une somme de 30
louis sterling dont Je ‘fond serait à leur disposition pour le faire fructifier. Etes-vous disposés, à Québec, à donner 4 à 5 éents louis à
la disposition de celles qui seront nommées. Rien n'est encore conclu.”
- Le 16 octobre, l'évêque. de Québec répondit :.
- “J'ai reçu votre lettre du 12 courant. Je vois avec plaisir que vous êtes en progrès, vu que les bonnes sœurs Grises, pour les arrangements, 6nt obtenu le consentement et l'avis de: Mgr l'évêque de
. Montréal. .
Quant à mon: consentement et à mon concours à Y œuvre si désira- “ble que vous poursuivez, vous les connaïssez suffisamnient, , Si; jai quelque chose à. vous prier de dire à la bonne et intéressante communauté des sœurs Grises à laquelle j'ai d'anciennes obligations,
. c'est de lui exprimer de la manière la plus sensible et la plus reconnaissante, celle dont je:deviens de nouveau redevable pour le sacri- . fice estimable qu'elle -paraît si généreusement disposée à consommer.
“Veuillez bien être auprès de .ces bonnes filles l'interprète fidèle : de mes sentiments à cet égard.
“ Vous pouvez compter qu'il n y a pas de difficultés de ma part
. non plus que de celle de Mgr le coadjuteur à ce que la somme de 500
“louis sterling soit retirée de vos fonds pour assurer à ces dignes fondatrices la modique somme annuelle de ‘30 louis sterling.”
. À 4° u Le 19 octobre, Mgr Provencher, par l’entremise de Mgr l'évêque ‘de Montréal présente sa demande officielle à la mère supérieure. Je lui demande, dit-il à l’évêque de Québec, trois Sœurs pour la fon- . dation d'une maison de leur Ordre à la rivière Rouge. : Je Jui annonce que je me charge énvers lès Sœurs: 1° Des frais du voyage; 2° Que je leur donnerai une maison proportionnée aux besoins, ce qui sera jugé sur les lieux, à cette maison sera annexé un jardin; 8° Je donne une ferme de 100 arpents; 4° Cinq cents louis sterling pour être placés à intérêt. Dès que la communauté aura accepté <es conditions, elle procèdera au choix des sujets.” ot . Avant de donner une réponse définitive, la communauté prit neuf Jours-pour consulter Dieu et s'assurer de sa sainte volonté.
Pendant cette neuvaine, il se fit de ferventes prières dans toute le maison tant dans la communauté que dans les salles des pauvres et des orphelines, pour obtenir les lumières du Saint-Esprit. La neuvaine terminée, le conbeil s’assembla le 80 octobre, et il fut décidé que l'on se chargerait de la fondation de la rivière Rouge, qui offrait .
. au zèle et au dévouement un vaste champ à exploiter, et il fut convenu qu’au lieu de trois sujets, on en donnerait quatre.
Il ne restait plus qu'à faire le choix des quatre. fondatrices. Pour . ne pas se tromper dans ce choix si important, l'on recourut de nouveau aux lümières d'en haut et, pendant neuf jours, les prières continuèrent dans l'hôpital afin qu'il plût ou Seigneur de désigner celles " qu'il appelait à aller si loin exercer leur charité. ‘
De si sages précautions devaient toucher le cœur de Celui qui dit dans l’Ecriture , qu’il. donne la sagesse à ceux qui la lui demande. Le 7 novembre, le conseil s'assembla de nouveau et nomma pour
fonder une maison de l'institut des Sœurs de Charité, à Saint-Boniface de la rivière Rouge, les sœurs Valade, Lagrave, Coutlée (dite . Saint-Joseph, et Lafrance.
Ces vertueuses filles voyant dans l'élection du conseil, une marque de la volonté de Dieu qui les appelait à cette mission lointaine s'y soumirent avec joie et courage. - Aussitôt qu’elles eurent fait leur sacrifice, le conseil s’assembla pour procéder à l’organisation de. la nouvelle communauté en faisant l'élection des dignitaires. | . Sœur Marie-Louise Valade, née à Sainte-Anne-des-Plaines, le 26 décembre, 1808, professe depuis le 21 octobre 1828, fut nommée supérieure : sœur Marie-Marguerite-Eulalie Lagrave, née, le 2 mai 1805, à Saint-Charles de la rivière Chambly, professe depuis le 28 décembre 1828, fut nommée sssistante ; sœur Anastasie- Gertrude
GCoutlée (dite Saint-Joseph), née aux Cèdres, le 15 novembre 1819, professe depuis le ler juin 1838, fut nommée maîtresse des novices ; sœur Morie-Edwidge Lafrance, née à la Pointe-aux-Trembles ‘de Québer, le 12 mai 1816, professe depuis le 18 juillet 1840, fut ad- : jointe aux premières selon le désir de la communauté.
Quand Mgr Provencher apprit. que tout était réglé et que ses. désirs allaient être enfin accomplis, son cœur fut rempli de joie. Il était à Trois-Rivières quand il reçut cette heureuse nouvelle.
“ Bénissons le Seigneur, écrit-il à l'évèque de Québec, bénissons sa divine providence qui daigne seconder mes vues d’une manière
spéciale et visible; me voilà avec tout mon monde et leur passagé:
“ J'ai reçu la semaine dernière des lettres qui m ont fait admirer, la
:." bonté de Dieu.
Monsieur Laflèche m'a-donné son ecasontement, avant mon n départ
de Nicolet, après avoir demandé conseil et avis à qui de droit. Sir ” Georges Simpson m'accorde lé passage de deux prêtres et de quatre
‘religieuses pour la somme 175 louis sterling, que je n'hésite pas à lui ”
- donner.”
Mgr Provencher, étant assuré d'avoir ces sœurs Grises, écrivit. à : ‘Dubuque pour remercier le vénérable évêque de cette ville de la. bonne volonté qu'il lui avait témoignée à son passage ‘etencore depuis par lettre, de lui procurer trois institutrices qu ‘il avait ame-
‘nées dé Philadelphie. Il écrivit aussi à Cincinnati aux sœurs de
Notre-Dame de cette ville pour.leur annoncer qu'ayänt trouvé à Montréal les institutrice qu'il cherchait, il ne tenterait pas de s'en procurer de leur Institut èn faisaut une demande à Namur, selon
"qu'il était convenu avec elles. Il les remercia de leur zèle et de leur | -empressement à voler au bout du monde pour progurer la gloire de
Dieu.
CR
Mgr Provencher aurait bien désiré avoir aussi des sœurs Grises
: pour la Colombie; il en fit même la demande à la communauté pour
M: Blanchet; mois comme cette mission allait être séparée de la | rivière Rouge, et qu'on devait, soùs peu, y nomier un évêque, les : Sœurs répondirent qu’elles préféraient traiter. la: Chose avéc M.
* + nu gr .
tn
“Blanchet lui-même, et voir ses conditions, Cependant il ne déses-
pére. pas d’en avoir l’année suivante. . |
“Ne pouvant compter sur les sœurs Grises pour la. Colombie, puis- - que la communauté veut que M: Blanchet fasse sa demande et ses . °. offres, de vais l'A envoyer deux ou trois ésnites par le premier v vais. ‘
ne
seau de la Compagnie qui partira de Londres; ceux-là en attireront. d’autres et nos sœurs Grises partiront une'autre année, Mgr Provencher profita de son voyage en Canada pour'traverser en France dans le but de travailler à l'union de la Propagation de la Foi de Québec avec celle de Paris et de Lyon, et en même temps pour trou- . ver des religieux pour la Colombie et hâter l'œuvre de ceux qu'il. espérait avoir pour la rivière Rouge. 1lne savait pas exactement . combien de temps durerait son voyage en Europe. Les Sœurs auraient préféré l'attendre pour partir ; néanmoins comme l'œuvre qu'elles …. allaient fonder pressait beaucoup, Monseigner les avertit, avant de s’embarquer pour la France, de ne pas manquer de partir elles-mêmes au printemps avec les premiers canots. :
Mais ces bonnes Sœurs n’eurent pas le chagrin de partir sans leur. ‘ évêque, car il fut de retour aü mois de mars 1844. Le départ des Sœurs missionnaires eut lieu le: 23 avril 1844. Elles. . firent le voyage sur les cänots de Ja Compagnie de la baie d'Hudson. * Mgr Proventher partit de Montréal, trois jours après elles et rejoi-. gait leur canot sur le Tac Huron. Elles arrivèrent à Seint-Boniface, + le 21 juin.
‘ G. Ducas, PRE, missiopnaire.