‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 48 sur 102 · Autom. psijch · texte numérisé non relu

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nombreux auteurs ont collaboré*. Ce malade célèbre présente cinq ou six personnalités différentes ou plutôt cinq ou six états de mémoire différents caractérisés chacun par des souvenirs et des amnésies déterminées. Dans chacun de ces états de souvenir, il avait un état particulier de la sensibilité, et il suffisait, quand c’était possible, de rétablir artificiellement tel ou tel état de la sensibilité pour faire naître immédiatement l’état de mémoire correspondant. On constate chez ce malade et chez beaucoup d’autres une relation étroite entre l’état de la sensibilité et l’état de la mémoire, telle que nous l’avions rencontrée en observant les somnambulismes de Rose.

Cette relation, nous avons cherché à la vérifier expérimentalement en produisant des anesthésies bien déterminées, et en cherchant leur influence, sur des souvenirs également déterminés. Nous sommes arrivé ainsi, croyons-nous, à constater certains faits qui ne ne nous semblent pas dépourvus d’intérêt. Bien souvent, je ne dis pas toujours, quand une hystérique a perdu complètement une certaine sensibilité, elle a perdu en même temps la faculté de percevoir les images qui dépendent de cette sensibilité. Ainsi, une malade dont j’ai rapporté autrefois l’observation, était atteinte d’une dyschromatopsie complète, et ne percevait, ni d’un œil, ni de l’autre, aucune couleur. 11 m’était alors impossible de lui faire éprouver aucune hallucination colorée; elle voyait, disait-elle, les fleurs elles objets que je lui suggérais de voir, mais elle les voyait toujours gris et blancs Elle n’avait pas plus à la disposition de sa perception personnelle les images des couleurs, que les sensations des couleurs. Quelquefois aussi, on peut faire une vérification en quelque

1. H. Bourru et P. Durot. Variations de la personnalité, 1888, surtout p. 123 et sq. Voir dans le même ouvrage un certain nombre d’observations tout à fait analogues.

2. M. Paul Richer a signalé, le premier, je crois, ce phenomene :

LES AMNÉSIES.

sorte inverse; si l’on suggère très fortemeht au sujet qu’il éprouvé une certaine sensation tactile, un chatouillement par exemple, sur un membre qui est anesthésique, il arrive parfois que la suggestion réussit, et que le sujet se plaint d’éprouver le chatouillement, A ce moment, on peut constater, pn pinçant le bras, que la sensibilité tactile est revenue tout entière à ce membre. L’image n’a pu être évoquée sans ramener en

même temps dans la conscience personnelle la sensation elle-même. On peut varier indéfiniment ces expériences, et dans 'la plupart des cas, on constate une sorte de loi d’une application assez régulière : les sensations et les images de la même espèce semblent assurées ; elles sont à la fois présentes ou absentes dans la perception personnelle. Si nous reprenons le schéma qui nous a déjà servi fig. 7, nous pouvons à chaque sensation élémentaire T T' ï" M M', etc., associer les images correspondantes, images tactiles 11't", niuscu-

i:iudc<! cliniques sur la grande hystérie 1883, p. 707, mais il l’a constaté sur une femme qui n’était aclu'omatopsique que d un œil, ce qui rend l’interprétation psychologique plus difficile. Pour la discussion complète de ccs expériences, voir Aut.psych., p. 96 et 152.

laires m m' m", visuelles, v v' v" et auditives a a' a"; on lira alors l’expression graphique de ce fait : la perception personnelle P P, quand elle saisit les sensations M' V Y' A, est en même temps capable de saisir les images associées m' v v' a; an contraire, en négligeant les, sensations T T' T", elle perd en même temps les images t t't". En un mot, certaines amnésies semblent dépendantes des anesthésies. Ce serait alors la variation brnsque de l’état de sensibilité, qui déterminerait les amnésies localisées.

Dans certains cas, cette explication résume très exactement les faits : L’hystérique,[incapable,àcause du rétrécissement du champ de sa conscience, de réunir continuellement dans une même perception personnelle toutes les sensations et les images, semble choisir pour les percevoir tantôt les unes, tantôt les autres. Elle a une perception personnelle très instable. Les hommes ordinaires, dit M. Charcot, sont des auditifs, des visuels ou des moteurs, quelques-uns appartiennent au type indifférent. Je crois qu’il serait peut-être nécessaire d’admettre pour les hystériques le type alternatif ; car elles passent naturellement ou artiflciellement d’un type à un autre ; elles sont, par exemple, des visuelles à l’état de veille, et des motrices en somnambulisme. Une malade, Lucie, que j ’ai décrite autrefois ^, était absolument conforme à cette description : naturellement, suivant qu’elle prenait tel ou tel type de pensée, elle possédait ou elle perdaittelleoutellecatégoriedesouvenirs.

Quelle que soit la justesse de ces remarques dans certains cas particnliers, je crois qu’elles sont loin de résoudre entièrement le problème de la localisation des amnésies. En effet, il est facile de comprendre que les disparitions et les retours des souvenirs ont lieu en pratique d’une manière bien plus compliquée. La disparition d’une certaine sensation et d’une certaine

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