‹ Etat mental des hystériques: les stigmates mentauxChapitre 56 sur 133 · Pitres. Op, cit, 40(5. i · texte numérisé non relu

Pitres. Op, cit, 40(5. i

124 ACCIOEMS MENTAUX DES HYSTÉIUQUES.

six semaines d'une. paraplégie hystérique... « Lès jambes, (jui étaient entièrement flasques et qui tombaient par leur propre poids, avaient perdu jusqu'aux hanches toute sensibilité tactile et musculaire.... Leur mouveméntétait totalement impossible, même quand la malade les regardait; les bras au.contraire paraissaient avoir des mouvements faciles et gesticulaient sans cesse; mais je ne tardai pas à m'apercevoir. qu'ils ne se remuaient ainsi qu'à une condition r il fallait que V... eût les yeux ouverts et les regardât toujours; quand elle avait les yeux fermés, ou ne regardait pas ses mains, elle perdait le mouvement des bras comme celui des jambes.;.. Après avoir fait rapidement ces quelques remarques sur l'état de la conscience du sujet, je fis signe au D"^ Piasecki de faire ce qui avait été convenu entre nous : il se mit à parler sérieusement avec la malade de manière à détourner complètement son attention. De mon côté, je m'écartai d'elle sous • prétexte d'écrire quelques mots. Quand je vis que, suivant l'habitude des hystériques, elle avait complètement oublié ma présence, je lui commandai tout bas de lever un bras, de faire tel ou tel geste. Tandis que précédemment elle ne pouvait faire aucun mouvement sans regarder son bras, elle le remuait maintenant sans le savoir, de toutes les façons, même derrière son dos. Enhardi par ce résultat, je lui commande de lever la jambe droite, puis la gauche, de les plier, etc. Tout cela s'accomplit très exactement et avec la plus grande facilité. Ainsi ses jambes, paralysées depuis six semaines, pouvaient facilement se remuer... seulement ce mouvement avait lieu subconsciemment, en dehors de la personnalité réelle du sujet qui, elle, avait perdu le mouvement des deux jambes*.» M. Binet en rendant compte du travail précédent, ajoutait une observation encore plus nette : a J'ajoute, disait-il, une seconde preuve : j'ai vu chez quelques sujets l'écriture automatique se produire dans des membres paralysés*. » M. Oppenheim exprime des remarques du

i . Automatisme psychologique, 1889, 559.

*2. Binet. Revue philosophique^ 1890, I. 197. . •'

même' genre*. Ces faits ne sont pas isolés, car nous les retrouvons dans des observations tout à fait indépendantes, dans les observations sur rophtalmoplégie- externe. MM. Ballet, Bristowe, Parinaud, Raymond, Kœnig et d'autres observateurs sont d'accord pour reconnaître que malgré la paralysie, les mouvements automatiques de l'œil sont conservés. Célestine, une malade sur laquelle nous avons vérifié l'exactitude de ces descriptions, ne peut tourner les yeux à droite, quand on l'examine au périmètre et quand on la prie de suivre volontairement un objet qui se dirige à droite. Mais il suffit de laisser tomber l'objet par terre à sa droite pour voir ses deux yeux se tourner brusquement et rapidement à droite. Ces faits nous montrent donc un détail de plus, c'est que, dans certaines paralysies au moins, bien qu'elles semblent en apparence complètes, l'épuisement des centres nerveux n'est pas réel et que le mouvement peut encore se produire au moment même où le sujet se déclare incapable de le faire.

4<* Théorie du développement de Vamyosthénie et de V exagération de la diathèse de contracture. — Les expériences précédentes nous rappellent celles qui ont déjà été décrites à propo§.des stigmates; des faits semblables ont été rapportés à propos des anesthésies et surtout à propos de deux altérations du mouvement très importantes et très fréquentes, l'amyosthénie et la diathèse de contracture. Quand ces stigmates existent, le mouvement volontaire est extrêmement affaibli et l'on peut se demander si cet affaiblissement ne peut pas aller jusqu'à la paralysie véritable. C'est précisément l'opinion qu'a soutenue M. Paul Riclier, l'un des auteurs qui ont fait de ce symptôme l'étude la plus approfondie. L'amyosthénie, dit-il, augmente dans diverses circonstances et « elle se transforme parfois graduellement en véritable paralysie, ou bien elle constitue un terrain favorable au développement de la con-

i, Oppenheih. Op» cit. y 6. ..... . • .

Iracture* ». Cette remarque nous paraît renfermer Texplication d'un certain nombre d'accidents.

II y a en effet des paralysies qui se développent sans aucun choc, sans aucune émotion, sans aucun rêve qui les expliquent complètement, ainsi que M. Pitres l'a fait remarquer. Voici V..., par exemple, qui reste couchée une dizaine de jours pour une bronchite de peu de gravité; clic est bien soignée et nullement inquiète, elle ne se préoccupe d'ailleurs que de sa poitrine et nullement de ses jambes. Pourquoi est-elle paraplégique quand elle veut se lever? Th... a eu sans doute des mésaventures relativement à sa jambe gauche ; à la suite d'un faux pas, elle a eu une légère contracture que le médecin a soignée par des vésicatoires, un appareil plâtré et l'extension continue. Elle avait le droit de présenter une paralysie de la jambe gauche, c'est ce qu'elle a fait; mais pourquoi donc est-elle en même temps paralytique du bras gauche? Enfin pourquoi Camille devient-elle de temps en temps hémiplégique du côté gauche d'une façon graduelle et insidieuse sans aucune raison déterminante?

On trouvera, je crois, la raison de ces phénomènes en songeante l'état antérieur de ces malades. V... était depuis longtemps totalement aneslhésique,Th... et Camille avaient déjà une anesthésie profonde du côté gauche avec perte du sens musculaire, elles présentaient déjà au complet le syndrome de Lasègue. Avant leur paralysie actuelle, elles avaient déjà en réalité des phénomènes paralytiques, elles ne pouvaient remuer volontairement leur côté gauche qu'en le regardant, elles ne pouvaient plus le remuer voloutâirement pendant la nuit. Nous avons déjà décrit cette paralysie intermittente des hystériques, qui ont besoin de voir leurs membres anesthésiques pour y faire attention et se représenter leur mouvement et qui les oublient complètement dans l'obscurité. Leur paralysie actuelle est-elle bien différente de leur faiblesse antérieure?

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