‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 16 sur 102 · Bernheim, Revue de l'hypnotisme · texte numérisé non relu

Bernheim, Revue de l'hypnotisme

3. A cette même date, j’ai publié dans la Revue philosophique, 1887, 1,460, l’observation d’une hystérique totalement anesthésique, chez laquelle on pouvait cependant mettre en évidence la conservation à l’état latent ou subconscient de toutes les sensibilités. Il est impossible de suivre ici jusqu’au bout l’ordre historique des publications sur la, nature psychique de l’anesthésie : Cet ordre compliquerait inutilement l’exposé du problème.

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suivante sur une malade du service de M. Powilewicz h l’hôpital du Havre. Elle était atteinte d^ paraplégie hystérique et présentait un état d’anesthésie totale. Je lui électrisais les jambes et je remarquais les fortes contractions musculaires à chaque contact de l’électrode négative, quand tout à coup je m’aperçus que les deux fils qui rattachaient les tampons à l’appareil étaient tombés. Peut-être depuis longtemps, je l’électrisais avec de simples morceaux de bois. Je continuai sans rattacher les fils aux bornes et les contractions se produisirent de plus belle au simple contact du tampon. Ce n’est pas là, dira-t-on, une chose bien merveilleuse, il y a là une sorte d’habitude, une sugges^ tien qui s’exécute. C’est bien aussi mon avis, mais comment cette malade, qui avait toute la peau du corps absolument insensible et la tête bien tournée de l’autre côté, pouvait-elle sentir le moment où mon tampon touchait ses jambes pour produire un mouvement à ce moment et seulement à ce moment? Tous les jours, on peut éprouver un embarras semblable; je proposée Isabelle une petite convention pour vérifier rapidement son anesthésie : elle doit me répondre « oui » quand elle sent et « non » quand elle ne sent pas. Comme elle est fort naïve, elle accepte sans sourciller, et l’on constate alorsune singulière contradiction :quoique elle ait les yeux soigneusement cachés par un écran, quoique j’évite toute espèce de rhythme et pince plusieurs fois irrégulièrement un même côté avant dépasser à 1 autre, elle ne se trompe jamais et dit toujours « oui » quand je la pince à droite et « non » quand je la pince à gauche. La même expérience répétée sur un hontime, Pasq, donne exactement le même résultat, jusqu à ce qu il s’aperçoive de la bizarrerie de ses réponses et qu’il cherche à répondre avec attention. Il cesse alors, mais alors seulement, de dire « non » quand on pince son côté anesthésique.

Voici une autre observation qui porte non plus sur les

sensations tactiles mais sur les sensations musculaires, Une jeune femme de 22 ans, que j’ai souvent décrite sous le nom de Lucie, prenait pendant ses attaques certaines poses cataleptiques. Pendant près d’une heure elle restait les yeux ouverts, fixés du côté de la fenêtre et gardait les bras en l’air dans la posture de la terreur. Pour le moment, il ne faut insister que sur un seul détail de cette attaque : j’avais remarqué que, pendant la veille la plus normale, il suffisait de lui lever les deux bras et de les placer dans la posture de terreur qu’ils prenaient pendant la crise pour provoquer aussitôt une attaque. Rien de plus simple et de plus connu, dira-t-on, vous éveillez par la notion de la position des bras l’idée principale de l’attaque et le reste se déroule. C’est vrai, mais il y a un petit détail : Lucie était anesthésique de tout le corps et ne présentait plus nulle part aucune trace du sens musculaire. Comme cela arrive souvent dans ce cas elle tombait brusquement dès qu’on lui fermait les yeux. Or, j’ai souvent pris la précaution de lui fermer les yeux avant de déplacer les bras et la crise n’en commençait pas moins, dès que les membres avaient la position voulue. Comment donc la notion de cette position a-t-elle été appréciée par un sujet aussi insensible?

Le procédé précédent qui consiste à provoquer la crise d’hystérie, au moyen de ces sensations qui semblent disparues de l’esprit du sujet, m’a permis de constater la même difficulté à propos d’un autre symptôme très important, le rétrécissement du champ visuel. Georges, un jeune homme de seize ans, avait eu sa première attaque d’hystérie à la suite d’une forte frayeur qu’il avait éprouvée pendant un incendie. Il reproduisait cet épisode à chacune de ces attaques, criait « au feu », appelait les pompiers, se débattait dans les flammes. En outre, il suffisait, quand il était bien calme,'de ui parler d’incendie et surtout de lui

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montrer une petite flamme pour provoquer aussitôt le retour de l’attaque. Un jour, je le plaçai en face du périmètre, comme pour lui mesurer le champ visuel, e lui fis fermer l’œil droit et fixer avec 1 autre œil le point central. 11 s’attendait à voir avancer sur lare de cercle noirci un morceau de papier comme il 1 avait vu souvent. Mais je tenais soigneusement cachée derrière son dos une allumette enflammée et je 1 approchaidoucement de l’extrémité de l’arc. L’allumette était à peine vers le degré 80 que le malade poussa un grand cri « au feu » et se renversa en convulsions. Rien d’étonnant, sans doute, puisque j’ai dit que la vue d’une flamme amenait la crise. Mais ici encore une question obscure, le malade avait du côté puche, ainsi qu’on l’avait mesuré plusieurs fois, le Çhamp visue rétréci à 30°, au maximum 35“, et mon allumette étant à 80“ se trouvait évidemment placée dans la partie du champ visuel qui était invisible, son image se projetait sur la partie anesthésique de la rétine. Cette expérience, légèrement modifiée, se répète sans difficulté avec Berthe qui a pourtant des deux cotés le champ visuel rétréci à 5“. Je l’ai habituée à s’endormir quand elle voit mon doigt levé devant elle ; c est une de ces suggestions à point de repère qui son bien connues Eh bien, je la place au périmètre, 1 œil droit ferme et l’œil gauche fixé sur le point central ; j avance lentement mon doigt sur l’arc de cercle, il n est pas encore au degré 80 que Berthe est déjà tombée en arriéré hyp-

Les expériences précédentes ont été ingénieusement reproduites à Bordeaux pp M. Laurent ; « Joséphine S., dit-il est une jeune fille de dix-neuf ans qui est devenue hystérique pour avoir eu peur d’une souris pendant nu’elle allait chercher du bois dans une cave. Depuis lors, la vue d’une souris empaillée la fait tomber invariable-

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