Aboulie et idées Bxes, toc. cit
I4â ÉTAT MENTAL D ES H Y8 TÉR IQ U ES.
donc jamais? Tout ce que j’entends me paraît tomber dans un grand vide ; je me perds dans mes idées comme dans un filet, comme dans une toile d’araignée une pauvre mouche. » Le doute peut porter aussi et plus souvent encore sur les souvenirs et sur les imaginations. Les malades se représentent mal le passé et l’atenir, doutent de ce qu’elles ont fait et de ce qu’elles vont faire, ne peuvent plus arriver à croire les récits qu’on leur fait, ou même les récits qu’elles font elles-mêmes. On comprend quelles perturbations singulières et compliquées peuvent en résulter. L’une doute du passé et aura des remords faux, l’autre aura des craintes imaginaires; celle-ci accuse tout le monde de mentir, et celle-là, comme a fait Justine pendant plusieurs mois, s’accuse elle-même de mentir continuellement. Il faudrait tout un volume portant spécialement sur le doute, pour'décrire tous ces faits.
' Je ne voudrais cependant pas terminer cette étude sommaire de l’aprosexie sans signaler un détail curieux, qui s’observe dans ces attentions insuffisantes. Quand Befthe lit et tâche de faire attention, elle s’arrête à un mot et le lit avec étonnement : « Tiens, le mot « maison «, quel drôle de mot; on appelle comme cela les endroits où on habite, quelle drôle d’idée de les appeler comme cela. Tiens, « une année » quelle drôle de chose, on compte par années, pourquoi compte-t-on par années?» Louise, une fillette de 13 ans, hystérique, a des étonnements de ce genre pour tous les objets qu’elle regarde avec attention : « Un lit, que c’est drôle. Je nùsais pas le dire chez moi, on se moquait de moi ; mais quand je suis revenue de la pension, j’ai trouvé les meubles, les chaises, la pendule tellement étranges. » Maria s’arrête devant un arbre, une plante, ùn objet : « Comme c’est grand un arbre, comme, c’est vert du buis ! etc. » Ce phénomène est fréquent, je crois qu’il a son importance, car cet étonnement est le point de départ d’une série de questions.
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et quand les malades sont prédisposées aux obsessions, elles tombent ainsi dans la folie de l’interrogation, le « grübel sucht ». A plusieurs reprises, en examinant un malade atteint de ce délire, j’ai trouvé, au début de ses interrogations, l’étonnement initial analogue à celui de Berthe : «- Un jour où j’étais très fatigué, me dit .l’un d’eux, j’ai vu entrer un étranger, il me parut si drôle, et depuis je me demande toujours pourquoi les hommes ont des nez. » Il y a peut-être au fond de ce délire un trouble de l’attention analogue à celui de l’hystérique.
Ce caractère « drôle, étrange » consiste simplement, à mon avis, en une impression de « nouveauté » ; c’est un sentiment de « jamais vu » par opposition à l’illusion de mémoire du « déjà vu ». Nous éprouvons nous-même ce sentiment quand nous regardons un objet sous un aspect qui n’est pas habituel, quand nous regardons, par exemple de très près, la pupille d’un œil. Nos malades voient mal, et rattachent mal leurs sensations à leurs souvenirs ; de là ce défaut de reconnaissance qui vient s’ajouter aux troubles si nombreux de leur intelligence des choses.
Je n’ai pu que les énumérer brièvement dans ce chapitre, chacun d’eux mériterait une étude spéciale. Ce que l’on a vu suffit pour montrer l’importance de ces troubles de la volonté intellectuelle dans l’hystérie.