Automatisme psychologique
mènes psychologiques qui paraissaient jusque-là se produire normalement. On peut faire naître des anesthésies de diverses espèces, des amnésies, des paralysies ; en un mot, on peut produire artificiellement des phénomènes analogues aux stigmates ordinaires de Thystérie.
Si on affirme au sujet qu'il ne sent plus, qu'il a perdu Tusage de ses sens, on voit apparaître toutes les formes d*anesthésie : le sujet peut être totalement insensible, ou aveugle, ou sourd et ces insensibilités sont assez profondes pour que des excitations violentes, des piqûres, des brûlures ne provoquent plus aucune réaction. Une forte lumière projetée directement dans les yeux de Lucie la fait d'ordinaire tomber en catalepsie, quand je lui ai suggéré qu'elle est aveugle, elle ne détourne même pas le regard et continue à parler avec indifférence. Cette expérience rappelle celle de MM. Binet et Féré qui ont fait disparaître par suggestion un gong dont le bruit n'était plus alors entendu par le malade et ne provoquait plus la catalepsie. Quand la peau a été ainsi rendue insensible, il arrive quelquefois que les points hystérogènes ont aussi totalement perdu leur influence ordinaire; quelquefois cependant la pression exercée sur ces points, quoique non sentie par le sujet n'en amène pas moins l'attaque. Ces anesthésies suggérées peuvent aussi prendre la forme localisée : on peut dessiner sur un bras ordinairement sensible des carrés en affirmant au sujet qu'il ne sent plus rien à l'intérieur de ces figures. Quoiqu'il ait la tête détournée et semble ne pas se rendre compte de l'endroit où il est piqué, il se plaint toutes les fois qu'on le pique en dehors de ce carré et ne sent rien quand la piqûre est à l'intérieur. Enfin les anesthésies suggérées peuvent être systématisées et n'enlever au sujet qu'un certain nombre, un certain système de sensations ou d'images en laissant parvenir à la conscience la connaissance de tous les autres phénomènes fournis par ce même sens. Cette expérience très curieuse a été l'objet d'un grand nombre d'études aussi bien de la part des anciens magnétiseurs que des
iO ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES.
modernes hypnotiseurs*. J'ai décrit autrefois, au début de mes études sur Tanestliésie, un grand nombre d'observations sur ce fait*, je crois inutile de les répéter ici car ce sont des recherches plus psychologiques que cliniques. Les amnésies peuvent être provoquées de la même manière que les anesthésies ; on pourrait sans aucun doute provoquer des amnésies générales, quoique cela ait été fait rarement ; plus souvent on suggère au malade d*oublier une période de sa vie ou bien certains événements déterminés. J'ai connu une hystérique qui, pendant quinze ans, a oublié certains événements graves de sa vie dont un magnétiseur lui avait supprimé le souvenir. L'amnésie systématisée est encore ici intéressante et, grâce à elle, le sujet qui conserve toute son intelligence a perdu la mémoire d'un acte, d'un mot, de son nom même, tandis qu'il se souvient de tout le reste'^.
Enfin il est tout naturel que l'on puisse suggérer des paralysies variées qui ne sont ici qu'une variante des amnésies précédentes. On sait comment H. Charcot, dans ses leçons de 1884, provoquait sur des hystériques éveillées et même sur une hystérique éveillée, Hab, des monoplégies expérimentales pour montrer la véritable nature des accidents traumatiques de Pin. et de Porc. M. Charcot remarquait fort bien et avec beaucoup de prudence que ces paralysies suggérées peuvent différer d'aspect et suivant les sujets s'accompagner ou non d'anesthésie tactile et musculaire*. Je l'ai vue quelquefois en effet se produire seule sans anesthésie, comme cela arrive d'ailleurs exceptionnellement, même dans les paralysies naturelles par traumatisme. Il y a eu celte année dans le service de la Salpêtrière un exemple de ce genre, mais cela est certainement rare et M. Charcot a bien décrit la forme générale de ces mono-