Gharcot, Ma/, du syst. 7ierv., \l\, 40J
LES AMNÉSIES, ^'
démêler ce qui est véridique et à ne pas condamner du premier coup sans examen plus approfondi »
Ces remarques se vérifient tous les jours très lacilement. M. Gilles de laTouretteS M. Souques et beaucoup d'autres remarquent une difficulté particulière que l'on rencontre dans l'examen des hystériques. Leurs récits sont sans cesse incomplets et contradictoires, elles racontent tout autrement le lendemain l'observation que l'on a écrite la veille sous leur dictée. Il n'est pas possible de se fier à leurs récits pour reconstituer l'histoire de leur vie et celle de leur maladie.
Mille détails que l'on peut relever, quand on observe leur manière d'être dans le service, nous amènent à la même conclusion. Bien des malades, en entrant à la Salpêtrière, pleurent et gémissent, à la pensée de quitter leurs parents, de vivre seules à l'hôpital. Le lendemain, toutestpassé,ellesontoublié leurs regretsetelles croient,
disent-elles, être dans la maison depuis des mois. Plusieurs d'entre elles, cà cause de leurs oublis et de leurs distractions continuelles, sont tout à fait incapables de faire un travail, de rendre quelques services. Les envoie-t-on faire une commission, elles reviennent au bout de quelques heures, sans avoir rien fait, ayant tout à fait oublié le but de leur sortie. L'une d'elles se fâche un jour contre moi et me fait des reproches imaginaires plus ou moins polis; le lendemain, je me crois obligé de lui témoigner quelque froideur. Elle en est très surprise et vient tout inquiète me demander ce que j'ai contre elle ; elle avait absolument oublié la scène de la veille. En un mot, il suffit de les interroger au hasard sur leur vie à l'hôpital, comme sur leur vie passée, de leur demander ce qu'elles ont fait la veille, le matin, sur ce qu'elles ont projeté de faire l'après-midi, on en rencontrera certainement plusieurs qui ne pourront pas