‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 54 sur 133 · Féré. Op. ciLy · texte numérisé non relu

Féré. Op. ciLy

pourquoi donc la fatigue prènd-elie la forme de paralysie à ce moment et juste au moment d'une cérémonie?

Tous les rêves de mouvement ne produisent pas des paralysies. Justine rêve qu'elle déménage son mobilier -et se réveille avec des douleurs, des hyperalgies intolérables aux deux bras ; elle rêve qu'elle étudie son piano et se réveille avec une contracture systématique de la main dans la position du pianiste qui fait une octave. Pourquoi le rêve de mouvement produirait-il l'épuisement dans un cas et non dans l'autre?

Enfin ce qui nous paraît essentiel dans les accidents hystériques, c'est la persistance du rêve. Ce rêve n'existe pas seulement dans quelques cas particuliers où un songe a été le point de départ des accidents, il existe toujours le jour comme la nuit, que le sujet s'en rende compte ou qu'il l'ignore. C'est là le vrai accident hystérique et il n'est pas expliqué par l'épuisement accidentel d'un centre moteur.

Nous ne croyons donc pas que la conception de l'épuisement local d'un centre rende compte complètement de ces phénomènes. Mais prenons maintenant la question d'une manière plus générale : peut-on dire que, dans les paralysies hystériques, il existe constamment un épuisement complet des centres moteurs et que les images motrices ne puissent plus aucunement exister?

Un grand nombre de faits nous inclinent à repousser cette dernière supposition. On sait que les paralysies en apparence les plus graves peuvent guérir subitement, à la suite d'une émotion, par un remède insignifiant ou par une suggestion. Je voudrais insister sur un caractère du même genre, observé déjà par plusieurs auteurs, et qui montre mieux encore la mobilité de ces paralysies. A de certains moments, dans des états parliculiei*s, elles disparaissent complètement, non pas qu'elles soient guéries, carrelles réapparaissent l'instant suivant, mais par ce qu'une modiilcation très légère du système nerveux a. suffi poyr les supprimer momentanément. Un homme Sm..., *ist complète-

lî-l ACClDEiNTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES.

ment paraplégique depuis plusieurs raois, il faut l'apporter en brancard dans le cabinet de M. Charcot. Là une violente attaque d'hystérie se développe, il se traîne sur le sol, puis peu à peu, en proie à un rêve, il se relève, ouvre la porte et se sauve à toutes jambes au travers de la Salpêtrière. Un jour, dans une de ses attaques, il a grimpé avec une adresse merveilleuse après une gouttière et s'est sauvé sur un toit; que l'attaque soit terminée et il retombe complètement paraplégique. Ce que l'attaque et le somnambulisme produisent ici, le sommeil le produit sur d'autres. Rose, paraplégique pendant la veille, remuait si bien ses jambes pendant le sommeil qu'elle est tombée une nuit en dehors de son lit. M. P. Richer* rapporte une observation do M. Gouguenheim des plus intéressantes, à notre point de vue : dans un cas de paralysie complète des muscles du larynx, le malade devenait la nuit capable d'exprimer ses rêves à haute voix. M. Paul Richer rapporte lui-même un cas semblable. 11 décrit une malade atteinte de paraplégie complète du bras et du poignet. « Pendant la nuit, la paralysie disparaissait, le malade remuait son membre qui prenait des positions variées. » Au réveil même, le mouvement du membre persistait jusqu'à ce que l'attention de la malade fût nettement attirée sur lui ; alors il disparaissait'.

Ce phénomène va être encore plus net si nous examinons ce qui se passe pendant les somnambulismes provoqués. Un magnétiseur célèbre, Despine (d'Aix), donne la description d'une hystérique, Estelle, absolument paraplégique ; il fallait pendant la veille la traîner dans une petite voiture. Mais une fois mise en somnambulisme, elle, courait et sautait. « Estelle devint même, en somnambulisme, l'un de nos meilleurs nageurs, se plaisant à donner des leçons aux jeunes personnes avec qui elle se trouvait quelquefois au bain; elle plongeait, faisait, la planche, et tous les autres

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