‹ Etat de la généralité d'Alençon sous Louis XIVChapitre 14 sur 76 · LORNE · texte numérisé non relu

LORNE

La rivière d'Orne, qui prend sa source au village d'Aunou près la ville de Sées, passe au milieu de cette ville, ensuite à Médavy, Argentan, Escouché, au Pont-Escrepin, en serpentant, et de là à Caen, au port d'Estreham, où elle tombe dans la mer Océane.

L'on a prétendu diverses fois que cette rivière pou voit estre rendue navigable depuis Argentan jusqu a Caen, en faisant retenir et eslever Teau par des écluses dans les lieux où elle n'est pas si profonde que dans les autres et où il se trouve des rochers ; que môme on pourroit faire un canal de communication à celle de Dive ; mais ces idées ont esté rejetées autant de fois qu'elles ont esté proposées, par les grandes difficultés qui se trouvcroicnt à l'exécution et les dépenses immenses qu'elles causeroient.

LA DIVK

La dite rivière de Dive qui prend sa source en la paroisse de Courniénil, passe à Chamboy, Trun, Crocy, Saint-Picrrc-

csl la bonne r Les savants rallachcnt Torifirinc de ccUc dênominalion à la lépende du roi Arthur: ils font remarquer que près du rocher qui forme la cascade, existent deux j;rottes qu'on a baptisées du nom de Chambre du Roi et de Chambre de la Reine. iW Léfrcndes normandes recueillies dans r arrondissement de Mortain^ par Hippolytc Sauvage, p. 32-37». -^^^is Tauthenticité de la légende produite à lappui de cette élymologie est-cllc bien établie r II nous reste des doutes, et nous croyons devoir appeler l'attention sur une forme indiquée par notre manuscrit, Varrestour. L'n arrétoir est une digue, une chaussée. Du Cango. au mot Arresta^ fournit des exemples de l'emploi de ce terme. Sur les caries de l'Mlal-majoretdu service vicinal, la cascade en question est désignée sous le n>m ôWrtour sur le ruisseau de la Sonce. commune de Rouelle.

sur-l.)ive, et environ à deux lieues de h\, se joint i\ celle de Vie, entre les paroisses de Bieuville et Corhon (i); par le moyen de laquelle jonction, elle devient assez forte pour porter de petites barques plates dont on se sert pour transporter des cidres et poirés au port de Dive où la dite rivière va se rendre à la mer.

Ces cidres et poirés s'enlèvent par des marchands du Havre, Dieppe, Rouen, Saint- Valéry et autres lieux de la coste appelée de Caux.

Cette rivière sert de borne depuis sa source jusqu'au bourgde Saint-Pierre-sur-Dive entre le diocèse de Sées et celuy de Lisieux.

r.A viî:

La rivière de \'ie, prenant sa source en la paroisse des Astelles. passe à Survie, Vimoutiers, Livarot. Saint-Julien o et Corbon où elle se joint à la rivière de Hive.

Les aulres rivières qui sont hors retendue du Duché dWlen- <;on sont :

LA ïorcgi i:

Celle de Toucquc, qui prend sa soi-rce dans le Lieux in, en la paroisse de Champ!uuit, passeàdaccy. leSap. I'erva».|ues.

Lisieux, et de la descend au Ponl-r!]vêi.;uc d'où elle se rend à la mer.

Prè-i la ville de Lisieux. celle rivière sj ioi'.l à une aulre appelée ( )rhiquel. dont la source esl dans ia paroisse de l^jlL-lière et qui passe a Orhec avant de se rendre a Lisieux.

■ I l.c> v«»mnuincs de liicvillc cl J.c .Mcr>-( nrh-'U >•:.: >iuic\;> dans k carî'tn Je .\ic/iJ«»;i. arronJisscmcnl de Lisieux. : Sainl- |.;Iien-Ie-l"aiU"n. canl»:'. de ^le/i.! ?.

lO

(es deux rivicrcs, après leur jonction, sont navigables pour de certains bateaux plats appelés j^^abarres, desquels on se sert pour voiturer des bois et planches pour la construction des bâtiments au Havre et encore pour le transport des cidres de cette contrée es villes de Rouen, le Havre, Dieppe et autres lieux.

11 est bon d'observer en cet endroit, que Tusage de ces bateaux plats, très utiles et très commodes, portant chacun vingt-cinq à trente barriques à Boscherville qui n'est qu'à deux lieues de la mer, a esté plus fréquenté qu'il ne Test à présent, par la raison que le feu sieur Bance (i), ayant acheté la 'orme de Brcuil, esloingnée de deux lieues de la ville de Lisicux, sur laquelle passe cette rivière, en a détourné le cours de la plus grande partie de l'eau pour laire moudre so'i m(»ulin ; à trois cents pas duquel il a lait faire un glacis pavé de pierres, d'environ trente pas de largeur, par dessus lequel Teau rentre dans l'ancien lit de la rivière, de sorte qu'il est nécessaire de déclnirger les bateaux au lieu où la rivière a esté détournée, pour les recharger ensuite sur d'autres bateaux au pied du dil glacis, ce qui cause de grands frais cl avoit donné lieu en !()".^ et 1O-4 aux associés au commerce des bois d'en porter leurs plaintes au Conseil, où, par arrest, il fut ordonné qu'il seroit lait une escluse où le cours de cette rivière avoit esté détourné pour rendre le passage des dits bateaux li^^'c comme auparavant: en exécution duquel arrest

I Dans !a ivcchcichc Je la n.»Mcssc do rclocli'»n d'Kvroux en i.S2.>.nn \*\\ tiiiiircr < iiiillauinc licncc. si.ir.- Ju lUiiss^'ii-'. jarjiv.N'iirir. dont ur\ des dc.-ccndanls. Ican lîcocc. sieur K\i\ i;uis>».ii-( jareMiNuir:^. fui niainlcnu on 1'»»» ) .l;/;///.7/;v Je illutw h"'»"., p. 2'»'.'. — Rcchcrch.' .rV h fmHcssc Je ia ^itwt'rj/i/t' »/i' /\N///f//. par liariii do Ja Cialiss'^jiniOjv ,clccli»>n d'Kvrcux».

il il este transporte plusieurs matériaux H) sur les lieux, mais inutilement par le crédit du dit sieur Bance. 11 est depuis peu décédé.

II est encore :i remarquer que ces bateaux sont aussy très commodes aux fermiers des icabelles pour faire venir de Honrteur â Lisieux tout le sel oui v est consommé, à beaucoup moins de frais que par charrettes ou cliarj^'-cs de cheval, et même pour la ville de Bernay, esloinj^'-née de douze lieues de Honfleur, par terre, et dont les chemins sont très mauvais, au lieu que la voiture, étant ouverte par eau à Lisieux, il ne resteroit oue six lieues de beau chemin pour aller à Bernav.

LA CAKKNTONXi:

La rivière de Carentonne, qui commence à Saint-lCvroult, dans le Lieuvin. passe à Chambrav. Bernav, et ensuite va se rendre en celle de Killc. au villai^e de Nassandre où elle perd son nom. Dans son cours, elle sépare le diocèse de Lisieux d'avec celuy d'Kvreux.

IKKNANT

La rivière de Ternanl, qui prend son oriirine en la paroisse du même nom, passe a Montreuil et se joint à celle de Carentonne au vilhiLTc de la Trinité.

r X'ar. niss. d -. : • i.n cxtvulinn JikiucI arrol. i! ;i cs'.ij Iransp'ïrlo

plii>icurs nialcriaiiN sur les lieux, mais inulilcmcnl. »

-r Sous le n«»ni Je rivière de 'lernanl. rinlendanl vlesiiine la (îuiel. vjui tire s^>n ««riiTiiie de la l*«»nlaine-d'l!nrer. entre l'ancienne commune de N.fver-Menard et la 'IVinile-dcs-Lailicrs : elle se perd au-dosnus de lleup'n. au hameau des l'«»yards. comme dans un enl«'nn'»ir el réparait

LA CONCIIIIS

I.a rivière de Conches, qui prend sa source au pied du costeau sur lequel la ville de Conches est baslie, entre à une lieue et demie de là, dans la rivière dMton, dans le comté d'Kvreux, qui prend son origine au Perche, costoie le Thimerais qu'elle sépare d'avec cette province et la Beauce, elle passe à Chartres, à Maintenon, après quoy, elle va se joindre à colle dMùire, près d'Anet.

î/anti:

La petite rivière dWnte prend sa source entre la piiroisse de .Martigny et celle de Saint-Vigor, et après avoir p:\sse devant la ville de Falaise, se perd et tombe, à ce que Vin croit, en la rivière de Vire.

Ces cinq dernières rivières ne sont et ne peuvent être rendues propres â porter bateau.

Ce duché, que nous considérons toujours suivant son ancienne eslcndue dans la suite de ce mémoire, dépend, ainsy qu'une bonne partie du bailliai,^e de Falaise, de Tévesché de Secs: il V a seulement les vicomtes de Laii^le et de Verneuil qui font partie de celuyd'Fvreux : le Lieuvin et la plus grande partie du pays d'Oulche dépendant du diocèse de IJsieux: et le Thimcrais de celuv de Chartres.

phîs \«»|umi''ciisc à 24-î<> nictivs plus l«'in ;îu ir^iilVrc Je 'l'crnanl. rcuni :i M«»npai. p«»ur c«»sUinncr sa omrsc vers la ( arjiit«»nc.

TKMPKRATrRi-: DU CLÎMAT

Le climat de tout ce pays est assez tempéré, cependant plus fruiwi que chaud, à mesure qu'il approche de la mer.

(JIAMTK DU TF:RR0IR DK LA CAMPAGNi: DAUKNUON

La campagne d'Alençon, qui s'estend depuis la forêt d'Kscouves, située en Normandie, jusques à celle de Perseigne, qui est de la province du Maine, ainsy que la plus grande partie des terres des villages qui sont aux environs, dans un pays assez uni, sont fertiles et abondantes en toutes sortes de grains, fourrages, chanvres et fruits, et particulièrement des pommes et poires qui servent à faire du cidre et du poiré, dont est composée la hoisson ordinaire du pays: mais il n\ a point de vignes n ».

Il s'y trouve aussi beaucoup de bons pasturages. dans lesquels on met quantité de bœufs et de vaches que Von mène à Paris, Rouen et en Picardie.

Il y a aussi du côté de Vcrneuil une campagne assez estendue, mais qui est beaucoup moins fertile, par la nature du terroir qui est maigre: les terres y sont plantées de poiriers et pommiers, mais en petite quantité.

•/)// /".lys dUnulmc

Le pays d'Iloulmc. situé entre Domfront et Falaise, est

•n \'ar. (i ~ • Car il n'v ,1 point de vlirncs. »

le plus monlueux de toute la province et le plus mauvais terroir; les terres, sur les hauteurs, n'y produisent que des seigles et du bled noir, appelé communément sarazin, très peu d'avoine et d'autres menus grains et point de froment ; il y a seulement quelques pasturages qui servent à nourrir des bestiaux. Les terres y sont aussy plantées de poiriers et de pommiers, dont les fruits servent à faire la boisson ordinaire.

/)// Thimerais

Le Thimerais est encore un pays assez uni, mais les terres y rapportent peu de grains de bonne qualité, par la stérilité du terroir, quoyqu'on y en sème de toutes sortes.

La plupart des terres y sont aussy plantées de poiriers et de pommiers, comme dans les autres lieux cy-dessus. Il y a seulement quelques vignes dans deux ou trois paroisses, mais le vin n'en est pas bon.

/)// pays J\\u<rc

Le meilleur pays est celuy appelle le pays d'Auge, qui s'estend depuis une partye des élections de l-'alaise et d'Argentan jusqu'à la mer. Il est situé entre les rivières de Dive. de \'ie et de Toucque: c'est un fond gras, dans lequel on nourrit et eslève quantité de b-eufs c|ue les habitans des lieux VDUt acheter maigres dans le Poitou et en Bretagne, pour les revendre ensuite aux marchands de Sceaux et de Ncun^'»urg. Il s'y nourrit aus>y quantité de vaches trèsabunJanles en lait, dont on fait ucn fromages appelés .inj^C'

ir

lois (i) et de Livjrol, qui se transportent à Paris, avec une quantité de volailles que Ton y eslève pareillement, ce qui compose un trafic assez considérable parmi les habitans de ce pays, qui consiste pour la plus grande partye en vallons le long des rivières.

Les costeaux sont aussy remplis de bons herbages, mais il s'y trouve peu de terres labourables, et ce qu'il y en a consistent seulement en terres fortes et pesantes, qui ne produisent pas de bons bleds.

L'on obseiTe même en cette contrée, dans les lieuxesloingnés des rivières, que les habitants sèment dans les terres de la bourgogne qu'ils appellent de sainfoin. Cette herbe a une spécialité qui est. qu'après vingt ans, elle laisse un sel dans les terres qui les rend si fécondes, qu'estant ensuite labourées, elles reproduisent pendant quatre à cinq ans de très bons bleds sans qu'il soit besoin de les engraisser, ce qui arrive principalement du costé d'Argentan, où l'on recueille aussy beaucoup de chanvres.

m Les flw.t/'e/o/.v claicnl aulrcfois en jrrandc rOputalinii. Suivanl (iiiillaiimc do Lnrris qui ccrivail au milieu du ww siècle, les hennés labiés étaient toujours ;:arnies. au dessert.

De tartres ou de flaons Ou de fromaires atti^chns.

Roman .1c Li Rase, v. 124').'- 1:4')/..

Charles Lstienne. dans .son Pra'Jium rusliatm publie en i.'.^^. vante eiralement les fronia^^es de Normandie connus sous le n<»m \S\vii^clots. IW>ur«ruevillc. dans ses Recherches ci jnti^uilês Je la pnnincc Je Seustrie d.^W». n'a eu L'^arde d'omettre, dans rénumeralion des pr. .Ji.ils de la vicomte de Pont-I-evc\jue. les bons fromay^es que l'on appelle JW^'^Wo/5.

Ce pays d'Auifc est encore bon pour y eslever des chevaux qui y deviennent forts.

Les terres y sont pareillement plantées de beaucoup de pommiers et de poiriers, et, de la boisson qui provient des fruits que ces arbres portent, il se fLiit un grand débit, comme il a desjà esté dit, par la communication des rivières de iJive et de Toucque qui ont leurs embouchures dans la mer Occane.

La plus ii^rande parlie du Lieuvin, situé entre la rivière de

ÏIclic Le (nrdicr. qui fit paraître, en \(/)2, le Poiiicvcs^ite, poème dcdiè à Mademoiselle (!*aris. (h. Delune, ir/>2. in-4"). consacre un chapitre entier aux jniseluls.

l.'ontx'w.c <lc ce nom n'en a pas moins été iLinorce de Ménaj^e. qui suppose qu'jtr^'ehtt est une corruption d\7i7j/cA>/. du n^m du pays d'Aujre. 01: se fabrique ce fr- »5nai:e. I-e DicliofULiire h:stnri.:tte de l'ancien lan^a^c français, de La C'urne de Sainle-Palaye 11JÎ7.S). adopte celte etymf>io«^ic. et M. j. .M'»rilre. dans son mémoire sur VIndiisirie fromai^ire 11ÎÎ7M), opine dans le même sens, II paraît cependant peu vraisemblable que le très ini:v:^:ei:\ auU'U!- des Oriisincs de Li L'iiisue /V'.T/./.t/.sv ail éle mieux insuuil que jms vieux erudils normands, le! que lÎMurirueville. du vrai nom du:i p:<idi il de leur pays, il serait, au coniraire. surprenant que ceux-ci >j lus- .ni accordes à errer sur ce p«»int. cai* il esl ordinaire de desi::;ijr i."i pr )Ju!l \\\v le nom lIu lieu d'« ù «mi ic lîie. ( est ainsi qu'on au.ail \Hi d.i.e IV. -''.cie auiscnn el non pas j;;vv/.'/; o// .7i/;/-t7('/. comme !e vjiîjtri \'e'-iL l' La Curr.e de Sainte-!'a';i;C. Si d' ne les anciens auleiii'.- • :Vi ecîil .?':i:c/<'/. c'est evidenr^unl s.\u' n j>:ononcail ainsi en N::m:L':j!e. L'"'i:-:ine de ce nom nous scmbie il .liiieurs indiquée par le fameii-. p»ènieque nous \cnons de citer. Le ("-'rv'.ier nous apprend, en eîlel. juon d 'P.n:.il ;iux a}i::e!i'ls l\c'.\ formes bizarre-: c«eur. Ck-uv de Ils. ^::! :l ! >l'ril !:.\re. liaup'nin. croissant, li c-i passible que dans i'«i! !• i'e ''A ('•■.i)ie ia r!u> en \^^i:v.c ail ele ».elle d'::-^ a:i::e «i: arirei-l. d'où ce ;: :r. .-.:\i :\:-\^ ::;: :'pm.iL-e en questi«'n.

Toucquc et celle de Rille, surtout le lonii: de la première de CCS rivières, est de même nature que le pays d'Auge.

Le reste des terres compose une campagne assez unie, particulièrement du costé de Bernay et de lîouen, lesquelles produisent des grains de toutes sortes en assez grande abondance.

Du costé du Sap, jusques et compris le pays d'Iloulme, quoique le terroir soit aussy uni, il n'est pas si fertile: la pluspart ne rapporte que des bleds méteils, seigles et peu d'orge, à cause que le fonds est maigre et remply de pierres ; il y a des brières qui servent de pasturages aux bestiaux, et une assez bonne quantité de pommiers et poiriers plantés sur les terres.

.Mais la campagne de Neufbourg, en descendant ver^ Conches, est fort fertile en toutes sortes de grains et plantée de poiriers et de pommiers: il y a peu de bons pasturages.

i-oui:s'rs

Il y a plusieurs foresls dans lélenduc du dit duché: Kscouves. dont il a desjà esl<: parlé. e>t la plus considérable : elle contient environ irci/e mille m arpents dont huit à neuf cents seulement sont des bois de haute lutayc. cnîre lesquels il y a beaucoup de chesnes. que l'on conserve pour la nécessité des bastiments, et le reste de la Ibrest est ioi:i hestre pour la pluspart.

liource, qui est sur le chemin de IVuis. entre Alen^on et le bourg du .Mesle-sur-Sarthe. est d'une petite estendue. de même iiue .Moulins, la loresl des llaves-ic-l<o\ . le hui>>on

• 1 l.c Itxlc p«'ilc: Uci/c cents arpcnl>.

Je .Mah'jni cl (|iiclciucs bois taillis vers VcM'ncuil. Tous ces hois appariicmvjnl au Roy et dépendent de la niaistrise particulière des eaux et forests dWlençon.

La forest de Gouffev, située «à demv lieue de la ville d'Ar- .i,^jntan, contenant cinq mille huit cents arpents plantés, sans aucun vuide, de chesncs, Iiestres et autres bois, tant en haute tutayc, haut recrû, que jeunes taillis de belle venue, bien percée, sans aucune niolière, très unie et remplie de toutes sortes de gibier, à l'exception du chevreuil.

La haye d'Kxmes, contenant douze cents arpents, très bien plantés de chesnes et hestres, en pays bas et marécageux.

Montpinçon c ), contenant cinq à six cents arpents, plantés Jic chesnes cl hcstrcs, en pays élevé. Ces trois forests appartenantes au Roy dépendent de la maistrise particulière d'Aricenliin.

Il y a encore en cette contrée neuf cent soixante arpents Je bois taillis qui dépendent du domaine d'Argentan et dont ir)uyi .Monsieur le duc de Vendosnie. en qualité d'engagiste duJit domaine.

La lorest nommée dWndaine, du costé de Domfront, toute de haute futaye, dont il se fait des coupes chaque année.

Celle de la l'crlé-Macé, près le bourg de ce nom.

(elle du .Mont-dc-IIaire, près liréouse, toutes trois appartenantes à Sa .Majesté.

La Mottc-I'ouquet, appartenant au sieur de Saint-Rémy.

Il v a encore des bois taillis assez considérables entre i) imfront et l'alaise, entre autres ceux de Honneuil (2) et de

I' M'>!UpiiK-Mi. caiU».! de Sainl-l'icrro-sur-Divc «Calvados». 2' ii«»iincuil. ca:U »n Je l*a!:iiso 2' Jivisini'.

la Pommcrayc (i), de sept ou huit ccnls arpcnls : ceux oc Rasnesetdu Grcz, des Vvcteaux, de .Mesnil-Cllaisc, Bazocl-'cs. Sainte-Honorinc-Ia-Ciuillaume, appartenant à des seij^mcuis particuliers.

Outre les Ibrests cy dessus, il y en a d'autres hors l'cslcndue du dit duché d'Alençon.

Celles de Conches et de Breteuil qui se joiirnent. dont une partye est en haut bois de chesnes et de hestres.

Celle de Moustiers-IIubert, dépendant du domaine d'Orlxv. aussy plantée de bois de-chesnes et hestres.

Celle de Saint-Evroult, de Tabbaye de ce nom, delà nicnic qualité, d'environ cinq cents arpents d'estendue. la plusparl de bois taillis.

Celle de Chateauneut-en-Thimerais, contenant en\ inm deux mille arpents de liois taillis, sans haut bois.

La Ibrest de Sénonches, qui n'est pas esloini,mée de (.'hateauneuf, contenant neuf mille arpents de bois, composés de chesnes, hestres, charmes et trembles: le chesne est propre pour du bois merrain servant à la conslruction des vaisseaux, et l'autre bois sert à bastir.

mim:s

Pour les métaux, mines et richesses souterraine.^, i! n\ en a point d'autres que la mine de fer qui se trouve en :is>v./ irrande i|uantilé presque partout: à la Koche iz) cl Saini- Ccnery près Alenv;on, en plusieurs endroits du costé de Secs.

1 La lN»mincravc. canl«>n Je Thurv-ilarcoiirl dalvados . :. La Kochc-.Mahillc. — \'. /i/nJcs jL^unlttj^^i^ucs sur le sicf.irUii:i },l /t inruc. par W. riiavicr Annujirc .1c l'Orne. i'.\2. p. 7*1 cl Mii\.

Afifenlan, Falaise cl Domfront; dans le Lieuvin, à Nostrcl)ame-du-Bois ( i ) cl Orville; dans le pays d'OuIche, aussy en plusieurs endroits; du costé de Conches, à la Perrière, aux Lires (:), Breteuil, Rugles et Condé (3).

Dans le Thimerais, il s'en trouve aussy quelques-unes, ce qui a fait bastir dans tous ces lieux une quantité de grosses fori^cs le lonfj^ des rivières.

MARAIS A DKSSÉCHKK

Il n'v a aucuns marais à dessécher sinon deux dont Tun est en la paroisse de Rouelle, vers Domfront, appartenant au seii^ncur du lieu : l'autre se trouve proche Bréouse, entre Domfront et Falaise: il contient environ mille à douze cents acres d'estcnduc (4), lesquels étant desséchés, on tient qu'ils deviendroient de très bons herbages pour engraisser des biL'ufs et eslever des haras.

Ai.KNroN est la capitale du duché et la résidence de l'intendant de la généralité.

Si'i:s est le siège de Tévesque du diocèse qui en porte le nom.

il t SaiiU-lIvnnili-Noirc-Damc-du-Uois.

12» I.a Ncuvc-Lvrc cl la \'ieiIlc-Lvro. canton de Rii«rlos illurci.

{^) (Ondc-siir-llnn. canlnn do Broleuil iKuro).

(41 « ( )n no poul considoror comme de vôrilahlos marais que : i- les rives Jj ri'.^rronno sur le territoire des communes de Uouellé. de Saint-Ciilles :î do Saint- Mars-d*ll;rrenne dans rarrondissemenl de Donifronl : leur surface est donvinm y** hectares: 2" les marais proprement dits de hriou/e et do liollou dans l'arrondissement d'Arjrentan. leur surface est J*on\iron .M*» hoclares. » [Mcmnirc sljtis/i^uc .lu Jàpartcincnt Je l'Orne. ir.s. par Louis Duhois-.

LisiEix est aussy la capitale du Lieuvin et le s\cgQ de révesque.

Il y a encore plusieurs villes et bourgs considérables (i).

On peut considérer le Duché dWlençon et les autres pays de Normandie dont il a esté cy dessus parlé par rapport au Gouvernement militaire, à la Justice et aux Finances.

Sous ce dernier, on peut comprendre tout ce qui peut être du commerce, les manufactures, la culture des terres, Tindustrie des habitans, la nourriture et Tengrais des bestiaux et les mines, qui sont les sources par lesquelles l'argent entre dans cette estendue de pays.

HISTOIRE 1:T KTAT DU DUCHK irALENÇON

Mais auparavant d'entrer dans ce détail, il est à propos de remarquer quelle a esté l'origine et Testât du duché d'Alcnvon par rapport à ce qu'il a esté anciennement et ce qu'il est à présent.

Anciennement il consistoit, comme il a esté dit cv-devant. en la vicomte d'Alençon qui a quatre châtellenies, sçavoir:

(elle d'Alençon, celle d'Essay, celle de Sainte-Scolasse el celle de Moulins et Donsmoulins:

Kn la vicomte d'Argentan contenant trois châtellenies qui sont: Ari^-entan, Exmes et Trun;

Aux vicomtes de Verneuil et Domfront:

II» (\ .^ : • II en sera parle dans la suite en parliciiiior. •

Kn la chAlcllcnic de Sainl-Sylvain (i), et encore une autre chàtellenic, appelée dWlcnçon (2) qui est un gros bourg situé dans le Cotentin en basse Normandie (3).

L'histoire des ducs d'Alcnçon qui n'estoient originairement que comtes, est confondue avec celle du comté du Perche par la réunion faite, diverses fois, de ces deux comtes en une même personne. C'est pourquoy elle a desjà esté traitée dans le Mémoire du Perche que Ton pcul consulter; Ton rapportera seulement dans ccluy-cy ce qu'il y a de particulier sur l'origine des comtes d'Alcnçon, suivant les anciens mémoires des lieux.

iiisToïKi: i>AK ri( iLiKKi: Di i)i( m: dalkncon

La rcunion des comtés d'Aleni^'on et du Perche est si

I) Saiiil-Silvain. canl«'n Je hrcllcvillc-siir-I.ai/c iCalvadost. Lcsbanuinics de S;nnl-Silvain cl du 'rhiiit (commune de lîouinn. canlon de l>reUeviIle-sur-I-aize>. doimèes au comte Pierre II en échanj^e de la vicomte de la (luierche en Urela^Mie. rornièrenl à partir de 1.S74 un seul sièj:e de iuridiclion. dépendant i.\u hailli:ii;e d'Aîencn. s<»us le nom de vicomte de Sainl-Silvain et le Tliuil. jusqu'au nmis de décembre 1747 où un ëdil supprima cette \ij«»mté et lunil à celle de (aen. «Mannoury. Métintircs Je /j Mjisnii JWIcNçtni «Xnruaire de l'Orne. iî/o. p. 2^'). — lîry de la (Icr- Lvrie. Histoire des Ctuuics J'Alc}:çnii ci Ju /Vri7;c, p. 2<^. 2^5. — Odolant Desnos. Mcm. /:/>/. sur Alcnçnn. t. 1. p. 424. M p. 4.^4. — llippeau. />/Vliinituirc iopttji^rjpiii.jiiv Ju Jifjrlctfuni Ju CalvjJits. p. 27<».

.21 Le haillia;:e ou vicomte d. Menton en Cotentin. dans le baillia^^e de \ alo^nies. Le chef-lieu en était a MMntai^'^u-la-Iiriselte et comprenait six lic's. Les audiences se tenaient à X'aloirnes.

.^' A ces châlelîcnics dépendant k\u duché d*Alcnc«»n. il l'aut ajouler vclles de iJuatre-.NLus et de (ani-C'aniel. « le>quelles on prétend en av«»ir e>te distraite^. • dit lîrv de la < Icriierie \/hiJ.

ancienne qu'on ne trouve rien des temps qui l'ont précédée. Cette réunion est dès le douzième siècle. L'on voit par la fondation de rilostel-Dieu dWlençon, faite en Tannée 1 204, qu'elle Va esté par des comtes dWlençon et du Perche.

Ces comtes estoient de Tancienne maison de Bellesme, et Ton remarque que le premier qui a réuni en sa personne les dits deux comtés est un Yves de Bellesme qui vivoit sous Louis IV dit d'Outremer et Richard, duc de Normandie.

A Yves succéda Guillaume de Ôellesme, son fils, aussi comte dWlençon pendant les règnes de Lothaire, Louis V et Hui^aies Capcl.

Ce Guillaume eut de i^randes guerres contre le duc de Normandie, qui, l'ayant vaincu et assiégé dans la ville dWIençon, le contraingnit de luy demander pardon hors la ville, à Textrémité d'un des faubourgs: et l'histoire ajoute que pour rendre sa soumission plus parfaite il luy feit mettre, estant courbé à terre, une selle de cheval sur le dos. Ce point paroistroit fabuleux, si la même chose n'estoit rapportée dans l'histoire avoir esté faite a Renault, comte de Bourgoi^ne, par Hugues, comte de Châlons.

A Guillaume, succéda Robert qui eut pour successeur (i) Guillaume second, surnommé Talvas, à cause de la dureté de ses mœurs.

A Robert succéda (2) Yves second qui fut évesque de Sées, auquel succéda Roger de .Montgommery, qui épousa Mabille de Bellesme, nièce de cet évesque. Ce Roger de Montgommerv \ivoii du lems de Guillaume, duc de Normandie dont

'Il (1 .-^ « A (•uillaumc frcrc de UMbcrt. siicccda (îuillaumc second. » : Cl J-. « A (iiiillaunic second, succcda V.os sjo»nd. »

il cloit favory, il passa avec lui en Angleterre et porta le nom de Robe Buiy, ce qui a donné lieu à quelques-uns de tirer, par erreur, l'origine des Montgommery d'Angleterre. Le même Roger a donné la plus grande partie des biens des abbayes deSées et de Saint-Evroult. Il fut choisy par le dit Guillaume, duc de Normandie, pour être tuteur de son lils Guillaume second et régent de Normandie et d'Angleterre, après sa mort.

A Roger de .Montgommery succéda Robert second, son lils, qui, pour le nom et les armes de Bellesme, laissa le nom et les armes de Montgommery à ses cadets, après avoir esté chassé d'Angleterre par Henry premier.

A Robert second succéda Guillaume dit Talvas second. Celuy-cy a esté le dernier qui ait possédé ensemble les comtés d'Alençon et de la province du Perche: car par un traité fait entre le Roy de l-^rance et Henry premier, Roy d'Angleterre, les provinces du Perche, du .Mayne et toute la Bretagne furent cédées au dernier qui ensuite assiégea la ville de Bellesme ; et après s'en estre rendu maistre et de tout le Perche, il le donna à Rotrou, son gendre. Depuis lequel temps. Talvas second ni ses successeurs n'y ont pu rentrer; il fut même dépossédé du comté d'AIencon par le même Henry. Roy dAnglelcrre; mais dans la suite, par l'entremise de Guillaume, lils dudit Henry, il en fut remis en possession.

Jean, son lils puisné, luy succéda au comté d'Alencon qu'il céda ensuite à Robert, son frère: ce dernier lit un vovai^e à la Terre-Sainte et en rapporta des reliques qui sont en l'abbave de Perscii^ne (i).

.11 liry de la ( Icrj^cric. Histi»ire Jcs (finies J'Alcnçini et ./;.' /V/vAf. p. i:-. — dabricl l'Icurv. l'Atljve cisicnii'tnu' Je Perseii^re Kcviic du Maine, t. IV. 1M7JÎ. p. z^.)

Robert n'eut qu'un fils qui mourut avant lui, en sorte qu'après son décès, le comte d'Alençon passa à Jean (i) Mallet qui fut condamné à mort pour crime de lèze-majesté, et exécuté à Rouen.

Quelques-uns prétendent que par le crime du dit Jean Mallet, le dit comté d'Alençon fut rcuny à la couronne de France. L'histoire commune dit qu'il a esté conquis par Philippe-Auguste, avec toute la Normandie.

11 y a aussy un auteur particulier qui soutient que le dit

comté fut rendu au même Philippe par le dit Robert, se

voyant sans enfans masles ; que même Philippe Emery,

vicomte de Cliatellerault et Hella, sa femme, sœur de Robert,

et Robert Mallet, son gendre, luy en tirent une donation.

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'en 1:60, le dit comté

d'Alençon fut réuny à la couronne par saint Louis, et que

Marie de Ponlhieu, sortie des aisnés de Guillaume dernier.

dit Talvas, luy céda tous les droits qu'elle y pouvoit prétendre.

Le comté du Perche ayant este réuny à la couronne, il fut

donné, avec celuy d'Alençon, par saint Louis, en apanage à

Pierre, son Fils, qui, après avoir épousé la fille de Jean de

Chastillon de Blois, mourut en 1281, menant une grosse

armée au secours de Charles, Roy de Sicile, pour venger

l'action des Vespres siciliennes.

Par sa mort, ces deux comtés étant retournés à la couronne

\\. Noire nianuscril i>«>rlc RmKtI .Mallcl. .Mais c'est là une faule de copiste. Comme on le voit par le parai^^raphe suivant. Il est presque inutile d'ajouter que ceci est une contre-vérité historique. Jean Mallet. condamne à mort et exécuté à Rouen en i-o5. p*»ur av<»ir l'avi rise le parti de Charles le Mau>ais, ni de Navarre, n'a jamais p»ssedé le comté d'.Xlenc n.

du tems du Roy Philippe le Bel, qui lui succéda incontinent après, celui-cy les donna à Charles de Valois, son frère.

Charles de Valois, estant mort en i325, laissa plusieurs enfans masles de divers mariages : Philippe, qui fut Roy de France par le décès de Charles son cousin, Louis, qui mourut sans enfans, et Charles second, qui fut comte d'Alençon et du Perche, surnommé le Magnanime. Il gagna en i328 la bataille de Mont-Cassel, où il fut blessé, contre les Flamands qui y perdirent dix-neuf mille hommes tués sur la place. N'ayant point d'enfans d'un premier mariage, il épousa en secondes noces madame Marie d'Espagne dont il eut quatre enfans masles : Charles, qui fust archevêque de Lyon, Philippe, patriarche d'Aquilée et cardinal, Pierre, comte d'Alençon, et Robert, comte du Perche. Par là, ces deux comtés ont esté séparés pour la seconde fois.

Pierre II, comte dWlençon, surnommé le Noble, demeura sous la conduite de madame sa mère, attendu son bas âge. Ce fut elle qui fit faire la réformation des forests du dit comté, avec la reconnaissance des droits d'usage dont elle fit dresser un registre que Ton appelle encore actuellement le Registre de madame Marie d'Kspagnc.

Il y eut plusieurs ccicbrcs arrests rendus à l'eschiquier d'Alençon du temps du dit Pierre, notamment celuy du 3 septembre i395 qui permit le duel entre Jean de Carrouges et Jacques Le Grix, autre gentilhomme qualifié, sur l'accusation d'adultère formée par le premier contre celuy-ci, qui fut tué dans le combat. C'estoit l'usage en ce tems-là de permettre les duels lorsque, par un autre moyen, les gentilshommes ne pouvoicnt pas rapporter une preuve entière des faits contenus en leurs plaintes.

Ce même Pierre, comte d'Alençon, qui fut envoyé en ostageen

Angleterre pour la délivrance du Roy Jean, pris prisonnier par les Anglois à la bataille de Poitiers, espousa la fille de Guillaume de Chamaillard, vicomte de Beaumont, de laquelle il eut plusieurs filles et un fils nommé Jean, qui lui succéda au comté, qui fut érigé en duché par Charles sixième, suivant les lettres patentes du i**" janvier 14 14, et fut tué en la bataille d'Azincourt.

A Jean premier succéda Jean second, son fils, qui resta mineur à Tâge de six ans, et fut mis sous la tutelle de madame Marie de Bretagne, sa mère. Les Anglois conquirent sur luy, deux ans après, le duché d'Alençon avec la Normandie. Ils le firent ensuite prisonnier à la bataille de Verneuil, et ayant depuis recouvert sa liberté, par le moyen d'une forte rançon, le Roy Charles sept le fit lieutenant-général de ses armées. Il assista la Pucellc d'Orléans dans les expéditions qu'elle lit contre les Anglois, gagna contre eux la bataille de Patay en Beauce, reconquist plusieurs villes, notamment celle de Bellesme au Perche et sa ville d'Alençon qui luy fut rendue par la fidélité des habitans, s'cstant soulevés contre la garnison angloise à l'approche de leur duc, lequel en reconnoissance anoblit les quatre eschevins (i) qui cstoicnl pour lors en ville.

11 n'est pas hors de propos d'adjouter que ce mcnie Jean second, duc d'Alençon, ayant dans la suite, par de mauvais conseils, traité avec le Rov d'Angleterre contre l'Itltat, et ses lettres ayant esté interceptées, il fut convaincu et condamne

m \'(nv au sujet de la Iradilimi lircc de lannblissenienldecesêchevins dans lequel «m a voulu voir loriprinc du nom de la rue aux Sieurs d'Alenv'on. mon Aperçu h ish trique sur le vieii AUnçou, à propos de la lirijuie ci Je Ij rue jux Sieurs.

à mort ; mais le Roy, par bonté, ayant différé l'exécution de Tarrest, le duc resta prisonnier au château de Loches jusqu'en 1462 que Louis onze, estant parvenu à la couronne, luy rendist sa liberté et ses biens. Le duc ayant encore quitté le party du Roy pour embrasser celuy de Charles, frère de Sa Majesté, après que le démôlé des deux frères fut apaisé, le môme Louis onze fit de nouveau arrester et condamner le duc à mort, dont Texécution fut encore différée ; mais il mourut en prison, quelque tems après, en Tannée 1476; dans l'intervalle de sa mort, le Roy vint en personne à Alençon prendre possession de la ville et du duché.

René premier, fils de Jean, qui avait gardé une fidélité inviolable pour le service du Roy, jusques à abandonner son père, lorsqu'il entra dans le party de Charles dont il a esté cy-devant parlé, fut rétabli par le môme Roy Louis onze dans le duché d'Alençon et les autres terres de son père conlisquccs, entre autres le comté du Perche. Il espousa madame .Marguerite de Lorraine, fille du comte de Vaudemont, dont il eut un fils nomme Charles qui posséda le dit duché après sa mort, arrivée en l'an 1492.

Ce Charles a este le dernier duc d'Alençon ; il espousa madame Marguerite d'AngouIesme, sœur de François I*^ dont il n'eut aucun entant. Après la bataille de Pavie, il se sauva à Lyon et y mourut le 1 1 avril i525 (i).

Il avoit deux sceurs: l'une nommée Françoise, qui fut mariée en premières noces avec François d'Orléans, duc de Longueville, dont clic n'eut point d'enfans: et en secondes

(I) \'i)\r DéliKTation Jcs hnurireois J'Alcnçon Ju 7 décembre i52fh Jm sujet Je h contribution imposée à la ville pour la rançon des enfants de françois /««■ (lUillclin do la S«K.iclc historique de TOrne : 1ÎÎ82).

noces à Charles de Bourbon, premier duc de Vendosme, duquel mariao^e est sorty Antoine de Bourbon, qui espousa Jeanne dWlbret, héritière du royaume de Navarre.

L'autre sœur de Charles, dernier duc d'Alençon, appelée Anne, fut mariée avec Guillaume Paléologue, marquis de Montferrat, dont les maisons de Mantoue et de Ncvers tirent leur origine.

Par la mort de ce dernier duc d'Alençonsans enfans masles, les duché d'Alençon et comté du Perche ayant esté réunis à la couronne, le dit Charles de Bourbon, duc de Vendosme, et le marquis de Montferrat, qui avoient espousé les deux sœurs, réclamèrent contre cette réunion. La cause fut plaidée pendant six audiences au Parlement, et enfin, par transaction (i), le Roy Henry second demeura en possession des dits duché et comté, en codant à monsieur le duc de Vendosme la terre et baronnic de Chatcauneuf-en-Timerais et Champront et, à monsieur le marquis de Montferrat, Sénonches et Bresolles qui furent depuis érigées en principauté sous le nom de Mantoue. Ainsy, par cette transaction, confirmée par Charles neuf en i563, les dits duché dWlcnçon et comté du Perche demeurèrent réunis pour la seconde fois à la couronne.

Depuis, Catherine de Médicis on a jouy quelque tems* à titre de douaire, et ensuite François de Valois les a possédés en apanage jusques à son déceds, arrivé sans enfans, en i585. Jusqu'alors le dit duché d'Alonçon avoit esté consen'é dans son ancionno cstcndue, mais depuis ce tems les domaines do Domfront, Argentan, Verneuil, Lssay et Moulins en ont esté démembrés, par des engagements faits à divers

(Il Voir Bry «Je la Clcrîrcric. Histoire des pays et comté du Perche et duché d'Alcnçon, p. 362.

seigneurs particuliers qui en jouissent actuellement; en sorte que de tout le duché qui estoit autrefois de vingt mille livres de revenu, il ne reste que le domaine d'Alençon, de Sainte-Scolasse, avec les dites forests d'Escouves et de Sources qui peuvent valoir, toutes charges déduites, vingtquatre à vingt-cinq mille livres de rente, et c'est en cet estât que Ton peut considérer aujourd'huy le duché d'Alençon. Il Il est encore bon d'adjouter qu'en 1607 ce duché fut engagé par le Roy Henri IV au duc de Wirtemberg, en payement des sommes considérables qu'il presta à Sa Majesté pour les besoins de T Estât (i). Il fut retiré en 1612 par la reyne Marie de Médicis, après le déceds de laquelle il eschut à Gaston de France, duc d'Orléans, par les partages faits entre le Roy Louis treize et son Altesse Royale de la succession de la reyne leur mère.

Après la mort de Gaston (2), le dit Duché a passé à mesdemoiselles d'Orléans et de Valois, ses filles et héritières. Mais lors des mariages de mesdames les duchesses de

(1) Henri IV vendit à litre d'onj^agemcnt, le 23 avril 160.S, le corps du duché d'Âlençon et plusieurs autres domaines de Normandie à Frédéric de Wirtemberg, mort le 29 janvier 1608. Son fils Jean-Frédéric, duc de Wirtemberg, lui succéda. (Odolanl Desnos, Mémoires hisiorigues sur Alençon. tome 11, p. 370).

(2) Après la mort de Gaston, duc d'Orléans, en 1660, le duché dWlençon fut possédé en douaire par Mar^ruerile de Lorraine, sa veuve, qui se fit rendre aveu par ses sujets du duché. Le duché fut ensuite possédé par sa seconde fille Elisabeth d'Orléans, née le 26 décembre i<)4^. mariée le i.S mai 1^)67 à Louis-Joseph de Lorraine, duc de (lUise. (Odoîant Desnos, Mémoires historiques sur Alcnçon, tome 11, p. 379).

Toscane (i) et de Savoye (2) leurs sœurs, le Roy ayant payé en deniers les parts qu'elles pouvoient y prétendre, Sa Majesté les réunit en môme tems à la couronne, à la charge néanmoins de l'usufruit que Sa Majesté en laissa à madame de Guise, sa vie durant seulement, lequel usufruit a finy par son déceds arrivé au mois de mars 1696.

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