TOTAUX
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et de Targent en piastres.
piastres.
ao, 000,000 6,a4o,ooo 2,060,000
4,85o,ooo
3,990,000 4,36o,ooo
On peut, en retranchant ce que fournit le Brésil, connaître le montant du produit des mines de TAmérique espagnole. v
Mais on se tromperait beaucoup si on pensait que tous ces trésors passent en Europe; ils serépartissent surtout le globe , et une grande quantité va s'engloutir dans Tlnde pour le commerce qui s'y fait.
M. Humbolt, qu'il faut toujours citer dans cette matière, a trouvé qu'il était passé en Europe depuis 1692 5 époque de la découverte de l'Ame-
rique jusqu'en i8o3^ la somme de 5,4459000,000 de piastres, ou 28,586,ooo,ooo de francs.
« Ce calcul , ajoute M. Humbolt , comme tous ceux présentés par Forbonnais, Ustariz, M. Necker et Raynal , est établi en partie sur des faits , et en partie sur des conjectures. Il est aisé de concevoir cependant que les résultats sont d'autant plus exacts que Ton a pu employer un plus grand nombre de faits , et que les conjectures reposent sur une connaissance plus intime de l'histoire et de l'état actuel des exploitations du Nouveau- Monde ; et c'est ce qui arrive ici. »
Des 43?5oo,ooo piastres que l'Europe reçoit aujourd'hui annuellement de l'Amérique il en reflue à peu près 25,500,000 en Asie ; savoir, 4,000^000 parle commerce du Levant, 1 7,500,000 par celui qui se fait dans la même contrée par la route du Cap de Bonne-Espérance, et4j00o,ooo, toujours dans la même partie du monde , par la voie de Kiatcha et Tobolsk.
Il reste donc 18,000,000 de piastres en or et en argent d'Amérique pour l'Europe.
Terminons ces recherches intéressantes jsur la statistique et le commerce de l'Amérique espagnole par le tableau suivant , qui en offre en quelque sorte le résumé.
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Ce tableau fait voir que , si l'Asie ne prenait aucune part au commerce de TAmérique , les nations manufacturières de TEurope trouveraient actuellement dans les colonies espagnoles un débit annuel de marchandises pour la valeur de 59,200,000 piastres. Cette importation énorme n'est balancée que par 3o, 000,000 et demi de piastres , valeur des produits de l'agriculture coloniale. L'excédant de l'importation, qui s'élève à 150,675,000 livres tournois, ou 28,700,000 piastres , est soldé en or et en argent tirés des mines d'Amérique.
On voit aussi par ce tableau que la valeur des métaux précieux qui refluent annuellement d'Amérique en Europe est de 38,ooo,ooo et demi de piastres, ou de 202,125,000 livres tournois '. Si l'on déduit de cette somme les 28,700,000 piastres destinées à payer l'excédant des importations sur les exportations, il reste 9,800,000 piastres j ou 5 1 ,450,000 francs , qui équivalent à peu près aux rentes des propriétaires américains établis dans la péninsule, et à la quantité d'or et d'argent qui entre dans le trésor de l'état comme revenu net des colonies.
« De l'ensemble de ces données, dit le savant auteur d'où nous les avons recueillies , il résulte le principe suivant, dont la connaissance intéresse l'économie politique : savoir, qu'au commence-
' La livre tournois et le franc diffèrent si peu, que, pour de pareilles sommes, on peut prendre l'un ou Tautre indifféremment.
tnent du dix-neuvième siècle la râleur des importations dans rAmérique espagnole est presque égale au produit des mines ; après qu'on en a retranché la valeur de l'exportation en objets d'agriculture coloniale « les piastres qui refluent dans les caisses royales à Madrid ' , et les sommes peu considérables que retirent directement d'Amérique, les colons qui demeurent en Europe. >
Lorsqu'on examine d'après ce principe les états d'importation de l'or et de l'argent en Espagne, et qu'on les compare au produit des hôtels des monnaies en Amérique , on reconnaît facilement combien la plupart des auteurs qui ont traité du commerce espagnol ont exagéré le produit de la contrebande anglaise et le gain des négôcians de la Jamaïque. Quelques auteurs ont dit que les Anglais gagnaient par ce commerce frauduleux plus de 20,000,000 de piastres par an. En ajoutant cette somme à la quantité d'or et d'argent qui est enregistrée à Cadix comme arrivant des colonies , soit pour le compte du roi , soit pour solder la valeur des marchandises espagnoles, on trouverait une masse d'argent qui excéderait de beaucoup le produit réel des mines. Quant aux objets et aux marchandises importés, on s'est assuré que , malgré la contrebande qui se fait sur les côtes de Caracas, même depuis que les
' Nous avons vu prëcédemment que toutes les colonies de TAmérique espagnole ne produisent au fisc d'Espagne qu'un reveDU net y année commune, de 8^300,000 piastres verse au trésor rejal.
Anglais sont maîtres de la Trinité, et à Tépoque où ils l'étaient aussi de Curaçao, l'importation frau-^ duleuse dans toute l'Amérique espagnole ne s'est pas élevée au-delà du quart de l'importation totale.
Les choses ont changé depuis cette époque , sans doute ; l'état de guerre et d'agitation où se trouve le beau continent de l'Amérique méridionale a dû influer sur les relations de comn^erce extérieur.
Outre les possessions qui lui sont soumises en Amérique, et dont nous venons d'analyser la puis^ sance ef le commerce , l'Espagne possède encore quelques aqtres établissemens sur les côtes d'Afrique et aux Indes.
Les premiers sont les Canaries , dont l'importance , quoique peu considérable pour un aussi vaste empire , mérite cependant de fixer l'attention. Nous nous bornerons à peu de détails.
Les Canaries sont placées trop près de l'Europe, sans doute, et trop dépourvues de bons ports pour être d'une grande importance politique ou navale ; mais elles sont susceptibles d'améliorations commerciales et industrielles. Leur riche sol pourrait se couvrir de vignes, de blé, d'oliviers, de mûriers, d'amandiers. On pourrait ét^lir des pêcheries sur les côtes.
La population des sept iles Canaries s'est ac'^ crue , mais lentement. Il résulte des recherches qu'y a faites M. Bory-de-Saint-Vincent , que le nombre des habitans y était :
En 1678, de cent cinq mille six cent trentesept individus.
En 1745 9 de cent soixante -seize mille cent quatre-vingt-douze.
En i8o3, de cent cinquante -sept mille sept cent cinquante-neuf.
Cette dernière population était distribuée de la manière suivante entre les diverses îles : Ténériffe, soixante-sept mille trois cent quatre-vingt dixneuf habitans; Canarie', quarante-un mille quatre-vingt deux ; Palme , vingt mille quatre-vingt seize ; Lancerote ( par approximation }, neuf mille cinq cents ; Fortaventure , huit mille cinq cents; Gomère, sept mille; Fer, quatre mille vingt-deux.
Le gouvernement espagnol avait favorisé d'une manière particulière les Canaries. Les trois ports de las Palmas, dans File de ce nom, de la Luz dans la Grande-Canarie , et de Santa-Cruz dans Ténériffe , avaient le privilège de faire des armemens pour le commerce des colonies espagnoles en Amérique : c'était surtout à Santa-Cruz que se faisaient ces armemens. On voit, parles états du commerce de ces îles, qu'en 1786 elles exportèrent des marchandises nationales pour une valeur de plus de 54o,ooo fr. , et en marchandises étrangères, à peu près la moitié de cette valeur.
La quantité devins que produit Ténériffe est ,
' C'est de celle-ci que les autres ont pris leur nom. On l'appelle aussi la Grande-Canarie,
année moyenne , de vingt-deux mille pipes ( la pipe de six cent \quatre- vingts pintes de Paris ). Les autres îles ensemble en produisent à peine une égale quantité. Une grande partie de ces vins est consommée dans le pays ; le reste est converti en eau-de-vie très-estimée. Tout le commerce de vin se fait à Ténériffe, savoir, à Santa-Cruz pour les colonies espagnoles , et à TOrotava pour l'étranger. L'exportation est d'environ quinze mille pipes, valant près de 4^000,000 de francs.
~ Fortaventure et Lancerote , dépouillées de leurs forêts , éprouvent de longues sécheresses ; dans les années pluvieuses elles abondent en blé et en orge. On trouve dans ces deux îles des chameaux, des chfevaux excellens , des mulets et des ânes : on en exporte beaucoup de soude. Canarie est trèsfertile en blé, légumes , olives , cire, miel , vin et coton ; ses pâturages nourrissent des troupeaux excellens. A Ténériffe certains districts sont d'une grande fécondité. Gomère'a les mêmes ressources que Canarie ; elle exporte des eaux-de-vie , des fruits, des légumes. A Palme, outre le vin , qui est tres-estimé , on récolte plus de trois mille arrobes de sucre , et beaucoup de soie* L'île de Fer éprouve de grandes sécheresses, et manque d'eau. On connaît peu les revenus que le gouvernement espagnol retire des Canaries. On estime cependant que, tous frais d'administration prélevés, il reste encore au fisc environ 1 ,400,000 francs. Ce qu'il y a de vrai , c'est qu'en proportion du
revenu qu'on perçoit, les dépenses d'administration sont considérables.
A l'autre extrémité du globe , l'Espagne possède les îles Marianes et les Philippines. L'historien des deux Indes a trop bien décrit ces îles pour que nous ajoutions rien à ce qu'il en a dit.
Les premières ont été beaucoup négligées par la cour d'Espagne, qui ne tient de forces que dams la principale , appelée Guam , et qui est presque dépeuplée. Il j croit des citrons ^ des oranges , des fruits , des légumes ; on y élèye des bestiaux , surtout des cochons et des bœufs. Cette île, comme les autres Marianes, est de peu d'importance pour les forces et pour les richesses espagnoles.
L'archipel des Philippines se compose* d'une vingtaine d'îles, dont les principales sont, Luçon, Mindanao, Samar et Paragoa. Mindanao, la plus grande de toutes, est soumise à un sultan ou roi, qui a sous sa dépendance d'autres petits souverains. Les Espagnols n'ont des établissemens que sur la côte du nord. L'île est très-fertile ; il y a même quelques mines d'or et d'argent , mais de peu de produit.
Les Anglais, qui ne négligent rien de ce qui peut étendre leur commerce , se sont fait céder sur la côte occidentale , par le sultan de Mindanao , une île nommée Bunworl.
Samar ne dépend pas des Espagnols ; mais ils y font commerce : elle est occupée par un roi du pays.
Ils n'ont également qu'un port et que quelques
comptoirs à Paragoa, qui reeomiaît pour sôuyerain un des sultans de Bornéo.
La puissance espagnole s'est, concentrée à Luçon , qu'elle a civilisée en très-grande partie. Les habitans convertis habitent des villages , et sont soumis à des missionnaires pour le spirituel , et à des magistrats ou corrégidors pour le civil. Manille, la capitale , a près de quarante mille ha^ bitans, sur lesquels on compte à peine douze cents Espagnols européens : c'est une des villes les plus opulentes de l'Inde. Elle a de beaux magasins et des chantiers de construction pour la marine militaire et marchande.
C'est de Manille que partaient jadis les vaisseaux appelés galions^y chargés de soie , de porcelaine , de mousselines, de toiles, d'épices et autres productions de l'Inde ; ils se rendaient pour l'ordinaire au port d'Acapulco , dans le Pérou.
La flotte du Chili, pays qui fait aujourd'hui partie de l'union américaine du midi, s'est empa^ rée de plusieurs de ces galions. Le commerce de Manille, ignorant sans doute ce qui se passait dans l'Amérique méridionale , a expédié des vaisseaux comme à l'ordinaire; ils ont été pris par les insurgés , ce qui a occasionné la ruine d'un grand nombre de maisons à Manille.
Cette île n'a encore éprouvé aucune insurrection ; elle est restée soumise à la métropole. Mais, très-enviée par les Anglais , il est possible qu'ils y favorisent des germes de mécontentement.
« Si Madrid veut conserver Luçon, dit M. Beaumont de Brivasac ', il doit gagner Taffection des indigènes au lieu de les laisser gémir sous le poids d'une administration vexatoire. Il est de règle à la cour de Madrid d'envoyer à Manille quelque gentilhommie ruiné. Lenpuveau titulaire. n'y arrive que dans la ferme résolution d'y improviser une fortune, et il se montre d'autant plus rapace, qu'après trois ans d'exercice il est sûr d'être rappelé. Le moyen le plus expéditif qu'ont imaginé ces gouverneurs pour brusquer la. fortune, c'est d'interdire aux habitans la faculté de vendre leurs denrées aux étrangers. Le gouverneur les fait acheter lui-même en son nom. On sent combien les prix doivent être arbitrairement fixés, et quels bénéfices le gouverneur et ses agens doivent faire à la revente aux étrangers. •
Passons maintenant à la France, et traçons rapidement son état colonial actuel , si loin de ce qu'il était, et sans doute de ce qu'il peut être encore un jour.
' De VEwopeet de ses coUmUs, en dioemiire 1819, tome 1, page 546.