INTRODUCTION
Il y a des sujets en médecine dont l'actualité est, pour ainsi dire, perpétuelle, qui, malgré les difficultés insurmontables dont ils sont entourés, inciteront toujours à la recherche. Est-ce précisément le charme de la difficulté à vaincre ou est-ce l’importance utilttaire et sociale de ces questions qui fait que le chercheur ne sera jamais découragé et ne s’avouera jamais vaincu en face d’elles ? Cette dernière raison joue certainement un rôle dans l’acharnement que met l’homme à étudier le cancer. Rien qu’en France, le cancer tue quarante mille individus par an. Ce chiffre suffirait à lui seul pour justifier : l'ampleur des recherches poursuivies dans le but de combattre le cancer.
Les aspects de cette lutte sont multiples. Elle se poursuit dans la rue et dans les salles de conférence, comme dans les journaux, et elle cherche à éclairer le public sur les dangers de la maladie et sur les moyens de la prévenir et de la dépister précocement. Elle se poursuit également dans les salles d'opération et au lit des malades et c’est là que la médecine moderne montre ses plus belles réussites, tout au moins dans les cas favorables. Dans les autres, malheureusement, nous sommes encore trop souvent forcés d'assister à la
lente agonie des malades contre les progrès inéxo-
rables de laquelle nous sommes complètement désar- Imés.
Nous voudrions montrer dans ce travail, l’aspect de la lutte contre les tumeurs malignes qui se poursuit dans les laboratoires, dont les résultats ne peuvent que trop rarement s'appliquer à la clinique. Cette face de la question est trop souvent négligée, sans doute à cause des résultats incertains et fort aléatoires qu’elle présente jusqu'ici. On ne peut cependant pas nier que tout l’avenir de la médecine des tumeurs malignes est dans ces tentatives de thérapeutique expérimentale. Il ne faut pas se dissimuler que le traitement chirurgical des cancers, malgré les résultats brillants que tout le monde doit lui reconnaître, n'est qu'un pis-aller.
Actuellement, il serait presque criminel de se borner à un traitement médical en présence d’un cancer justiciable d’une exérèse chirurgicale. Aussi, au point de vue pratique, l’intérêt des traitements médicamenteux vise presque uniquement les cancers inopérables. On pourrait cependant utiliser ces moyens-là comme adjuvants du traitement chirurgical, radio ou curiethérapique.
Bien entendu, le but lointain est de trouver le traitement spécifique du cancer. Sans vouloir dire qu’un tel traitement est impossible, il faut avouer que nous en sommes encore fort loin. Nous reviendrons plus loin sur les raisons théoriques et pratiques de la difficulté énorme que tout chercheur retrouve nécessairement sur son chemin.