État de l'art de guérir en Danemarck
La situation de l’art de guérir chez les habitans du nord, aux temps reculés ainsi qu’au
moyen âge, ne doit pas manquer de piquer la curiosité.
U existe en général peu de notions sur l'histoire littéraire des temps anciens , ainsi que du moyen âge. Les auteurs qui ont traité ce sujet , par rapport au Danemarek, sont peu nombreux. Gram est peut-être leseul qui en ait rassemblé des matériaux, dans son discours intitulé : De origine et statu rei litteranœ in Danid et Norwegid. Mais les limites prescrites à un discours académique ont empêché sans doute ce savant auteur de donner à son sujet l’étendue dont il, étoit susceptible On n'y trouve que peu de chose, ou, pour ainsi
«dire , rien sur l’histoire de l’art de guérir. Le môme auteur a donné quelques instructions plus intéressantes sur ce sujet , dans ses Notes jointes aux vers latins de M. Gableri. Dans les petits ouvrages de médecine de l’illustre Thomas Barîholin , on trouve aussi quelques renseignemens sur cette science, ainsi que dans les ouvrages de l’infatigable historien Lagerbring. Je ne puis citer sans regret un ouvrage qu’on prétend que Jens Worm a écrit : De statu rei litterariœ in Daniu sub paganismo , et qui vraisemblablement n’a pas été mis au jour. Avec ces matériaux seuls, on n’auroit pu donner une idée juste de l’état de l’art de guérir en Danemarck , au temps de nos ancêtres. 11 falloit rassembler les notices qu’on pouvoit trouver sur cette matière dans les histoires et les chroniques des anciens, et avoir encore quelquefois recours aux monumens que nous ont laissés les temps barbares dont nous voulons parler. Eloigné de ma patrie, il m’auroit été impossible de trouver tous ces renseignemens , si le docteur en droit, Gustave Baden, n’en avoit pas déjà tiré parti, dans un petit ouvrage qu’il a publié sur ce sujet, il y a une douzaine d’années. Les observations de cet auteur me serviront donc de guide dans mes recherches; et mon seul mérite, dans cet Essai , aura été d’avoir cherché à lier ses idées, en les exposant en français.
II me paroît nécessaire de présenter quelques vues générales sur l’état des sciences au Nord, dans les temps reculés, pour servir d’introduction et d’éclaircissement à celles que je vais donner sur l’art de guérir en particulier.
On est bien loin de pouvoir accorder des connoissances scientifiques à nos ancêtres païens; quelques historiens du pays, ainsi que de l’étranger, les accusent plutôt d’avoir été sauvages, et nous donnent des idées qui nous éloignent de pouvoir leur accorder l'amour des sciences. Arnkiel, et d’autres anciens auteurs, sont de l’opinion que je viens d’énoncer, quoique Locccnius ait voulu, sans fondement, faire des savans de nos anciens habitahs du Nord. On ne peut pas même accorder à nos ancêtres païens de l’estime pour les sciences. S’ils en eussent étéanimés, ils n’auroient pas incendié, comme ils le firent, plusieurs bibliothèques en Angleterre. A son avènement au trône, Alfred trouva dans ce pays toutes les institutions scientifiques détruites. Suend-Tueskieg , en dévastant de nouveau ces contrées , maltraita l’université d’Oxford, au point qu’on ne put, pendant plusieurs années, y continuer les éludes. Tous les jeux gymnastiques occupèrent nos ancêtres, et l’esprit ne fut quelquefois employé que pour jouer une partie d’échecs, pincer une espèce de harpe, et faire quelques vers. Le savant Erichsen nous
apprend aussi qu’on cuit i volt tous les genres de métiers, surtout ceux quisout nécessaires pour la préparation des métaux. Les Danois avoient si peu de connoissance de 1 histoire naturelle et de la physique , sciences qui peuvent seules nous rendre compte d’une grande partie des phénomènes de la nature, qu'ils attribuoient ces effets à la sorcellerie et aux mauvais esprits. Dans nos anciens historiens, on ne cite de tremblement de terre, dans le Nord, que dans l’année 1073. Depuis ce temps, il en a souvent été question ; ce qui fait avec raison présumer qu’il y en avoit eu avant cette époque, mais qu’on avoit eu la négligence de ne pas les noter. Nous savons par notre ancienne mythologie , que Lork étoit regardée comme la cause des tremblemens de terre.
Sans être savant, on peut avoir des connoissanccs qu’on acquiert par l'expérience. Nos premiers ancêtres en possédoient. L’agriculture, déjà introduite dans le Nord , ainsi que la chasse et la pêche , en avoient besoin. Mais rien ne les élendoit davantage que les longues courses qu’on fit par mer; on alloit jusqu’à Constantinople. Je ne crois cependant pas, avec Lagerbring, que nos ancêtres y aient pris le goût des sciences. Les capitaines de vaisseaux et les matelots s’occupoient fort peu des sciences qui pouvoienl exister dans les ports qu’ils visitoient. Les personnes des premières familles aimoient tellement la marine.
d’après ce que Saxo nous en dît, qu’elles s’habilloient en matelots jusqu’au temps de Canutle-Grand, qui fit introduire le costume saxon. Le règne de ce roi fait, en général époque dans notre histoire, par les changemens qu’il opéra dans nos mœurs, nos usages et notre commerce. On présume avec plus de vraisemblance, quoique l’histoire n’en fasse pas mention, que les héros appelés Baranger( les Varanges ou Varèges), qui retournèrent dans leur patrie , après plusieurs années de séjour à Constantinople, ont pu ramener le goût des sciences. Nos anciennes chroniques racontent seulement qu’ils rapportèrent de l'or, de l’argent, et quelque peu de connoissances militaires. Shoening et Suhm regardent avec raison le roi norvégien Harald Haardraade , comme le premier des Barangers que le Nord ait possédés, tant par sa naissance que par ses connoissances et ses richesses. Je ne crois cependant pas que ce prince ait rapporté d’autre fruit de ses voyages que quelques connoissances militaires et pratiques. Les autres Barangers, qui revenoient de la Grèce et de Constantinople , peuvent bien avoir donné une certaine culture à leurs compatriotes. Quant aux connoissances scientifiques, je crois3 avec Gram, que nous en devons, dans le Nord, le premier goût aux Islandais et aux poètes de la cour, qui voyagèrent après l’introduction du christianisme. Nos ancêtres païens, sans être sa-
vans , ont cependant fait quelques observations. Snorro Slurleson en donne une preuve » dans le récit qu’il fait de la guerre que les habitans de Jomsviger, qui étoient regardés comme des colons danois, tentèrent contre les Norwégiens, d’aptès l’impulsion de Svend Tveskieg. Un habitant de Jomsviger, qui devoit être décapité, eut ordre de tenir dans sa main un os, pour savoir s’il pourrait encore le tenir après l’exécution, pour décider si toute la sensibilité se perdoit avec Ja tête; sujet sur lequel on discutoit beaucoup dans son pays, ajoute Sturleson. Erichsen raconte aussi, d’après quelques sagars islandais, cju’un certain Eynar veilloit la nuit pour observer les étoiles.
La conservation de la santé fut une des premières idées qui s’éveillèrent dans l’esprit des anciens habitans du Nord. L’existence est chère à tous ; l’homme le plus pauvre , le plus malheureux, prend autant de soin de sa triste vie que l’homme le plus riche, le plus heureux, le plus opulent. L'idée de vouloir se détruire n’est pas née avec le cœur humain ; elle s'empare de l’homme contre sa propre volonté.
L’éducation cjue nos premiers ancêtres recevoient depuis le berceau , et leur manière de vivre, éloit convenable à des chasseurs , etpropre à former des corps vigoureux; aussi le nombre des maladies éloit-il bien loin d’être aussi grand qu’aujourd’hui. Les enfans ne suçoient pas le
taît d'une étrangère : ils n’étoient point accoultrmés à rester assis derrière un poêle, ni à dormir dans le duvet, ni à être couverts d’enveloppes». A peine voyoit-il le jour , qu’on frempoit l’enfant dans de l’eau froide, ou dans un amas de neige. Aucun art , aucune bonne , comme le dit Schoening, ne lui montroient à marcher; il se l'apprenoit à lui-mème, en rampant nu sur la terre couverte de quelques branches d’arbres. A peine sur ses jambes, il étoit obligé de chercher luimême sa nourriture par la chasse. Celte nourriture étoit forte, -comme l’exige notre climat froid et humide, mais simple et saine. Chaque jour avoit son mets ; des services divers ne gâtaient pas l’estomac comme aujourd’hui. On ne donnoit pas du poisson le jour qu’on servoit le mets salé appelé gammelmad (r). L’origine de ce nom vient vraisemblablement de ce qu’on faisoit cuire ce mets le dimanche en assez grande quantité pour suffire à la nourriture de toute la semaine. BaVtholin (2) loue la salubrité dé celte nourriture, ainsi que celle des autres mets dont on faisoit usage. \.& gammelmad étoit varié de temps en temps par un plat de poisson cuit dans son propre jus, ou bien salé, séché au soleil, ou fumé dans la cheminée.
(1) Vieux manger.
(2) De Medicinâ Danorum ctomesticcu.
Il y avoit des metsqui approchoient des soupes, que les paysans appellent aujourd’hui soebemad , et que nos ancêtres nommoient sksemad i). Thomas Torfaeus parle déjà des gruaux et des soupes au lait dans les siècles fabuleux , et il paroît, d’après ce que dit Saxo, en parlant d’OIuf Haager, que le gruau tcnoit lieu de pain, dans la classe la moins aisée du peuple. Les choux fu rent cultivés pour s’en nourrir. Les épiceries échauffantes et nuisibles des Indes n’étoient pas en usage. On se servoit du sel qu’on préparoit soi-même, en jetant de l’eau sur les cendres de l’algue. Les habitans de la petite île de Lessoe jouissoient d’une certaine réputation pour fabriquer ce sel.
La culture des abeilles étoit répandue, et le miel tenoit la place qu’on accorde aujourd’hui au sucre. Le vinaigre se tiroit des fruits et de la bière. Le chasseur et le pêcheur apaisoient leur soif avec l’eau du ruisseau voisin ; à la maison, on se servoit de la bière, pour laquelle le houblon n’étoit pas en usage , mais on employoit les feuilles de la graine de \a pors (myrica gale , Linn.). Le cidre, l’hydromel, la bière forte ( gammelt œel ) ne servoient que pour les fêtes. Si nos premiers ancêtres eurent le défaut de s’enivrer de bière forte, la nature du climat les excuse ; elle est
O) Manger à la cuillère.
d’ailleurs beaucoup moins nuisible à la santé que l’eau-de-vie de grains dont on se sert aujourd’hui.,
Thorlacius le père a donné une excellente notice sur les exercices gymnastiques qui étoient en usage. Ces jeux et ces exercices éloient utiles pour la digestion et la sanlé. Saxo rapporte que le célèbre évêque Absalon al loi t dans les forêts couper du bois, pour donner de l’exercice à ses membres.
La propreté ne contribue pas peu à la santé; elle ne fut pas négligée chez nos premiers ancêtres. Leur belle peau blanche* qu’ils lavoient, qu’ils baignoient; leurs cheveux qu’ils peignoient souvent, en offrent des preuves. Les essuie-mains étoient même en usage. Snorro dit que Suend Estridsen , en fuyant dans file de Hueen , s’attira la colère ue son hôtesse, qui , ne connoissant pas le roi * le grondoit de s’être essuyé trop haut à la serviette qu’elle lui avoit donnée. Les anciennes réunions appelées gildeskraaer , dont parlent Kofod Ancher, Bircherod, et d'autres écrivains, sont encore une preuve de la propreté des anciens. Comme l'amélioration des usages étoît le but principal des réunions, les fondateurs ne dévoient pas oublier la propreté ; leurs lois fixèrent des amendes pour ceux qui ne fobservoienl pas.
Des mœurs semblables, et une pareille manière de vivre , rendoient les causes des maladies rares, de même que leur nombre. Chez nos an-
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cêtres païens, la médecine ne fut presque pas cultivée. Plusieurs faits, rapportés par Suhm et d’autres historiens, le prouvent : aussi le nombre des médecins étoit-il peu considérable. Pendant une des guerres que le roi danois Suend Tveskieg entreprit contre l’Angleterre, la dyssenterie se manifesta dans son armée. Plusieurs, milliers d’hommes périrent, et le nombre en auroit encore été plus grand, si l’extension de celtemaladie dangereuse n’avoit pas été arrêtée par les connoissances en médecine d’un ecclésiastique qu’on amena au camp comme prisonnier. On s’aperçoit aussi du manque des médecins dans le voyage pompeux que Canut - le - Grand fit à Home. Tout ce qui pouvoit contribuer au luxe y étoit employé, des médecins et une apothicairerie de voyage seuls y manquèrent. On cite parmi les preuves du bon accueil que le comte de Namur fit au Roi, les soins qu’on- donna aux malades de sa suite.
Les médecins et les drogues éloient, comme on le voit , peu en usage dans le Nord. L'heure est venue , disoit le peuple, comme il le dit encore aujourd’hui, quand une maladie donne les signesd’une mort infaillible à laquelle rien au monde ne pourroit s’opposer. On cherchoit alors plutôt à accélérer qu’à arrêter la mort. On cite Odin comme un exemple digne d’être suivi. Selon Snorro, Odin, quoiqu’il fût lui-même méde-
cin, se fit percer avec la pointe de son épée; quand il sentit la mort s’approcher, pour accélérer sa fin. Long-temps après l’introduction du christianisme, et même encore quelquefois de nos jours, nous trouvons chez le peuple des traces de cette croyance. La folie , les convulsions , les épilepsies , et d’autres maladies violentes . éloient regardées comme des effets de la malice du diable et des mauvais esprits, Onde Aander.
Il n’y a pas long-temps que les paysans danois ont commencé à consulter les médecins ; et encore en meurt-il souvent sans qu’ils aient recours à la médecine. Quand les marques que le paysan regarde comme des signes de mort infaillible se manifestent, il y a encore des lieux en Julland où ils s’habillent de noir avant que le malade soit mort. L’usage nuisible de retirer l’oreiller du mourant, pour accélérer sa fin, usage encore quelquefois usité chez le peuple, est un reste de l’ignorance de ce temps. Il n’y a guère qu’une centaine d’années qu’on regardoit, chez la noblesse et dans la classe de la bourgeoisie, comme une marque d’amitié, de tirer l’oreiller de son ami mourant. Cet acte de sensibilité amical ne doit cependant pas avoir manqué d’accélérer le dernier moment de plusieurs personnes, qui auroient pu vivre encore quelque temps.
La médecine étoit, comme chez toutes les nations anciennes, bien moins cultivée dans le Nord
( ia )
que la chirurgie. C’est pourquoi on donnoit à ceux qui exerçoient à la fois ces deux sciences, le nom de vulnerarii (médecins des plaies). Pour indiquer ceux qui ne s’occupoient que des plaies , on les appeloit simplement guérisseurs (i). Quant à ceux qui guérissoient les maladies internes, on leur appliquoit encore l’épithète de raccommodeurs (2). Les connoissances en chirurgie étoient plus étendues que celles en médecine. Saxo dit que Staerkoden, ayant été blessé, ne voulut pas se laisser panser ni par un inspecteur, ni par un. esclave, ni par sa femme } mais simplement pâr un paysan. Odin avoit des connoissances dans l’art de guérir, par lequel il faut principalement entendre la chirurgie. Tous les rois , tous les liéros du Nord suivirent son exemple. Rolf, roi de la Vestre-Gothie, savoit panser avec adresse les. guerriers blessés. Snorro dit que le célèbre Norvégien Jarl Haken étoit occupé à arrêter le sang d’un blessé , pendant que le roi Suend Estritsen le cherchoit dans son vaisseau , après une bataille navale perdue. Le roi norwégien Arnesen guérit ses deux frères , Tin et Torberg, blessés à la fameuse bataille de Stikelstad.
D’après Schoening , Gebhardi et Suhm , plusieurs rois ont été chirurgiens. Il paroît que
. (1) Laeger.
(2)- Boele ou Bote .■
chaque guerrier s’occupoit de l’art de guérir les blessures. Les auteurs des contes de chevalerie rapportent plusieurs guérisons extraordinaires et heureuses des anciens héros du Nord. Peut-être méritent - ils souvent autant de confiance que le fond de l’histoire même; mais qu’importé? Cés faits prouvent toujours que nos anciens héros s’occupoient , comme ceux d’Homère, de l’art de guérir, et en particulier de là chirurgie.
Quoique la médecine, et principalement la chirurgie, fussent, dans le Nord, cultivées par les hommes de distinction, c’est cependant aux femmes que leur pratique fut particulièrement réservée. Tacite nous apprend que les femmes des Germains exerçoient ces arts, e!t cé qui a rapport aux Germains, peut presque toujours s’appliquer aux habitans du Nord. Notre parenté avec cette natiOn se prouvé d'elle1 même, en confrontant Tacite avec Snoi ro et nos autres historiens anciens; Tacite raconic que lés femmes des Germains vivoient dans lès camps, et il dit ' èju'après la bataillé', les blessés1 cou roient à J leürS mères, à leurs épouses et à leurs' amies,' qui “Soignoient et suçotent leurs plaies. ’Cèfié dernière inaiiière clé lés guèi’if étoit ànèiéhh’èrherit usitée. Snorro raconté que', dans le Nord , lés femmes étoient de mèmè présentes aux batailles, pour panser les blessés. Cet art fut exercé pat toutes les classes de femmes, sans aucune distinction de rang.
Dans les premiers temps, la médecine étoit exclusivement pratiquée par les femmes, et elles ne pouvoient être soignées que par d’autres femmes. Les hommes avoient, comme il paroît, de la peine à être admis chez les femmes malades. Saxo dit qu’Odin étoit obligé de se déguiser en femme pour entrer chez la princesse Rindé malade; et en Vestre-Gothie, il fut défendu par la loi à un médecin de saigner une demoiselle, sans queson père ou son tuteur fussent présens. Les femmes, au contraire, guérissoienl les hommes, pansoient leurs plaies, et éloient souvent, pendant la guérison , les médiatrices de la paix entre les guerriers.
La réputation des femmes dans l’art de guérir, rémonte jusqu’aux temps fabuleux. Idun, femme de Braga, réussit dans plusieurs guérisons, par une espèce de pomme, dont elle connoissoit seule la propriété. Les femmes de nos premiers ancêtres connoissoient bien l’emploi de diverses plantes utiles ; science qui s’est naturellement perdue avec l’introduction du christianisme ; les prêtres dévoient ciaindre et condamner tout ce qui leur sembloit contenir quelque superstition. Les ecclésiastiques chrétiens cherchoient à éloigner les femmes qui exerçoient cet art, en les faisant juger comme sorcières ( Trolde og hexé). Le mot hex ( sorcier ) doit, d’après Keysler, Ihre et Wachler , avoir
eu, clans le commencement, une bonne signification; on vouloit le dériver du mot hugen , qui signifioit penser , réfléchir à quelque chose , épithète qu’on accordoit aux personnes qui avoient des connoissances. Les prêtres, à qui cette sorte de femmes commençoit à être plus que suspecte, contribuèrent en même temps à donner une mauvaise signification au mot hex . L’histoire du moyen âge prouve que les femmes furent plus difficiles que les hommes à convertir par les ecclésiastiques. Les prêtres ne purent donc pas empêcher tout-à-fait les femmes de s’occuper de l’art de guérir ; elles s’en occupent même encore aujourd’hui. Ma mère, douée d’un cœur sensible et bon, avoit quelques connoissances générales dans cet art. Elle habitoit un château à la campagne dans l’île Sélande, il y a une trentaine d’années, époque à laquelle notre gouvernement bienfaisant n’avoit pas encore établi des médecins pour la campagne, comme il le fait aujourd’hui. Elle distribuoit gratuitement, aux paysans des environs, des drogues desa petite pharmacie (i) ; guérissoit les fièvres et d’autres maladies. Elle
(i) Dans le grand nombre de femmes qui se sont distinguées par ce noble genre d’humanité que pratiquoit si dignement la respectable mère de M. Neergaard , les Français ne doivent jamais oublier le noxn de M,ne de Lagaraie.
ne néglîgeoit cependant pas, dans des cas graves et dangereux , de faire venir nn médecin , qu’ii falloit quelquefois aller chercher à une longue distance. Heureusement pour ma digne mère elle vivoit dans un temps où l’instruction n’éloit plus regardée comme sorcellerie ; sans cela elle auroit peut-être été brûlée, comme les femmes dont nous venons de parler.
Saxo dit qu’Absalon blessé , chercha sa mère pour panser ses plaies. Dans les oraisons funèbres des femmes nobles, cérémonies communes dans les seizième et dix-septième siècles, on loue beaucoup leurs connoissances en médecine, en disant qu’elles étoicnt aussi utiles aux paysans qu’aux nobles. Ces éloges sont accordés à Anna Rantzov , Anna Rosenkrantz, Anna Brahe, et à un grand nombre d’autres. Plusieurs malades abandonnés par les plus savans médecins, ont quelquefois été guéris par les remèdes de personnes du peuple quon appelle communément hommes et femmes instruits (ldoge koner og maend).
Le christianisme diminua la grande réputation dont les femmes jouissoient dans l’art de guérir. Les moines regardoient comme un devoir de soigner les malades ; ils étudièrent les plantes et leurs propriétés médicales. Leurs connoissances en médecine accélérèrent les progrès du christianisme; quelques-unes de leurs guérisons passèrent pour des miracles, et comme leur savoir étoit fondé
dans cette partie sur quelques connoissances théoriques, ils y réussissoient plus souvent que les Femmes, qui n’avoient pour tout guide que la pratique et le hasard. On donna des leçons de médecine dans les écoles des cathédrales et dans les institutions des couvens. lia déjà été question d’un prêtre, qui arrêta la dyssenterie dans le camp de Suend Tueskieg. Pour prouver combien les Danois avoient alors peu de connoissances en médecine, je vais encore parler de lui, pour donner une preuve de l’influence que lesecclésiastiques cherchoient à se procurer par cette science. Ce prélat anglaiss’appeloit Ëgbert : Suhm dit qu’il opéra sa guérison avec du pain bénit, dans lequel il mêla vraisemblablement ses remèdes. Il vouloit, par ce prétendu miracle, faciliter l’introduction de sa religion auprès du roi et de l’armée, et pourvoir en même temps à sa propre sûreté.
La pratique de la médecine a été regardée comme nécessaire aux missionnaires ; ils parvinrent par là quelquefois plus tôt à leur but que par la théologie même, comme le prouvent ceux qu’Absalon envoya dans l’île de Rügen. Ce genre d’instruction chez les prêtres, quelques connoissances en physique ,* facilitèrent aussi l’introduction de la canonisation, qui accéléra tant l’adoption du christianisme. Quand les prêtres désiroient qu’un homme de mérite fût
canonisé après sa mort, ils répandoient que des malades avoient été guéris auprès de sa tombe, ou de l’endroit où il avoit été’ tué. Saxo dit que beaucoup de personnes trouvoient leur guérison auprès de la tombe du roi Canut, qui avoit été assassiné , et qu’une fontaine bienfaisante fit jaillir son eau salutaire et parut à l’endroit où Magnus tua son cousin, que l’on compte au nombre de bien heureux duc Canut.
Dans le moyen âge, tous les saints avoient la faculté de guérir, ils possédoient même quelquefois des connoissances dans l’art vétérinaire. Langebek nous apprend que saint Niebo , ou Nicolas, guérissoit les bestiaux. L’art de guérir, q’uoique encore très-imparfait, a, comme on le voit, beaucoup contribué à accélérer l’introduction du christianisme dans le Nord (i).
Thomas Bartholin dit dans son ouvrage : De morborurn Daniœ populariurn remediis , qu’il regarde le scorbut et les fièvres comme les deux maladies qui lèguent le plus dans le Nord. La lèpre , qui étoit une maladie scorbutique au haut degré, y régnoit, ainsi que chez les peuples qui en tirent leur origine. Le pape Etienne reprochoit aux Lombards d’être lépreux. Les pre-
(i) Il faut lire sur ce sujet la notice curieuse quo Cancellieri a donnée sur san Medico et sur les saints qui ont été médecins. A, L. M.
miers hôpitaux paroissent devoir leur origine à cette maladie. Holberg prétend que la lèpre fit donner aux hôpitaux le premier nom qu’ils portaient, ce qu’il croit même prouver par des actes du moyen âge , où ils sont nommés domus leprosorum. Baden croit aussi que la maladie de la lèpre a donné le nom aux hôpitaux , qu’on établit au commencement du christianisme, pour éviter la difficulté qu’il y avoit à transporter les malades de ce genre , comme les autres. Paul Vendelkaabe appeloit la lèpre la maladie des hôpitaux ( hospitals siuge').
La propagation de l’agriculture, la pêche moins abondante, et un régime mieux entendu, ont chassé la lèpre du Danemarck, où l’on n’en trouve heureusement aujourd’hui aucune trace. On n’a plus besoin , comme autrefois , de se servir du poisson sec avec le poisson frais , pour tenir lieu de pain. Dès le milieu du seizième siècle, la lèpre régnoit si peu en Danemarck, comme le prouve une loi de Ribé, qu’on put à cette époque donner une autre destination aux hôpitaux, consacrés jusqu’alors uniquement à ce genre de maladie. Saxo a, comme il paroît, donné le nom de fièvre à toutes les maladies dont on ne connoissoit pas bien la nature; chose qui arrive encore aujourd’hui dans plusieurs pays. Cet historien nomme plusieurs personnes qu’il dit être mortes des fièvres ; mais il indique
encore comme d’au 1res historiens du Nord ,• plusieurs autres maladies, encore connues aujourd'hui , telles que le rhume , la jaunisse , l'hydropisie , Li pulrnonie , l'érésipèie , la dyssenterie , la goutte , petite- vérole , la peste , etc.
Le roi norvégien Hakon mourut d’un rhume; Canut - le - Grand , de la jaunisse; Marguerite, épouse du roi Niebo, mourut d’une hydropisie, pour laquelle on ne trouva aucun remède , comme ledit Saxo. La goutte, qu’on appelle doit
avoir régné dans le Nord; on trouve déjà qu’un empereur allemand, Conrad II, en mourut en io3g. Suhrn dit que l'année 961 est la première époque à laquelle il rencontre les noms de quelques individus morts en Europe de la petitevérole; les médecins commencent aussi alors à en parler. Cette maladie, qui nous a été apportée du Midi, comme plusieuis autres, peut dans le commencement avoir reçu le nom de peste , nom qu elle parut mériter quand on n avoit pas les connoissances nécessaires pour arrêter ou adoucir ses effets meurtriers. L inoculation , et, de nos jours, les effets miraculeux de la vaccination , mettent la petite-vérole au rang des autres maladies.
La peste régna dans le Nord plusieurs fois dans le même siècle : on la regardoil comme une maladie (pii devoit revenir tous les dix ans. Thomas Barthoiin dit qu’elle régna cinq lois dans sa vie,
qui ne fui que d’un peu plus de soixante ans1. L’amélioration de la police éloigna les époques des contagions.
La peste qui régna dans le Nord, comme dans tout le reste, de l'Europe, depuis l'année. 104g., jusqu’en i?)5o, est connue sous le nom, de mort noire {sorte doed ). Cette maladie lut introduite a Bergen en Norwège par un vaisseau naufragé. Torfaeus nous dit (pie l’archevêque de D rontheim, et presque tous les évêques de la Norwège, en moururent. Lagerbring, Gebhardi et d’autres historiens , prétendent que les deux tiers des habitans du L'anemarck en pér
rirent. Si cela est ainsi, elle paroit y avoir principalement régné. Cette peste maligne fut apportée en Jutland par un vaisseau anglais, et n’épargna pas plus les bestiaux que les hommes. Torfaeus assure « qu'on ne souffroit de cette maladie qu’un, ou tout au plus deux jours, et qu’on en mouroit après un vomissement de sang. »
Je crois à présent devoir dire quelques mots sur les remèdes en usage dans le Nord dans les temps reculés, ainsi qu’au moyen âge, et sur la manière dont on Iraitoit les malades e! les blessés.. J’ai déjà parlé de celle de sucer Ses plaies, remède en usage dans le Midi comme dans in Nord ; aussi en est-il déjà question cofrime d’un des plus anciens remèdes. Les pommes d'Idun
dont parlé l’auteur du spéculum regalium] sont peut-être une fable, aussi bien que celles qu’on appeloit les pommes de Shaevinus. Si \espommes d'idun ont jamais existé, il est probable que c’étoit une espèce de pilules que cette reine savoit faire, et dont la recette a été perdue avec elle. Les Aser pleurèrent beaucoup sa perte, ainsi que celle de ses pommes, qui él oient peut-être aussi un fruit ou une racine dont l’effet nous est inconnu aujourd’hui. Dans le Nord , comme dans la Grèce, plusieurs plantes ont été connues pour guérir des maladies ; la pratique seule en dounoit la connoissance.
Le gui ( seid ou mislel') étoit un remède bien plus important cjue les pommes dont nous venons de parler ; aussi fut-il beaucoup plus répandu et plus long-temps en usage. Snorro en attribue la découverte à Odin , ce qui prouve au moins que ce remède est très-ancien. Mais il n’est pas encore décidé si le seid étoit la même chose que le gûi ( mistel ). Le savant Keysler prétend , dans son Mémoire, de T^isco Druidum , que nos premiers ancêtres n’ont point eu connoissance du gui. Cet auteur ne parle que des Celtes; mais cette nation étoit vraisemblablement de la même origine que les Scandinaves. Lagerbring ne veut pas non plus que les anciens habitans du Nord fissent usage du seid , qu’ils regai doient comme un poison; mais ceci ne fait rien à la chose; cha-
que remède mal distribué , ou donné dans une trop grande dose, peut empoisonner. La vénération que les Druides portèrent au chêne , et l’usage qu’on fit dans le Nord du seid- , la conviction qu’on a aujourd'hui de l’utilité de l’emploi du gui dans les maladies convulsives, les témoignages de l’histoire , tout me porte à croire , avec Baden, que le seid d’Odin qui donna à ce hérosla réputation de médecin , a été le viscus ou gui des Druides.
Torfaeus, dans son Histoire de la Norwège, attribue au seid un effet médical. Le seid pa- , roit avoir été une décoction, le fond du nom même le prouve ; il est dérivé de siuda ou syde , qui signifie cuire . Snorro n’attribue pas seulement à Odin l’invention du seid ; il lui accorde encore des eonnoissances nécessaires pour tirer des remèdes des sucs de diverses plantes. L’Edda paroit aussi faire allusion au gui , quand il parle des vertus médicales du chêne contre certaines maladies. Le gui étoit déjà connu des anciens Romains ; Pline le naturaliste en parle, et il fut employé dans le nord dès les temps les plus reculés sous le nom de mareutah. Le gui se trouve sur plusieurs arbres, et particulièrement sur le chêne; on lui attribue des effets médicaux tant extérieurs qu’intérieurs. Je crois que le gui peut avoir donné l'origine à la vénération que les Celles avoient pour
le chêne; et non, comme le prétend Keysler, que le chêne ait procuré au gui sa haute réputation. Comme dru ou drozc signifie dans la langue celtique un chêne, il est plus que probable que les Druides ont les premiers eu connoissance du gui. On ne sait pas si la médecine et la chirurgie ont fait en même temps usage des pommes d’Idun et du seid d’Odin.
Nos anciens Sagar racontent que les chirurgiens faisoient usage de couteaux, et de tenettes, qu'on savoit recoudre une plaie , couper une jambe , et la remplacer par une de bois. La guérison des plaies faites par les flèches et les autres armes des anciens, étoit beaucoup plus difficile què les blessures de nos armes modernes. On ne peut refuser des connoissances en chirurgie à nos ancêtres païens ; nous trouvons qu’ils guérissoient souvent des blessures très- dangereuses. Les femmes guérirent cîe$ plaies très-profondes. Halepona , épouse de Glum , soigna et guérit Torarinn, quoique sa blessure fût si dangereuse, qu’on voyoit, dit-on . le poumon au travers de la plaie. Les anciens Sagar racontent que ces femmes chirurgiens donnoient aux blessés avant de les panseï', une espèce de soupe faite dans une marmite de pierre avec des oignons et d’autres racines. Les malades ayant avalé cette soupe , les femmes chirurgiens prélendoient recomioître à l’haleine du blessé, si la plaie étoit profonde
et dangereuse , ou non. Snorro dit qu’on traita ainsi les blessés de Stikelstad. Peut- être celte soupe étoit-elle une boisson assoupissante procurant ainsi quelque soulagement au malade, et plus de facilité pour examiner et panser tranquillement ses plaies. Les offrandes humaines, en usage chez nos ancêtres païens , et dont parlent Ai nkiel et d'autres auteurs, peuvent aussi avoir procuré quelques connoissances en anatomie aux médecins qu’on y employoit. Nos ancêtres regardoient le sang des animaux féroces , tel que celui des loups et des ours, comme un remède fortifiant. Saxo dit que Biarke la issoit son ami Hialté sucer le sang d’un ours pour le rendre plus fort. La saignée fut aussi connue. L’eau fraîche fut anciennement comptée entre les remèdes simples , d’où dérivent vraisembla* blement la vénération qu’on porta encore à cet élément, long-tem,ps après l'introduction du christianisme , et l’espèce de baptême dont on parle dans le Spéculum regalium , comme usité parmi nos ancêtres païens.
Dans le moyen âge , les trois règnes de la -nature fournissoient des remèdes. L’auteur du Spéculum regalurn cite les œuls de poisson comme utiles dans beaucoup de maladies. Dans les livres de médecine , dont on faisoit usage, nous voyons que le 1èr d’Osmund , le lait de vache et l'écorce du chêne, furent très-utiles contre la
dyssenterie. Une plante appelée kellerhals , je ne sais si ce n’est pas le daphne actuel, fut employée contre la gale. Les genièvres, la mo 1 tarde et l’absinthe étoient en usage pour tous les genres de-douleurs. Le lait de femrneadoucissoit les maux d’oreille. Le poivre et le gingembre étoient les meilleurs remèdes pour les maux de dents. Le sang de loup adoucissoit les douleurs de la pierre. \Sarmoise fut employée pour les maladies secrètes. L’absinthe éloit bon pour toute sorte de douleurs d’estomac. Ces remèdes sont cités dans l’ouvrage du curé Henri eh Harpestraeng , sur l’art de guérir, avec une quantité d’autres dont beaucoup sont même encore en usage chez les paysans. La saignée étoit généralement pratiquée au moyen âge; certains jours étoient regardés comme sains ou malsains pour la saignée, qu’on présumoit plus utile au printemps ou en automne , cju'en été ou en hiver. La vénération qu’on avoit pour l’eau continua sous le christianisme ; les missionnaires firent leurs baptêmes auprès des. saintes sources. Dans ces derniers temps le nombre de ces sources augmenta ; les prêtres s’en firent un important revenu en publiant leurs bons effets pour guérir toute sorte de maladies, ou quelques-unes en particulier. On attribua aussi , comme le dit Hofman , à une certaine source dans le cimetière de Skandrup en Jutland , non-seulement de pouvoir guérir
les maux d’yeux des hommes, mais même ceux des animaux. Une autre source à Tyrsbaek , aussi en Jutland , avoit la réputation de guérir des échauffemens ; on attribua même aux eaux d’une source à Broenshoeli en Séeland, des qualités pour guérir la peste. Chaque province avoit sa source principale , que le malade devoit visiter dans la soirée de saint Jean , s’il n’avoit pas retrouvé le soulagement désiré dans les eaux de la source la plus voisine de son habitation. Plusieurs de ces sources principales sont même encore visitées aujourd’hui, comme la source d'Hélène en Séelande, celle de Kippingé à Falster, celle de Frorup en Fionie, et d’autres. L’usage de ces saintes sources fut si grand, que presque chaque commune avoit la sienne. Ce que plusieurs de ces sources rapportent encore aujourd’hui, fait présumer combien elles ont rapporté autrefois. Les pénitenciers du pape arrivoient aussi pour faire leur quête vers la saison où le plus communément ce genre de voyages avoit lieu. On faisoit un grand usage de l’eau pour des bains chauds et froids, tant pour conserver la santé, que pour la rétablir dans des maladies externes et internes. Saxo dit que Waldemar et son ami Absalon en firent usage. Huitléld raconte que le roi Waldemar Cristofersen cmployoit l’eau d’une source près de Yordingborg pour se guérir de la goutte.
La princesse danoise Ingeborg, depuis reine
de France, se plaint, dans une lettre au pape l de no pas assez faire usage des bains, et de ne pas pouvoir être saignée. Des maisons.de bains, appelées Badstuer, eloienl établies dans presque toutes nos villes. Le mot bad qui signifie échauffer, prouve qu’on employoit les bains chauds. Les 'maisons île bains perdirent de leur réputation; quand les maladies vénériennes commencèrent à se répandre ; il paroit qu’elles ne jouissoienl pas d’une bonne réputation intacte, elles lurent soumises à une inspection plus sévère , et leur nombre diminua.
On sait peu de chose sur la manière de soigner les rnaiades. Saxo dit qu’on avoil une espèce de chaise à porteur pour les convalescens qui ne pouvoienl pas supporter les cahots des chariots , ou monter à cheval. On portoit le roi Suend , parce qu’il ne pouvoit pas supporter les mouvemens de la voiture. Saxo paile d’une espèce de bassinoire, dans laquelle or> met toit des briques rougies au feu pour chauffer les lits des malades. Le même auteur nous apprend qu’on guérissoit comme aujourd’hui les noyés par des frictions ; Esbern Snorro qu-i étoit tombé dans l’eau lut ainsi rétabli. Dans des cas graves, on eut, après l’introduction du christianisme , recours aux miracles, aux reliques et aux prières faites aux saints particuliers du pays, comme saint Oluf > saint Knud , et d’autres.
On ne peut pas croire, d’après ce qu’on vient
de dire, que l’état de l’art de guérir dans le Nord fût très- brillant au moyen âge II ne defoit pas I être plus dans le nord de l’Europe que dans le midi , où les Universités étoienl fréquentées par ceux des lia bilans qui vouloient savoir plus qu’ils ne pouvoient apprendre dans les écoles de leurs couvens. Dans l’art de guérir, ainsi que dans toutes les autres sciences, on négligea longtemps les sources; on ne connoissoit les auteurs anciens que par de mauvaises traductions, parce que peu de personnes avoient étudié les langues fondamentales, particulièrement legrec.Treschou raconte que le savant Hemmingius fut obligé, peu de temps avant la réformation, d’aller à Lund pour étudier la langue grecque , qu’il ne pouvoit pas avoir apprise dans cinq écoles latines qu’il venoit de visiter, parce que les professeurs même l’ignoroient. La médecine ne s’apprenoit, comme les autres sciences, qu’avec des glossaires barbares, des commentaires inintelligibles et des extraits pleins de fautes. En médecine, comme en théologie et en philosophie, des rêveries et des recherches inutiles procuroient le titre de savant.
On étoit trop loin alors de bien connoîlre ce qui peut donner justement ce titre. Les médecins ignoroient la physique; 1 histoire naturelles la botanique leur étoient en. général inconnues; ils ne s’oçcupoient que de l'astrologie et de
la nécromancie. Les hommes instruits avoient même peu de confiance dans les médecins. Saxo dit , en parlant d’un médecin de. la Scanie, appelé Jean (Johannes), qui n’avoit pas réussi à guérir le roi Valdemar Ier , « que celte guérison manquée prouvoit le peu de confiance qu’on doit avoir dans les médecins. »
S’il y avoit peu d’hommes savans, profonds et instruits dans l’art de guérir, il ne manquoit pas pour cela d'individus qui pratiquassent cet art. On peut compter dans ce nombre des moines , des curés, des religieuses, des hommes qui dirigeoient les bains ( Bademaend ou j Badeshaerrer), et des charlatans qui couroient d’une province à l’autre, se donnant pour guérir toutes sortes de maladies. Les papes, les conciles défendirent inutilement cet art aux ecclésiastiques ; ils furent seuls les principaux médecins jusqu’à la réformation. Ce furent sans doute eux qui écrivirent les onze livres de recettes , dont plusieurs existent encore aujourd’hui , livres qui couroient les campagnes , et étoient assignés comme héritage à la troisième et quatrième génération. On n’avoit pas de médecins publics gagés.
Des docurnens du quinzième siècle prouvent qu’on avoit déjà dçs pharmaciens : on croit que les premiers ont été'des ecclésiastiques. Les rois et
les grands personnages paroissent cependant avoir eu leurs médecins particuliers. Saxo parle de ceux qui saignèrent la reine Marguerite, le roi Niels et l’archevêque Eskild. Le premier médecin royal que cite cet historien, est l’abbé Jean (Johannes), de la Scanie , où il jouissoit d’une grande réputation. Il manqua cependant , comme je l’ai déjà dit, la guérison du roi Valdemar Ier; il prépara au roi une tisanne,et l’enveloppa de linges pour le faire suer, mais sans fruit, ce qui porta Saxo à s’écrier contre lui. Lagerbring prend le parti de Jean, en disant que Saxo avoit peut-être une trop haute idée de l’art de guérir, en voulant qu’il dût sauver tout le monde de la mort. Bartholin le défend moins, il ne lui attribue que de trèsfoibles connoissances. On ne trouve, après Jean, aucun autre médecin que l’abbé (Mester), Henri Harpestraeng J’ai déjà parlé de son ouvrage sur l’art, de guérir. Si son livre est écrit comme on le prétend , dans la langue du pays , alors Harpestraeng devient un homme intéressant même pour l’histoire de la langue danoise. Arield Huitfeld l’appelle Medicus et Canoniciis Roschildensis , et dit qu’il est mort en ia44- Gram le cite, mais sans rien dire de son mérite. Bartholin en parle encore comme du premier médecin que notre histoire ait cité. Des savans danois nous promettent sur la vie de Harpestraeng,
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des notices qui pourvoient être très - importantes pour l’histoire de la médecine. A la fin du moyen âge, des rois de la maison d'Oldenbourg montèrent sur le trône. L’Université de Copenhague fut fondée en 1480; la médecine fut professée , mais elle fut toujours médiocrement cultivée jusqu’à la réformalion , en. i536 , époque à laquelle cette science sortit chez nous de son enfance. La médecine et la chirurgie ont depuis toujours été étudiées en Danemarck ; ceux qui s’en occupent voyagent, et mon pays peut aujourd’hui dire , en se comparant avec les Etats les plus lettrés : « Je possède des médecins et des chirurgiens habiles, tant dans la théorie que dans la pratique de leur art. »
T. C. Bruun-Neergaard.
Extrait des Annales Encyclopédiques , année 1818.
Le Bureau est rue Neuve- des-Petits-Champs, n°. 12;
Imprimerie de le Normaht, rue de Seine. (1818.)