‹ État mental des hystériques (volume 2)Chapitre 69 sur 102 · Pitres, op. cit · texte numérisé non relu

Pitres, op. cit

ns ÉTAT MENTAL D?:S HYSTÉRIQUES.

la suppression de la vue ni de dynamogénie à la suite des excitations visuelles. Le fait se produit aussi bien, comme on l’a vu, que le sujet ait les yeux ouverts ou fermés, pourvu que son attention soit détournée d’une certaine manière. M. Pick veut rapprocher ensuite complètement cette impuissance motrice d’un fait signalé déjà au paragraphe précédent : la simplification des mouvements chez l’hystérique. On sait qu’nne hystérique occupée à faire un certain mouvement, à garder une certaine attitude, est incapable à ce moment de faire aucune autre action. Eh bien ! nous dit cet auteur, si je l’ai bien compris, la malade, dans l’expérience de Lasègue, est occupée à fermer les yeux, à détourner la tête, à regarder un écran, etc., et c’est là ce qui la rend incapable de lever le bras ganche. Cette impuissance motrice devrait donc encore être rattachée à la distraction et au rétrécissement du champ de la conscience. .

Cette interprétation est loin de me déplaire, car j ai toujours soutenu que l’anesthésie était une espèce de distraction, et que les troubles résultant de l’anesthésie pouvaient être considérés comme des conséquences de la distraction. Mais il ne faut pas oublier que l’anesthésie est une forme très particulière de la distraction transformée par une habitude automatique, et qu’elle a ses caractères spéciaux. Quelle que soit la vérité générale des remarques de M. Pick, il n’en reste pas moins un fait brutal : le sujet détournant la tête, distrait, si l’on veut, par son attitude, n’en continue pas moins à pouvoir faire les mouvements du côté sensible : il ne les a perdus que du côté insensible. L’anesthésie ajoute donc quelque chose à la distraction générale. Le sujet, quoique distrait, peut faire les mouvements du côté sensible sans regarder, mais il a besoin de regarder pour sortir de sa distraction, beaucoup plus forte quand il s’agit de son côté insensible.

Voici l’explication que j’ai proposée autrefois de ces

les troubles du mouvement. 179

phénomènes singuliers'; elle ne me paraît pas en contradiction avec celle de M. Pick, elle me semble seulement un peu plus complète. Quand les hystériques ont simplement de l’anesthésie musculaire, leurs mouvements sont hésitants, mal dirigés, mais restent en somme possibles. Malheureusement, l’anesthésie entraîne souvent avec elle, ainsi que cela a été étudié dans le second chapitre, une amnésie parallèle. Le sujet anesthésique qui détourne les yeux ne sent plus son bras ; il fait plus, il l’oublie ; il ne sait plus y penser d’aucune manière. Non seulement le malade ne sent plus consciemment les mouvements communiqués à son bras, mais il ne peut plus avoir conscience des images kinesthésiques, des images d’anciens mouvements relatives à ce bras. Il est devenu incapable de faire entrer dans sa conscience personnelle la représentation mentale sous forme d’images kinesthésiques du mouvement qu’on lui demande. Comme le mouvement extérieur n’est qu’une manifestation de ces images, il est incapable de produire ce mouvement réel.

Il est donc en réalité paralysé par amnésie et il devrait, en théorie, être définitivement et complètement immobilisé. Mais, heureusement, l’esprit a des ressources et nous pouvons constater ici les effets d’une véritable suppléance psychologique. Les sensations et les images d’un autre sens, le plus souvent, du sens visuel lui servent à retrouver la pensée de son bras gauche à se représenter le mouvement qu’il doit faire et par conséquent à l’exécuter.

Paut-il supposer simplement que les images visuelles servent de signal, de point de repère, pour évoquer les images kinesthésiques qui sont devenues difficiles à évoquer seules, mais qui réapparaissent dans la perception personnelle et qui reprennent leur rôle moteur à propos des sensations visuelles du mouvement. Ce

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