‹ État mental des hysteriquesChapitre 68 sur 112 · Briquet, op. cit · texte numérisé non relu

Briquet, op. cit

ÉTAT MENTAL DKS H YSTÉ K I Q tJ E S.

paralysie nocturne pour une maladie intermittente et l'avaient traitée par le sulfate de quinine.

De telles constatations sont cependant assez rares, car le fait que j'étudie ici est surtout un fait d'expérimentation ; il faut le chercher pour le constater. On a remarqué que les malades mis en observation, qui so surveillent pour ainsi dire pendant qu'on les examine, suivent continuellement du regard leurs bras ou leurs jambes anesthésiques dès qu'on leur demande de faire un mouvement. On a songé naturellement à simplifier l'acte en supprimant cette intervention du sens visuel. Je crois qu'il faut éviter cependant de fermer complètement les yeux du sujet, car on peut provoquer ainsi chez les hystériques toutes sortes d'altération de la conscience, quelquefois même le somnambulisme * ; l'anesthésie pourrait être modifiée et les mouvements n'auraient plus les mêmes caractères. Il faut se contenter de détourner la tête du sujet et de cacher le bras par un écran. Si on expérimente ainsi, on voit que le membre anesthésique devient tout d'un coup paralytique; il tombe, flasque, par son propre poids et n'exécute plus aucun des mouvements que l'on commande à la malade. Celle-ci se conduit alors, suivantles cas, de manières différentes : tantôt, elle semble faire des efforts impuissants qui se manifestent par les expressions de la physionomie et par les mouvements de son autre côté resté sensible et dit d'un ton désespéré : « Je ne peux pas, je ne sais pas ce qu'il y a, je ne peux pas lever le bras droit. » C'est ainsi que se comporte Marguerite. Tantôt, comme on le constate avec Marie ou M., la malade reste parfaitement calme et aussitôt qu'on lui a demandé de faire un mouvement du côté insensible, elle répond : « C'est fait. » En réalité, le bras n"a pas bougé. Il n'est pas toujours facile de se rendre

1. Les altérations de la conscience et du mouvement provoquées par la fermeture des yeux ou l'occlusion des oreilles seront étudiées dans le deuxième volume à propos du somnambulisme.

LES TROUBLES DU MOUVEMENT. 17

compte de ces différences, il faut seulement constater le fait principal : disparition complète du mouvement volontaire sans l'aide de la vue ^

Celte paralysie causée par la suppression de la vision peut se manifester dans certains cas par des détails plus spéciaux. On laisse lo sujet les yeux ouverts et on se contente de placer sa main anesthésique derrière son dos; il est absolument incapable de l'en retirer volontairement (signe de Bell). Quand le sujet est anesthésique des deux côtés, on le place debout, puis on le prie de fermer les yeux, aussitôt il vacille et s'affaisse complètement. Lucie, Gélestine, Witm, Hab. et bien d'autres tombent ainsi brusquement par terre (signe de Romberg). Malgré cette chute et ce relâchement des muscles, il faut remarquer, avec Briquet, que cette paralysie n'affecte que les muscles des membres, et que ni: les muscles respiratoires, ni ceux du dos, ni ceux de la face ne sont, en général, atteints de la même manière. Comme Briquet le remarque fort bien"^, ce sont les muscles ordinairement accessibles à la vue qui semblent souffrir de cette suppression du sens visuel. Cependant on a signalé des cas^ où les malades, les yeux fermés, ne pouvaient plus ouvrir la bouche, ni tirer la langue, ni avaler. Cette exagération du phénomène est fort rare ; elle se rapproche d'un fait dont je parlerai plus loin à propos du somnambulisme, l'obnubilation complète qui frappe l'esprit de certaines hystériques quand on ferme le seul sens qui fonctionnait encore d'une manière consciente.

M. A. Pick, dans le travail dont j'ai parlé plus haut, a longuement étudié le phénomène précédent. Il montre d'abord, et, sur ce point, je suis entièrement de son avis, qu'il ne faut parler ici ni d'épuisement réel produit par

1. Voir aussi des faits de ce genre dans l'article de M. Raymond. Revue de médecine, 1891, 396.

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