‹ État des colonies et du commerce des Européens dans les deux IndesChapitre 1 sur 27 · COLONIES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

COLONIES FRANÇAISES

1j a France n'est plus ce qu'elle était avant et pendant la révolution qui s'est opérée dans son sein. De nouveaux intérêts s'y sont formés ; des mœurs , ou plutôt des habitudes nouvelles s'y sont introduites. Ses destinées sont enfin fixées, quoique son avenir offre encore d'importantes améliorations à faire. La liberté , ob}et de tant d'agitations et de soins, y est mal connue des uns, méprisée des autres, abhorrée de certains individus, qui voient en elle l'ennemie irréconciliable du pouvoir absolu dont ils sont idolâtres. Au milieu de ce conflit , cette grande et puissante nation ne s'occupe pas assez peut-^tre de la réforme de quelques lois vicieuses qui, si elles subsistaient, rendraient toutes ses espérances vaines , et remplaceraient les anciennes * servitudes par des servitudes plus dures et plus insupportables peut-être dans le commerce de la vie.

Si la liberté a été méconnue dans notre révolution , si l'esprit public et l'indépendance morale ont été entravés , le travail est resté libre ; mais ce n'a pas été sans de violentes attaques auxquelles jusqu'ici il a résisté. Quelle est la raison

d'un pareil phénomène ? A quoi attribuer cette lutte et cet esprit de doute politique chez un peuple éclairé, riche, et le premier du monde par la gloire militaire ; ce n'est pas ici le lieu d'en rechercher les causes.

En prenant la France telle quelle est, nous nous bornerons à présenter l'idée de son commerce à une époque très-rapprochée , et à faire connaître ses possessions coloniales.

Ce beau royaume compte sur une, étendue de trente- quatre mille huit cent dix lieues carrées (y compris la Corse) ^ vingt-neuf millions deux cent dix-sept mille habitans, distingués par leur goût dans les arts, leur aptitude à tous les travaux, et leurs progrès dans les sciences.

Le sol fécond en tout genre de productions présente une masse de richesse supérieure à tout ce qu'on trouve ailleurs : les estimations les plus sûres en portent la valeur à 49678,708,000 fr. , produit brut d'un capital de 02,940,520,000 fr. en propriétés immobiliaires ; et de 3, 000, 000, 000 en propriétés mobiliaires agricoles '. C'est sur

' Parmi les nombreux produits de la culture qui en composent le rcTcnu brut il faut' faire remarquer les vins, dont la récolte, année moyeiin<}» est de 718,941,^75 francs, y compris cinq millions trois cent cinquante- buit mille b^it cent quatre-TÎngt-dix hectolitres réservés pour la fabrication des eauz-de-irîc; les laines, 81,339,317 francs; cocQiiB de soie, i5,443)8s7 francs; cbanvre, 3o,94i,S4o francs ; lin^i , . i9,ooo>ooo de francs ; ga^raace , 4)OOQ,ooo de francs ; bois et forêts , i4i)44o*ooo francs ; huiles de toute espèce , 70,000,000 de francs; tabacs, 7, 000,000 de francs; petites cultures, telles que pastel, gaude.

ce produit brut que sont prélevés les salaires de la culture , les intérêts des capitaux et du fonds d'exploitation ; ce qui laisse un produit net de 1,3449703,370 francs, sur lequel sont assis l'impôt foncier et le revenu des propriétaires *.

La richesse de la France ne se montre pas moins dans les résultats de son industrie. Xe ministre savant et zélé à qui nous devons les précédens renseignemens a également évalué tous les travaux industriels du royaume.

Il a trouvé que les produits de l'industrie manufacturière représentent une valeur commerciale de 1, 820, 102, 409 francs , valeur qui se compose, savoir , de 4 16,000,000 de francs en matières premières indigènes; de 186,000,000 de francs en matières premières exotiques ; de 8449<>009Û00 de

francs en main-d'œuvre ; de 102,000,000 de

houblon, réglisse, safran, 1^700,000 fr. ; châtaigneraies, 8^iao,ooo fr. Enfin un revenu brut de 1,939,331,848 francs pour les grains et légumes secs que l'on récolte aussi ^ année moyenne , savoir, cinquanteun millions cinq cent mille deux eents hectolitres de blé, à 18 francs Thectolitre; trente millions deux cent quatrç- vingt-dix mille cent soixante-un hectolitres de seigle et méteil, à la fr. ; six millions trois cent deux mille trois cent seize hectolitres de maïs à 1 a francs ; huit millions quatre cent neuf mille quatre cent soixante-treise hectolitres de sarrasin à 6 fr. ; un million sept cent quatre vingt dix-huit mille six cent seize hectolitres de légumes secs (pois, haricots, lentilles, fèves ) à iH fr. ; dix-neuf millions huit cent mille sept cent quarante^ un hectolitres de pommes de terre à 3 fr. ; trente-deux mille soixantesix hectolitres d'avoine à 9 francs ; un million cent trois mille cent soixante - dix - sept hectolitres de menus grains (chêne vis « vesce, millet , etc. ) à 6 francs,

* Chaptal^ de VInduitrie française , tome 1 , page a38-a47*

356 iTAT ACTDKL DU COMMERCE

francs de dépenses générales , telles qu'usé d'autils, réparations, chauffage , intérêts de la première mise de fonds pour construction , achat de métiers, etc. Enfin, de 182,005,221 francs pour bénéfice du fabricant.

Daïis cette estimation de la richesse industrielle n'est point comprise celle qui résulte de l'exploitation des mines de fer, houille et substances salines de la France, qui forme un objet d'une grande valeur.

En retranchant du produit total de l'industrie française4 16,000,000 de fraûcsdesproduitsdusol, il reste 1,4049102,409 fr., qui réprésentent les frais de fabrique de tout genre , la main-d'œuvre , la valeur des matières premières tirées de l'étranger^ et les bénéfices du manufacturier.

Donnons maintenant Ae idée du commerce extérieur de la France ; on verra ce qu'il peut devenir encore par ce qu'il a été à une époque antérieure aux changemens qui s'y sont opérés : la distribution où nous allons entrer de ses diverses branches facilitera l'application des résultats et des conséquences qu'on en pourra tirer. Nous suivrons encore ici le savant auteur qui nous a servi de guide dans l'évaluation des richesses territoriales et de l'industrie.

La première classe des matières qui composent le commerce d'importation et d'exportation consiste en boissons et en comestibles ; la seconde.

en matières premières des fabriques ; la troisième, en bêtes de somme ; la quatrième se compose des métaux en nature ; la cinquième , des produits fabriqués ou manufacturés ; la sixième , des drogues médicinales et de celles qu'on emploie aux fabriques ; la septième, des matières â'or et d'argent.

i'* CLASSE. Boissons et comestibles.

ÂDnées. Importations. Exportations.

1787.... 2o4j65i,3oo fr. 231,800,900 fr.

II* CLASSE. Matières premières des fabriques.

Années. Importations. Exportations.

1787.... i94,65i,3oo fr. 4ï»5o7,8oo fr.

III* CLASSE. Bêtes de somme.

Années. Importations. Exportations.

1787.... 3,104)000 fr. 1,463,600 fr.

IV* CLASSE. Métaux en nature.

Années. Importations. Exportations.

1787. .•. 20,325,100 fr. 6,755,400 fr.

V* CLASSE. Produits fabriqués ou manufacturés.

Années. Importations. Ëxporlationti.

1787.... 120,326,700 fr. i54io38,4oo fr.

^ Ti* CLASSE. Drogues médicinales et employées aux

fabriques.

Années. Importations. Exportations.

1787.... 6,960,200 fr. 3,324^000 fr.

VII* CLASSE. Matières d'or et d'argent.

Années. Importations. Exportations.

1787.... 8o,853,ioo fit. 5,731,000 fr. 1788.... 60,705,100 i,io3,ooo

La valeur totale de nos importations en France a donc été ,

en 1787, de 630,871,700 fr.

• 1789, .... 734v365,ooo

et celle des exportations,

en 1787, de 444»6i 1,100 fr.

Ces résultats paraissent défavorables à la balance du commerce français , puisque les importations sont de beaucoup au-dessus des exportations; mais , si Ton considère qu'on a fait entrer dans le calcul des importations les productions de nos colonies d'Asie , d'Afrique et d'Amérique pour une somme de 24090^^9^0^ 9 tandis que les exportations pour ces colonies ne s'élevaient, terme moyen , qu'à 90,000,000 , on trouvera que Jes exportations excèdent les importations.

Il faut encore remarquer que dans ces tableaux sont compris les monnaies étrangères et les lingots d'or et d'argent importées pour une valeur de plus de 60,000,000. Il résulte de ces considérations que la balance du commerce a été constamment à l'avantage de la France.

En 1 792, le commerce français prit tout à coup un grand accroissement par l'activité qui s'étendit à toutes les branches d'industrie et de spéculations. A cette époque les états du continent de l'Europe, ou ceux avec lesquels la France commerçait , conservaient encore leurs liaisons et leurs besoins ; les manufactures n'y avaient pas fait les mêmes progrès que chez nous , et l'on n'y voyait pas encore formés ces établisseméns qui fournissent en grande partie à la consommation intérieure de chacun d'eux. Cette circonstance et le grand mouvement donné aux esprits et aux travaux en France expliquent pourquoi nos exportations s'élevèrent, pendant 1792, à 720,180,000^

36o ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

francs , et nos importations ^ 4969570,000. En voici la répartition entre tous les états de l'Europe, l'empire ottoman et les États-Unis de l'Amérique. Ces détails peuvent fournir d'utiles points de comparaison : nous les tirons de pièces authentiques '.

Importations en France j et exportations dans l' étranger j pendant 179^2.

Etats. Importatioos. Exportations.

Espagne. 77,201,000 fr. 69,530,000 fr.

Portugal 6,147^000 7,397,000

États du roi de Sar-

duîgne 18,549,000 22,6o3,ooo

République de Géues. 29,759,000 n^^i^y^odo

Milanais et Toscane. io,258,ooo 23,528,ooo

Naples et Sicile 28,o64»ooo 14,186,000

Rome et Venise ^,779,000 io,356,ooo

Angleterre , Ecosse et

Irlande | . 86,401,000 59,748,000

Hollande 50,996,000 1 19,592,000

Villes anséatiques. . . 15,84^9000 90,958,000

États autrichiens en Flandre et en AUemagne 1^,91 1,000 749065,000

Allemagne et Pologne* 19,781,000 67,278,000

Suisse, ses alliés et

Genève 10,087,000 55^55 1,000

Danemarck et Norwége 2,58o,ooo 9,222,000

ToTAVX 555,145,000 fr, 645,661,000 fr.

' Ttvbieau estimatif du eommeree tant fo/r terre que f}ar mer dressé au ministère des affaires étrangères , 1793.

DES DEUX INDES. 56l

Elatt. Importations. Exportations.

Repoit. . . . 353914^9000 fr. 645,661,000 fr.

Suède, 7,195,000 3,935,000

Prusse. 3,a4o>ooo ia,549,poo

Russie 5,184^000 lifSôi^iOOO

États-Unis d'Amérique. . 35,098,000 5,6aa,ooo

Le Levant et l'empire

ottoman 87,5i3,ooo 479^^^»ooo

Totaux..... 4^*5^^5000 fr. 720,188,000 fr.

Cette somme de 720,188,000 francs, résultat de l'exportation, se composait , i* de 397,076,000 francs en denrées de crû de la France, produits de ses fabriques et oianufactures; 2* de 30,029,000 fr. en marchandises provenant du commerce de rinde ; 3* de 293,0841000 fr. en denrées des îles françaises de l'Amérique.

Les 293,084)000 francs de denrées coloniales n'étaient pas le seul résultat de nos possessions .en Amérique, et de notre commerce avec les deux Indes ; ce résultat présentait encore bien d'autres avantages. En voici l'analyse à une époque où nous n'avions encore perdu aucun des établissemens recouvrés à la paix de 1783.

On s'est assuré qu'année moyenne de 1787 à 1789 inclusivement, le commerce recevait des colonies françaises d'Amérique en café , quatre cent douze mille huit cent soixante-quatorze quintaux (poids de marc); en coton, quatre-vingtquinze mille six cent six quintaux ; en sucre de

toutes sortes , un ipillion sept cent quatre-vingtneuf mille sept cent treize quintaux ; en indigo , onze mille trois cent quarante-huit quintaux , et en beaucoup d'autres denrées pour une valeur de 2o5,4oi9^^o francs.

On sait aussi que pendant une année moyenne de 1 787 à 1 789 inclusivement , le commerce a fait passer aux colonies françaises d'Amérique deux cent quatre-vingt-treize mille six cent quarantecinq quintaux de farine , cent dix-neuf mille cinq cent six muids , et vingt-six mille six cent vingtcinq bouteilles de vins de Bordeaux et autres ; pour 15,439,000 francs de toilerie nationale , non compris les mouchoirs et les mousselines ; toiles des Indes, pour une valeur de 714^000 francs ; en viandes et poissons salés , pour 45579,000 francs ; ce qui, avec d'autres denrées et marchandises, a donné une exportation cie 69,292,000 francs ; somme que nous avons vu ne s'être élevée en 1792 qu'à celle de '52, 562, 000 francs.

Si nous nous rapprochons des époques postérieures , no\is trouvons un grand changement dans ces résultats du commerce colonial. En effet, en l'an 8 les états authentiques de la balance du commerce ne portent les importations coloniales de France j tant des Indes occidentales qu'orientales , qu'à une somme de 1, 483, 000 fr. en café, épiceries , toilerie des Indes , gomme ; et les exportations à celle de 282,300 fr. en métaux et autres objets. La guerre maritime, l'insurrection de Saint-

Domingue , renvahissement de nos établissemens par les Anglais expliquent cette nullité, qui a duré jusqu'à la paix de i8i4 9 époque à laquelle nous sommes rentrés dans nos possessions.

II est remarquable pourtant qu'à cette même époque de Tan 8 notre commerce continental conservait son importance et son étendue dans les marchés de l'Europe 2 en voici le résumé oflSciel.

Importations en France pendant l'an 8.

I* Subsistances. Denrées coloniales %

boissons de toutes sortes 9 pour une somme francs.

de .1 149190,000

Dont particulièrement 9 en eaux - de - vie 9 fromages 9 fraocs.

huile d'olive, poissons. .. 11^6399000

Café 56,671 9000

Sucre 4^,856,000

Épicerie, en poivre, etc. . . . 9,2549000

a° Métaux, Cuivre, fer, acier, étain, plomb , etc 5,694,000

3* Matières premières pour les manufactures et les arts i33,59i ,5oo

Dont particulièrement , co- franc».

ton 35,172,000

Laine .v . i4>8i3,ooo

Potasse et soude. ..... ... 1 1,476,000

Huile pour fabrique .'. 1 3, 12 1,000

Indigo. i3, 235,000

Cochenille 9,462,000

Tabac 11 ,657,000

' Les denrées coloniales nous renaÎMit à cette époque par les Américains, les Danois, et les Anglaisions le nom de neutres.

' francs.

4** Bêtes de somme et chevaux 78B9600

5* Industrie étrangère, telle que rubanerie, toilerie de coton, chapellerie de paille f mercerie , peaux , pelleterie , quincaillerie, savon , etc. 39,a65,ooo

Dont particulièrement 9 toi- francs,

lerie de coton. 24,000,000

Rubanerie 2,728,000

Mercerie , peaux , pelleterie ,

quincaillerie , savon 2,4 85 ,000

6'' Matières d*or et d'argent enregistrées, particulièrement piastres venant d'Espagne 28,487,000

7" Objets réunis. 5,098,800

Ce qui donne une importation en France de la somme de 325, 1 16,400 francs.

Les exportations de la France, pendant la même année , ont été ainsi qu'il suit :

francs.

1* Subsistances et boissons 87,662,500

Dont particulièrement , en francs.

bestiaux i5,654,ooo

£aux-de-vie 16,669,000

Vins divers 2 1,559,000

Vins de Bordeaux 1 1,488,000

Sel 5,586,000

Blé et farine. 5,527,000

Fromages et fruits secs. . . . 5,876,000

2% Métaux. Cuivre^étain, plomba fer. 49^^0,000

5*" Matières premières pour les manufactures et les arts 55,694,600

Dont particulièrement, co- francs,

ton filé 2,a65}OOo

francs.

Cuirs apprêtés 7,55a,ooo

Cochenille 596^4^000

Tabac 4'9^39^oo

francs.

4** Bêtes de somme 9 mulets a9a4490o<>

5*" Industrie française^ telle que bonneterie 9 draperie 9 étoffes de laine, de soie, chapellerie , toilerie de lin et de chanvre 9 bijouterie 9 mercerie 9 meubles , quincaillerie, etc 1409854,200

Dont particulièrement 9 soie- francs,

ries 419^^39000

Lainage a5,i46,ooo

Cotonnades....*. 12,555,000

Toiles de lin et chanvre. . . . 54,866,000

Modes9 meubles 9 horlogerie, bijouterie, mercerie, peaux, habiilemens , porcelaines , clous, quincaillerie, savon, verrerie. 22,000,000

6* Matières d*or et d'argent 490,000

7*" Objets réunis 2, 199,000

Ce qui donne, pour nos exportations sur le continent , pendant cette année , la somme de 27 1 ,575,600 fr. ; et par conséquent une différence en faveur de l'importation, de 53,54o,8oo fr.

La paix d'Amiens ( 25 mars 1802 ) ayant rendu un moment la liberté au commerce , il en profita pour rouvrir ses relations avec Tlnde et les colonies d'Amérique.

Nous reçûmes de ces dernières pendant l'année qui suivit la signature , c'est-à-dire pendant

l'an 10 et partie de Tan 1 1 , les quantités suivantes de denrées coloniales , savoir : .

En café des colonies françaises , sept millions cent soixante-cinq mille quatre cent quatre-vingtsix kilogrammes ' ; de l'étranger, quatre millions deux cent soixante-onze mille cinq cent quatrevingt-cinq kilogr. : total des cafés , onze millions quatre cent trente-sept mille soixante-onze kilogrammes.

En- sucre biput des colonies françaises , trois millions six cent quatre-vingt-dix-sept mille deux cent vingt-sept kilogrammes ; de l'étranger, treize millions cinq cent quatre -vingt dix-neuf mille cinq cent trente -neuf kilogr. : total des sucres bruts , dix -sept millions deux cent quatre-vingtseize mille sept cent soixante-trois kilogrammes.

En sucre terré des colonies françaises, cinq millions sept cent six mille cent soixante-treize kilogrammes ; de l'étranger , deux millions deux cent cinquante-quatre mille six cent quatre-vingtcinq kilogr. : total des sucres terrés, sept millions neuf cent soixante mille huit cent cinquante-huit kilogrammes.

En sucre rafiné des colonies françaises , cinq mille cinq cent soixante-huit kilogr. ; de l'étranger, deux millions deux cent quatre-vingt-neuf mille cent quatre-vingt-cinq kilogr. : total des sucres

' Nous avons déjà remarque que le kilogramme pèse deux livres cinq gros trente-cinq grains poids du marc , et peut être pris pour deux livres dans les grosses marchandises.

rafioés, deux millions deux cent quatre-vingtquatorze naille sept cent cinquante-trois kilogr.

En tabacs , par bâtimens français , quatre millions sept cent, dix-sept mille sept cent dix-huit kilogrammes ; par bâtimens étrangers ^ deux millions boit cent soixante-deux mille six cent cinquante-deux kilogr. : total des tabacs importés , sept millions cinq cent quatre-vingt mille trois cent soixante-dix kilogrammes *.

Les avantages que la France retirait de ses possessions coloniales suffisent pour eh démontrer l'importance et exciter ses regrets : ces possessions lui sont en effet d'autant plus utiles maintenant que, comme tout le prouve, bientôt chaque nation fabriquera à peu près chez elle , et même tirera de son sol tout ce qui peut être nécessaire â ses besoins , et qu'alors les débouchés et les . marchés diminuant d'autant sur Iç continent , rendront les établissemens coloniaux nécessaires dans les mêmes proportions pour la vente des produits du sol français et de l'industrie.

Dans le tableau que nous allons présenter de nos colonies , la France trouvera sans doute des ressources que le génie du commerce , enfant de la liberté, ne manque jamais de créer r puisse donc cette liberté s'étendre , se fortifier , exercer sa noble influence , et ne plus offrir l'équivoque jouis-

' Les droits d'entrée sur ces denrées ont produit^ savoir, les cafés» 6,757,8a5 francs ; le sucre brut^ 7*71 19^70 francs; les sucres terrés et rafioég, 6,914^506 franct; les tabacs en feuille» 3,965» }46 francs.

368 ÉTAT ACTUEL Dt COMMERCE

sance d'un bien qu'on craint toujours de perdre* Commençons par les possessions de l'Aoléri-^ que ; nous suivrons , dans l'ordre où nous allons les placer , la classification adoptée par l'auteur de VHarmonie maritime et coloniale^ ; elle nous paraît la plus naturelle.

Colonies françaises en Amérique.

La Guyane. Cette vaste colonie fait partie du continent méridional de l'Amérique , et se trouve au vent de nos autres établissemens. C'est la seule possession continentale qui nous reste dans le Nouveau -Monde, depuis la cession du Canada aux Anglais , et de la Louisiane aux Espagnols , qui l'ont cédée à leur tour aux Etats-Unis.

La Guyane française n'avait jamais été attaquée depuis plus de deux cents ans qu'elle est à nous ; mais enfin elle tomba en 1809 au pouvoir des Portugais, qui nous la rendirent à la paix de i8i4-

Les limites en avaient été fixées d'une manière positive par l'article 7 du traité d'Amiens ; il ponte : c Les territoires et possessions de sa majesté trèsfidèle sont maintenus dans leur intégrité , tels qu'ils étaient avant la guerre ; cependant les li-

t M. Labarthe , anciea chef de bureau au ministère de la marine et des colonies, écrivain méthodique, instruit, à qui nous devons sur l'Afrique et les colcgaies plusieurs bons ouvrages, où l'on aperçoit un homme jaloux d'être utile à son pays, mérite mal apprécié chez nous à b vérité, mais auquel nous nous plaisons de rendre hommage toutes les fois que l'occasion s'en présente.

mites des Guyanes française et portugaise sont fixées à la rivière d'Arawari, qui se jette dans l'Océan , au-dessus du cap nord , près de TIle-Neuve et de l'île de la Pénitence, environ à un degré un tiers de latitude septentrionale. Ces limites suivront la rivière d'Arawari , depuis son embouchure la plus éloignée du Cap-Nord jusqu'à sa source, et ensuite une ligne droite tirée de cette source jusqu'au Rio-Branco '.

€ En conséquence , la rive septentrionale de la rivière d'Arawari , depuis sa dernière embouchure jusqu'à sa source, et les terres qui se trouvent au nord delà ligne des limites fixées ci-dessus, appartiendront en toute souveraineté à la république française.

« La rive méridionale de ladite rivière , à partir de la même embouchure , et toutes les terres au sud de ladite ligne des limites , appartiendront à sa majesté très-fidèle.

« La navigation de la rivière d'Arawari , dans tout son cours , sera commune aux deux nations. »

Le traité d'Amiens n'ayant eu qu'une exécutiçn momentanée , ou plutôt n'ayant point eu d'exécution réelle, nous ne sommes effectivement rentrés en possession de la Guyane qu'en vertu du traité de Paris, du 3o mai i8i4« L'acte du congrès de Vienne, du 9 juin 18 15, porte ce qui suit :

tf Son altesse royale le prince régent du Portu-

1 Vo%f€>% là carte.

^J0 ÉTAT ACTÇBL &U «GOlfMERGE

gai et du Brésil , pour manifester d'une mainière ÎDcoûtestable sa considération particulière pour sa majesté très-Ghrétienne ^ , s'engage à restituer à sadite majesté la Guyane française jusqu'à la rivière d'Oyapock ^, dont l'embouchure est située entre le quatrième et cinquièine de^é de. latitude septentrionale ; limites que le Portugal a toujours considérées comme celles qui avaient été fixées par le traité d'Utreeht. L'époq^u^ de la remise de cette colonie à sa majesté trè«- chrétienne sera déterminée , dès que les circonstances le permettront^ par une convention particulière entre les deux cours , et l'an procédera à l'anaiable aussitôt que faire se pourra , à la fixation définitive des limiles des Guyanes portugaise et française , conformé-^ Q^ent au sens précis de l'article 8 du traité d'Utreeht. »

Ainsi la Guyane française est bornée au sud par les Portugais , et au nord par les An^iads et les Hollandais ; ces derniers n'ayant conservé que la colonie de Surina lii. Noua somme» placés entre

' L'étiquette n'est guère respectée dans eepatgaf^e : qpfi signifie « son altesse royale le prince régent du Portugal , pour manifester d^une manière incontestaéie sa considération parHcutiire pour sa majesté très-cbrétienne t • Qu'ert^ce qu'uile considération fartkuiièfè pouY le mi de France f A 4«oi fessait donc M. GenlE, cet orade de la diplomatie germanique , lorsqu'il rédigeait un tel article P L'at-il fait par ignorance , ou sciemment ? Et nos ministres n'ont pas fait rajer ces insolites et peu respectuensêis expressions !

^ Le prince régent retraocbe ici à la France HMit> ce qni se trouve entre la rivière d'Arawariet celle d'Oyapock , plus au nord.

BIS DSirx rivûËé. Syt

tes dem pilissam^s, tyant pour liiniifési, d'ùd côté la baie de Vincent Pinçon S et de TàÉrtt^ la rivière de Mavoni ; ce qui donne UYie éfendtre de cent yin^t Heoes de côtes sur une profondeur indéterminée. Au centre est Kite de Cayenne , sé-^ parée du continent par les deux br^s de hi rivière de même nom.

L'île de Gayenne , chéf-Iieu et princlfial éta-^ Uissement de la Guyane française , est dtéset bien fortifiée : o& y entretenait ordïnairem^Ât six à sept ceirts faomfniés def t#oilpes réglées.

Les côtes de k Gtiyane sont , sur une* lai^eufÉ de deux à trbis lieues 9 formées de terrains fangëust et noyés pendant une partie deFa^née. L'iésalubrité reconnue et la difficulté d'opérer un débarquement sont peut-être ce qtri a servi jusqu'à présent de défense à là colonie , et de sauvegarde à Cayenne : au moins est-il' certain que les Anglais n'ôQt faitpour s'en emparer aucobe tentative dans la dernièire guerre^ quoiqu'ils se sbiént emparés ^^ sur les Hollandais y dèDémërari, de Berbicc, de Ëssequibo et de Surinanv, qu'ils bht conservés^ excepté cette dernicte posiession^rendufe au royaumte dés Pay^*-Bas.

Les îles de Salut, sur lès <!Ôtes de la OHyantei française , et à troisliélies de terre et de la rivière

' D'après l*artic1e ci-deMSUs cUé de racte au coogrés de Vienne, les Kmhes dé Ik Guyaiië fMd^àiàé ëtàbi reposée» kVOyk'poicki le pdâtW de Vincent se trouverait sur le territoire portugais ; c'est cepèâdatti de ce poste qu'a toujours été comptée retendue de la possession ùm-

37a ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

de Kouron 5 offrent un port de protection et de tenue que Ton n'a point établi , par la raison vrai-» semblable que ces îles manquent d'eau.

Nous n'avons pas à rechercher ici les causes physiques ou morales qui se sont opposées jusqu'à présent à la prospérité de la Guyane, dont on a également exagéré les avantages et les inconvéniens. Peut-être que le lieu de déportation qu'en ont fait les ministres pour y reléguer Hes malheureux a jeté sur elle une défaveur qui ajoute aux difficultés que présente le local. On a fait nombre d'essais ; on a sacrifié inhumainement et sans intelligence des hommes et beaucoup d'argent ; on a voulu successivement faire de ce pays une grande savane pour alimenter de bestiaux nos îles des Antilles ; une ressource pour la marine de bois de construction ; un champ d'agriculture coloniale en rocou , indigo , épiceries, tabac, etc. ; mais jusqu'ici rien n'y a prospéré d'une manière satisfaisante, excepté les épiceries et le coton : le coton y est même d'une qualité supérieure. On avait rendu le commerce libre à Cayenne , et à une époque où l'on croyait que sans esclaves on ne pouvait cultiver une colonie, la compagnie du Sénégal n'avait obtenu le privilège exclusif de la traite qu'à condition de verser chaque année mille noirs à la Guyane.

Différens administrateurs de mérite , parmi lesquels il faut placer M. Malouet avant la révolution, et M. Lescalier ' depuis cette époque , ont été

' IÏ0U8 devons à M. Lescalier un Exposé des moytnt d'amétiorw la

DES DEUX INDES. 5'j5

chargés du soin de cette colonie ; mais leurs efforts ne paraissent pas avoir obtenu de grands résultats : cependant, sous tous les rapports, Cayenne ne peut qu être très-avantageuse à la France ; H ne faut que huit jours pour se rendre de là aux petites Antilles , dont la Guyane doit devenir la sentinelle , la nourrice et le gardien.

On cultive à la Guyane française toutes les différentes productions coloniales , telles que la canne à sucre , le café , le cacao, le coton , l'indigo , le riz, le tabac. Ces productions, et surtout le coton, l'indigo et le café, passent pour y être en général d'une bonne qualité. Le coton est doux, moelleux : on en fait deux récoltes dans la colonie , l'une au printemps , l'autre vers la fin de Tannée pluvieuse. L'indigo y est également très-bon : on en fait six , et même jusqu'à huit récoltes dans l'année. Le café n'y est pas moins estimé que celui de Bourbon ; le rocou réussit très -bien et donne de bons produits.

On doit à M. Poivre , qui fut intendant de l'île de France ' , d'avoir introduit des Moluques à

Guyane i publié en 1791. 11 7 avait passe plusieurs années en qualité d'adminbtraleur. Il présente d'utiles observations ; mais peut-être a-t-il trop vu les choses du beau côté. Son livre doit cependant être lu , et l'on y peut puiser des lumières sur les moyens de faire enfin de ce pays si diversement jugé une colonie utile^ On peut éonsulier aussi les Mémoires de M. Malouet sur les colonies. Enfin nous devons à M. Le Blond , qui a vésidé long-temps à Cayenne , de bonnes Oésùrva" Uom êur les maladies des tropiques* Dans cet ouvrage il traite des maladies de la Guyane : et son ouvrage mérite de fiier l'attention. * Mort en janvier 1786^ âgé de 67 ans*

jQayçxkop jdiver&es prodifctions, qui ne peuvent que concourir à enrichir la colonie; le poivrier, la noix naqscade ^ lia capnelle et le girofle.

1^.6 poivri^y içt Je muscadier n'ont pas prjospéré à régal (|es autres ; mais le cannelier et le giro^ flier j ont réussi au-d^à de toute espérance : Ton a multiplié le premiier par des boutures , et le ^i^pp.d p^r le moyeq dis fruits connus sous le nom

Le gouvernemient possède sur la montagne de la GabrielU , à quatorze lieues de Gayenne , une pépinière considérable de giroflier, pour satisfaire 2|ux deqiandes de ceux qui veulent se livrer à cette çu|tpre.

La Giiyaqe offrp eqçorç pour la marine une j:essouTpf5 importapte dans ses bois de constructiqn. M. Lescalter a présenté dans T excellent o^^vragp qnç pp^9 avons cité, up plan très-propre ^ à faciliter Texplpitation de. ces bois , et à former un établissement considérable et utile dans la

cqlonie-

C'est up des j:pQyens d'en tirer paipti ; il ep pro»

pose d'autres plus longs , mais sûrs , comme de civiliser les naturels du pays , les former en corps 4e cppimunçs ou districts , sous un régime paternel , établir des cultures en faveur des noirs , ou donner à ççux qu'op y epo^ploierait un quart et même un tiers dans le produit de leurs tra-» vaux , de manière à faire cesser resclayage parmi eux ; attirer dans la cpjopie dçs ouvriers op autres

DSS DBUX I1VDB8. 5'jb

personnes d'Europe, et leur accorder des moyens de commencer des cultures, établir dans une par* tie désignée de la colonie un lieu de déportation confiera des hommes humains, fermes et éclairés ; enfin , faire exécuter les trayaux nécessaires pour assainir les côtes de la Guyane , comme ont fait les Hollandais, dont la colonie de Surinam offre un exemple à imiter '. Mais, pour l'exécution de ces^ moyens , il faut des ministres qui veuillent s'en occuper, et qui croient avoir d'autres devoirs à remplir que de diriger des intrigues politiques, ou de former des projets d'ambition et de domination ; c'est à quoi l'auteur ne nous enseigne pa& le moyen de parvenir.

Cayeime nW séparée de la Terre- Ferme que par les eaux d'une rivière , comme nous l'avons déjà remarqué ; elle a quatorze lieues de tour , élevée sur les côtes , basse au milieu , entrecoupée de beaucoup de marais ; ce qui rend les communications difficiles. L'entrée du port de la ville de

' Un état authentique apprend que pendant l'année 1818 il est parti de Surinam pour la Hollande quatre - vingt deux vaisseaux , ayant à hoté dix^imit millions l^ift cent mille livres pesant de suove , huit millions quatre cent mille livres de café * un million trois cent mille livres de coton, quatre-vingt-seize mille livres de cacao « et trente- trois mille livres de tabac.

En 1819 il n'esl parti dc' Surinam que soixante-huit bâtimens^ chargés de quinze millions quatre cent mille livres pesant de t»ucre, cinq millions «ix cent mille livres de café , un million deux cent soixante quinte mille livres de coton « trente-quatre mille livres de cacao, et deux mille quatre cent vingt livrent de tabac ; tant l'industrie hollan^ daise a su tirer parti de cette colonie , dont le sol et la situation diffè-r rent si peu du gol et de la situation de notre Guyane.

Cayenne n'a que treize pieds d'eau ; les navires pourraient toucher à quatorze, mais heureusement la vase est molle , et ne cause point d'accidens aux bàtimens.

L'abbé Raynal ne portait , en 1774» 1^^ population de la Guyane française qu'à mille trois cents personnes libres , huit mille esclaves , en y comprenant Tile de Gayenne.

Par un recensement fait en 1788 on voit qu'il y avait. à cette dernière époque dans la colonie treize cent sept blancs , trois cent quatre-vingtquatorze mulâtres , ou nègres libres ; dix mille sept cent quarante-huit esclaves : en tout douze mille quatre cent quarante-neuf individus.

Un état donné par le même écrivain des productions exportées en France de la Guyane , les fait consister en quarante quintaux , poids de marc , de sucre, six cent cinquante-neuf quintaux de café , trois quintaux et demi d'indigo , cent cinquante-trois quintaux de cacao , trois mille quintaux et demi de rocou , neuf cent soixante-treize quintaux de coton, trois cent cinquante-trois quintaux de cuirs, et quatorze cents quintaux de bois.

Un état de 1788 ne porte qu'à vingt quintaux l'exportation du sucre , à cent cinquante - neuf celle du café, à deux cent dix celle du cacao, à neuf cent vingt-cinq celle du coton, à cinquante celle de l'indigo ; plus, pour une somme de 274,000 francs en objets divers , laquelle somme , jointe à la valeur des objets précédens, peut faire environ

600,000 fr. pour le prix des exportations de la colonie ; preuve de la médiocrité de la culture et de letat de langueur où elle se trouvait. Get état s'est peu amélioré : cependant le succès des arbres à épiceries et une extension donnée à la culture du coton font espérer de plus grands résultats , dont quelques-uns sont déjà réalisés.

La Guyane n'a jamais coûté moins de 7 à 800,000 francs à la France ; elle ne les rendait pas , comme on a vu ci-dessus , au commerce national.

Nous avons vu que , par le traité de 1802, les limites des Guyanes française et portugaise ont été. fixées ; et cependant elles ont été changées par le traité de 1814 9 en vertu duquel la colonie nous a été rendue , après être restée depuis 1 809 au pouvoir des Portugais.

Tabago. La première ile française dans les Antilles était Tabago ; les Anglais s'en sont emparés pendant la dernière guerre ; elle leur a été cédée à la paix. Nous en parlerons à l'article de leurs colonies.

Sainte-Lucie. Nous faisons pour cette ile la même remarque que pour là précédente ; les Anglais l'ont gardée en vertu du traité du 3o mai

La Martinique. C'est , après Saint-Domingue , la plus considérable des Antilles ; elle a environ seize lieues de long sur quarante-cinq de circonférence. On y compte deux villes , cinq bourgs , vingt villages. Sa population avant la guerre s'é-

37^ ÉTAT ACTUEL DU COlffMERGE

levait à cent mille habitans , dont dix mille blancs, cinq mille mulâtres ou nègres libres , et quatreyingt-cinq mille esclaves.

Elle est riche en productionscoloniales, telles que sucre, café^ coton, indigo, tabac, gingembre , ro*cou. On y cultive avec succès tous les fruits du midi.

Nous avons donné dans le tableau général des colonies le montant des exportations de la Martinique ; elles n'ont point diminué pendant le temps que cette colonie est restée entre les mains des Anglais ; ils Tont administrée avec Tintelligence et le soin qu'on leur connaît pour le gouverne* ment de semblables établissem^ns.

Les villes principales sont le Fort-Royal , le Fort* Saint-Pierre et la Trinité.

Le Fort-Royal est le chef-lieu de la marine militaire et des forces de terre. Son port est Tun des plus beaux et des plus sûrs de l'Amérique; il est d'un accès et d'une sortie toujours libres. C'e»t le siège principal de nos dispositions en temps de guerre. ^ »

Saint-Pierre est le centre du commerce.

Deux forts , le Fort-Royal et le Fort-Bourbon , des batteries éparses sur la côte et une bonne garnison , même en temps de paix , constituent la défense de la Martinique , à quoi il faut ajouter, comme dans nos autres colonies , les milices du pays.

Le Fort-Bourbon a coûté dix millions : on le cite comme une fortification aussi régulière que

celle des meilleures places d'Europe. Sa destination est de donner en cas de siège le temps d'attendre et de recevoir des secours de la métropole.

Indépendammeot des produits de ses cultures, laM^artinique est encore un centre d'affaires pour toutes les îles voisines et neutres.

Les Anglais y furent reçus le â5 mars 1794»

appelés en partie par la crainte qu'avaient causée à la Martinique les malheurs de Saint-Domingue.

Après la paix d'Amiens (mars 180a) cette intéressante colonie nous«fut rendue, mais pour retomber le ^4 février 1809 ^^ pouvoir des Anglais, qui nous la rendirent en i8i4*

Elle était comptée pour vingt- six millions à p^U près dans Ifi masse des exportations annuelles des colonies françaises de l'Amérique.

Cette somme se composait de dix-huit mille sept cent quatre^vingt quinze quintaux de sucre brut , valant 6,86,000 Arancs ; de cent trente-rsept mille neuf cent quarante-cinq quintaux de sucre terré, valant 8,027,000 francs ; de cent dix-neuf mille quatre cent cinquanter-trois quintaux de sucre tête, valant 5,o49fQOO francs.

De soîjtante-huit mille cent soixante-^un quintaux de café^ valant 8,3i5,ooo francs.

De neuf mille huit c^nt vingt-un quintaux de cacao, vf^la^nt 5a3,ooQ francs.

De onze mille cinq cent cinquante quintaux de coton, valant 2, 355, 000 francs.

De d:ij^ quintaux d*indigo, valant 10,000 fr

Objets divers, six cent soixante-quinze mille quintaux : total 25, 640,000 francs.

Ces produits sont à peu près les mêmes , et les dépenses d'administration d'environ 2,000,000.

La Guadeloupe. Cette île, située parles 16 degrés et demi de latitude, a environ quatre-vingts lieues de tour. Elle est coupée en deux parties inégales par un petit bras de mer appelé Rivière salée ^ lequel est navigable pour les pirogues seulement.

L'une de ces parties senomme la Basse-Terre, c'est la plus fertile ; l'autre, la Grande-Terre, est la moins productive, parce qu'elle est moins arrosée. Toutes deux ont un port , mais celui de la Pointer-Pitre, à la Grande-Terre, est le plus central, le plus propre à recevoir avec sûreté des bâtimens de force.

La défense par terre consiste dans le fort Saint- Charles à la Guadeloupe proprement dite ; le Fort-Louis à la Pointe-à-Pitre, et dans les batteries de la côte.

On y entretient un régiment de deux bataillons et une compagnie d'artillerie, qui fournissent des détachemens aux petites iles qui dépendent de la Guadeloupe.

Ces petites îles sont Marie-Galande , la Désirade , les Saintes, et la partie française de l'ile de Saint-Martin , dont l'autre partie appartient aux Hollandais.

La Guadeloupe n'eut de progrès sensibles qu'à

DES DEUX INDES* 38l

la paix d'Utrecht. Les Anglais en firent la conquête en 1759, et la portèrent à un haut point de splendeur pendant quatre ans qu'ils roecupèrent. Elle revînt à la Fraqce par le traité de 1 763 ; elle a continué de lui appartenir. Conquise de nouveau par les Anglais pendant la guerre de la révolution , elle fut cédée par eux, en mars 181 3, à la Suède. Elle nous a été rendue par le traité de Paris du 3o mai 18149 6t le pavillon français y a été arboré dans le mois de décembre suivant.

Avant les changemens survenus par la révolution dans le commerce colonial, la Guadeloupe et ses dépendances donnaient au commerce une valeur de 26 à 27,000,000 en différens produits.

Ces produits, presque doublés aujourd'hui en quantité , consistaient en onze mille cent quatrevingt quatorze quintaux de sucre brut, valant 430,000 francs ' ; en soixante-quatre mille trois cent trente -six quintaux de sucre terré, valant 3,715,000 fr. ; en soixante-seize mille cinq cent onze quintaux de sucre tète, valant 3,i549000 francs ;

En trente- sept mille trois cents quintaux de café, valant 45I03, 000 francs ;

En cinq cent cinquante -neuf quintaux de cacao, valant 3o,ooo francs ;

En sept mille quatre cent onze quintaux de coton , valant 1 ,482,000 francs ;

En sept quintaux d'indigo, valant 6,000 fr. ;

' Ces valeurs sont celles des denrées dans la colonie.

3Sâ ilTÂT ACTUEL DU COMMERCE

Efifiâ, poW 1 33^000 francs d'autres prddQC-^ tiens de rite ^ telles que soufre , casse , riz , maïs* ^ rocou 4 baume de eopahit , etc.

A quoi il faut ajouter les exportations de Marie- Galaode et de Saint-Martin pour une yaieur de 3 à 4^000^000; ce qui formait pour Ifi Guade-* lotipe et ses annexes une valeur de 17,000,00a datis la colonie, faisant 26 à 27,600,000 dans^ nos ports.

Cette culture n'a point diminué ^ et le» produits de la colonie s'élèvent au double aujourd'hui dé ce qu'ils étaient précédemvient.

La population , qui consistait en (]^atorz;e mille six cent blancs , quatre-vingt-neuf mille cinq cents noirs , a cependant éprouvé une diminutk)n sensible par suite des événemens que l'on connaît ; mais les cultures et les travaux se sont accrus , et donxient au comn^rce de plus nom-* breùx prodmts.

Cette colonie coûtait en frais d'administratioQ locale environ 4ûo,ooo fr. ; et par supplément^ environ 900,000 francs à la caisse de la marine de France.

L'interposition de la Dominique appartenant aux Anglais , enivre la Martinique et la Guadeloupe, offre un grand désavantagé pour nos deux colo-^ nies 4 tant sou6 le point de vue militaire, qu'à cause de la contrebande. Il eut été à désirer que ^a Dominique^ dédée aux Anglais par le traité de 1783, nous eût été rendue par celui de 1814.

Le Port-Louis ^ sur la cOte ocôidéMalé d^ la Graade-TerFe ^ peul; être re^rdé comm^ là capi* taie de la Guadeloupe : on y compte environ quarante miUe babitans. La Pointe-à-Pitre , cbef-Iieu de la Basse-Terre , a^ec un bon port^ tï'tn confite que sept à buit mille ■.

Les petites fies dans ta dépendance de la Guadeloupesont, l'^Ia Désirade, qui, àquatrelteuesde ta Guadeloupe, etd'une circonférence de dix lieues, a «ine population d'environ neuf mille Individus , tant blancs que noks , et donne du café et du coton ; 5*Marie-Galande, qui a quinze lieues de tour, et une population d'environ doute mille babitans, fournit du coton, du sucre, du café, du cacao; 5* les Saintes : ce sont six petites îles qui forment entre etles un a^sez bon port « à six lieues sud-est de tmsse - Terre. On y coi^ipte environ quatorze cents babitans , qui se livrent à la culture et au calmtage avec les autres îles voisines ; 4" Saint-

' L'approTÛionnement de la Martinique et dé la Guadeloupe en (urne, eit an ob)ct important pour notre eonmierce , et qui lui et t léserré exclusiTcment. En voici une preuve.

11 a été apporté à ces deux iles , pendant le mois de mai i8so , quatorze cent quarante quintaux métriques de farine de blé, et quinze cent cûiquante (|otnfaut d'antres fkrineux ; dans le moi» de }uin, cinq nulle deuK cent quioae quintaux métriquei de ferine d« blé , et seiae cent quintaux d'autres farineux.

Ces quantités sont insufâsantes ; l'approvisionnement réclame sept mille quintaux métriques par mois. Le commerce doit faire la plus sérieuse attention à ce besoin pour que le gonvememeot ne soit pas floUtcité de fidre, partager cet approvisiomiemént avec l'étranger.

Martin , partagée entre les Français et les Hollandais ; elle a dix lieues de tour : les Français en possèdent à peu près les deux tiers ; elle est fertile en café , en tabac , en indigo , et en «ucre.

Saint-Domingue. Cette ile , objet des regrets du commerce et du gouvernement , nous offrirait de trop grands détails, si nous voulions entretenir le lecteur des causes qui l'ont arrachée à la France et soumise à la domination de ceux qui en sont les maîtres aujourd'hui : nous nous abstiendrons également de rechercher qliels ont pu être les moteurs des scènes qui ont ensanglanté Saint-Domingue , et si ces tragiques événemens sont le résultat de menées criminelles , ou celui de la force des choses et du mouvement d'une population long -temps opprimée; si des hommes avides et indifférens aux maux d'une immense population enchaînée à des travaux, sans équivalent pour une vie passée dans l'esclavage , n'ont pas eux-mêmes , au moins indirectement , provoqué ces terribles scènes.

Tout a été dit sur ce point de l'histoire des colonies ; les passions et la politique ont également soutenu le pour et le contre , et chacun s'est efforcé de montrer par quelle voie la France pourrait rentrer dans ce riche domaine et partager avec sécurité les avantages que l'ancienne métropole en retirait.

De nombreuses tentatives ont été faîtes ponr réduire la colonie sous la loi de la métropole ;

elles ont toutes échoué , et Tile se trouve aujourd'hui sous le gouTemement d'un seul chef qui paraît joindre à des sentimens pacifiques des principes fixes sur la manière de se conduire dans le poste difficile qu'il occupe. Avec un pareil homme, tout espoird'un arrangement convenable n'est pas perdu. Mais si jamais la France reprenait sur Saint- Domingue quelques droits de métropole, cène serait qu'avec beaucoup d'art et de prudence qu'elle y parviendrait; la conquête et l'extermination de la race noire que proposent avec aussi peu de justice que de raison de farouches esprits , échoueraient contre l'insurmontable résistance de six cent mille individus résolus à périr plutôt qu'à recevoir le joug dont ils se sont affranchis.

Il faut donc reléguer parmi les rêves de l'ambition chagrine et de la cupidité trompée les moyens violens ; on ne voit de possibilité à rentrer en partage des avantages de cette belle colonie qu'en s'enteùdant avec le chef qui a la confiance de ceux qui en sont maîtres aujourd'hui.

L'historien des deux Indes a donné sur Saint- Domingue tous les détails historiques qui se rapportent à son établissement , à ses progrès et à l'état du commerce de ses productions aux époques antérieures à 1 783. Nous suppléerons à ces derniers renseignemens par le tableau que présentait la partie française de l'ile au moment où l'insurrection y éclata.

On sait que Saint-Domingue , appelé Ha'iti par

386 ÉTAT AcrruEL i>u commerce

les naturels., et Hispaniola par les Eapagools , lut découvert par Christophe C^^lomb, le 6 décembt^ i49^9 et qu'il était habité par plusieurs nations , gouvernées chacune par un cacique ou chef. Il fallut vaipcre et mettre dans les fers ces nations que les Espagnols avaient révoltées par leurs hor* ribles cruautés : ce qui survécut à la guerre barbare qu'on leur fit fut employé aux mines d'or, dont Hispaniola offrait plusieurs, riches et abondantes. Les naturels périrent ainsi en presque totalité, et les vainqueurs restèrent souverains del'ile.

Saint-Domingue a, dans sa moyi^nne laiigeuir, cent soixante lieues de loqg sur trepte, et près de quatre cents lieues de c6tes entre les 17' et 3K)* degrés de latitude.

La partie française est à peu près les cinq deuxièmes du tout : elle a beaucoup de bons ports et de rades , ainsi que des rivières navigables ; elle offre pour la défense contre les attaques extérieures dans le nord , dans l'ouest et dans le sud , des points de défense respectables , particulièrement le boulevard du Môle-Saint-Nicolas ; le gouvernement y entretenait uûe garnison de trois à quatre mille hommes.

Les Français qui s'y étaient établis tdès le milieu du dix- septième siècle avaient conquis successivement $ur les Espagnols toiut le territoire que nous y possédions avant l'insurtection dés noirs > sans jamais en avoir été évincés piur aucune puissance de l'Europe : aussi les anciens traités

BES DKCX INDKS. 387

d'Utrecht de 1713, de Paris en 1 763 , et de Versailles eu 17839 n'ont athrui]^ disposition qui concerne cette colonie.

Les Anglais, ainsi que les Espagnols, avaient pénétré dans la partie française en 1 793 ; ils en ont été expulsés les uns et les autres.

Le traité de paix conclu à Bâle le 4 thermidor an 3 (ââ juillet 1795) entre la république française et l'Espagne nous avait cédé la partie espagqole; nous en étions restés en possession par le traité d'Amiens du 4 germinal an 10 ( 26 n^rs 1802); nous l'avons perdue en juillet 1809.

Deux ans s'étaient à peine écoulés depuis le traité d'Amiens, lorsque nous évacuâmes le Port-au- Prince et le Cap-Français '.

Par le traité de Paris , 3o mai 18149 nous avons rendu aux Espagnols la partie de Saint-Domingue qui kur appartenait ci-rdevant , mais dont ils ne jouissent pas plus que nous ne jouissons de la partie française.

« Si Tonne jugeait que par les premières apparences , dit M. Labarthie^, en entrant en possession de la partie espagnole de Saint4Don!^ingue , nous avions/ fait une riche acquisition ; terre vierge et étonnamment végétale; supetbes plaines, belles et nombreuses rivières , forêts immenses peuplées de toutes soites de bois , savanes et hâtes rem-

' L'éTacuation du Fort-au-Prioce s'est effectuée le 16 veadémiaire an 12 , et celle du Cap-Français le 8 frimaire suivant. * ^Harth^àUs marUimêS et votanûnUi, page 17.

plies d'animaux , mines de toute espèce , emplacement à Samana pour un grand établissement naval ; tels sont les avantages de cette réunion à la partie française.

« Mais l'Espagnol , par sa misère même , ajoute le même auteur , nous servait de bbulevarl ; par son voisinage, il nous procurait des piastres contre des objets de fabrique française ; il nous fournissait des mulets pour les travaux ; il élevait des animaux pour nos boucheries ; il nous était tributaire de i5 à 1,800,000 francs, que l'Espagne versait tous les ans à Saint-Domingue pour les dépenses de son administration ; l'Espagnol eufin nous restituait les cultivateurs (c'est-à-dire les noirs ) fugitifs de nos ateliers. En réunissant les deux parties , plus de barrières à la désertion , au marronage , à la dépopulation de la partie laborieuse. On fut exposé à manquer de bras , de numéraire et de subsistances ; il est difficile de se défendre du regret de n'avoir pas dans le temps obtenu de l'Espagne l'île de la Trinité que lui ont Tavie les Anglais. C'est la vedette avancée , c'est le capitote des Antilles ; elle domine même le continent , et n'est pas éloignée de la Guyane ; ce terrain est très-fertile et bien arrosé ; il y a un excellent port. » Nous en parlerons plus bas.

Malgré ces remarques du judicieux écrivain , la possession de la partie espagnole de Saint- Domingue , réunie à celle dont nous jouissions , offrait un grand et véritable avantage , qui balan-

DES DEUX IMOES. 38^

çait sans doute celui du Duméraire que nous retirions de San- Domingo. Quant à l'extradition des noirs , il y avait un moyen bien plus simple ' d'y supp^Iéer ; c'était, par de* bons traitemens , d'empêcher ^esc^ave de rompre ses chaînes ; il faut avoir perdu tout sentiment de justice pour trouver étrange qu'un homme condamné à sacrifier sa vie et son existence , à supporter les plus rudes travaux pour accroître le luxe et les jouissances de maîtres superbes , cherche dans la liberté une existence moins malheureuse ; et l'on doit gémir de voir que ceux chez qui ces malheureux trouvent un refuge les livrent à la vengeance qui les attend sous la domination à laquelle ils s'étaient soustraits.

Mais, lorsque des nations civilisées, et que de plus généreux séntimens devraient diriger, autorisent l'extradition d^hommes qui fuient la tyrannie ou la persécution de dominateurs irrités, peut-on s'étonner que d'avides propriétaires aient regardé comme un précieux résultat du voisinage de San-Domingo la facilité de ressaisir les esclaves qui s'échappaient de leurs chaînes? Et faut-il trouver étrange que le souvenir d'une pareille police entretienne dans le cœur des opprimés la volonté de résister à tout ce qui pourrait en ramener le régime ?

De nombreux écrits ont paru . sur Saint-DonUngue pour en montrer l'importance et appréder rétendue de la perte qu'a éprouvée la France

SgO ÉTAT ACTUEL DU GOlfMERGE

dans les malheurs de cette colonie. Mais les écrivains diffèrent entre eux plus ou moins , suivant le système d'estimation qu'ils ont adopté, et le but qu'ils se proposaient dans leur exantien. Nous suivrons le travail de M. Barbé-Marbois , ancien intendant de Saint-Domingue, qui, dans le compte rendu des finances de cette île, en 1789, en a fait connaître la population , les productioi>» et les exportations.

La surface de la colonie française de Saint- Domingue ( non compris la partie espagnole ) offre une étendue de dix-sept cents lieues carrées de vingt-cinq au degré , ce qui fait cinq millions deux cent sept miHe cinq cent vingt-quatre toises carrées. Le carreau , mesure agraire de la colonie, a trois cent cinquante pieds sur chaque côté , ce qui donne trois mille quatre cent cinq toises carrées de surface : ainsi la partie française de Saint- Domingue, dans son étendue de 1789, avait deux millions six cent-^un mille carreaux en superficie.

Sur ce nombre de carreaux il n'y avait ^n culture, d'après le rapport de M. Barbé-Marbois, que cinq cent soixante-dix mille deux cent dix carreaux , savoir :

Soixante-dix-neuf mille deux cents carreaux employés à la culture du sucre ;

Trois cent trente -sept mille deux cents carreaux à la culture du café ;

Yingt-huit mille deux cents carreaux à celle du coton;

DBS DfiUX INDSS. 5g\

Cent ying^trois mille huit cent quatre-vingts carreaux à Tindigo ;

Treize cent quatre-vingts carreaux à la culture du cacao ;

Trois cent cinquante carreaux en ctihure de sucre pour guildive ou tafia.

Les produits de cette culture occupaient sept eenl quatre-^vingt douze ateliers poi^r la fabrication du sucre ; deux mille I^iuit cent dix cafeteries ; sept cent cinq cotonneries ; trois mille quatrevingt dix-sept indigoteries ; soixante-neuf cacaoteries ; cent soixante-ti'eixe guildiveries.

Ces ateliers fournissaient soixante-dix millions deux cent vingt-sept mille sept cent neuf livres pesant de sucre terré ;

Quatre-vingt-treize millions cent soixante-dixsept mille cinq cent douze livres pesant de sucre

brut; Soixante-huit millions cent cinquante^un mille

eent quatre-vingt-une livres pesant de café ;

Six millions deux cent quatre-vingt-six mille cent vingt-six livreis pesant de coton ;

Neuf cent trente mile cent six livres pesant d'indigo ;

Cent cinquante mille livres pesant de cacao ;

Trente-quatre millions quatre cent cinquantetrois mille trois cents livres pesant, faisant vingtneuf mille cinq cent trois boucauds de sirop exporté , trois cent trois barriques , ou cent six mille cent cinquante livres de tafia exportées.

5g2 ÉTAT ACTUEL DD COMMERCE

On voit par cet état que Saint-Domingue était sans contredit la plus riche colonie à sucre qui ait jamais existé. Son exportation égalait presque les deux tiers de celle de toutes les autres colonies américaines à Tépoque antérieure à sa ruine, époque où le sucre du Bengale et de la Cochinchine n'entrait pas encore dans le commerce.

En effet, par des calculs fondés sur des docu* mens sûrs, on sait qu'en i8o3 l'exportation totale du sucre de l'île de Cuba a été de trente-sept millions six cent mille kilogrammes ;

De la Nouyelle-Espagne, six millions deux cent cinquante mille kilogrammes ;

De la Jamaïque , en 1788 , quarante-deux millions de kilogrammes ;

Des Vierges anglaises et d'Antigoa , quaranteneuf millions six cent mille kilogrammes ;

De Saint-Domingue, en 1788, quatre-vingtdeux millions de kilogrammes '.

« Je pense , ajoute M. de Humbolt *, que l'on peut admettre que toutes les îles de l'Amérique fournissent actuellement à l'Europe au-delà de deux cent millions de kilogrammes de sucre brut, dont la valeur , dans les colonies même , est de 40,000,000 de piastres, ou de plus de 200,000,000

' L'exportation du sucre de Saint-Domiogue , en 1799 , n'a étë qne de vingt millions quatre cent mille kilogrammes : la cause de cette diminution s'explique par l'ëtat de la colonie.

* Etsai d'économie poUtiqfÊe de la NouneUe^Efffagney tome 3, page 184.

DES DEUX INDES. 5g5

de francs , en évaluant chaque caisse à 4o piastres fortes.

« Trois causes ont en^pêché que cette denrée coloniale n'ait augmenté depuis la destruction des plantations de Saint-Domingue, savoir : Tintroduction de la canne à sucre d'Otaïti, qui, sur la même étendue de terrain donne un tiers de vezou de plus que la canne commune; les progrès de Tagriculture sur les côtes du Mexique , de la Louisiane , de Caracas , de la Guyane hollandaise et du Brésil ; enfm l'importation du sucre des grandes Indes en Europe.

c Cette dernière importation surtout doit fixer l'attention de ceux qui réfléchissent sur la direction future du commerce. Il y a dix ans que le sucre du Bengale était aussi peu connu au grand marché de l'Europe que le sucre de la Nouvelle- Espagne, et déjà l'un et l'autre rivalisent avec le sucre des Antilles. »

On voit, parles états qui en ont été dressés, que les Etats-Unis , qui font principalement le commerce des sucres des grandes Indes , en ont tiré , savoir: en i8oo. 180 1. 1802.

kilogr. kilogr. ^ kilogr.

De ManUle a 16,452 4o5,389 649,461

De la Chine et des grandes Indes. . . 5io,oao 587,204 57499^9

Totaux 626,472 790,695 1,224,400

« La grande fertilité du sol, jointe à une population immense , donne au Bengale un si grand

avantage sur tous les autres pays du globe , que le sucre exporté de Calcutta , après avoir fait un trajet de cinq mille deux cents lieues , est encore à Ne^-Yorck à plus bas prix que le sucre de la Jamaïque , qui n'a à parcourir qtr'une distance de huit cent soixante lieues.

« On sera moins étonné de ce phénomène , ajoute M. Humbolt, si Ton réfléchit à la différence des prix de la main-d'œuvre dans les différentes parties du monde , et si Ton fait attention que le sucre de Tlndostan est fabriqué par des mains libres, tandis qu'aux îles Antilles (à Tile de Cuba, par exemple ) il faut , pour produire deux cent cinquante mille kilograïAmes de sucre brut, deux cents nègres, dont Tachât coûte plus' de 3oo,ooo francs. Dans cette même île , l'entretien d'un esclave s'élève à plus de 20 francs par mois. » Ainsi la liberté dans le travail est en définitif préférable à l'esclavage, même dans l'intérêt des propriétaires.»

Outre les ateliers qui travaillaient sur les productions qu'on vient de rapporter , Saint-rDomingue renfermait à l'époque de 1789, ou peu avant l'insurrection, trente -trois briqueteries, vingt^ huit poteries , trois cent treize fours à chaux ;

Trois tanneries , dont il était exporté cinq mille cent quatre-vingt huit livres pesant de cuirs en poil , et sept mille huit cent quatre-vingt sept de cuirs dits cotes;

Enfin un million huit cent mille livres pesant d'acajou , gayac et campêche, et cinq mille cinq

DBS DEUX INDtES. SpS

eefits livres pesairt de caret, étaient livrés à l'exportation.

Toutes ces productions dusol et de l'industrie formaient une masse d'c^jetsde commerce et de consommation de deux cent soixante-qiainze millions trois cent mille quatre cent soixante-neuf livres pesant, qui, exportés de Saint-Domingue, ont donné i86,45],6iâ fr. , d'après l'estimation de l'octroi.

Ces richesses étaient le fruit du travail d'une population noire de quatre cent cinq mille cinq cent vingt-h>uit individus , tant hommes que fem* mes et enfans , dont trois cent trente-deux mille sept cents étaient employés à la culture , et cinq roiBe huit cent vingt-huit aux briqueteries^ po* leries, fours à chaux, et tanneries; deux mille cinq cents à la culture des plans à légumes pour la consommation des bourgs et villes ; cinq mille cinq cents à divers métiers et à des travaux de peine dans les plaines et nn^ntagnes ; cinquanteneuf mille eoiplojés à la domesticité et pour divers services dans le» vîUes et bourgs.

La culture et le& travaux employaient en outre cent dix-huit mille sept cent soixante-huit mulets, riogt-neuf mille huit cent trente-sept bœufs ; quarante miUe trois cent trentr-neuf vaches dans tes campagnes, et trois cent vingt ^quatre dans les villes et bourgs ; vingt-cinq mille chevaux repartis sur chaque habitation, à raison de troi^ par habitation ; et six mille deux cent trente-deux dans les villes et bourgs.

Quant à la population blanche de Saint-Domingue, elle diminuait depiiis long-temps : cette circonstance pouvait tenir à l'usage où étaient les riches colons d'envoyer leurs enfans et de venir eux-mêmes demeurer en France. ^Les habitations étaient confiées à des gérans qui s'enrichissaient et traitaient les nègres plus durement que n'auraient fait vraisemblablement les propriétaires eux-mêmes , qui n'étaient pas des plus humains quand il s'agissait de leur intérêt, malgré tout ce qu'en disent les partisans de l'esclavage.

Le nombre des blancs qui , à Saint-Domingue, était de trente-deux mille six cents en i775, n'était plus que de vingt-sept mille sept cent dixsept en 1789; sur quoi quatorze mille cinq cent soixante-onze hommes, quatre mille quatre cent quatre-vingt-deux femmes, et huit mille six cent soixante-quatre enfans.

On comptait de plus vingt-un mille huit cent huit affranchis , parmi lesquels un peu plus de femmes que d'hommes; mais, sur les quatre cent cinq mille cinq cent vingt-huit esclaves, on comptait cent soixante-quatorze mille neuf cent soixante-onze hommes, et seulement cent trentehuit mille huit cents femmes y qui avaient quatrevingt-onze mille sept cent onze enfans.

Outre les productions que le commerce français retirait de Saint-Domingue, les interlopes en exportaient une partie considérable en fraude. Toutes les personnes qui ont suivi les nQ,ouvemeDS

des exporfations sayent que les Anglais surtout enlevaient , principalement dans les derniers temps , les cotons et les indigos de TArtibonite et de prescpe tous les quartiers du sud, et qu'ils les conduisaient à la Jamaïque.

Mais ce n'est pas seulement à cause des exportations que Saint-Domingue doit exciter des regrets , c'est aussi parce que nos armateurs y portaient de nombreuses cargaisons de marchandises françaises, et que la colonie était ainsi un immense débouché. On peut en juger par l'aperçu suivant :

Saint-Domingue a reçu en 1 788 , des ports de Bordeaux , Nantes , Marseille , le Havre , la Rochelle, Bayonne, Dunkerque, Saint -Malo, et quelques autres petits ports, pour une somme de 54,578,000 francs de diverses marchandises.

Cette exportation de nos ports s'est faite par quatre cent soixante-cinq navires jaugeant cent trente-huit mille six cent vingt-quatre tonneaux ' : Bordeaux seul a été pour cent soixante-seize navires jaugeant cinquante-quatre mille quatre cent cinq tonneaux.

Lainême colonie a reçu du commerce étranger, pendant la même année, pour 7,380,000 francs de denrées permises par l'arrêt du conseil du 3o août 1784. 11 a été ejqporté par ce même commerce étranger pour 3,707,000 francs en objets

> Le tonneau de mer est un poids de deux raille livres , ou millci tilograoïmet.

5g8' ixAT ACTUEL DU COMMERCE

dont rexportation est autorisée par le \neme rë* glement.

Les cargalBOns françaises envoyées alors à Saint- Domiogue consistaientsurtouten bœuf salé, vins de Bordeaux et autres, beurre salé, bière, cidre €t autres boissons , liqueurs, fruits à l'eau-de-vie , •e«u-dor-vie, huile d'olive, savon, suif, bougie, poisson salé , morue , animaux vivans , toiles nationales, toiles étrangères, épiceries, mousse^ lines,. mouchoirs dits de Béarn , mercerie, quin*caillerie, lingerie, étofifes, papier, argenterie, bijoux , meubles , chaudronnerie , armes à feu , cordages , voiles , etc.

Terminons ces imfportans détails par quelques notions sur l'état présent de Saint-Domingue.

Cette île j après avoir été partagée en deux d»^ minatiohs, l'une républicaine etassez douce sous te général Boyer , devenu président , c'est-à-dire chef du gouvernement de sa partie ; et -l'autre sous la domination du noir Christophe , espèce de fou 43arbare qui établit un empire avec toutesi les attributions d'une cour impériale, farce ridicule qui s'est terminée par la mort volontaire de ce tyi^n insensé ; est aujourd'hui sous l'autorité du premier , et donne î'e^rancede voir un jour n^srelations commerciales' y reprendre quelque activité.

La population de Saint - Domingue presque toute noire, est aujourd'hui d'environ six cent mille individus , hommes , femmes et enfans.

On peut diviser cette population en deux clais-

BBS DEUX INDES. 399

ses : la première, qui est la moins nombreuse, est composée de quelques anciens blancs , d'hommes de couleur puis^aas , de quelques noirs libi*e8 d'ancienne date, et ayant quelque éducation : cette classe dirige la seconde.

Celle<-ci est formée de la masse du peuple dans la proportion de deux tiers de noirs , et un tiers de couleur, ou à peu près.

Les onze douzième de cette population appartiennent à une génération neuve, élevée dans le système de la liberté; et, pour la soutenir, tous sont indistinctement militaires.

La force militaire active, réunie et formée de toutes les troupes de Tile , s'élève à prés de soixante mille hommes de toutes armes ; nombre qui peut être porté au double promptement dans le cas où l'île serait attaquée.

La garde du président , chef du gouvernement delà république haïtienne , est bien habillée , bien armée» les uniformes beaux et d'un goût distingué , les hommes choisis; la plus grande partie est composée de noira , etle reste d'hommes de couleur.

L^armée de ligne «st habillée à la française; elle est presqu'en totalité composée d'hommes noirs. Ces troupes sont coiffées en schakos faits dans le>pays; eltes ont des pantalons de toile , et vont les pieds nus , sanshavresac ni bagage. Elles sont assez bien armées, et font le service par trimestre ; elles reçoivent une paie d'un gourdin par jour (dix-neuf sous de notre monnaie ). Hors du

temps de seryice : la troupe ne reçoit rien , et se livre à l'agriculture, au commerce, aux travaux publics , chacun suivant son goût et sa capacité.

Le magasin général et les arsenaux sont bien pourvus ; ils tirent la plus grande partie de leurs fournitures des Etats-Unis , de l'Angleterre et de l'AUeniagne ; mais la confection de l'habillement se fait dans la colonie même.

Ces troupes , disciplinées sous le rapport de la police et de la hiérarchie militaire , sont loin d^avoir atteint le degré de précision dans les manœuvres des troupes européennes. Le courage , la frugalité , la force de leur constitution leur en tiennent lieu. La guerre de plaine leur serait défavorable ; mais, en récompense, celle des mornes, des bois, des buissons , des gorges, des ravines , dont le pays est couvert, leur est familière. C'est la seule guerre qu'ils offriraient à leurs ennemis. Une patate, une banane dans leur schakos leur suffisent. Ils marchent pieds nus sur des chemins rocailleux sans se blesser ; passent à gué les innombrables rivières et ruisseaux qu'ils rencontrent 2 ils peuvent long-temps supporter des. fatigues aussi pesantes.

Les forces navales de la nouvelle république consistent en deux ou trois frégates de quarantequatre canons, dans quelques corvettes, dont deux du premier rang , et dans beaucoup de bâtimens légers.

L'agriculture fait peu de progrès. Cependant il

DES DEUX tNDES. 4^1

fi^opère de nombreux défrichemens ; des sucre-^ ries s'élèvent dans les plaines , sur les débris et en partie avec les matériaux de celles [qui ont été dévastées. L'on compte en ce moment dans Tar-* rondissement du Port-au-Prince près de cent établissemens en pleine activité , et des établissemens en proportion dans les autres arrondisse-^ mens. Le canton de Jacmel , dont le terrain n'est pas propre à la culture de la canne à sucre , présente des récoltes abondantes en café très-estimé. Les défrichemens vont plus vite dans les mornes , ce qu'il faut attribuer au système des petites propriétés , si favorable aux progrès de la culture. Si la population de Saint-Domingue n'éprouve pas de grandes catastrophes, on peut prévoir que cette ile sera, des Antilles, celle qui produira nécessairement le plus de café.

Le commerce y a fait plus de progrès que la culture , à compter de l'époque des désastres de la colonie.

Les transactions commerciales consistent principalement dans le commerce d'échange des denrées ou objets manufacturés d'Europe contre les productions du pays. Les transactions par billets , lettres de change ^ ou opérations de banque , sont à peu près nulles. Les ventes comme les achats se stipulent en gourdes '.

Chaque genre d'affaires est assujetti à une pa-

' La gourde du pays, monnaie courante, est decffiUeent repré-* sentes par quatre tfourdins chacun de vingt-cinq cens, ou de buit

40â ÉTAT ACTUEL D^ COMMERCE

tente annuelle de i5 à 5oo guides pour les naturels , et du quadruple pour les étrangers.

Les hâtimens étrangers sont tenus de se consigner à une maison de consimerce en gros , pajaut patente. La commission est de cinq pour cent sur la vente; deux et demie pour cent sur les- achats en retour. Le gouvernement fait en outre une retenue d'un et demi poui? cent sur l'évaluation des cargaisons à l'arrivée. Cette évaluation est faite sur le tarif des droits , sauf quelques articles particuliers dont les droits sont perçus sur le prix des factures; elle est susceptible d'une appréciation arbitraire , si les factures sont présumées aurdessous de leur valeur»

Les droits d'importation sont , pour tQutes les nations étrangères , l'Angleterre exceptée ' , de dix pour cent, pris comme ci-dessus sur l'évaluation des objets, fixés au tarif. On a en outre à payer les droits de warfage (mise à quai), ceux de pesage , jaugeage ou cubage, depuis le demi escalin jusqu'à une gourde de la colonie , par chaque article , et selon l'espèce.

Les droits d'exportation sur les denrées oii articles de la colonie se paient depuis une jusqu'à trente gourdes, selon les^ espèces, d'après le tarif ci-après^ savoir :

escaliug ou quart» de gourdin , et finalement de seize demî-eMcalins.

La gourde vaut 8 livrer 6 sou» argent colonial, 5 francs a 5 cent, argent de France. Les transactions se font eu gourdes effectives. du pays.

' L'Angleterre ne paie que cinq pour cent.

DSS DEtrX riTDES. 4^3

goordei.

Bois de campdcbe 3

de gayac. 3

d'acajou, les mille pieds cubes rédaits. â5

Café, le millier pesant 20

Coton en laine , idem 3o

Cacao , idiem , . . 1 5

Casse médicinale , idem 10

Cire jauïie , idem. 3o

Ecaille de carette, le cent. 20

Gingembre , idem. 1 5

Gomme de gayac , idem 1 5

Huile de palma-Christi , le gallon 1

Indigo , le cent pesant. 8

Sucre brut, le millier pesant 10

terré , idem. ,' 1

Farine de manioc, le cent pesant 1

Oranges , le baril ^5

Citron , idem jS

Les armes bla-nehes et à feu , le cuivre , le fer', les munition» et autres articles de guerre , sont esDfôDctpts dedi^its à l'importation.

Les bâtimclns de deux centis tonneaux et audessu9 paient de droit de tonnage 1 2 gourdes ; ceux de cent quatre-vingt dix*neuf et au-déssDùs, 8' gourdes.

Outrteles'droits ci*<ies3us^ les denréfes coiôbîales doivent un impôt territorial que l'acheteur est autorisé à retenii: sur le paiement de ses achats >

4o4 lÊTAT ACTUEL DU COMMERCE

à moins que le vendeur ne justifie de l'acquit de ce droit , ou qu'il ne vende franc de droit.

Le tarif de l'impôt territorial , payé comme on voit à la vente , est fixé ainsi qu'il suit :

goordet.

Par mijlier pesant de café. 16

idem. de coton 16

idem. de cacao 8

idem. de sucre 8

idem. de bois de campêche. . 3

idem. de gayac 3

idem. de cire jaune 10

idem. de gingembre 5

oens.

La mesure de maïs â5

Le gallon d'huile de palma-Christi â5

Tous les droits d'importation et d'exportation se paient au départ des bâtimens.

Le haut commerce et les consignations sont partagés entre les naturels et les maisons étrangères , la plupart anglaises. Ces dernières , commanditées par des capitalistes de Londres, et avec des crédits illimités , ont un grand avantage sur les autres dans l'achat des denrées du pays 9 dont elles peuvent faire augmenter les prix suivant les circonstances. Il n'en est pas de même de leurs étoffes ou des objets de leurs fabriques ; ceux de France sont aujourd'hui préférés : l'on rend justice à leur meilleure qualité.

Les villes de Saint-Domingue se réparent cha-

DES DEUX INDES. ^o5

que jour; les campagnes se cultivent et se cquvreiit de riches productions : encore quelques années , et Ton ne doute pas que cette belle île ne verse dans la consommation la méine quantité de denrées qu'avant ses désastres.

La presqu'île de Samana , qui fait partie de Tile de Saint-Domingue, est aujourd'hui habitée par des familles françaises réfugiées de la colonie, qui peuvent , sous la protection du gouvernement espagnol , y développer toute leur industrie. Cette autre colonie compte cinq cents individus , presque tous Français. Le café croît naturellement dans cette presqu'île ; on y cultive aussi le sucre. Ily a à Samana une baie superbe, où toutes les marines européennes pourraient trouver à hiverber. Les Américains, les Danois de Saint-Thomas et plusieurs Anglais ont déjà fait d'utiles expéditions dans cette presqu'île. Son fommerce consiste en sucre, en café, en cuirs, et en bois d'acajou.

Saint-Pierre et Miquelon. Pêche de la Morue.

Quoique la pêche de la morue n'ait rien de commun avec les produits coloniaux, on peut dire cependant qu'elle contribue aux relations que l'on entretient avec nos colonies, puisque la pèche fournit à la navigation d'excellens matelots, et qu'elle en est en quelque sorte l'école. Nous avons donc cru devoir en parler à propos de Saint-Pierre et Miquelon , possessions qui n'ont de prix que par la pêche.

4o6 ETAT ACTUEL DU COHMERGE

Nous possédions aussi autrefois uoe partie de Vile de Terre-Neuve ; nous y avions des établissemens fixes , tant à la baie de Plaisance que dans la partie de Test et du nord. Mais nous avons cédé l'île entière aux Anglais par l'article i3 du traité d'Utrech^ ' , en nous réservant seulement la pêche dans une partie de l'ile , et sur le grand banc qui en dépend , sans pouvoir y former aucun établissement sédentaire. Nous leur avons cédé 4e même , à la paix de 1 763 * , la possession de rile-Royale ou de Louisbourg, avec l'île Saint- Jean , et il ne nous est resté que l'île Saint-Pierre et les deux petites îles de ]\|iquelon 9 situées par 47 degrés de latitude septentrionale.

Les deux traités de 1 7 1 3 et de 1 763 ne s'étaient point expliqués sur la ligne de démarcation de la pêche à Terre-Neuve. Il y fut pourvu par le traité de Versailles ^irmais d'une manière qui a dQuné lieu à des difficultés. Nous renonçâmes à pécher sur la côte orientale. On nous assigna une côte ingrate à partir du cap Saint7Jean , passant par le nord, et le long de la côte 3e l'ouest jusqu'au Csip^Rouge, poury exercer notre droit de pêche conformément au traité d'Utrecht.

La propriété des îles Saint-Piwre et Miquelon fut cédée à la France, qui eut le pouvoir de pêcher dans le golfe Saint^iiaurent.

' Il avril 1713,

• Traite de Pijris du lo février 1763, article 5 et 6.

^ Traité de Versailles du 3 septembre 1785 , article 4 et S,

Ce droit de pèche au grand banc de Terre- Neuve , ainsi que dans le golfe Saint-Laurent , a été confirmé par l'article i3 du traité du 3o mai i8i4 ; il porte : « Quant au droit de pêche des Français sur le grand banc de Terre-Neuve , sur les côles de Tile de ce nom et des iles adjacentes , et dans le golfe de Saint-Laurent , tout est remis sur le pied où il était en 1792. »

Malheureusement il n'y avait rien de bien fixe â cet égard , et des contestations sans nombre s'élevaient sur nos établissemens de pêcheries dans ces parages , parce que 9 les traités se rapportant à celui d'Utrecht qui ne nous permet aucun établissement dédentaire, les Anglais donnaient à ce mot une interprétatioti qui rendait le droit souvent illusoire.

La pêche de la morue , tant aux îles Saint- Pierre et Miquelon qu'au banc de Terre-Neuve, ne s'en élevait pas moins en 1 788 à plus de 1 3,ooo,ooo de francs pour les pèches temporaires, et 1 ,3oo,ooo francs pour la pêche sédentaire de Saint - Pierre et Miquelon. Ces pêches entretenaient dix mille matelots et plus de trois cents bâtimens , qui reyersaieut dans nos colonies , ou en Italie et en Espagae , le surplus de notre consommation en morue.

L'île de Saint^Pierre a uqe rade large de quatre à cinq cents toises^ et longue de mille à dou2^ cents ; cette rade se trouve dans la partie est de l'île , et peut contenir trente à quarante bâtitnéns

4o8 ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

pêcheurs et autres de forte dimension. On compte à Saint-Pierre environ mille habitans.

Les deux petites iles Miquelon sont situées dans la partie ouest de Saint-Pierre. Elles ne formaient autrefois qu'une seule île : séparée par la violence de la mer , la partie du nord se nomme la grande , et celle du sud la petite Miquelon. La population des deux peut s*élever à mille habi«tans.

Il y a dans ces îles des échafauds où les pécheurs français viennent préparer et faire sécher les produits de leur pêche avant de les envoyer en Europe.

Ces iles nous furent prises par les Anglais en 1 793, et rendues à la paix d'Amiens. Ce traité porte « que les pêcheries sur les côtes de Terre-Neuve et les iles adjacentes , et dans le golfe de Saint- Laurent, seront remises sur le même pied où elles étaient avant la guerre ». Mais on y avait trop limité la coupe du bois , et on y avait passé sous silence la conservation et réparation des cabanes et échafauds dès pêcheries : il aurait donc été important, dans la dernière paix , de s'expliquer sur ces objets; mais c'est ce que les Anglais, qui ont dicté les stipulations relatives aux colonies , ont eu grand soin d'empêcher.

Ici se termine ce que nous avions à dire des colonies françaises d'Amérique. Jetons un coupd'œil sur l'état de nos étâblissemens à la côte d'Afriaue et dans l'Inde.

Établtssemens français en Afrique.

Ils nous avaient été tous enlevés par l'Angleterre. La paix d'Amiens nous les rendit ; nous les perdîmes de nouveau; enfin le traité de i8i4 nous les a rendues définitivement : il est dit, article 8 du traité de Paris ' : « Sa majesté britannique , stipulant pour elle et ses alliés , s'engage à restituera sa majesté très -chrétienne, 4ans les délais qui seront ci-après fixés , les colonies j pêcheries , comptoirs et établissemens de tout genre que la France possédait au i*' janvier 1792 dans les mers et sur les continens de TAmérique , de l'Afrique et de l'Asie , à l'exception toutefois des îles de Tabago et de Sainte -Lucie, et de l'Ile-de-France et de ses dépendances , nommément Rodrigue et les Séchelles , lesquelles sa majesté très-chrétienne cède en toute propriété et souveraineté à sa majesté britannique ; comme aussi de la partie de Saint-Domingue cédée à la France par la paix de Bâle , et que sa majesté trèschrétienne rétrocède à sa majesté catholique en toute propriété et souveraineté. »

L'article i4 porte : « Les colonies , comptoirs et établissemens qui doivent être restitués à sa ma-, jesté très-chrétienne par sa majesté britannique et ses alliés seront remis, savoir : ceux qui sont

' 3o Qiai i8i4«

4lO ÉTAT ACTUEL DU GOMMERGï;

dans les mers du nord ou dans les mers et sur les continens de l'Amérique et de l'Afrique , dans les trois mois , et ceux qui sont au-delà du cap de Bonne-Espérance dans les six mois qui suivront la ratification du présent traité. »

Les établissemens rendus à la France par ce traité sont ceux qui se trouvent placés depuis le Cap-Blanc jusqu'à la rivière de la Gambie et de Sierra-Leone ; ils étaient tombés au pouvoir des Anglais en 1808. Ce fut pour en prendre possession au nom delà France que les ministres préparèrent une expédition de quatre voiles , qui partit de l'île d'Aîx Je 17 juin 1816, et dont laMéduse^ si malheureusement célèbre par son horrible naufrage , faisait partie.

L'histoire du commerce de France nous apprend que dès les quatorzième et quinzième siècles les Français commerçaient sur les côtes occidentales d'Afrique , et qu'ils y échangeaient des toiles , des couteaux, de l'eau-^de-vie , des verroteries contre des cuirs • de l'ivoire , des plumes d'autruche , de

l'ambre gris, de la poudre d'or ; marchandises dont le commerce se fait dans les ports et à la côte , mais qui étaient apportées de l'intérieur du pays. A mesure que les cultures s'étendaient dans les colonies américaines, et que les bras des Caraïbes assujettis devinrent insuffisans pour les travaux qu'on en exigeait, un autre commerce y prit naissance ; on acheta des noirs cultivateurs le long des côtes d'Afrique, et dès -lors naquit le trafic des

hommes , dont l'Asie , terre de tout temps sou-< mise au despotisme , offrait des exemples et un modèle. Bientôt des compagnies exclusives , sous le nom de compagnie occidentale d'Afrique ou du Sénégal, s'emparèrent de ce genre de commerce. Il fut ensuite déclaré libre : des encouragemens lui furent donnés à différentes époques parlé gouyernement français, et surtout pour la traite, sans prévoir que cet odieux trafic cesserait un four, que ce jour ne pouvait être loin , et que le commerce des nègres serait proscrit comme contraire à la morale et à l'intérêt des peuples '. L'émula* lion fut portée si loin à l'aide de ces encouragemens, que, dans les derniers temps qui ont pré* cédé la révolution , la traite totale effectuée par Ils Français montait à quarante mille noirs par an, presque tous à la destination de Saint-Domingue.

' Nous ayons déjà remarquai que, malgré les rësdutioDS prises entre les monarques et rengagement formel d'empêcher le commerce des noirs, il ne continue pas moins d'avoir lieu dans presque toutes les coionîefi.

D'iyprès des tableaux autheotiqoesj il paraît qu'il a ëté^ importé d'Afrique à la Havane seulement, depuis 1790 jusqu'en 181 5, cent cinquante-neuf mille sept cent trente-un esclaves; en 1816 , il en a été in»p<Mrté dix-sept miUe sept cent vingt-deux ; et en 1817 , vingttrois mille einq cent sciisaïUe. tJne lettre écrjte le 19 mars 1819, par un officier employé à bord de l'escadre destinée à intercepter l«s bâtimens négriers , annonçait que la traite continuait avec la plus grande «Gtinté , et -qu'on s'était empare de plusieulv b«^timcD8 « entre autres d'une petlU gpeletie espagnole qui avait à boid quatre-vingt-d<'ax esclaves, dont trente-cinq jeunes filles; et d'une autre goélette, où des jeunes filles, renfermées dans des tonneaux, étaient presque mortes quand on le^ en fit sortir.

4l2 ÉTAT ACTOEL DU COMMERCE

Les autres colonies françaises de rAmérique s'approvisionnaient par interlopes.

On isait que depuis la révolution la traite française avait cessé tout-à-fait, et que les Anglais s'étaient emparés de nos établissemens à la côte d'Afrique. Jusqu'en juillet 1809 il ne nous resta que le Sénégal. Il fut pris alors par les Anglais.

A la paix d'Amiens le gouvernement tenta de rétablir notre commerce dans cette partie du monde ; mais, au lieu d'y favoriser des entreprises agricoles et des colonisations, il fit revivre la traite des noirs. Les hostilités ayant recommencé en l'an 10' (i8o3), les expéditions du commerce français devinrent la proie des Anglais , et nos relations avec la côte d'Afrique cessèrent entièrement.

On peut diviser en trois sections les parages où , depuis la remise de nos possessions d'Afrique, nous pourrions établir de nouvelles relations.

La première renferme la côte qui s'étend du Gap-Blanc au Cap-Tagrin , espace de trois cents lieues , où se trouve le Sénégal par les 16 degrés trois minutes de latitude nord.

A trois lieues environ du Fort -Saint -Louis, est la rade en face de l'embouchure du fleuve du Sénégal. Cette rade, comme la plupart de celles de la côte d'Afrique, est foraine, c'est-à-dire en pleine mer ^. Le fond en est bon ;mais, dans la saison des

' 3o floréal an io« ' -Du mot forai, eo-dehors.

pluies , les vaisseaux ne peuvent résister aux ouragans, et chassent le plus souvent sur leurs ancres: on y mouille par douze ou quinze brasses.

Quand on est entré dans le fleuve après avoir franchi la barre, Von voit à gauche la côte de Barbarie, langue de terre plate, inculte et stérile, formée d'un sable mouvant ; à droite est la Guinée , couverte d'arbres toujours verts, entremêlés de palmiers et de boababs ' : on traverse des troupes nombreuses de pélicans , et Ton arrive à une petite lie nommée ttle aux Anglais, presque toujours couverte d'eau, et ne pouvant servir qu'à l'établissement d'une batterie. A une lieue de là est l'ile Saint-Louis du Sénégal, chef lieu et principal établissement du gouvernement de la côte d'Afrique.

Cette île, que les nègres appellent iVrfflr^ a douze cents toises du nord au sud , et cent toises de l'est à l'ouest , largeur moyenne. De la mer, elle présente un aspect agréable et séduisant ; le fort est l'objet principal du tableau ; en avant sont les places d'armes et une batterie de canon ; à droite et à gauche du fort s'étendent les deux parties de la ville , dont les rues sont bien alignées , com-

' Boabab, arbre géant, dont l'immense étendue présente l'image d*ane montagne* couverte de verdure.

* L'Afrique y ou Histoire des mœurs et usages des Africains ^ pat M. Gfoffroi, docteur en médecine , tome i , page 65. Voyes ce que noiu avons dit du mérite de cet ouvrage dans l'introduction, en parlant de la tentative d'établir une colonie au Cap-Vert : projet aban* donné par la négligence et le manque d'ordre et de soin dans l'expédition dirigée pour cet objet.

4l4 ÉTAT ACTUEL DU GOMMERGE

posées la pleparl de cases de paiUe^ entrémêléesi d'un grand nombre de maisons en maçonnerie , couvertes^ de plates-formes ; ce qui présente un ensemble fort agréable.

Les bois qui bc^rdent la rive gauche du fleuve seoMent, de ce point de vue, appartenir à l'ile , et de loin lui donnent un aspect riant et champé^ tie ; mais, en y arrivant, Tillusion se détruit, Ton ne toit pins qu\m bane de sable maigre et stérile ; (pielnfues légumes venus à force d^eau et de culture , quelques palmiers ^ deux ou trois boababs et deux lataniers que l'on conserre avec soin , et cpii , par leur hau4!eur , se distinguent d^assez loin en mer ; à la pointe du nord un marais fangeux couvert de mangliers : voilà toute la végétation de l'île.

Le fort présente un carré dont les angles sont flanqués d'espèces de bastions mal tracés ; il sert de logement au gouvemeuf et à la garnison. Les remparts garnis d'artillerie ^ mais qui ne sont élevés que de douze ou quinze pieds, ne sauraient résister à une attaque régulière ; ils ne peuvent servir que pour en imposer aux Maures et aux naturels; ils seraient de peu de défense contre des Européens.

La véritable défense de la colonie contre les ennemis étrangers est tout entière dans la barre du fleuve et dans une batterie sur la pointe de Barbarie , vis-à-vis du fort, au village que l'on nomme Guettindar.

1>ES DEirX INDES. 4^^

La défense particulière de Tile consiste , outre le fort , dans la batterie à l'ouest en faee du fort , dans une batterie au sud pour empêcher les chaloupes qui auraient passé la barre de femonter le fleuve ', et dans une batterie au nord pour s'opposer aux invasions des Maures et à l'arrivée des embarcations qui pourraient franekir le marigot des Maringpois à la marée basse. Dan» les basses eaux l'on peut passer à gué de l'ile à la côte de Barbarie.

La population de l'ile Saint-Louis du Sénégal , que l'on portait en 1785 à six mille individus, tant mulâtres que nègres libres ou esclaves , était estimée de neuf mille en 18 18, y compris les Européens et la garnison. Chaque habitant traite pour son compte en rivière le mil nécessaire à l'approvîsionnem^ent de sa famille ; et de plus chaque jour il se tieut-urj) marché où les habita ns de la grande^ Terre viennent apporter du poisson, de la volaille, des fruits du pays , du vin de palmier , et autres denrées nécessaires à la vie.

Les gens de couleur et une partie des nègres sont chrétiens ; les autres professent le mahométisme.

Pendant huit npiois de l'année l'île n'a d'autre eau que celle que l'on puise dans des trous faits dans le sable, trous qu'il faut renouveler presque tous les jours. Cette eau est fort saumâtre , et de-

' C'est aipn cependant <)ue les Anglaif s'en emparèrent en juillet

4l6 ÉTAT ACTUEL DU GOMHERGE

vient plus ou moins potable en la faisant filtrer à travers des pierres poreuses que Ton tire des Canaries.

Le fleuve du Sénégal ne doit point être confondu avec le Niger ; celui-ci coule à Test , l'autre à l'ouest. Les découvertes de Mungo-Parck ont dissipé toute espèce de doute à cet égard '. Dans son cours de trois cents lieues au moins , depuis son embouchure jusqu'à Galam , le Sénégal forme un assez grand nombre d'îles , dont plusieurs remarquables par leur étendue et la bonté du terrain 9 qui se prêterait à toute espèce de culture.

. A soixante lieues de l'île Saint-Louis est l'île à, Morphil 5 dans laquelle est construit le fort de Podhor, placé à six cents toises de la rivière, exposé dès -lors à inanquer d'eau à la première attaque : il avait été construit pour protéger le commerce de la gomme; il a été jtigé inutile, et abandonné.

h Depuis les découvertes de ce célèbre et malheureux voyageur, leg Anglais ont poussé plus loin les recherches dans rintérieur de l'Afri» que. Une petite ambassade fut envoyée du fort Gape-Goast , établissement anglais sur la côte d'Or , diins le royaume des Aschantées » ' en 1817. M. Edouard Bowdich, chef de Texpédition, nous en a donné une relation pleine de renseignemens utiles sur ce royaume de l'Afrique, c On ne peut se refuser à une réflexion intéressante lorsqu'on examine le but de semblables entreprises, dit l'estimable auteur des Annales marUimet et coioniaies, quand , au lieu de ne voir dans leur issue que le succès d'un voyage hasardeux» on considère les motifs politiques qui l'ont déterminé , et qu'on en découvre les rap» ports avec le système général de colonisation et de commerce suivi avec tant d'ardeur par l'Angleterre; système que l'état actuel de lu population rend presque également nécessaire à toute l'Europe. >

DES DEUX IUDSS. 4l7

A deux cent quarante lieues plus loin, en suivant les contours du fleuve, est placé le fort Saint- Joseph de Galam , abandonné comme Podhor depuis long -temps, quoiqu'on fasse encore le voyage de Galam pour la traite de la gomme.

On ne peut s y rendre qu'une fois par an, parce qu'il faut profiter de la crue des eaux , soit pour monter à Galam en bateau , soit pour en descendre. C'est vers la fin de juillet, ou au commencement d'août qu'a lieu le départ ; les bâtimens se rassemblent en convoi , et partent sous la conduite d'un petit navire chargé , portant les droits et coutumes ' pour les princes du pays, et commandé par un officier^ chef du convoi.

Les bâtimens des habitans de Saint-Louis qui montent à Galam sont ordinairement du port de quarante à soixante tonneaux ; ceux des Européens qui viennent pour la traite , sont ordinairement d'un port plus considérable , quelquefois de cent soixante à cent quatre-vingts tçnneaux ; mais ils doivent ne tirer que peu d'eau. On. est forcé de faire montera Galam des bâtimens d'une grande capacité, parce que, quelle que soit leur dimension , ils paient tous les mêmes coutumes* Avant de partir l'on fait , près de l'embouchure du fleuve , l'achat du sel nécessaire pour le voyagé de Galam , dont il estiin des meilleurs articles. En six ou huit jours les bâtimens bons voiliers

' Oo donne ce nom de eoutumes aux tributs ou contributions qu'on paie. aux chefs ou rois des nations riveraines du fleuve.

4lS ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

peuvent arriver à Podor , à soixante lieues de Tile Saint -Louis : jusque là le Sénégal est d'une navigation assez facile ; au-delà , il est rare que Ton puisse aller à la voile. Aux orages violen s, qui sont fréquensdans cette saison, succède le calme le plus profond ; le fleuve, gonflé par les ^aux, est senxé de bancs dangereux, et charrie des arbres énormes qu'il arrache du rivage , et qui exposent les navires à être crevés.

Pour remédier à une partie des inconvéniens 4ont on vient de parier, et former une communication plus aisée entre Galam et Tîle Saint-Louis, on a tenté d'établir un bateau à vapeur sur le fleuve; mais, jusqu'à présent, il parait que le succès n'a pas encore répondu à l'attente. On attribue en partie le peu de réussite de l'entreprise à la nécessité de couper du bois pour entretenir le feu , ce qui obligeait le bateau de s'arrêter. Comme il n'y a que des palétuviers , il faut les chercher dans des marais fangeux qui bordent le rivage , travail que les matelots européens ne peuvent supporter, et qui, dans la première expérience, a détruit l'équipage.

On a lieu de croire cependaqt qu'avec de la con&tance et de nouvelles tentatives on parviendra à tirer partie de ce genre de navigation , qui conviendrait parfaitement sur les fleuves de cette partie de l'Afrique.

A cent cinquante lieues en remontant le Sénégal , l'on commence à apercevoir dans le lointain

DES DEUX 1NDE&. 4^9

quelques monticules ; on rencontre des villages grands et peuplés , dont les habitations , au lieu d être en paille , sont en terre-glaise , que Ton en- Tironne de feu pour les faire cuire ; oh les couvre ensuite de chaume. Le village entier est entouré de murs construits de la même manière. Chaque village a son chef ou seigneur particulier à qui Ton fait des présens. Des pirogues abordent les bâtimens ; chsicun apporte ce qu'il a à vendre , or, ivoire, millet, peaux d'animaux, etc. Le convoi avance toujours. Souvent on rencontre des îles flottantes couvertes d'arbres et de verdure ; lîlles ont été détachées des bords du fleuve par la crue subite des eaux : enfin l'on arrive à Galam.

Le fort de Galam est un petit carré flanqué de quatre bastions , dont il ne reste que les fondations ; il avait été construit par l'ancienne compagnie des Indes, qui avait trois autres fortins dans le pays de Bambouc. Cette compagnie avait conçu le projet et proposé des moyens assez efficaces pour faire exploiter en grand les mines du pays de Bamboue ; mais l'insalubrité des contrées qu'il faut parcourir avant d'arriver à Galam est un grand obstacle à tout établissement dans cette contrée ; cependant , une fois à Galam , 1^ pays devient salubre et moins funeste aux Européens.

Cette place est le lieu du rendez-vous du coovoi. C'était là que s'assemblaient les habitans du Sénégal pour convenir avec les chefs du pays dd$

prix des esclaves. Tous les livres sont pleins de la manière dont se faisait ce commerce criminel i nous n'en répéterons pas les détails ; nous parlerons de préférence du commerce de la gomme. Ce commerce a sa plus grande activité à Portendick, appartenant depuis 1785 aux Anglais, par l'imprudente cession que nous leur en fîmes.

Avec des soins et quelques encouragemens les Français pourraient le rappeler à leur établissement du Sénégal , comme nous l'avons vu autrefois. Voici ce qu'en dit un des voyageurs qui ont répandu le plus d'instruction sur le commerce de l'Afrique , et dont nous ne saurions trop recommander l'ouvrage^ux lecteurs qui désirent le connaître '.

« Quand les Européens commencèrent à fréquenter Arguin , Portendick et le Sénégal , les Maures durent sans doute leur offrir la gomme ; mais alors celle d'Arabie avait seule la vogue ; et ce ne fut que dans les commencemens du dixseptième siècle que les Hollandais firent connaître celle du Sénégal à l'Europe.

f Enfm les Français , devenus les maîtres de ce fleuve , et des mouillages d'Arguin et de Portendick , ne tardèrent pas à savoir que , dans les parties méridionales du grand désert du Zaarha, voisines du Sénégal , dans les contrées sablonneuses et incultes , existaient trois forêts considérables

' Fragmens sur ie comnwrce (fAfriquty par M. Golberry. Paris,

d arbres à gomme. Ils firent visiter et reconnaître les lieux où ces forêts se trouvaient situées ; les forêts elles-mêmes furent observées et examinées ; on sut que leurs distances se trouvaient assez rapprochées des bords septentrionaux du fleuve , et des mouillages d'Arguin et de Portendick , pour que le transport de cette denrée pût se faire aisément.

« L'arbre qui donne la gomme appartient au genre des acacias , et porte, parmi les Maures et les nègres voisins du fleuve , le nom d'uereck, quand il produit de la gomme blanche , et de nébueb , quand il produit de la gomme rouge.

« Ces deux espèces d'acacia-gommier sont les plus répandues , et se sont infiniment propagées dans les sables blancs et mobiles qui forment le sol des contrées dont la mer est bordée , depuis le Cap-Blanc de Barbarie, jusqu'au Cap-Vert, et dans celles qui sont situées au nord du cours du Sénégal , depuis Galam jusqu'au comptoir dit le Désert.

« L'arbre gommier du Sénégal n'a en général que de dix-huit à vingt pieds de haut , et sa grosseur commune ne passe guère trqis pieds de tour ; tels sont , suivant le témoignage des Maures qui nous vendent la gomme , les arbres des trois forêts de Sahel , d'Al-Fatack et d'El-Hiebar ; on y voit cependant des gommiers de vingt-cinq et de vingt-huit pieds de hauteur dans les iles de Sorr et deThiongh ; mais le sol est couvert d'une cou-»

che de terre végétale , et encore ces arbres n'y sont-ils qu'en très-petit nombre.

« Les tributs maures avec lesquelles nous sommes en relations habituelles au Sénégal , qui fréquentent les bords occidentaux de ce fleuve , et qui nous vendent la gomme , sont au nombre de trois , distinguées par les noms de Trarshaz , de Brachknaz et d'Ouled-El-Haghi ou Darmanko.

« La possession , la jouissance et le commerce des contrées méridionales du Zaarha , situées au nord du cours du Sénégal, depuis Tembouchure de ce fleuve jusqu'à la longitude de Galam , senâblent appartenir depuis plusieurs siècles aux Maures Trarshaz, aux Maures Brachknaz, et aux Maures Ouled-El-Haghi , communément désignés sous le nom de Darmanko.

« Ces trois tributs ont des établissemens fixes dans quelques parties habitables de ce vaste désert du Zaarha ; les Oasis qu'elles occupent sont éloignées de près de deux cents lieues du Sénégal dans l'intérieur du désert.

« La forêt de Sahel est possédée exclusivement par les Trarshaz; elle est entièrement composée de gommiers blancs, ou produisant de la gomme blanche , qui est la plus précieuse par sa pureté et par sa blancheur. Sahel est situé à vingt lieues au levant de Portendick , et à vingt-cinq lieues au nord-est de l'escale du fleuve que fréquentent les Trarshaz. En 178^ cette forêt était la plus importante , parce qu'elle mettait les Trarshaz en

relations fort actives avec les Français du Séné* gai, et avec les Anglais , qui, depuis le traité de 1783, avaient continué de fréquenter les mouillages voisins.

« La forêt d'£i-Hiebar est située plus au nord que les deux autres forêts de gommiers ; elle est à trente-deux lieues de lescale du Cok ou Coq et du fort de Podhor , à quai'ante lieues de l'escale du Désert, à trente lieues de Portendick, à soixante lieues d'Arguin ,.et à vingt-cinq lieues de la rivière de Saint-Jean, qui se jette darts la mer près du cap Mirick, et dont les Anglais s'étaient réservé la ptopriété par le traité de 1783.

« Dans les premiers jours àt décembre , les Maures quittent les résidences qu'ils se sont formées dans les vastes solitudes du Zaarha, où sont réunis leurs familles, leurs troupeaux , leurs chameaux et leurs richesses ; ils quittent ces chefslieux où ils passent toutes les mauvaises saisons , et chaque tribu se met en marche vers la forêt de gommiers qui lui appartient.

« Il ne reste aux Oasis que des vieillards décrépits, des vieilles femmes, des enfans en bas âge, des jeunes filles, tous ceux qui sont employés aux soins des troupeaux, à l'éducation des chevaux et des chameaux , et à d'autres occupations indispensables, et les enclaves noirs.

« Tout le reste forme une armée , dont la c(mi« position est aussi bizarre que sauvage ; c'est un assemblage confus d'hommes, de femmes, de

jeunes gens et de filks ; on y Toit même des enfans à la mamelle , et un grand nombre de cha-^ meau}t, de bœufs et de chèvres.

« Les rots, les princes et les riches montent leurs chevaux et leurs chameaux ; d'autres sont montés sur des bœufs ; d'autres sont à pied«

« En douze ou quinze jours de marche, chaque tribu est rendue à la forêt dont elle a la propriété, et au bord de laquelle elle établit son camp.

€ Le travail de la récolte dure six semaines; quand les amas de gomme sont formés , et que tout est ramassé , on se dispose à lever les premiers camps , et à gagner les bords du Sénégal.

a On charge la gomme sur les chameaux ou sûr les bœufs ; la charge ordinaire d un chameau est de quatre à cinq cents livres ; celle d'un bœuf est communément de cent cinquante livres ; la gomme est renfermée dans de grands et immenses sacs de cuir, faits avec des peaux tannées de bœuf.

« Toute la gomme récoltée et emballée n'est pas tout de suite chargée sur les bêtes de somme qui doivent la porter sur le bord dii fleuve , aux différentes escales où elle se vend ; les chefs des tribus, seulement, se rendent alors à ces escales, accompagnés d'un certain nombre des principaux Maures, qui, presque toujours, sont ou se disent parens des rois, ou de leurs femmes favorites, et suivis d'une escorte de gens armés.

« Pendant que les chefs des tribus sont en pour-.

parler pour convenir du prix auquel la gomme sera vendue , les camps des Maures chargent leur gomme , se mettent en route , et s'arrêtent à deux journées du fleuve ^ où ils attendent la conclu* siou des conférences de leurs chefs avec les préposés du gouvernement du Sénégal , et avec les marchands français.

« Les employés et les préposés à la traite de la gomme , et les marchands qui se rendent au\ Disert et à Podhor , pour Tacheter , savent combien dans ces foires barbares il faut supporter d'incommodités , de fracas et d'ennuis.

« Quand tout est convenu de part ^t d'autre , les chefs maures retournent aux camps, et annoncent à leurs tribus que la traite va s'ouvrir.

€ Les cafmps se mettent en marche, et quelques jours après sont établis sur les bords du fleuve. '

€ C'est à cette escale, que les Français ont nonpimé le Désert y et qui est en effet un des lieux les plus arides et les plus déserts de la terre, que se tient principalement la foire de la gomme. Cette escale est située sur le bord du fleuve , à égale distance de l'ile Saint-Louis et du fort de Podhor, et les Trarshaï y portent toute la gomme de la forêt de Sahel.

«Il est difficile de se faire une juste idée du désordre et du tumulte d'un assemblage aussi bizarre , et de donner le véritable tableau de la singulière confusion qui règne dans ces camps de barbares.

« Quand les Maures sont tous rassemblés sur les bords du fleuve , et que leurs camps sont établis ; quand tout se trouve arrangé et disposé pour commencer la foire de la gomme , un coup de canon est Tavertissementquî annonce que la traite peut s'ouvrir.

« Pendant les années 1785, 1786 et 1787, la quantité de gomme portée annuellement dans les comptoirs du Désert et du Cok s'est élevée à huit cents milliers , et, en outre > les Maures Trarshaz en portaient annuellement aussi à Portendick, environ quatre cents milliers qui y étaient achetés par les Anglais.

«Les trois forêts de Sahel, d'Al-Fatack. et dïll-Hiebar , assurent donc une récolte constante d'au moins douze cents milliers de gomme ;, et si aucune partie de la gomme de ces trois forêts n'était détournée, cette branche de commerce suffirait seule pour rendre nos comptoirs du Sénégal fort importa ns.

« Au commencement de 1 784 » M- de Repentigny fit visiter et reconnaître une forêt de gommiers blancs, située à quelques lieues au nord du Sénégal et du lac de Goumel, à peu près entre le 5* et le 7' degré de longitude orientale de l'Ilede-Fer ; elle est aussi au milieu des sables blancs et mouvans du Zaarha.

Cette forêt est principalement composée de cette espèce de gommiers blancs que les Maures appellent ded^ et qui appartient à une des cinq

sortes d 'acacias-gommiers dont a fait mention M. Adanson.

« L'ancienne compagnie des Indes avait connaissance de cette forêt; et, dans l'intention d'en récolter la gomme , elle avait formé un établissement dans l'île de Bilbas , vis-à-vis d'un village nègre nommé Guérouf; mais il n'a pu subsister.

« La contrée où se trouve cette forêt est encore de la dépendance des deux tribus germaines des Brachknaz et des DarmanLo; il a fallu faire un traité avec eux pour la gomme ; il a été indispensable aussi d'en faire un autre avec les Nègres- Foulhas , que nous appelons Peuls ou PouU f pour pouvoir librement traiter avec eux des vivres, et d'autres objets de subsistance.

« Ces traités conclus, on forma l'établissement, et on construisit une espèce de fort où devait être placé le comptoir ; les Maures y portèrent de la gomme ; mais , à l'époque où ils quittèrent les bords du fleuve pour se retirer dans leurs Oasis , les Foulhas se soulevèrent contre les employés que la compagnie des Indes y avait envoyés; ils s'étaient persuadés que le comptoir de Guérouf, trop favorable aux Maures, leur deviendrait funeste ; et , sans égard pour le traité que leur roi, ou siratick, avait fait avec la compagnie, les Foulhas attaquèrent ce comptoir, le forcèrent, massacrèrent quelques employés et le capitaine d'un bateau de l'île Saint-Louis qui venait d'y arriver avec des matériaux de construction.

« La gomme se paie aux Maures avec des pièces de toile de coton teintes eu bleu indigo , qui se fabriquent aux Indes , et qui portent , dans le conlmerce de l'Afrique occidentale , le nom de pièces de Guinée. Ces pièces de toile ont de sept à buit aunes de longueur, et une demi-aune de largeur : ces toiles entrent comme partie essentielle et principale dans tous les marcbés qui se font, et les Maures n'admettentpas d'autres marchandises pour la traite de la gomme.

t On a essayé en France de contrefaire ces pièces de Guinée ; mais sans doute ces essais ont été imparfaits. Les Maures ne s'y trompaient pas ; ils avaient à cet égard un tact qui leur' faisait reconnaître sur-le-champ si une pièce de Guinée avait été fabriquée en France ou dans L'Inde ; ils ne s'en rapportaient ni au toucher, ni à la couleur; ils portaient une pièce de Guinée au nez,^ et c*est par l'odorat qu'ils s'assuraient de sa véritable qualités Ces toile^ de l'Inde, et l'indigo dont les Indiens se servent pour les teîqdre , ont sans doute une odeur particulière qu'on n'a pas encore su iihitér.

« De 1780 à 1787 , les Maures ont donné constamment le kantar de gomme, pesant deux milliers , pour quinze pièces de Guinée. Cette matière n'a jamais coûté plus cher à la compagnie de la gomme, établie au Sénégal en 1784, et à ce prix elle en traitait annuellement quatre cents kantars , valant huit centé milliers.

■ Quand , en 1 784 > MM. de Repentîgny et Durand conçurent le projet de donner plus d'étendue au commerce de la gomme, les Maures Brachknaz et les Maures Darmanko offrirent d'en livrer deux cents kantars à Guérouf , dans l'île de Bilbas , et deux cents kantars à Galam ; cela formait ensemble huit cents milliers de gomme, dont les Maures ne demandaient que djx pièces de Guinée pour le kantar '.

c II résulte des états qui en ont été dressés, que les trois forêts de Sahel, d'Al-Fatack et d'El-Hiebar, produisaient douze cents milliers de gomme, qui se traitaient sur le pied de quinze pièces de Guinée le kantar ; que les Maures ont offert d'en fournir encore huit cents milliers des forêts de Guérouf et de Galam , sur le pied de dix pièces de Guinée par kantar. Mais supposons qu'à cause du transport de la gomme de ces deux dernières forêts , et des présens ou encouragemens qu'il conviendra de donner aux tribus des Brachknaz et des Darmanko, pour la livrer au fort de Podhor, cette gomme soit aussi acquise au prix de quinze pièces de Guinée le kantar , les deux millions de livres de gomme que produiraient les cinq forêts emploieraient quinze mille pièces de Guinée.

« Si l'administration du Sénégal sait se ménager les Maures du Zaarha, et les chefs des nations noires qui peuplent les bords méridionaux du

' Le kantar est une grande mesure qui contient deax mille* livret pesant de gomme.

43o ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

fleuve , si Ton sait employer avec eux une sorte de politique bien concertée , la gomme abondera à nos comptoirs ; la traite s'en fera avec la plus grande facilité. Les résultats de cette branche de commerce sont certainement assez avantageux pour mériter la considération du gouvernement.

« L'abondance de la gomme , ou des arbres à gomme,. dans toutes les contrées voisines de l'ile Saint-Louis du Sénégal et des bords de ce fleuve, çst imiïiense. On a parlé des cinq grandes forêts de Sahel , d'Al-Fatack , d'El-Hiebar , de Guérouf et de Galam; mais, outre ces cinq forêts, on trouve partout , sur les bords du fleuve et dans ses ^îles , une quantité prodigieuse de gommiers , dispersée çà et là , dont il serait fort aisé d'engager les nègres à faire la récolte partielle ; et cette récolte qu'offrent les gommiers dispersés se porterait peut-être à cent ou deux cents milliers de livres. »

On voit donc que le principal et le plus important objet d'échange qui se f^it au Sénégal est le commerce de la gomme. Quelques difficultés élevées entre les Français et les chefs de Trarshaz ont eu de l'influence sur ce commerce, et ont accru la traite de la gomme à Portendick, où sont les Anglais; mais ces difficultés peuvent être levées par les soinsxlu gauvernement. La traite des noirs au Sénégal ne passait pas douze ou quinze cents autrefois. Doit-on regretter un pareil commerce , quand on réfléchit à celui qu'on peut en-

DES DEUX INDES. ^5 ï

core faire au Séaégal en productions du pays , qui s'y multiplieront à mesure que la civilisjation y fera quelques progrès ! <

Les productions qu'il offre déjà consistent en poudre d'or, cristal de roche, salep, tamarin, mil, café , ^indigo , cire, gomme, tortues , cuirs, bestiaux. C'est surtout à Saint-Louis que se font les expéditions et les négociations pour la traite de la gomme, de l'or et du morphil ou ivoire.

L'escale du désert, à vingt-cinq lieues de l'île Saint ^Louis, dans le royaume de Brac, est le lieu où s'effectue par les Français la traite de la gomme avec les Maures, qui, comme nous l'avons TU , l'y apportent des trois grandes forêts de gommiers; elle se fait encore à Podhor , dont il a été question plus haut. Enfm Galam , qui a un comptoir français, est célèbre et intéressant par sa foire considérable, qui se tient pendant les quinze premiers jours de novembre , et où il se fait un commerce d'échange de poudre d'or, d'ivoire , de peaux de bœuf, de riz, de gomme, contre des toiles de Guinée, des armes à feu, de la verroterie, etc. ; aperçu qui montre que le commerce français n'est pas sans quelques ressources et quelques moyens de faire d'utiles spéculations daùs nos établissemens du Sénégal.

Nous pouvons y joindre i* l'île de Corée, située par le 14" degré de latitude^ Ce n'est en quelque sorte qu'un rocher ; mais elle offre une relâche aux vaisseaux , et a une excellente rade ;

43â iTAT ACTUEL DU GpBlllERGE

elle est à environ une lieue de la terre ; elle a une lieue de tour et une population de six mille habitans , naturels et Européens.

L'île de Gorée peut se diviser en deux parties : la partie haute, formée de colonnes de basalte implantées les unes sur les autres, comme la chaussée des Gians en Irlande , éleivée de près de trois cents pieds au-dessus du niveau de la mer, presque inaccessible de trois côtés , et tenant à la partie basse par une rampe assez roide où Ton a pratiqué un chemin pour conduire Tartillerie. La ville est bâtie dans la partie basse qui se termine par une sorte de môle naturel appelé Pointe-dw^ nord. Ce môle renferme une batterie , et se trouve en quelque sorte isolé de Tîle par le fort Saint-r François , qui commande le débarcadaire.

Sur Je haut de la montagne est Iç' fort Saint- Michel , originairement construit par les jBpUandais , qui ont possédé Tile ; il y a aussi plusieurs batteries ; mais la plupart de ces ouvrages sont en fort mauvais état. Une belle poudrière , Thôtel du gouvernement, qui est assez convenable ; un beau quartier pour la troupe, un hôpital assez bien situé , pais peu spacieux , sont les établissemens publics de cette île. La plupart des maisons sont assez bien bâties; elles sont construites en basalte , cimentées avec de la chaux et du sable , et terrassées à l'italienne.

Corée est devenue un point assez important pour la protection de nos établissemens dans ces

D£S DECX INDKS. 4^^

parages. Malheureusement il n'existe dans Tîle qu une petite fontaihe d'eau douce , qui ne peut suffire à la consommation des habitans ; mais il serait facile de remédier à cet inconvénient par rétablissement de citernes : le fort Saint- François en renferme deux ; elles sont trop petites. Il serait aussi nécessaire de faire dans l'ile un appro-^ yisionnejpoient de charbon de terre pour suppléer au bois que Ton ne pourrait se procurer du continent , en cas de siège.

^ La rade foraine de Gorée est assez bonne , mais les yaîsseaux ne sauraient y supporter les ouragans qui régnent pendant la saison pluvieuse. Le canal entre l'île et la grande-Terre ne sert point de mouillage ; il est trop difficile d'y appareiller, et l'on courrait jisque de se perdre sur la côte.

Rafraîchi par les vents de mer , l'air cju'on res-^ pire dans cette île, presque toiite l'année, est frais et tempéré. Gorée est un des endroits lès plus salubres de la côte d'Afrique ; c'est celui où les Européens malades et habitant le Sénégal viennent rétablir leur santés

L'île de Gorée tomba au pouvoir des Anglais en 1800 (germinal an 8 ). Elle devait nous être rendue d'après les préliminaires de la paix d'Amiens ; mais il fallut la reconquérir. Cette prise est ud des beaux faits d'armes de la garnison du Sénégal ^ ; mais l'imprévoyance du commandant

* iS janvier i8o4>^

434 ÉTAT ACTl}£L DU COtfM£RG£

de rite de Corée la fit retomber bientôt après au pouvoir des Anglais.

En suivant la côte v^rs le sitd on trouva *Rufique , en langage nègre Tantagueille ^ Portudal ou Sali^ Joal ou Guivala^ tous anciens éta^blissemens des Portugais , eiatièrement détruits aujourd'hui, et dont on aurait peine à retrouver des traces.

Cependant la population de ioal , qui, quoique parfaîtenaent noire, se prétend d'origine portugaise, a conservé l'apparence de la religion catholique ; les habitàns portent tous des noms portugais. Les blancs y sont en général mieux reçus que sur tout le reste de la côte.

On a essayé d'établir un comptoir à Cahone, capitale du pays de Salum , situé dans le haut de la rivière de ce nom ; mais ce projet n'a pas réussi.

Dans cette partie de la côte que bous venons de parcourir, c'est-à-dire depuis le cap Blanc jusqu'au cap Tagrin, nous avous encore l'établissement de la petite île d'Arguin , à dix-sept lieues sud-est du cap Blanc , et dans le golfe de son nom. Cédé aux Anglais par le traité de 1 763 , il nous fut rendu par celui de 1783; repris par les Aqglais dans la dernière guerre , nous y sommes rentrés par la paix de i8i4- Nous y avons un comptoir. Le commerce qui s'y fait est surtout celui de la gomme , que les Maures y apportent du Désert : commerce très-diminué aujourd'hui, ou pour mieux dire que nous avons laissé en-

Vabir par les Anglais à Portendick ; mais e^fin qui peut reyivre un jour.

On peut en dire autant des petites îles Bissagots • qui naiis sont communes avec le Portugal ; des idoles et de la rivière de Sierra -{Leone, ep commun avec les Anglais ; enfin du comptoir d'Aïbreda, sur Ja rivière de Gambie; c'est un village assez considérable, et dont on pourra un jour tirer meilleur parti pour les établissemens à former sur cette côte.

Nous avons déjà paillé des essais d^établissement qui ont été faits dans ces derniers temps au Cap- Vert , et dont le chevalier de Boufflers avait jeté les f on démens en 1 786.

Il s^agissait de former un établissement colonial dépendant de la France; on y aurait réuni des colons européens, et Ton aurait répandu les principes de la culture et de la civilisation chez les noirs.de cette partie.de l'Afrique , où tout se montrait favorable à ce projet. Ge n'est pas , au reste, la seule fois que les entreprises les mieux conçues ont été sans succès; aussi ne peut-on s'étonner que, par un enchaînement de fautes ou de mauvaises dispositions , le gouvernement ait fait dans celle-ci des sacrifices considérables sans qu'il en soit résulté rien de satisfaisant.

Mais ce mécompte dans l'exécution d^ùn aussi grand et aussi important projet ne doit point en détourner pour toujours ; des circonstances plus heureuses, un meilleur choix d'agens et de moyens

peuvent faire réussir ce qui n'a manqué peut-être que par défaut de prudence, d'ordre et d'économie ?.

En suivant la seconde division de Ja côte d'Afrique du cap Tagrin au cap de Lopez-Gonsalvez , dans une étendue de six cents lieues , on trouve la Guinée ^ la Côte-d* Ivoire j et la Côte-d'Or.

La France, dans cette vaste étendue, n'avait que deux comptoirs, celui d'Amokou, et celui de Juda ou Juida , où se trouvaient aussi un comptoir anglais et un comptoir portugais. Ce pays est un des plus beaux que l'on puisse voir; il est trèsfertile et le plus commerçant de la haute Guinée ; malheureusement la côte est d'un abord difficile, par une barre qui rend périlleuse l'approche des canots. Le pays ou royaume de Juida est un de ceux où la traite des nègres a toujours été la plus abondante ; elle s'y fait encore avec activité , tant est grand l'empire de la cupidité sur la justice et les lois; elles avouent leur impuissance à en arrêter les excès.

Les comptoirs sur cette côte ont été abandonnés , et nos navigateurs ne se dirigent à Juida que pour partager le commerce clandestin de la traite.

Le comptoir de Juida ne relevait ni du Sénégal ni de Gorée. II coûtait une quarantaine de mille francs d'entretien , y comprisses présens ou cou-

' Une association de capitalistes, d'hoînmes instruits et zélés, protégés par le gouYernement, pourrait reprendre ce projet, et l'exécuter au grand avantage du commerce et de ceux qui se seraient intéressés à son succès.

tiKoes payées au roi de Dahomé , tyran ou maître de cette contrée.

La troisième division que nous avons établie des côtes d'Afrique s'étend du cap Lopez au cap Negro.

Dans cette étendue de côtes on trouve Loango , Congo, Angola, etc. , fréquentés par toutes les nations.

De nombreuses contestations se sont élevées entre les Français , les Portugais et les Anglais , relativement aux droits que ces derniers prétendent avoir exclusivement sur les côtes où ils ont des établissemens ; mais ces droits prétendus sont chimériques , si , comme l'établissent les publicistes , on ne doit respecter l'exclusif que dans l'étendue de la portée du canon , au-delà des derniers ouvrages des forts.

On se rappelle qu'en 1783 les Portugais firent une invasion à Cabinde ^ , et forcèrent les traitans français à se retirer. Cependant, Tannée d'après, le gouvernement commanda une. expédition armée ; l'établissement fut repris , et le Portugal reconnut les droits de la France.

Le reste de la côte d'Afrique jusqu'au cap de Bonne-Espérance a été jusqu'ici peu fréqurulédes Européens , même des Portugais et des Anglais.

1 C'est un endroit délicieux de la côte d'Angola , où l'on faisait U traite des nègres, et où nous pourrions former une colonie agricole. Les Portugais^ pour f^*en rendre mailres, y axaient ëlabli un fort, mais les Français les en chassèrent, et restèrent maîtres de cette intéfessante poMession après la paix de 1783.

Mais ces derniers , maîtres du cap de Bonne- Espérance, ont de grands moyens de s'ayancer dans, les parties intérieures, où ils font marcher de front la culture et la cÎTilisation : heureux effet de cet esprit public , enfant de la liberté , dont nous avons si souvent occasion d'admirer les prodiges , en plaignant les peuples qui n'en savent pas assez apprécier les avantages !

Le commerce que faisait la France au Sénégal, à Gorée et aux établissemens voisins, était indépendant de cette côte.

On voit, parle tableau du commerce et delà navigation entre la France etles contrées occidentales d'Afrique , le Sénégal , la Guinée, etc., que , pendant une année moyenne de 1787 à 1789 inclusifvenaient, ît est sorti des ports de France, pour le commerce avec ces régions , cent huit bâtimens jaugeant trente-huit mille cinq cent quatre-vingtseize tonneaux; et qu'ils y ont porté en marchandises et productions nationales des cargaisons montant à une valeur de i8^â56,ooo francs. Craq bâtimens jaugeant huit cent trente-trois tonneaux sont venus de ces mêmes régions eti France pendant le même temps . avec des cargaisons d'une valeur totale de '2^0^^,000 fr. : différence qui mon^ tre que , dès cette époque, la balance avec l'Afrique était en faveur de notre commerce. La traite des noirs n'est point comprise dans cette estimatiofi.

Le comtnerce français rie parait pas avoir erir core assez apprécié les avantages que lui offrent

D£S DBUX INDES. 4^9

DOS possessions d'Afri(|tte : habitués, à ne les considérer que sous le rapport de la traite des noirs , nos spéculateurs ne seoi^hlent pas se douter qu'il * existe dan& ces régions des sources de richesses bien autrement importantes que ce trafic inhumain s;i justenoent proscrit : en a cependaat sous les yeux le récit des efforts qiiie les Anglais ne cessent de faire pour étendre de plus en plusieurs relations avec les peuples africaiiisu Tandis que les érénemens de la guerre nous interdisaient l'approche de ce continent , de grandes tentatives ont été faites par TADgleterre pour y introduire la civilisation I et le goût des produits de l'industrie. On sait qu'une compagnie privilégiée exploite le commerce britannique en Asie ; naais il est per^ mis à tout sujet de cette puissance de déployer ses spéculations dans l'Afrique occidentale ; et depuis quelque temps des plans savamment combinés promettent de changer la face de cette partie du inonde. Toujours sûrs de l'intention du gouveraement , libres dans leurs actions privées , encouragés par les applaudissemens de leurs concitoyens et l'appui des ministres , ordinairement grands hommes d'état , les Anglais exécutent leurs opé-

' Ces tentatives, dont plusieurs ont été couronnées du succès, sont dues à U soeiéti africaine, composée d'Anglais attachés à îa prospérité de leur pays , et qu'il ne faut pas confondre avec ka eempagnie d'Afrique. En 1818 cette société a envoyé huit missionnaires à l'ouest de l'Afrique, deux au nord de l'Inde , et neuf à la Nouvelle- Zélande. Ses revenus s'élevaient à aS,ooo livres sterling ; ses dépenses à la même somme.

rations avec cet esprit d'ordre et de patience ^uî triomphe de tous les obstacles , et finit par capter les faveurs de la fortune : c'est par un grand nombre de rivières que leurs bâtimens et leurs embarcations pontées parviennent jusqu'à des distances considérables dans l'intérieur du pays; c'est ainsi qu'ils y introduisent leurs missionnaires , leurs savans voyageurs et leurs négocians. Les bords de ces rivières , fort peuplés et trèsfertiles , sont des marchés toujours ouverts où ils tiennent leurs comptoirs , et où se rendent une foule de marchands nègres qui leur ajpportent les précieux objets pour lesquels ils entreprennent des courses vers le centre de ces immenses régions. L'établissement de Sierra-Leone, malgré quelques revers , est un des foyers de cette grande activité. Sur ce point important viennent se réunir les denrées les plus recherchées , et les plus riches métaux. Les Africains , s'habituant peu à peu aux usages des peuples policés , compiencent à goûter les agrémens d'une vie commode , et se font des besoins de ce qui sort des manufactures d'Europe.

L'avantage que nos voisins auront trouvé à opérer cette révolution , nous aurions pu nous le procurer sans les guerres étrangères et les discordes civiles, qui ne nous ont pas laissé le temps de porter nos regards au-delà des mers.

' Voyez ce que nous disons de la SèvUgwnbic angiaUe, dans l'arr tîcle des possessions britanniques en Afrique.

En nous restituant le Sénégal , l'Angleterre nous a mis à même de profiter des améliorations que ses industrieuses relations y ont pu produire, soit à regard des cultures , soit dans les habitudes des Afriiîains : ne doutons point que des établissemens d'où se propagerait dans toute l'Afrique française l'usage de nos produits industriels ne nous dédommageassent en partie de nos pertes en Amérique. Si l'on considère que les bénéfices de la métropole dans ses colonies consistent moins dans les productions qu'elle en retirO) et dont elle peut se pourvoir ailleurs , que dans l'espèce de monopole qu'elle exerce en les appro- Yisionnant exclusivement , on reconnaîtra facilement combien nous pouvons gagner dans l'exploitation d'un grand fleuve dont nous tenons la clef, où nous pouvons être les seuls navigateurs, et qui nous ouvre l'intérieur d'une riche partie du monde. Ceux qui , au sujet des colonies , ne savent faire des vœux que pour notre rentrée à Saint - Domingue ne remarquent pas que les avantages qu'ils regrettent tenaient à des circonstances qu'il n'est plus guère permis de voir se renouveler ; ces avantages résultaient surtout de la vente au -dehors de la plus grande partie des denrées coloniales , parce que nous étions alors pour le Levant et l'Italie , et presque* pour tout le nord, les principaux pourvoyeurs de ces denrées.

Le commerce qu'on peut faire par le Sénégal ,

en s'ocisupant de la civilisation d'une infinité de peuples, est le plus simple et le moins hasardeux qcre IW connaisse. €e fleure, auqpuel on suppose ' six cents lieues de cours , et qui est navigable presque fusqu'à la moitié, ne nous garaDtrl41 pas, dans les vastes régiioms qu'il traverse, un véritable monopole pour la vente d'une înnombi'ableqiian-* tité d'objets, dont les peupks prendront promptement le goût 0u le besoin ? Ce trafic paisible, qui ne craint peint la concurrence d'autres nations , n'exige pas la sortie du numéraiire comme celui de l'Inde ; des avances co^nsidéirables n'y sont point exigées comme dans nos îles pour l'achat des es^ claves et des plantations ; les envois n'y sont point de nature à souffrir des retards que pourrait éprouver leur débit ; les marchés ne s'y font que par échanges, et le négociant n'est pas plus tôt dessaisi de sa marchandise , qu'il en reçoit la valeur accrue d'un bénéfice considérable.

Les objets qu'on a expédiés jusqu'ici pour le Sénégal ont donné des profits, dont quelques-uns s'évaluent à deux cent pour cent. A ceux de ces articles déjà connus , tels que la verroterie , la poudre à canon , le papier, les chapeaux , les bonnets de laine rouge , la laine filée , les serges , les draps, les toiles de lin et de chanvre , le coutil , les indiennes , guinées et autres toiles de coton , l'argent, l'étain , le cuivre ouvragé , le fer en barres , toutes sortes d'instrumens et d'outils de fer , le , sel , la bières, l'eau-de-vie et autres liqueurs fortes ,

9D pourrait ajouter les étc^s de soie. Les femmes des bords du Sénégal ont commencé à en faire entrer dans leurs ajustemens. On pourrait s'y procurer ayec le débit des grains d^ambre jaune , d!u corail travaillé , et des cornalines en cordes ou chapelets y celui d'une grande quantité d'écharpés de taffetas à franges fausses.

De son côté la Sénégambie a de quoi reconnaître les présens de l'Europe. Les habitans , accoutumés à plu$ d'aisance et à la consommation de nos marchandises , s'apercevront de plug en plus qu'il ne tient qu'à eux de les obtenir par l'échange des dons d'une terre libérale. On peut trouver en Afrique tout ce que présentent les autres parties du monde ; ses terres chaudes et humides ne refusent de produire ni les denrées de rinde , ni celles que nous faisons produire à grands frais dans nos ries d'Amérique. Peu de temps suffirait pour que les bords des* rivières se couvrissent de plantes et d'arbres aromatiques , de canne àsilcre, de café, de cacao, de rocou, d'indigo, de coton , de tabac, et même de lin. L^indigo a dans le royaume de Salum ^ un terrain très -propre

' Le pays de Salum , situé sur la me gauche de la Gambie ou 6«a[ibr&, non loin dt son emboticktir<5 , peut a^oir soixante lieues d'étendue de t'est à foue«f , Bvtt une largcut moyenne de vingt-cinq Keuet. Sa population est estimée de prés de trois cent mille âmes.

Le marffiB ou rivière de S^alum ne remonte pas dans l'inférieur des téntv aiFdélè de tretvte lieue».

Gâhone est la carpitale de Salum et la résideiofce du prince ; la Dnarée remonte jus^'à cette viQe. On peut mouiller par six brasses à Cabota, village à une lieue au-dessous de Cahone.

à sa culture. Les plaines qu'on traverse en allant de Rufisque à Saint-Louis en donnent la preuve ; l'indigo , ainsi que le tabac , dont cette contrée abonde également, sont d'une excellente qualité. Le tabac vient très- bien dans le pays de Cayor, ainsi que dans l'île dite de Jean-^Bart. Les cotonniers réussissent parfaitement et sans culture dans toutes ces contrées , surtout près de Guîora et au royaume de Salum. On en tirerait aussi le mastic, la manne , la casse , l'euphorbe, ]a térébenthine, et des bois pour la marqueterie , la teinture et la construction ; celui de ces deux dernières espèces, ainsi que beaucoup de cire, viendrait de Salum. Il y a près du lac de Pania-Fouli ^ une forêt de bois d'ébène ; il n'en coûte que la peine de l'exploiter et de le transporter à bord des barques , sans compter les grandes levéesqu'on en peut faire quand les eaux sont hautes à Donaï sur le fleuve, au Marigot de Bolle, dans le royaume de Fou- Ihas, dans celui de Falémé, et au royaume de Galam. On y trouve aussi dé très-beaux marbres de diverses couleurs ; ce marbre ne coûterait que le travail nécessaire pour l'extraire des mines, qui

' lious répétons à nos lecteurs qu'ils ne trouveront aucun de cet lieux, et bien d'autres de la nouTclle géographie, dans les dictionnaires même les plus modernes , tous faits sur les anciens , ou par des personnes étrangères â ces détails; ils ne peuvent presque plus servir pour Téliidc du commerce, des découvertes tt de Thistcire du globe. JNotre littérature scicntîGque a besoin d'un dictionnaire de géographie fait sur de nouvelles bases» et d'après une nomeaclatuv6 plus complète que l'ancienne.

sont à quelques lieues au-dessus deTuabo^ et prés de Tafalisga.

D'immenses provisions sont transportées des mouillages du Bur-Sin à Tile de Gorée. Les habi* tans du continent , qui n'ont pas d'autre débouché, les y vendent à très-bas prix : aussi pourraiton joindre au commerce de cabotage que fait cette ile un autre commerce dont la valeur pourrait dépasser trois millions, si Ton y établissait des communications par caravanes avec le pays de Bambouk , ou si Ton formait un établissement commercial et agricole à Baol , pour mettre dans les états du Damel l'agriculture en faveur ' ; car les nègres , chez eux, n'ont besoin que d'être excités par le désir d'avoir de quoi faire des échanges , et par l'exemple de ceux qui exerceraient sous leurs yeux l'art d'obtenir de la terre d'autres trésors que des métaux.

Les marchés qui se tiennent sur le cours de la principale branche du Sénégal, ainsi que sur la branche qui porte le nom de Rivière-^à'-Morphil , sont tellement pourvus de blé de Turquie , que , dans les environs de l'île Saint -Louis, le prix en est tombé à lo sous le quintal. Les habitans font du blé de Turquie leur principale nourri-

' Ce dernier point serait difficile, à moins qu'on ne changeât le gouvernement de ce pays. Le Damel est un impitoyable tyran , sans foi et sans frein. 11 faudrait ôter le sceptre de Gayor à des mains teintes du sang des hommes, et le placer dans celles d'un prince humain et raisonnable. Voy, le voyage de M. MoUien, fait en 1818 par ardre du goavemement, et imprimé en iSao chez la veuve Gourcier.

ture. Le riz vient aussi en abondance au royaume de Salum , et dans tous les cantons inondés. Les pois et la plupart des légumes d'Europe y sont très - communs , surtout dans les terres du lac Pania-Fouli, que Ton met en valeur au temp^ des basses-eauXé Le froment, une fois acclimaté, pourrait y donner des récoltes comparables à celles de TÉgypte.

Les Maures vont se pourvoir tous les ans dans les belles campagnes de Cayor et de Bondou , de plus de trois mille quintaux de dattes , et en laissent encore assez pour la consommation des ha-* bitans. Les bestiaux et la volaille sont à très^bon marché. Tout le canton de Ghildée est fort renommé à cet égard. Dans le pays de Cayor et ^e. Bondou on a , par le bénéfice <le l'échange , un bœuf pour la valeur de 2 à 3 francs ; et des moutons qui ne reviennent pas à plus de 10 à 12 sous. Tout cela explique comment , avec 6 sous et trois livres de millet par jour , les esclaves qui servent de matelots sur le fleuve , et qui ne travaillent guère que six mois de Tannée , ont de quoi nour* rîr leur famille , même en retranchant de ce modique salaire la moitié qui en revient au maître.

A ne considérer le commerce du Sénégal que sous un rapport tout-à-faît indépendant des accroissemens dont il est susceptible , on peut juger que depuis long- temps il porte sur un fonds asseît riche, quand on pense que la compagnie, qui en avait obtenu le pi:ivilége«en 1679, vendit deux ans

après pour 1^010,01-5 fr. les habitations, forts, comptoirs , ineubks , marchandises et effets , qui ne lui avaieot coûté que 76,000 francs. Ce commerce nous a toujours fourni la gomme , l'ivoire , l'or en poudre, en paillettes et en grains , l'ambre ^is et la ciyeitte , u^ne grande quanOité de racines et de plantes employées en médecline ; «des >plames d'autruche et des cuii». Ce que nous vendons au Foulhas < , de ce dernier article , et particulière*ment les cuirs de bœiif qu'on reçoit de Bîlbos , ne reviennent pas à plus de 5 à 6 sous, pièce de troc. Le Sénégal peut donner à l'Europe près de deux millions de li<?res pesant de gomme, qui représentent, au prix moyen, une somme ^e 3,5oo,ooo francs, et offrent un bénéfice d'environ 3,000,000 : cet article se traite avec les Maures dn Saarha, et nous en avons fait connaître le commerce avec toute l'étendue nécessaire en parlant du Sénégal C'est sur la rive droite de ce fleuve qu'il se fait, aux Ikux appelés escales. La gomme de la forêt de Sahel est apportée à l'escale du Désert , qui n'en est éloigné que de vingt-huit à trente lieues. Celle des autres forêts , éloignées de près 'de quarante lieues , viennent au marché de Shodore , et aux escales du Coket du Terrier-rouge.

I Vers les sources du Rio-Graode« à quatre-vingts lieues de Tembouchure de-la rivière de Sierra'Leooe , est le «astc territoire comiu sous le nom-de paya des EovÀhoi ou FouUuUm, .Teerabouien est la capitale.

Les peuples de l'état de Ëondou et celui des Peuls> Poules ou Foules, sont des colonies des Foulbas, que quelques géographes nomment aussi Poules et Foules.

L'ivoire est un autre objet coDsidérable qui se traite particulièrement dans les îles à Morphil et de Bilbos , aux villages de Guion , Haire et Bolle« Les caravanes que les Maures conduisent à Galam et dans le pays de Tojoiboucto nous en rapportent l'ivoire avec d'autres productions. C'est encore de leurs mains que nous tenons les plumes d'autruche , ainsi que la civette, le besoard et d'au^ très drogues ; mais l'or est la principale chose que ces Maures ont en vue dans leurs courses loin^ taines. On ne peut pas douter que ce ne soit de ces contrées, et surtout du pays de Bambouck, quelquefois appelé Terre-(Vor ï, que vient tout ce qu'on présente de ce précieux métal dans les marchés des diverses parties de l'Afrique. C'est des Maures que nous tenions tout ce que le com«^ merce nous procurait de cette poudre ^ outre ce qu'avant la destruction de notre commerce dans cette contrée nous en recevions de notre établissement de Galam et de notre traite de l'ile de Bilbos.

Ce que nous venons de dire suffit pour inspirer le désir de redonner de la vie et de la solidité au commerce d'Afrique en formant des établisse-^ mens le long du Sénégal , dont la possession peut acquérir une si grande valeur.

On doit cette justice au gouvernement, qu'il

■ Dans le pays de Bambouk, au rapport des voyageurs « et daos les contrées adjacentes > sur une (ften4uc de plus de douze cents lieues carrées , l'or se montre de toutes parts , mêle avec les terres , la vase et le sable ; il est même probable que , plus on s'avancera veifi Test , plus on découvrira de ces riches régions.

s*est montré accessible aux divers projets qui lui ont été présentés pour l'amélioration et l'extension de nos établissemens d'Afrique. Mais , lorsqu'en 1819 le ministre de la marine présenta son budjet à la chambre, un débat violent s'éleva sur les sommes qu'il demandait. « La discussion animée qui eut lieu , dit le ministre dans son rapport , lors du vote des crédits applicables à la colonie du Sénégal , a été pour le ministère un avertissement de miarcher avec circonspection dans la route nouvelle qu'il avait jugée possible d'ouvrir à la fortune nationale , et de ralentir le développement de quelques-uns des moyens d'exécution du plan précédemment adopté. Des ordres ont en conséquence été donnés pour faire toutes les économies possibles sur les fonds accordés, qui, étant d'abord de 2,000,000, ont été réduits à 1 ,200,000 francs.

« Le commandant du Sénégal a conclu des traités avec plusieurs chefs du pays. Des envois de machines ont été faits pour l'extf action du coton ; plusieurs milliers de lainage sont parvenus dans nos ports, et l'on annonce qu'il en existe beaucoup en graines dans les magasins de la colo-

nie '. »

' Rapport au roi par U ministre de la marine et des colonies, Budjet de i "^20.

45o ÉTAT ACTUEL DU COMMERCE

ÉiahUssemeru des Français dans l'Inde.

Nous ne reviendrons pas sur ce que le savant auteur de l' Histoire phibsophique a dit de nos premiers établissemens dans la presquilede l'Inde, des révolutions diverses que notre commerce y a éprouvées, et du peu de succès des efforts que nous avons faits pour nous y maintenir. Il faut, pour conserver à un^ nation une prospérité con^ stante dans ces grandes entreprises, cet esprit pu^ blic , cette préférence donnée à la patrie sur tout autre sentiment, cette liberté, en un mot, dont l'Afiglais semble avoir donné seul un exemple soutenu en Europe, et dont le reste du monde parait condamné à être privé en réalité, ou du moins à ne jouir qu'en théorie.

Ce n'est pas ici non plus que nous devons examiner si le système des conquêtes et d'une souveraineté territoriale dans l'Inde est oéceasake pour y établir un grand commerce, et si, parce qu'une nation rivale a constamment suivi ce système , nous ne devions pas l'imiter , et redou-rbler d'efforts pour obtenir les mêmes avantages qu'elle. Mais ici la même objection se présente. Que peuvent le génie, l'industrie, les ressources individuelles dans une nation, lorsque l'esprit d'intérêt d'une part, et la plus parfaite indifférence de l'autre, arrêtent les entreprises ou n'em-

ploient les moyens de l'état que d'après les plans souvent mal entendus de €eux qui commandent ? Il faut donc que la France , renonçant à ses grandes destinées, se l^orne au rôle secondaire où la retiennent ses habitudes politiques, les préjugés et les petites fa<;tions qui l'agitent plutôt qu'ils ne la dirigent.

Ce ne sont pas les lumières qui nous manquent ; mais pourquoi n'avoos-nou^ de force, pourquoi n'avons-nous de dignité , de haine pour la sottise, d'amour pour ce qui est juste, et de patriotisme que pour en raisonner dans les livres? Mais revenons à l'Inde.

Oserons-nous, lorsque nous n'y sommes que des pygmées ^ parler encore d^ la préférence qu'on doit donner à la liberté, dans le commerce qu'on peut y faire, sur le privilège d'une compagnie dont tant de personnes ne vautent les avantages que parce qu'il cadrerait mieux avec leurs Yues que le commerce libre, toujours un peu indépendant de sa nature? Sans nous arrêter à cette considération , nous toucherons cependant cette question; et, pour qu'on lie nous soupçonne pas de penser comme un particulier, et tout autrement que ne ferait un administrateur sur ces matières, nous emprunterons ici d'un ministre même, ministre d'un despote très-abâolu ' , ce que nouâ allons en dire.

' M. le comte Cbaptal , aacieD ministre de l'iatérîeur. Dé i'imduêtrte française , tome i , page 129.

« Les pays avec lesquels nous commercions ^ dit-il, au-delà du Cap de Bonne-Espérance, étaient nie -de -France et de Bourbon, l'Inde et la Chine. Ce commerce a joui d une assez grande prospérité pendant un siècle, et avait pour nous l'avantage de fournir un débouché considérable aux produits de nos fabriques , et de former de bons marins.

« Le commerce des Indes orientales a été d'abord exploité par des compagnies privilégiées, et le résultat moyen des ventes annuelles calculé depuis 1725 jusqu'en 1769 a été de 8,276,357 fr. A cette dernière époque ce commerce devint libre ; et la valeur moyenne des importations, déduite de sept années consécutives, a été de 20,296,000 fr.

« Malgré cet avantage énorme du commerce libre sur le commerce privilégié, la compagnie fut rétablie en 1786. Le résultat de ses opérations pendant les deux années qui suivirent a été de 4 1 5769,000 francs, tandis que les retours arriérés du commerce libre, joints aux importations opérées par des particuliers qui avaient obtenu la permission d'expédier quelques bâtimens, s'élèvent, dans le même nombre d'années, à une somme de 63, 667, 000 francs.

« Le commerce libre avait encore un autre avantage sur le commerce privilégié ; les bâtimens des particuliers exportaient un tiers, ou moitié plus, en produits de notre industrie que ceux de la compagnie.

« D'après les événemeus qui sont survenus , le commerce des Indes orientales ne peut plus être le même pour nous ; la perle de TIle-de-France nous prive d'une partie des denrées qui complétaient nos retours. Nos places démantelées, dépourvues d'une force suffisante pour faire respecter nos propriétés et mettre à couvert le comnierce, ne présentent plus ni sûreté, ni garantie. L'immense population de ces vastes états, soumise presqu'en entier à l'Angleterre, ne consomme que les produits qui lui sont fournis par la métropole ; de sorte que nos vaisseaux ne peuvent aborder dans les ports de l'Inde qu'en y apportant du numéraire pour faire des achats.

« A la vérité le besoin du commerce des Indes orientales est beaucoup moins senti depuis que , par les mécaniques perfectionnées, on est arrivé à fabriquer en Europe les toiles de coton qui formaient la presque totalité des retours ; mais rien ne peut compenser }a perte que nous avons- faite d'un débouché d'environ 1^,000,000 pour nos produits d'industrie , et d'une grande école de navigateurs. »

En parcourant nos établissemens de l'Inde , nous verrons les ressources qui nous y restent. Nous croyons inutile de nous appesantir sur l'état de leur ancien commerce ; l'historien des deux Indes a donné d'amples et utiles renseignemens sur ce sujet. Nous transcrirons seulement le tableau suivant, qui remplira deux objets : i* celui

de faire connaître l'état de notre commerce de rinde S0U6 le régime de la compagnie et de la liberté ; a** ce qui formait le fonds de ce commîerce.

Il a été importé par le commerce libre , en ) 1776, de l'Ile -de -France et de Bourbon , en café \ pour. ..*... 3,2489^0^ fr-

Des états de Tlnde , en épiceries, en poivre et cannelle 2,449,000

Mousselines. 12,600,000

Toiles des Indes en bafetas, garas, guinées blanches et bleues, nankins , etc .^ 10, i83,ooo

De la Chine , en porcelaine ,

pour 200,000

Soie 1 ,382,000

Thé. 9,876,000

Objets réunis , comme cauris , étoffes de soie , rotins , salpêtre 3,38o,ooo

Total pour Tannée 1776; 369241 9000 fr.

Il a été importé sous le régime du privilège , en 1787, de TIIe-de-France et de Bourbon, en épiceries, en poivre et cannelle,

par la compagnie , pour. . » »

par les particuliers ^ » »

* Od sait que la compagnie accordait à des particuliers , sous certaines redevances et conditions, de faire le commerce de Tlndc en concurrence avec t?ilf .

Café , par la compagaie. » »

par les particuliers. ...... 2,656, ooe fr.

Coton , par la compagnie » »

par les particuliers. ...... 1479OOO

Des états de rinde, en café,

par la compagnie ^ pour. . . 1 87,000

par les particuliers. 29-9000

Epiceries en poivre et cannelle ,

par la compagnie 1 ,767^000

par les particuliers 772,000

Mouchoirs , par la compagnie. . . 1 ,539,000

par les particuliers 3,5oo,ooo

Mousselines , par la compagnie. . 4>^845000

• par les particuliers 9,622,000

Toiles des Indes en bafetas, garas,

guinées blanches et bleues ,

par la compagnie. 6,399,000

par les particuliers 21,488,000

De la Chine, en épiceries, '

par la compagnie , ipour. . 161 ,000

* par les particuliers. ...... 5o,ooo

Porcelaine, par la compagnie. . . 4^')^^^

par tes'particuliers 36^ooo

Soie, par la compagnie. ... .... 275^000

par les particuliers » •• .

Thé , par la compagnie. ...... . 74*^000

par les particuliers. ...... ao,oao

Toîles , nankins, par la compag^?. Sorjiooo

par les particuliers i34^ôoo

456 ixAT ACTUEL BU COMMERCE

Objets divers réunis, comme cauris, salpêtre, étoffes diverses, rotin, toutenague, par la comp". 596,000 fr.

par les particuliers. 1 ,620.000

Ainsi, sous le régime de la compagnie, la valeur des importations faites par elle s'est élevée, en 1787, à 16,285,000 francs; et par les particuliers, à 40,0749000 francs.

En 1776, époque du commerce libre, le montant dès cargaisons avait été de 36, 000,000 fr. ; c'est plus que le double de ce qu'elles ont été sous le privilège en 1787 : d'ua autre côté, le commerce par particuliers, avec la permission de la compagnie, a été également de plus de 40,000,000, pendant que celui delà compagnie n'a été que de 16,000,000

Point de doute donc que la masse du commerce national sous le régime de la liberté doit être plus considérable que sous celui d'une compagnie , et que ceux qui, par amour des privilèges, par intérêt ou par entêtement , soutiennent qu'une compagnie pourrait seule relever notre commerce de l'Inde se trompent, ou cherchent à tromper; l'infériorité de notre commerce dans ces régions doit naturellement résulter de la grande supériorité de celui des Anglais , des soins qu'ils y donnent , et du triste état de nos établissemens.

La prévoyance anglaise a eu soin de nous mettre dans l'impuissance de les étendre ou de les amé-

Jiorer : on ne pçut blâmer ce gouvernement d'avoir »ongé à ses intérêts et de profiter de notre incurie pour cimenter sa domination dans Tlnde en y détruisant jusqu'aux plus simples élémens de la nôtre. L'article 12 du traité de Paris, du 3o mai 1814» où les Français n'ont vu que la fin d'un «ègne qui leur déplaisait, 6t l'espoir d'un nouvel ordre de choses , porte : « Sa majesté britannique s'engage à faire jouir les sujets de sa majesté très -chrétienne , relativement au commerce et à la sûreté de leurs personnes et propriétés, dans les limites de la souveraineté britannique sur le continent des Indes , des mêmes facilités , privilèges et protection qui sont à présent , ou seront accordés aux nations les plus favorisées. De son côté, sa majesté très-chrétienne, n'ayant rien plus à cœur que la prospérité de la paix entre les deux couronnes de France et d'Angleterre , et voulant contribuer autant qu'il est en elle à écarter dès à présent des rapports des deux peuples ce qui pourrait un jour altérer la bonne intelligence mutuelle , s'engage à ne faire aucun ouvrage de fortification dans les établissemeiis qui doivent lui être restitués , et qui sont situés dans les limites de la souveraineté britannique sur le- continent des Indes, et à ne mettre dans ces établissemens que le nombre de troupes nécessaires pour le maintien de la police. »

11 est aisé de voir qu'avec une pareille disposition l'Anglais peut s'emparer demain de tous nos

établissemens où nous ne pouvons faire aucun ou^ vrage de fortification , et où nous ne pouvons avoir de troupes que pour la police. Toute réflexion sei^it ici superflue , et nous nous en abstiendrons. Que dire d'ailleurs à une nation qui se laisse ainsi dépouiller sans demandei: compte aux diplomates qui ont signé cet article des motifs d'une pareille concession ?

Reprenons T^xamen de nos établissemens tdans rinde ; les uns sont dans les îles, les autres sur le continent.

Parmi les premiers se présente Tîle Boiwbon , la seule qui nous re&te des deux qui , réunies sous notre domination , nous assuraient une part considérable dans le commerce de l'Inde, dont l'Anglais est seul maître aujourd'hui par la cession de riie*-de-France , ou île Maurice.

L'île Bourbon , appelée d'abord Mascar^ihas^ est à trente-cinq lieues de distance de l'Ile-de- France ; c'est une colonie qui produit d'excellent café.

Cette île a six lieues de circonférence , et une population qui , en 1817, était de soixante^huit mille huit cent quatre-vingt-onze habitans , dont quarante-neuf mille cinq cent cinquante noirs esclaves , quatre mille trois cent quarante- deux nègres libres , et quatorze mille neuf cent quatrevingt-dix-neuf blancs. •

Les productions qu'on en tire, tantpourl'Europe que pour les possessions nationales ou étrangères

de llnde et de l'Afrique , sont surtout de Tambre gris 9 du corail , du benjoin , du froment , des fruits , des légumes , dû riz, du poivre blatte , du café excellent , mais qui diminue en quantité depuis quelques années ; des épices , et du sucre , Ters lequel l'industrie se dirige de préférence.

Les habîtans emploient pour la fabrique du sucre des moulins à vapeur qui accélèrent les travaux et diminuent le nombre des bras nécessaires : déjà oes sucreries, au nombre de vingt en 1^17, ont donné au-delà de deux millions pesant de sucre*

L'on envoie à l'ile Bourbon des vins, de la <soie, des emix-de-vie , dés raisins secs , des salaisons et des (^jets manufacturés , dont nous donnerons plus bas le détail : on y reçoit de l'Inde, du savon, du riz, du sel, des nankins, de la porcelaine , du thé, et d'autres marchandises moins importantes.

L'ile Bourbon avait en quelque sorte fait scission avec la métropole depuis l'époque de 1795, que l'assemblée «de la colonie ne voulut pas recevoir Jes commissaires envoyés par le directoire exécutif pour mettre à exécution k décret sur la liberté tles noirs.

Elle tomba au pouvoir des Anglais au mois de juillet 1809, et nous a été rendue en 18 1 4-

L'on sait que les arbres à épices introduits avec beaucoup de peine par le célèbre Poivre , intendant de nie-de-France et de Bourbon , font aujourd'hui une des richesses de cette colonie : on

46o ÉTAT ACTUKL DU COMMERCE

admire les magnifiques plantations de girofliers , formées surtout dans la partie du sud ; mais le furieux ouragan de 1806 a porté un coup funeste à cette branche importante de la culture coloniale. Beaucoup d'habitans ont été découragés en voyant disparaître en si peu de momens le fruit des soins de tant d'années , en voyant brisés et renversés ces superbes arbres qui annonçaient la plus riche récolte. Le peu de canneliers qui existent dans Tile , les muscadiers , les cacaotiers , le ravende-saras ' que l'on y cultive, souffrirent également , et depuis cette époque n'ont donné que de faibles produits.

Les vues des colons se tournèrent dès-lors vers la culture de la canne à sucre qui craint moins ces ouragans si communs entre les tropiques, et qui donne l'espoir de jouir promptement.

Comme aux Antilles, on a introduit à l'île Bourbon les moulins à vapeur pour la fabrication du sucre, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut; ils donnent déjà plus de deux millions pesant de sucre , dont la moitié est exportée : depuis 1817, les établi«semens étant augmentés, ainsi que les plantations de la canne à sucre, la quantité de la production et les exportations ont dû suivre la même proportion.

' Arbre transplanté de Madagascar; toutes ses parties, excepté son bois, qui est dur et pesant, sont aromatiques, et servent d'assaisoDQCment dans les mets. Le nooi de ravende-saras signifie, dans le langage de Madagascar, feuilles bonnes, odorantes. Les noix, comme celles de nos noyé rt$, donnent une huSle par expression.

L*île est entrecoupée de ravines , à peu près sèches pendant unepartie de Tannée, et qui , pendant une' autre, sont des torrens rapides et dangereux ; la communication entre les diverses parties est souvent interrompue pendant la saison des pluies.

Il n'est aucune de ces rivières dont Tembouchure présente des facilités pour rétablissement d'un port ; la côte est bordée de rescifs de corail qui en rendent l'abord difficile ; et les rades de Saint-Denis et de Saint-Paul ne sont que des rades foraines où les bâtimens ne peuvent tenir dans les mois d'hivernage , c'çst-à-dire pendant la mauvaise saison sur mer.

La position de l'ile Bourbon et ses productions offrent de si grands avantages au commerce , que , malgré ce qu'on vient de dire de la difficulté de son abordage , de nombreux bâtimens s'y, rendent, et que son commerce est très -étendu ; ce commerce avait souffert pendant que les Anglais étaient maîtres de l'ile , à cause du privilège de la compagnie des Indes qui le paralysait ; mais , depuis i8i4 9 il £^ repris de l'activité : on en jugera par les tableaux que nous mettons sous les yeux du lecteur.

46â ÉTAT ACTUIL DU COMJfERGE

IMPORTATIONS dans Vile Bwrbon^en i8i5, i8i6 6f 181

Vin en banques Bariq.

Via en caisse Caisses.

Vinaigre, bière, cidre. Bariq.

Eau -de -vie, mm, liqueurs et autres spi> ritucux Celtes.

Bœuf et lard salés, poisson salé Kilogr.

Huile à manger, à brû;* 1er, à peinture Weltcs

Savons de l'Inde et de

France Kilogr.

Suif et chandelle. .... Idem,

Riz de Madagascar et de rinde, légumes secs. Idem.,

Farine et biscuit de mer Idem. |

Fromage Itiem.

Beurre , graisse et saiD^ doux Idem,

Cordages d'Europe et

de l'Inde , fil à voile. Idem,

Toile à voile d'fiur>pc et de rinde Mètres.

Goudron, brai sec et

gras , réiiineuz Kilogr.

Fer en barres, clous,

plomb, acier^ cuivre. Idem,

Quincaillerie , ouvrages en fer et autres métaux. Colis.

Mercerie , draperie ,

soierie Caisses.

Toileries de l'Inde et

de l'Europe. Pièces.

Sucre-candi de Batavia, de l'Inde, de Maurice Kilogr.

Tortues de terre et de

mer Norab.

Sel gris et blanc • Kilogr.

Bœufs, génisses, cabris. Nom b.

Du 6 avril 181 5

au 3i décembre.

3,ia8.

3o,aoo.

a^ooo.

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i3,ioo.

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89 5oo.

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ii3.

3oo.

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a,5oo.

lao.

aoo.

DtS DEUX INDES.

Kilogr.

Kîoes à sucrerie, à guildiverie, moulins à vapeur

Objets divers d'argenterie, d'orfèvrerie, horlogerie , bijouterie « bonneterie > passementerie, ferblanterie , chaudronnerie , chapellerie, cordonnerie, cuirs et peaui, porcelaine , faïence , poterie, ganterie, parfamerie, nibanerie, modes, fleurs artificielles , instrumens de marine, armurerie, papeterie, librairie, objets de bureau, verroterie, verrerie, cristaui , chaux , ciment, pierres à aiguiser , etc Colis.

Valkub estimative de ces objets

Du

6 avril 181 5

au

5i décembre.

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